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Fragments de rencontres urbaines

       Si nous ne devions garder qu’une chose à dire ici, un truc comme ça. Aborder les questions écologiques, étendues et non entendues, c’est avant tout se confronter à l’abondance des objets du monde, la co-production des relations qui passent entre, les usages input/output qu’on en (co)fait.
C’est donc la mobilisation tout azimut de l’ensemble de nos ressources (sciences, littérature, cinéma, poésie, etc.), la mise en place de dispositifs de rencontre et de de capture champ/hors-champ pour auto-co-productions d’assemblages à plier dans des images, le tissage d’un réseau de correspondances inévidentes, à donner à voir, à donner pour se voir dans ce que je prends, ce à quoi je suis indifferent, faire percevoir de la toile qui porte tel ou tel existant.
Deux petites flâneries urbaines dans cette direction.

http://www.dailymotion.com/video/x345rs Reconquête de … l’étonnement.

Ce que peut un récit …
le (re)montage d’Yves Citton,
à la jointure des Arts et de la Politique

http://www.dailymotion.com/video/xcjxgh

Jeudi 4 mars à 20h00, librairie le genre urbain, rencontre – débat avec Yves Citton et Laurent Bove autour du livre d’Yves Citton : Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche (Ed. Amsterdam
« Comment comprendre le soft power que mobilisent nos sociétés mass-médiatiques pour conduire nos conduites, pour nous gouverner ? Comment en infléchir les opérations pour en faire des instruments d’émancipation ? Cet ouvrage tente de répondre à ces questions en croisant trois approches. Il synthétise d’abord le nouvel imaginaire du pouvoir qui fait de la circulation des flux de désirs et de croyances la substance propre du pouvoir. Il se demande ensuite ce que peut un récit, et en quoi les ressources du storytelling, qui ont été récemment accaparées par des idéologies réactionnaires, peuvent être réappropriées pour des politiques émancipatrices. Au carrefour des pratiques de narration et des dispositifs de pouvoir, il essaie surtout de définir un type d’activité très particulier : la scénarisation. Mettre en scène une histoire, articuler certaines représentations d’actions selon certains types d’enchaînements, c’est s’efforcer de conduire la conduite de celui qui nous écoute – c’est tenter de scénariser son comportement à venir. »

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* Capture partielle de signaux – Yves Citton

- Un livre résultant d’un travail de « montage ».
-
L’imaginaire du pouvoir, pouvoir versus puissance, des dispositifs de captation de l’attention. Pouvoir = captation, canalisation (partielle, située) des flux de désirs et de croyances de la multitude (=> puissance de la multitude).
-
Imaginaire, récit du pouvoir => artefact, dispositif de coagulation des désirs de la multitude => soft power conducteur de conduite. Le soft power comme résultant du mouvement ascendant qui transforme la puissance de la multitude en institutions politiques dont l’autorité retombe sur la multitude.
-
Toute action dans le monde présuppose un schème narratif (pas d’histoires, pas d’actions). Perspective d’encapacitation qui fait de la structure narrative la forme même de toute pensée de l’action. La scénarisation désigne le fait qu’on ne (se) raconte jamais une histoire sans se projeter dans un certain scénario d’enchaînement d’actions.
-
Expérimentation (montage/démontage/remontage des récits) versus expertise (récits indémontables). C’est de chacun de nous, de nos formes de vie, de désirs et de résistances quotidiennes qu’émerge la puissance de raconter les histoires nouvelles qui amélioreront notre devenir commun.
- Objectif : restructurer les canaux de distribution du pouvoir de scénarisation qui assurent la circulation des histoires au sein de la multitude, gagner en autonomie.

* Capture partielle de signaux – Laurent Bove

- Un récit <=> un corps <=> une organisation singulière d’images. Des images organisées qui nous affectent, produisent des effets (modifications) sur les corps, et qu’on affecte (image <=> modification des corps <=> réel en action).
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Écriture du multiple et puissance de la diversité. La multitude est producteur et produit de ses récits <=> auto-affection de la multitude => auto-organisation => auto-institution (imaginaire constituant, des institutions, des pratiques, etc.)
-
Contexte d’effondrement des récits ? Incrédulité vis-à-vis des métarécits, la question centrale de la scénarisation (processus), de l’organisation des images (corps).
- Objectif : comment faire circuler, inventer, fluidifier, laisser du, le(s) désir(s) disponible(s). Question de la disponibilité des désirs en rapport à leur fixation, à leur capture par des dispositifs d’objets, gagner en autonomie.

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Image de prévisualisation YouTube Un homme qui dort, (Queysanne, Perec – 1974) passage.

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* Digestion et rebranchement partiels de signaux

Face à la complexité, multiplicité et hétérogénéité qui émergent des connaissances-branchements-combinaisons de l’air d’un temps, incertitudes plus que certitudes – les questions écologiques, l’hyper-ville et les réseaux complexes, des stratégies d’occupation réticulaires de l’espace et du temps à une échelle globale – entre auto-production et co-production, quels rôles et quels types de récits (re)monter-(re)produire ?
Dans une note précédente nous avions souligné, à partir du travail d’Isabelle Stengers sur le mythe de Gaïa, l’importance qu’il y aurait à produire de nouvelles figures instauratrices pour l’écologie. Se raconter des histoires qui ne prétendent pas dire le vrai, mais qui aident à saisir, ressentir ce qui est encore hors-champ des mots pour le dire : le nouveau.
Une scénarisation, soit un enchainement d’images singulières dont l’organisation porte en elle l’information sur les relations entre les choses, articule et encapsule certaines représentations d’actions. Retour ici en écho sur notre petite notion de photo-synthèse, auto mise en image pour gain en autonomie, pliage de ses affects et de leur terreau de croissance afin de nourrir la banque d’image collective de nouvelles potentialités de dépliages et détricotages qui ne se pensent/disent pas à l’avance.

Pour Yves Citton, il s’agit de pouvoir participer à l’émergence d’un imaginaire «  (…) bricolage hétéroclite d’images fragmentaires, de récits décadrés et de mythes interrompus, qui prennent ensemble la consistance d’un imaginaire, moins du fait de leur cohérence logique que de par le jeu de résonances communes qui traversent leur hétérogénéité pour affermir leur fragilité singulière (…) »
Donner une force collective de participation partagée à ses (micro-auto)-récits, c’est le passage de la narration à la scénarisation, c’est se raconter des histoires, contre-scénariser afin de produire de cette colle imaginaire qui permettra de faire tenir ensemble des subjectivités. 
Mais quel type de colle ? Linéarité des récits et mythe interrompu, pour Yves Citton il y a toujours nécessité à poser des horizons de clôture pour agir. Au nom de l’intégration, il y a toujours une certaine nécessité à la simplification et aux slogans.

