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L’écosystème

Notion de base sur les écosystèmes

     Un écosystème est un complexe dynamique composé de communautés de plantes, d’animaux et de microorganismes et de la nature inerte, sujet à des interactions en tant qu’entité fonctionnelle. Les écosystèmes varient énormément en taille, en durée de vie et en fonction. Un bassin temporaire dans le creux d’un arbre et un bassin océanique sont tous deux des exemples d’écosystèmes. Définition d’après groupe de travail sur le cadre conceptuel de l’Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire.

    Les communautés de plantes, d’animaux et de microorganismes sont autrement dénommés biocénose. Celle-ci se caractérise par une chaîne alimentaire (ou trophique), allant du producteur primaire (le végétal fabriquant de la matière organique à partir de l’énergie lumineuse, du CO2 de l’air et des ions minéraux du sol), aux divers consommateurs (de l’herbivore au super prédateur), en passant par les divers décomposeurs en charge d’assurer le retour de la matière organique sous forme minérale dans le sol. La nature inerte est également connue sous l’appellation de biotope. Celle-ci regroupe l’ensemble des caractères géographiques et physico-chimiques de l’écosystème (climat, nature du sol, relief, eau…). Pour analyser et décrire un écosystème donné, on utilise la notion de facteur écologique. Est dit facteur écologique, tout élément du milieu extérieur susceptible d’affecter le développement des êtres vivants.

A ce titre, on distingue plusieurs types de facteurs écologiques:

  • les facteurs biotiques, liés aux composantes biologiques (biocénose), interactions du vivant sur le vivant, intraspécifique (au sein de la même espèce) et interspécifique (entre deux espèces différentes ou plus) ;

  • les facteurs abiotiques, liés aux conditions physico-chimiques du milieu (biotope).

Un facteur écologique joue le rôle de facteur limitant lorsqu’il conditionne les possibilités de succès d’un organisme dans ses tentatives de colonisation d’un milieu. Ce facteur peut être limitant tant par son absence que par son excès. Chaque être vivants présente donc vis-à-vis des facteurs écologiques des limites de tolérances entres lesquelles se situe la zone de tolérance et l’optimum écologique. Ainsi la valence écologique d’une espèce représente sa capacité à supporter les variations plus ou moins grandes d’un facteur écologique.

Les facteurs écologiques peuvent donc agir de différentes façons sur la biocénose. Ils vont notamment intervenir sur :

  • l’aire de répartition biogéographique des espèces ;

  • la densité des populations ;

  • l’apparition de modifications (comportement, métabolisme) adaptatives.

Ainsi lorsque la présence de telle ou telle espèce nous renseigne sur les caractéristiques de son milieu, celle-ci sera appelée bio-indicateur (coquelicot sur sol calcaire ensoleillé, bruyère en sous-bois sur sol acide…). Les caractéristiques propres (un biotope impliquant telle type de biocénose et inversement) à chaque écosystème permettent un zonage tel que celui reproduit sur la page suivante à l’échelle des écorégions. Dès lors pour chaque type écosystème, il est possible d’associer à ce zonage : un mode de fonctionnement, des biens et des services produits, des risques et menaces connus….

L'écosystème dans -> NOTIONS D'ECOLOGIE image0012

Source : Millenium Ecosystem Assessment

    Les êtres humains, en tant que partie intégrante[1] des écosystèmes, tirent bénéfices des « biens et services » produit par le fonctionnement des  écosystèmes. Les services produits par les écosystèmes comprennent les services de prélèvement tels que celui de la nourriture et de l’eau; les services de régulation comme la régulation des inondations, de la sécheresse, de la dégradation des sols, et des maladies ; les services d’auto-entretien tels que la formation des sols, le développement du cycle nutritionnel; enfin les services culturels tels que les bénéfices d’agrément, les bénéfices d’ordre esthétiques et les autres avantages non matériels. Ces différents « services » résultent du fonctionnement des écosystèmes, c’est-à-dire de l’ensemble des réactions biogéochimiques[2] affectant la biosphère et se caractérisant par des échanges permanant de matière et d’énergie le long des différents cycles (eau, carbone, azote…) et chaines alimentaires.