Contradictions ? Pour ne souscrire ici en aucun cas aux vertus supposées de la simplification, quels seraient les risques associés à un trop peu d’images pour le voir, de mots pour le dire ? Manque de matière et de relations à dé(re)monter, d’où freins, fixations et perte en autonomie ?
La puissance d’un récit, d’un corps singulier, réside dans sa capacité à affecter et à être affecté. Soit ses capacités de (re)branchements sur ses et d’autres images organisés (articulation de certaines représentations d’actions selon certains types d’enchaînements).
Quel type de branchements, de (re)combinaisons possibles à partir des image-slogans ? D’un autre monde est possible à urgence planète ça chauffe, ne se construit qu’une pancarte danoise « une autre planète est possible » qui produit quoi ? Du faux, sauf à penser son habitat lunaire, mais du faux qui ne donne aucune matière à sentir le nouveau, aucune matière pour le repenser, des comportements mécaniques, se rassembler pour se rassembler et le reste tombera du ciel comme prédigéré.
Or
 pour les lombrics, individus frayeurs de possibles qui démontent, composent et recomposent, recyclent et aèrent le terreau de nos idées pour (se) donner à voir, mieux vaut de la matière sensible à travailler dans les énoncés. De l’espace d’activité, des interstices indéterminés entre les mots pour frayer entre, des images multiples afin de ne pas fixer les désirs sur quelques mots exclusifs et minéralisant.
Parlant d’écologie en son sens étendu, on parle de gestion de l’abondance et non de la rareté (économie). Simplifications et slogans induisent un appauvrissement qualitatif (en diversité et donc en capacité à photo-synthétiser) de la banque sociale des images.
[Fixation sur des comportements mécanique -> empêchements -> prétexte à être pensé et à penser à l’avance –> incompossibilités -> impossibilité à cohabiter avec des images porteuses d’affects étrangers à sa « nature » (nature au sens de capacité digestive, sa recombinaison singulière d’enchainement d’images et d’actions associées).]
Ne pas fermer à l’avance les récits sur le nouveau, ne pas y (re)produire des slogans, un point très délicat. Transition et interférences, rencontre avec la scénarisation suivante.

 « Je vais revenir sur un point très délicat, sur lequel nous sommes très peu outillés. Cette gestion de l’indétermination, qu’elle soit narrative, paramétrique et/ou entropique, ne peut se limiter à la compréhension, la codification de sa morphologie. L’hypothèse d’un inachèvement, d’une indétermination doit se contractualiser, au sens de Sacher Masoch, simultanément et intrinsèquement à la zone d’émission, à la gestation de l’émergence. Le scénario doit rester un scénario ouvert, pour que la forme émise ou en train d’être émise  puisent son indétermination de la contradiction des inputs qui la conditionnent. Ce n’est pas une méthodologie, l’inachèvement, l’indétermination ce ne peut être qu’un champ interstitiel, qui navigue entre des zones repérable, entre une géométrie générative, voir évolutionariste, une narration sociale et un protocole de construction. L’articulation de ces trois inputs, voir la contractualisation de leur non miscibilité est au creux des dispositifs que nous essayons de mettre en place. »
« … que faire de votre humanisme de salon. Comment va-t-il réagir face au protocole masochiste que l’individu met lui-même en œuvre contre lui-même, afin de vivre la dualité de son éros-thanatos, fait de pulsions contradictoires siamoises et contingentes. Cette narration ouvre les portes béantes des interprétations multiples, des champs entiers à défricher, des terra incognita sur lesquelles se cartographient des paysages que seul l’imaginaire sait articuler. Elle ne clôt pas les scenarios mais permet aux subjectivations individuelles de s’y infiltrer, de s’y entortiller afin de vivre comme l’Alice de Lewis Carroll la confusion entre projections paranoïaques et l’illusion des perceptions. La logique n’est pas à la surface des choses, elle n’est révélée que suite au retournement masochiste de la Machine barbare sur soi même par le risque d’une immersion fatale. » François Roche

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 Fragments de rencontres urbaines dans André Gorz image008

Vendredi 19 Mars 2010, de 11h30 à 13h00, Zones d’attraction recevra Yves Citton pour parler ensemble de son dernier livre, paru aux éditions Amsterdam : « Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche ».

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Une architecture des humeurs …
partir du désir, une e
xpérience de scénarisation à la jointure des Arts et de la Science

http://www.dailymotion.com/video/x49ieh … partir du désir réel des gens … Felix Guattari.

Samedi 6 mars à 16h00, le laboratoire, exposition une architecture des humeurs.  
«  L’habitat décline vos pulsions (…) il en est lui-même le vecteur (…) Synchronisé à votre propre corps, à vos artères, à votre sang, à votre sexe, à votre organisme palpitant… et vous êtes une chose, un élément parmi tout cet ensemble, un élément fusionnel, poreux… qui respire et aspire à être son propre environnement… Ici tout se noue et s’entrecroise. Tout est là, en train de se faire, dans un mouvement en train de se faire … »

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image001 dans Deleuze

Architecture des humeurs : « Démarche associant les compétences de scientifiques de toutes disciplines (mathématiques, physique, neurobiologie, nanotechnologies…) pour tenter « d’articuler le lien réel et/ou fictionnel entre les situations géographiques et les structures narratives qui sont à même de les transformer. » François Roche 
« Au creux de ses indéterminations, on se plait à relire Spinoza par l’intermédiaire de Tony Negri, plus particulièrement dans son ouvrage écrit en prison, l’Anomalie Sauvage … On se plait à repenser les protocoles issues de procédures non déterministes, comme les équilibres instables et réactifs liés aux organisations sociales ou l’intelligence collective est le paramètre constitutif du vivre ensemble, où les multitudes ne sont pas kidnappées par les mécanismes de délégation de pouvoir, fussent-ils démocratiques. Que quelques architectes s’intéressent aux caractéristiques, aux identifiants, aux marqueurs de l’auto-organisation, pour dé-pathologiser ces protocoles d’incertitudes des fantasmes New-Age, communautaristes et alternatifs, semble une belle ligne de fuite, une ligne d’intensité, qui fissurent par la même tout le système de représentation. »
« L’architecture des humeurs, (…) un outil susceptible de faire émerger des Multitudes, et de leur palpitation, de leur hétérogénéité, les prémisses d’un protocole d’organisation relationnelle. »
François Roche

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Proposition : partir du désir des gens dans la co-construction (symbiotisme) d’un habitat collectif, zone habitable en train de se faire par agglutination des désirs individuels troubles et contradictoires. Ce tricotage itératif de formes communes passe par la mise en place d’un double dispositif de collectes : signaux verbalisés en réponse à d’autres signaux verbalisés, micro-signaux moléculaires symptômes de la modification de la composition chimique d’un corps.

 « Via l’architecture des humeurs, nous avons scénarisé une machine constructive et narrative qui soit réceptive à deux inputs contradictoires, entre l’ordre du désir codifié par le langage, et l’ordre de sa sécrétion chimique préalable, voire dissimulée. Nous avons souhaité que la relecture schizoïde d’une programmation en train de se faire puisse générer des protocoles d’incertitude. Un fragment urbain constitué sur ces procédures, vecteurs de variabilités et d’indéterminations, rend visible le potentiel de ces agrégations hétérogènes. L’un des sujets de cette recherche aura été de penser la structure portante de ces cellules habitables, et donc la forme finale du bâtiment, a posteriori. Le fait que la structure portante ne soit pas dessinée au préalable nécessite un calcul permanent des segments et des trajectoires de force qui portent ces noyaux habitables. »
« Chimie des corps envisagée comme un élément susceptible de perturber, d’altérer les logiques linéaires, les logiques d’autorité ; de processus éclairant la relation du corps à l’espace, mais plus encore des corps dans leur relation sociale, de relation à l’autre, au sein d’une même cellule mais aussi en osmose de voisinage. »

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Proposition : un dispositif de capture des désirs individuels. On part de la production de signaux désirant émis autour des questions de la zone habitable, à leur capture par une double stratégie de collecte :
- classique à travers un entretien (fabrique des mots et structure narrative);
physiologique via une interface d’échange moléculaire (sécrétions et modifications chimiques, émission de molécules).

« Collecte d’informations de l’ordre du corps chimique, basé sur les émissions neurobiologiques de chacun des futurs acquéreurs: jusqu’ici, la collecte des informations du protocole d’habitation s’appuyait exclusivement sur des données visibles et réductrices (superficie, nombre de pièces, mode d’accès et mitoyenneté de contact…). »
« L’architecture des humeurs se pose comme préliminaire de relire les contradictions de l’émission même de ces désirs ;  à la fois ceux, qui traversent l’espace public par la capacité à émettre un choix, véhiculé par le langage, à la surface des choses…, et ceux préalables et plus inquiétants peut-être, mais tout aussi valides, susceptibles de rendre compte du corps comme machine désirante et de sa chimie propre ; dopamine, cortisol, mélatonine, adrénaline et autres molécules sécrétées par le corps lui-même, imperceptiblement antérieur à la conscience que ces substances vont générer. La fabrication d’une architecture est ainsi infléchie d’une autre réalité, d’une autre complexité, de celle du corps acéphale, du corps animal … »

image002 dans Entendu-lu-web
Dispositif de capture de la chimie du corps désirant

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Proposition : à partir de cette double-capture, on évalue des zones de divergence, des différences schizoïdes entre les deux sources d’émission des désirs.
En ressort les coordonnées sources du travail architectural, coordonnées qui sont les input d’un logarithme complexe. Calcul local et global, charge au programme de prendre en compte le désir de chacun, le désir agglutiné de tous, chaque modification d’une coordonnée modifiant l’ensemble.

« L’architecture des humeurs c’est rentrer par effraction dans le mécanisme de dissimulation du langage afin d’en construire physiquement les malentendus. Une station de collecte de ces signaux est proposée. Elle permet de percevoir les variations chimiques, et de saisir ces changements d’état émotionnel afin qu’ils affectent les géométries émises et influencent le protocole constructif. »
« Cette expérience  est l’occasion d’interroger la zone trouble de l’émission des désirs, par la captation de ces signaux physiologiques basés sur les sécrétions neurobiologiques et d’implémenter la chimie des humeurs des futurs acquéreurs comme autant d’inputs générateurs de la diversité des morphologies habitables et de leur relation entre elles. »

Proposition : charge à un logarithme, process mathématique d’optimisation proposant un système complexe adaptatif fonctionnant par incrémentation successive des inputs, de produire les morphologies habitables. Des architectures qui nous rappellent le plus souvent le type corail, symbiose du végétal et de l’animal (cf. devenir végétal). Une fois l’implémentation des inputs terminée, une forme arrêtée, le logarithme programme alors les robots en charge de de sa construction.

« Process mathématique d’optimisation qui permet à l’architecture de réagir et de s’adapter aux contraintes préalables, aux conditions initiales et non l’inverse. »

image003 dans Felix Guattari
Robot constructeur

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Une forme habitable produite

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http://www.dailymotion.com/video/x48fxs Briqueter … Felix Guattari.

Mots pour le dire, fictions pour le sentir

Mots pour le dire, fictions pour le sentir dans Entendu-lu-web mythe 

Ici et là, naviguant dans nos fragments nous avons pu constater des incohérences ou des impensées gravitant autour de la perspective écologique. De celle que nous appelons moyenne pour le dire vite.
Derrière les slogans « sauver la terre et combattre cela », manque la question de l’homme alors même que c’est bien de l’intrusion des effets (des effets) de ses propres actions dont il est question au présent. Manque des mots pour le dire (l’intrusion),
de la fonction artistique pour donner à sentir, manque de circulation des affects, des productions désirantes et des occasions d’expérimentations collectives, etc. Alors comment donner à nos savoirs une puissance d’agir ?

Semblant interférer avec ces lignes, quelques fragments de paroles d’Isabelle Stengers, Yves Citton et Fréderic Neyrat issus de l’émission Les vendredis de la philosophie : « Vivons-nous une époque catastrophique ? », France Culture, le 27 Février 2009.

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Petite capture
(synthèse d’ecoute subjective) 

Du manque des mots pour le dire à l‘intérêt de pouvoir nommer. Certains de nos mots les plus lourds (risque, prévention) procèdent d’un devenir inaudible, en ce qu’ils participent à coaguler un continuum temporel artificiel qui nous fait manquer le présent, l’irruption. Du jaillissement d’une nouveauté radicale, leur usage, manière de désigner encombrée, ne relèvent que d’une stratégie d’accommodation visant à produire une continuité historique, outil dans lequel nous pouvons continuer de puiser les sources de nos prévisions, business as usual, d’alimenter des grilles de risques, de produire des dangerosités, de (re)édifier les mêmes politiques de préventions.
Ce faisant, nous pouvons toujours continuer à vivre de la même manière, à faire l’économie – par l’économie – de penser un rapport (une attention) au monde nouveau (nouvelle). Ou comment parler du changement (mon message concerne le changement) sans que rien ne change (le métamessage est que ceci n’est pas un changement).

Pour en sortir (de cette double contrainte), il conviendrait de pouvoir fabriquer les mots nous permettant de penser ce qui nous arrive (changement climatique, prise de conscience des boucles d’interactions qui passe entre les choses). Or dans cet entre-deux (épistémès ?) étrange, où toute formulation nouvelle est bien difficile, voilà le temps où fiction et imagination, en tant que créatrices de figures nouvelles, peuvent susciter ce dont nous avons besoin, et que nous ne faisons tout juste que pressentir.
Donner à sentir, donner à penser autrement. Sortir de ce qui est déjà donné, des catégorisations inattentives come inopérantes qui prétendent non seulement ne pas avoir participé au processus catastrophique, pire, à le guérir.

On ne protège pas sans transformer. Mais transformer quoi ? La catastrophe est moins située dans l’environnement que dans les esprits, la façon dont ils pensent et dont ils ne pensent pas au (le) présent. La fiction ouvre sur des choses qu’on ne peut pas constater dans le donné, fraie des possibles. Le dehors nous arrive, ses changements, mais qu’est-ce que nous en faisons ? La fiction ou la fabrique de figures instauratrices pour nous forcer à l’imaginer autrement. Figures ou fictions qui ne disent pas le vrai mais provoquent le sentir et le penser.
Ainsi, prendre en considération l’aspect transitoire des choses, transformer nos manières d’être et de vivre, nécessite de nouvelles fictions instauratrices. Se libérer des déluges et autres figures de la culpabilité pour avancer, produire du commun et activer les savoirs à travers les nouvelles formes d’expérimentations collective qu’elles permettent.

Ce petit blog s’arrête donc ici pour s’orienter autrement, vers ces nouvelles figures et fictions d’un principe d’attention dont nous n’avons finalement fait, en tournant sur nous-même, que pressentir la pleine et entière nécessité.

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Palabre2 dans Isabelle Stengers

Fragments de paroles
(dans l’ordre de l’émission, retranscription partielle par mots-clés)

- (Y. Citton) La vraie catastrophe c’est le processus qui mène à la catastrophe.

- (F. Neyrat) Nous sommes dans le fourre-tout. Les phénomènes que l’on peut penser disjoints se mettent en communication entre eux.
(…) Est-ce bien la question de la nature ? L’intrusion à laquelle on a à faire ça serait plutôt l’intrusion de l’homme, de l’humanité. De l’humanité vis-à-vis d’elle-même (co-intrusion avec Gaïa). Pas de nature pure. Un nuage radioactif, c’est-à-dire un mélange de technique et de nature. Ce à quoi on a à faire ce sont aux effets de nos propres actions. On ne s’attaque pas au changement climatique, on s’attaque aux causes, c’est-à-dire ce que nous produisons. Nous assistons à la montée sur scène de ce que nous faisons nous-mêmes.

- (I. Stengers) Le point nouveau ce n’est pas qu’il y ait des catastrophes, mais bien qu’il y ait une mise en communication des différents facteurs. Instabilité radicale, transition vers un nouveau régime de l’ensemble des processus, jamais maîtrisables, mais dont nous tirions profit.
(…)
 Qu’avons-nous fait ? Nous = culpabilité ? Gémissement du nous devrions tous payer. Mais la question que je voudrais poser, c’est qu’est-ce qu’on nous a fait ? Qui est-ce nous ? Qu’est-ce qui fait que l’art de faire attention ait été dévasté ? Qu’est-ce qui fait que nous avons appris à ne pas faire attention ?

- (Y. Citton) Que faisons-nous ? La catastrophe c’est aussi ce qu’on fait maintenant tous les jours. Ce qui ne se voit pas.

- (I. Stengers) Pharmacone. Drogue ou remède en fonction de la manière dont on l’utilise, une forme de l’art de faire attention qui consiste à ne pas demander de garantie à ce qui pourrait être important pour nous. Qu’avons-nous fait ? Au sens de généralisation culpabilisante qui ne communique pas beaucoup avec l’action.

- (F. Neyrat) Inscrire la catastrophe dans une continuité c’est rater la spécificité du présent (déjà vu, religiosité). Cohorte de concepts associés qui rendent insensibles à ce qui arrive. Rendre impossible de faire attention. Comprendre ce que nous n’avons pas fait (histoire négative pour sortir de la culpabilité).
(…)
Lacan. Ce n’est pas de notre faute, c’est de notre fait. Obsession de la protection. Double contrainte. Superposition des phénomènes, inextricabilité. Il faut distinguer différents type d’usage de la catastrophe. Prévention, dangerosité, risque et potentialité versus atteintes réelle dans le tissu de nos vies : les dommages.

- (I. Stengers) Sentiment d’impuissance, panique froide. Nous écoutons sans y croire. Pour en sortir, nommer les choses. Ce qui m’inquiète, me fait penser, c’est ce moment de panique froide. Alors que des choses devraient se produire, rien ne se produit que du cosmétique. Et on le sait, tout le monde le sait, le savoir est là. Parfaitement présent, le savoir est impuissant. Alors comment donne-t-on à ce savoir une puissance ? Avant qu’il ne soit trop tard, avant que le capitalisme ne soit réorganise la situation à son mode ? (…)
Gaïa célèbre le tenir ensemble actif, donc instable, de ce qui fait de la terre une planète vivante. Gaïa revenant parmi nous est revenue par les scientifiques. Ils ont ainsi crée au-delà de Prométhée une nouvelle figure qui peut nous forcer à imaginer autrement. Figure ou fiction, nommer Gaïa est une opération (fabrique) qui ne dit pas le vrai mais provoque le sentir et le penser. Nous ne pouvons rien sur Gaïa, mais Gaïa peut changer de régime, et c’est ce qui nous menace.

- (Y. Citton) Il est question de la fiction comme condition de survie, la fiction en ce sens où la fiction fraie des possibles, où la fiction ouvre des choses qu’on ne peut pas constater dans le donné, ouvre des possible. La catastrophe est dans le processus et non dont l’évènement. La catastrophe est moins située dans l’environnement (notion ?) que dans les esprits (la façon dont on pense et dont on ne pense pas maintenant) où se coagule le chemin de la catastrophe. De plus, la catastrophe est dans un certain réalisme. Celui des experts, de l’administration du désastre et de la soumission durable qui ne se base que sur du donné.

- (I. Stengers) Ce réalisme j’ai décidé de l’appeler bêtise. Les formules comme « les gens ne sont pas capables de », « ce serait la porte ouverte à » … La catastrophe de ce réalisme c’est l’impuissance. Quand est-ce nous seront capables de la faire balbutier cette bêtise ?

- (F. Neyrat) Il ne suffit pas de protéger. On ne protège pas sans transformer. La prise en considération d’une vulnérabilité (les choses tiennent à peu de choses) nécessite un changement radical, pas de vivre sous la menace. Pas plus qu’elle ne repose sur l’humilité, en rajouter sur les problèmes, ou la sacralité, façons de se rendre insensible à nous-mêmes. Mettre de l’intouchable alors que l’intouchable c’est nous.  Prendre en considération l’aspect transitoire des choses, transformer nos manières d’être et de vivre, nécessite de nouvelles fictions instauratrices (produire du commun).

- (I. Stengers) La question n’est pas « nous avons été arrogants soyons humbles à présent ». La question c’est qu’est-ce qui nous est arrivé ? Qu’est-ce qu’on nous a fait (pour perdre l’attention) ?

- (Y. Citton) Deux communautés. Premièrement, une communauté d’affections (air, eau, nous sommes tous affectés). Il y a du radicalement nouveau, on sait qu’on est sensible, on sait qu’on est exposé, mais on réfléchit aussi à la manière dont les affects passent dans cette mise en communication des différents facteurs (communauté d’affects, quelle modalités de transmission des affects, des motivations ? Quelle structure médiatique ?). Deuxièmement, une communauté d’expérimentation collective, l’appel à la fabrication d’expériences collectives. Que pouvons-nous faire. Communiquer, faire circuler.

- (I. Stengers) Il faut faire avec, l’intrusion, ça nous arrive, alors qu’est-ce qu’un fait avec. On accompagne ceux des mots qu’on a tenté de fabriquer. Fabriquer des mots qui nous permettent de penser ce qui nous arrive. Un moment bizarre où c’est seulement la fiction et l’imagination qui peut susciter ce dont nous avons besoin.

- (F. Neyrat) Comment on intervient là-dedans, la catastrophe, dans ce mot qui est donné, dans la circulation des discours courant ? Quelque chose nous oblige à penser. L’intérêt d’intervenir là où ça parle.

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diapo_catastrophe10 dans La contre marche du pingouin

-> Entendre, voir :

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« Le prix Nobel d’économie Amartya Sen a consacré à cette question son dernier livre : Identité et violence. L’illusion d’une destinée. Nous sommes tous, rappelle-t-il, faits d’identités multiples et changeantes : familiale, culturelle, professionnelle, biologique, religieuse, philosophique, géographique, etc., dont la conjugaison fonde à la fois notre singularité et notre universalité. Enfermer une personne ou un groupe de personnes dans l’une de ces identités comme si c’était la seule est pour lui la source essentielle de discrimination, d’exclusion et de violence dans le monde. »
Propos de Jean-Claude Ameisen, exprimées lors de l’entretien mené avec Aliocha Wald Lasowski, intitulé : « Du vivant à l’éthique », in Pensées pour le nouveau siècle (sous la direction d’Aliocha Wald Lasowski), Ed. Fayard, 2008, pp. 282-283.

Dans ses rails et ses sillons …

« Le réalisme qui nous domine, le réalisme qui croit a priori pouvoir fabriquer la différence entre le possible et l’impossible, et qui nous voue, à mon sens, à ce que j’appelle ‘‘la catastrophe », c’est-à-dire aussi à l’impuissance, c’est un réalisme que j’ai personnellement décidé d’appeler ‘‘bêtise ». »
Propos d’Isabelle Stengers, formulées lors de l’émission radiophonique : « Vivons-nous une époque catastrophique » (avec Y. Citton, F. Neyrat et I. Stengers), in Les vendredis de la philosophie (animé par François Noudelmann), sur France Culture, le 27 Février 2009.

Dans ses rails et ses sillons ... dans La contre marche du pingouin machine-expresso-professionnel-jaune 

Un environnementaliste parlant de Spinoza touche évidemment à la pointe de ses limites. Capture de code très partielle, expérimentation baroque d’un rapport ou d’un pli. On tâtonne, on voit si un truc tiens dans une mise en rapport qui produirait du sens en elle-même, sans avoir à apporter de réponse ou conclusion finalisée.

Pas concret du tout, chante en cœur la profession.

Petites réaction à cela :

Prenons par exemple la lecture de la formule suivante : « c’est la dose qui fait le poison ». Dose ? C’est-à-dire un certain rapport. Il n’y a donc pas de pollution dans les choses en elles-mêmes mais bien dans les rapports entre les choses. La pollution est un rapport. Un rapport que nous percevons en ce qu’il  décompose directement (poison pour notre corps) ou indirectement les rapports du corps humain (poison pour une nourriture de notre corps). La pollution n’est donc pas un mal, mais un excès qui par ses effets produira des manques par décompositions successives de certains des corps. Et comme ceux-ci sont tous liés entre eux dans des chaines de causalité complexes …

Et on voit bien qu’une telle perspective, que nous qualifierons par facilité de spinoziste, que celle-ci change fondamentalement notre manière d’aborder les problèmes. Ici, il y a ignorance des rapports entre les corps. C’est-à-dire que la cause première de nos pollutions trouve son origine dans les idées inadéquates qui impuissantent notre esprit et sont source de passion (excès). Ceci est une perspective possible, mais elle n’épuise surement pas les autres. Elle a vertu pédagogique et méthodologique en tant qu’elle donne à voir que d’autres représentations sont possibles, et que de la nature de celles-ci découlent d’autres fondements à nos actions dites écologiques. D’autres questions, d’autres objectifs, d’autres champs d’étude.

Plus généralement, l’environnementaliste ou l’écologiste ne fait pas exception à la règle : il capture des codes extérieurs faute de quoi il tombe dans la consanguinité. Faute de quoi, pris dans la boucle normative des propres normes qu’il érige comme fin, sa grille de lecture du monde aura tôt fait d’épuiser ce-dernier, de le conduire lui et ses disciples aux mêmes erreurs que les précédentes. 

Mais capturant des codes extérieurs, il invite également et peut-être surtout l’extérieur à en faire de même avec les siens. Je te capture un Spinoza, alors viens me capturer le cycle de l’eau. Soit les captures ou métissages nécessaires. Alors ici on doit se demander pourquoi l’extérieur s’intéresse si peu à nos chants écolos en dehors des coups médiatiques et des campagnes électorales. Mais peut-être et surtout, pourquoi les connaissances de base sont encore si peu relayées dans le grand publique.

Une note sur « l’état de l’opinion sur l’effet de serre et le changement climatique » de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie relevait fin 2005 la méconnaissance générale de l’effet de serre. 50% des interviewés reliaient l’effet de serre à la couche d’ozone ou à une mauvaise gestion des déchets, seulement 14% aux CO2. On peut raisonnablement imaginer que ces chiffres ont évolué favorablement depuis. Mais alors depuis seulement hier, et le chemin reste bien long.

Il reste d’autant plus long qu’on peut encore lire aujourd’hui dans les notes des services de l’Etat la formule suivante : « Le projet de ferme solaire XXX consiste en la construction et l’exploitation d’une centrale photovoltaïque installée en plein champ. Composée de trois groupes d’éléments – modules photovoltaïques, structures porteuses et réseau électrique -, une telle centrale produit de l’électricité propre et renouvelable à partir de l’énergie radiative du Soleil. »

Propre ? Une fois évacuée la question de l’extraction du silicium nécessaire à la construction des modules. Propre ? Une fois évacuée la question de la fabrication de ces-mêmes modules. Propre ? Une fois évacuée la question du recyclage ou de l’élimination des modules en fin de vie.
Propre ? Mais avec quelles énergies non propres tout cela est-il extrait, assemblé, mis en service et éliminé ?

Au lieu de présenter l’énergie solaire comme plus propre que, c’est-à-dire de parler de rapport, nous préférons parler dans l’absolu et l’abstrait. C’est propre, point. Mais propre ça veut dire quoi au juste ? Nous continuons à utiliser un langage abstrait qui ne correspond en rien à ce dont nous voulons parler. C’est-à-dire d’écologie, c’est-à-dire de rapport entre les choses. Mais non, cette chose est propre, autrement dit cette chose est bien pour et par elle-même. Amen. Nous restons donc dans l’atomisme et les jugements qui en découlent, les auditeurs avec. Or contrairement à ce que nous croyons communément, ceux-ci sont lucides en ce qu’ils cherchent de nouvelles configurations dans lesquelles déployer leurs désirs. Quand ils n’entendent ou ne percoivent rien de nouveau, leurs oreilles se bouchent.

Rien ne change beaucoup. Sur son versant politique, l’écologie n’est encore qu’un nouvel avatar du vendeur de sens, mais qui n’en produit pas de nouveau. Elle consiste pour beaucoup en un simple commerce de fuite où se réactualisent des arrières mondes toujours habités de figurines anthropomorphes chantant le bien, le mal sur fond de valse à deux temps. Pour d’autre, à la marge, c’est l’initialisation d’une ligne de fuite à construire sur les frontières du système. L’occasion d’une construction de soi, plus anarchique que politique tant les matériaux institutionnels et les pratiques sociales à même de les soutenir sont rares. Au final, on dira donc de l’écologie vécue que celle-ci remplace avantageusement, désir de modernité de ses discours, la question de Dieu dans les apéritifs dinatoires bio-urbains.

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http://www.dailymotion.com/video/x2gjky Whitehead, le concept de société.

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Au milieu de tous ces propres qu’on n’a jamais besoin de laver, on ne touche pas s’il vous plait, nous avons l’appel au concret des professionnels de l’environnement.
Petite bande creusant tous un même sillon, souhaitant avant tout convertir les codes extérieurs plutôt que d’en capturer certains afin d’aérer leurs grilles de lecture. Pas de besoin, celles-ci sont propres par nature. Une corporation à laquelle appartient donc l’auteur de ces quelques lignes. Celui qui tente non de penser contre les siens, mais avant tout contre lui-même, considérant cela comme une simple preuve de santé ordinaire.

Alors ce concret ? Celui-ci repose sur des abstraits non questionnés, à commencer par lui-même. C’est-à-dire qu’il est avant tout une certaine idée de l’efficacité. De celle qui permet de justifier la fiche de paie d’un travail urgent, imaginé au nom d’un collectif pourvu que celui-ci reste à sa place. Au nom de quoi l’ecological singer loupe complètement toute diversité. Dans le fond comme dans la forme de discours portant sur la diversité, but not in my backyard comme dit la chanson qu’on prête aux autres. De la question centrale du désir, désirer agir comme ceci plutôt que comme cela, produire du désir d’écologie et du rôle des singularités, n’en parlons pas.

Faute d’avoir un chant propre, l’ecological singer s’adapte. En entreprise il parle de coût économique, en collectivité il parle de coût sociaux, et en dehors des frontières institutionnelles, il traite globalement autrui de cochon pour son bien. L’adaptation est certes une qualité indispensable à celui qui pense arriver avec un langage et des idées nouvelles. Et après tout, nous avons sans doute quelques raisons de croire qu’autrui vit et pense comme un porc selon la proposition d’un Gilles Châtelet par exemple. Mais voilà, celui-ci propose une démonstration structurée quand d’autres ne nous proposent qu’une même image répétée de sacs plastics qui s’accumulent à l’infinie. Image sous-titrée par un language qui aurait fait fureur dans les années 50′. Cette basse consommation du cortex ne nécessite en réalité aucune adapation particulière. L’adaptation et son principe de concrétude n’est ici qu’un masque qui cache bien difficilement l’absence de discours réel. Nos ramassons donc nos sacs de la même manière que nous les avions jeté. Action hautement substituable, seulement c’est très concret.

Au nom de ce concret, l’ecological band ne questionne déjà plus les fondements, pire, le champ de ses actions et de ses études. Car ceci n’a pas sa place ici. La nature d’un côte, la technique de l’autre, si les individus désirent la technique, c’est sans doute qu’ils sont conditionnés. Alors nous les reconditionnerons. Angoisse d’abord, culpabilité ensuite. Vers le désert de l’affectivité, on parle de planter des puits à carbone. Bientôt nous aurons détruit le mot arbre, et seule résistera la poésie d’un Francis Cabrel, son échelle sur la bande FM.

Alors un exemple concret de tout cela parmi beaucoup d’autres ? Surtout ne jamais questionner l’émergence des réseaux sociaux numériques, leurs pratiques et leurs impacts sur l’écologie urbaine : productions de liens sociaux, modifications des territoires de vie, des flux de personnes comme des matières et énergies qui vont avec. Non, tout cela n’est pas concret, n’a pas sa place dans l’ordre. Ca produit des liens et des rapports, des accélérations, mais cette machinerie là nous fait du mal à l’avance. 
L’ecological band procède à trop de désertions morales sur trop de territoires pour pouvoir prétendre à une juste analyse des phénomènes de son monde. Sans parler d’une quelconque prospective … et l’humanité disparaîtra, bon débarras.

Alors vous souhaiteriez apprendre à lire des territoires ? Percevoir un peu de ces machines avec lesquelles nous nous combinons ? Un conseil, passez votre chemin, ne comptez pas sur nous. Aller directement au rayon poésie, l’écologie dans ses pratiques et ses discours n’a malheureusement que trop peu à vous apprendre de nouveau sous sa forme actuelle. Trop rare en sont les littérateurs. Alors comme le disait Mao, l’eau coule, comme nous l’ajoutons, le soleil brille. Vous savez tout. Le reste n’est affaire que des intégrations comptables nécessaires, mais sans doute pas suffisantes à intéresser autre chose qu’une administration verte, frontières dures, ampoules basses tension.

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http://www.dailymotion.com/video/k3fUMQwsJLziytkEqq Bergson, propos sur la technique.

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Peu rares ont été ceux qui déclaraient vouloir sauver le monde au cours de ses histoires. Au nom de Dieu, au nom de l’homme, … au nom de la terre. Plus rare aura été le manque de réflexion quasi volontaire qui accompagne pour l’heure le dernier de ces slogans. Mais notre manière de penser l’ecologie n’est pas non plus un empire dans un empire. Elle n’est aussi que le symptôme d’un terreau de pensée où poussent des libres décrets invasifs sécrètant de la nouveauté dans l’urgence.

Entendu sur CNN : face à la crise financière, les experts s’accordent tous à dire qu’une nouvelle approche est nécessaire. Mais que peut bien être cette nouvelle approche ? Peu importe, il s’agit dès maintenant d’agir concrètement. Côté environnement, vous pouvez ainsi passer directement aux conclusions du rapport du GIEC. Et si vous ne savez pas lire, on vous les lira. Car savoir pourquoi et comment des puissances scientifiques individuelles se sont agencées au fil du temps de sorte à produire des savoirs, mettre en lumière des relations nouvelles dans la nature, ce qu’est la notion de climat et les variations de cette notion dans l’histoire, de tout cela nous n’avons plus le temps. Dommage pour nous que la nouveauté soit sans doute plus dans les processus eux-mêmes que dans leurs conclusions. Des conclusions que nous ne regardons encore qu’à l’aide de nos anciens modèles.
La crise financière est une crise du crédit privé dans sa réponse à la contraction des salaires, elle-même conséquence d’une exigence de rentabilité financière des entreprises portée à un 15% annuel. Nous avons la solution ! Remplaçons dans le réservoir de la machine le manque du privé par du crédit public ! Le tour est joué jusqu’à la prochaine panne, le temps d’imaginer une nouvelle approche, une nouvelle substitution. 

Lire des conclusions ou étudier les seuls effets ne suffit pas à compendre les processus à l’oeuvre. Et nos capacités d’analyse et de prospective s’en trouvent largement limitées. Or si nous sommes environnementaliste, c’est bien pour comprendre ou essayer de mettre en lumière du commun dans les multiples processus affectant nos différentes sphères d’action. Mettre en rapport en déplacant les frontières et les standards.

La chanson de l’urgence, bien que faisant l’économie de toute analyse des processus, celle-ci a néanmoins valeur de symptôme partiel de ceux-ci, mais sûrement pas de réponse. Entendez urgence, traduisez accélération.
De l’environnement physique où nous accélérons les flux des matières et des énergies, l’écoulement des eaux, à l’environnement biologique où nous accéléront les processus de sélection naturelle (OGM), à l’environnement social où nous accélérons la mise en réseau des informations, à l’environnement financier où nous accélérons la vitesse d’échange des créances, à l’environnement économique où nous accélérons la vitesse de circulation des marchandises, se posent aujourd’hui de mêmes questions du fait d’un même modèle : n
ous ne créons de la valeur qu’en jouant sur le levier de vitesse des machines qui nous englobent. Et comme nous confondons le plus souvent notre trajectoire avec celle de la création de richesses, la progression possible avec le carburant, comme notre désir est privé en nous-même comme en dehors de supports autres que celui de la seule consommation d’objet, et bien nous gardons tous la main bien ferme sur le levier de vitesse. Une action réflexe de notre main plus qu’une action de contrôle, celui-ci ne pouvant-être que partiel. 

Alors certains nous disent que le volant doit bien être l’outil du changement. Qu’il conviendrait de s’arrêter pour faire marche arrière. Quand bien même cela serait possible, et nous douton beaucoup d’un tel degré de liberté, il semble de toute façon que nos traces se soient déjà effacées derrière nous. Par ailleurs, la mise en réseau est plus que l’accélération qu’elle permet, elle permet aussi d’en sortir en conservant la puissance nécéssaire à l’humanité. Alors sans doute qu’il existe un autre instrument du changement : les amortisseurs. C’est à dire la souplesse.

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«  La souplesse sociale est une ressource aussi précieuse que le pétrole ou le titane. Elle doit faire l’objet d’une budgétisation appropriée de manière à être dépensée (comme la graisse)  uniquement pour les changements nécessaires (…)
Tout système biologique peut-être décrit en fonction des maxima et des minima autorisés pour chacune de ses variables interdépendantes : au-delà et en deçà de ces seuils de tolérance, apparaissent inévitablement des malaises, des phénomènes pathologiques et, finalement la mort. A l’intérieur de ces limites, la variable peut se mouvoir afin de permettre l’adaptation. Lorsque, sous l’effet de certaines tensions, une variable doit prendre une valeur proche du seuil supérieur ou inférieur, nous dirons, en employant une expression familière, que le système est « coincé » par rapport à cette variable, ou que le système manque de souplesse par rapport à celle-ci.
Etant donné que les variables sont interdépendantes, être « guindé » à l’égard de l’une d’entre elles signifie généralement pour le système, que les autres variables ne pourront pas changer sans modifier la variable « coincées ». Ainsi la perte de souplesse se propage dans le système entier. Dans des cas extrêmes, le système n’acceptera plus que les changements qui changent les limites de tolérance de la variable « coincée ». Ainsi une société surpeuplée recherchera les changements (augmentation de nourriture, nouvelles routes, maisons supplémentaire etc.) susceptibles de rendre les conditions pathologiques et pathogènes de la surpopulation plus acceptables. Mais ces changements ad hoc sont, précisément, ceux qui risquent de provoquer, à la longue, une pathologie écologique plus profonde encore (…)
Il faut noter que la souplesse est à la spécialisation ce que l’entropie est à la néguentropie. La souplesse peut donc être définie comme une potentialité non engagée de changement. L’opération qui a cours dans le budget de la souplesse est la division, et non la soustraction, comme dans le cas de l’argent et de l’énergie. « 
 

Grégory Bateson, « écologie et souplesse dans la civilisation urbaine », vers une écologie de l’esprit, tome2, Ed. du Seuil, 1980.

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A suivre Bateson, et pour finir sur une note constructive à destination de l’ecological singer – dont les faiblesses (analyse et prospective) sont aussi à l’image de l’ensemble qu’il habite -, on pourrait donc dire que l’analyste de l’écologie commence par recommander aux hommes des institutions en charge tout ce qui peut donner au système étudié un budget de souplesse positif. Cependant:  » comme ces interlocuteurs ont une propension quasi naturelle à épuiser rapidement toute souplesse disponible, il devra donc à la fois créer de la souplesse et prévenir la civilisation contre une usure immédiate de celle-ci. «  L’analyste de l’écologie exercera donc également une autorité afin de préserver la souplesse qui existe déjà, ou celle qui peut être crée. Mais également lui même, en tant que sous-système en coévolution, devra veiller à sa propre souplesse, à celle de ses idées.

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http://www.dailymotion.com/video/k2Lv01Yaw7ZgpPkAeo Deleuze, sur la bêtise.

Des figures, des visages : l’air de l’étonnement

       Où en sommes-nous dans nos mises en scène ? Nos petites espèces immatérielles vivent et cohabitent sur différents “territoires” de la pensée, territoires « qui chante quoi appartient à quoi » dans lesquels elles sont soumises à des rapports de forces. Après le vent de la bêtise, le feu de la technique, voici l’air frais de l’étonnement. Cette force qui nous pousse à l’attention, le rappel qu’on ne sait jamais à l’avance ce que peut… Petite visite guidée par le trio Gorz/Deleuze/Spinoza

http://www.dailymotion.com/video/67qIRJhTfrLZGlXks

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 « Nul ne sait ce que peut un environnement »

Extrait de l’article d’EMMANUEL VIDECOQ – D’une pensée des limites à une pensée de la relation - Revue Multitudes n°24

     Contrairement à ce que laisse penser le « principe responsabilité » d’Hans Jonas, les humains n’ont pas l’exclusivité de l’action ; physiquement, biologiquement, socialement et politiquement, les non-humains sont également actifs, « actants » dit Bruno Latour ; l’environnement est un réceptacle, il a sa virulence propre qui n’est pas que déterministe. Ce qui compte ce sont les agencements, l’intrication des processus. Il faut tout considérer sur le même plan. « Comment tous ces morceaux jouent et vivent ensemble »19 ; la nature a une réalité processuelle, celle d’un multiple enchevêtré qui produit des possibles mais aussi des inquiétudes renchérit Isabelle Stengers.

Il y a deux dimensions principales dans les relations écologiques celles prises en compte par les écologistes qui vont des humains aux non-humains et qui ont pour médiation productive la science, celles qui vont du non-humain à l’humain et qui expliquent comme le dit Isabelle Stengers que nous sommes le produit de notre environnement qu’il soit naturel ou artificiel, (mais là n’est pas l’important), des bactéries qui nous ont précédées, mais qui dans d’autres circonstances auraient pu produire tout autre chose. « Nul ne sait quelles associations définissent l’humanité » déclare Bruno Latour de son coté [...]

De cette hypothèse matérialiste sur l’humain, on peut rapprocher celle qu’entend explorer Félix Guattari pour lequel « un renouveau de l’âme, des valeurs humaines [pourrait] être attendu d’une nouvelle alliance avec les machines. »20 « Le mouvement du processus, précise t-il dans Chaosmose, s’efforcera de réconcilier les valeurs et les machines. Les valeurs sont immanentes aux machines. »21

Inspiré par Gregory Bateson pour lequel « Le monde des idées ne se limite pas à l’homme, mais bien à tous ces vivants, à toutes ces machines, composées d’éléments pouvant traiter de l’information, que ce soit une forêt, un être humain ou une pieuvre », Félix Guattari ne pose pas de frontières stables entre les sujets et les objets, entre l’humain et le non-humain. Au contraire il se propose « d’opérer un décentrement de la question du sujet sur celle de la subjectivité. Le sujet traditionnellement a été conçu comme essence ultime de l’individuation (…), comme foyer de la sensibilité (…) unificateur des états de conscience ; Avec la subjectivité on mettra plutôt l’accent sur l’instance fondatrice de l’intentionnalité. Il s’agit de prendre le rapport entre le sujet et l’objet par le milieu. »22 Il qualifie donc de machiniques les processus de subjectivation non-humains.

Une machine fonctionne tout simplement, elle est une processualité, pas des moyens pour une fin, « Elle est travaillée en permanence par toutes les forces créatrices des sciences, des arts, des innovations sociales qui s’enchevêtrent et constituent une mécanosphère enveloppant notre biosphère. »23

« L’individu, le social, le machinique, écrit-il dans son dernier article, se chevauchent ; le juridique, l’éthique, l’esthétique et le politique également. Une grande dérive des finalités est en train de s’opérer : les valeurs de resingularisation de l’existence, de responsabilité écologique, de créativité machinique, sont appelées à s’instaurer comme foyer d’une nouvelle polarité progressiste au lieu et place de l’ancienne dichotomie droite/gauche.»24

19 Isabelle Stengers, « Entretien avec Bernard Mantelli », in Chimères n°41.
20 Félix Guattari, « Pour une refondation des pratiques sociales », in Le Monde Diplomatique, octobre 1992.
21 Félix Guattari, Chaosmose, p. 82.
22 Félix Guattari, ibid., p. 40.
23 Félix Guattari, « Pour une refondation des pratiques sociales », op. cit.
24 Ibid.

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