image002 dans Biodiversité

Du fait des différents cycles (ici celui de l’eau), tous les écosystèmes sont fortement ouverts les uns aux autres. Il existe cependant des frontières plus ou moins poreuses dénommées écotones. La lisière d’un bois le séparant d’une parcelle agricole, une haie coupe vent en sont de bons exemples. Comme toute frontière ces zones sont d’importants lieux de transit et d’échange, connaissant une diversité biologique accrue du fait du mélange des qualités des divers écosystèmes la composant. L’un des écotones les plus connu est la zone humide, zone de transition entre les milieux terrestres et aquatiques. Celles-ci constituent un vaste réseau interconnecté d’échange incluant les lacs, rivières, marais et les régions côtières. Dans le monde, on estime à minima qu’elle couvre une surface sensiblement équivalente à 25 fois le territoire français, cela bien que durant le 20ème siècle, plus de 50% des zones humides[3] d’Amérique du Nord, d’Europe et Australie aient été détruites du fait de l’urbanisation, des infrastructures de transport, du surpompage…

Services fournis par les zones humides

Approvisionnement

Nourriture Poisson, fruits, céréales
Eau douce Réservoir
Fibre et combustible Bois énergie
Biochimie Médicament
Biodiversité Matériel génétique

Régulation

Climat Régulation température et précipitations
Cycle de l’eau Recharge des nappes souterraines
Epuration de l’eau Filtration des polluants
Régulation de l’érosion Rétention des sols
Régulation des risques naturels Contrôle des inondations
Pollinisation Habitat

Support

Formation des sols Rétention des sols
Cycle des nutriments Stockage, recyclage des nutriments

image0031 dans Ecosystemique

Les différents services fournis selon le type d’écosystème

Apports méthodologique de l’approche écosystémique

image0041 dans Education

     Au niveau d’un cadrage initial, il est possible de découper un territoire en sous unités fonctionnelle (écozones) et d’ainsi utiliser le concept d’écosystème comme grille de lecture structurante des évaluations.

Les conditions de vie et de production d’une collectivité dépendent toujours directement ou indirectement des services fournis par les écosystèmes locaux (eau, nourriture, bois, fibre, matériel génétique…). Aujourd’hui, le développement des transports à grande vitesse associés à une énergie peu chère, rendent possible la consommation de certains biens et services produits par des écosystèmes distants, d’où la notion de ville « hors-sol » allant capter son eau parfois à plusieurs milliers de kilomètre. Cependant la question de la durabilité et du coût global de tels systèmes d’approvisionnement lointains demeure en suspend.

En effet, les projections démographiques et la nécessaire poursuite de la croissance économique mondiale[4] vont encore accentuer la consommation de biens et services pour une offre ou capacité environnementale au mieux constante, à priori déjà saturée. A titre d’exemple les études prospectives menées dans le cadre du « Millenium Ecosystem Assessment » nous enseignent que la demande en nourriture (donc en service de prélèvement, d’auto-entretient…) pourrait croître de 70 à 80% sur les 50 prochaines années. Avec quels écosystèmes ?

Cette demande croissante engendrera nécessairement des difficultés plus grandes pour les collectivités au niveau de l’accès aux ressources et augmentera pour tous le coût de la sécurisation des approvisionnements, d’où le concept de vulnérabilité territoriale.

Vulnérabilité territoriale et évaluation

      Du fait de l’interconnexion de tous les écosystèmes, se croise sur un même territoire des échelles de temps hétérogènes. L’environnement global (climat, grands cycles biogéochimiques) qui évolue sur la longue période, l’environnement local (production de biomasse) sur la moyenne, les collectivités humaines sur la courte période. L’exemple suivant nous montre comment une déforestation exercée même à longue distance d’un territoire, peut par effets successifs, avoir un impact non négligeable sur l’environnement local ce dernier.

image010 dans Energie

Que dire également du changement climatique, véritable producteur d’incertitudes affectant l’environnement global. Ces temporalités et frontières mouvantes au sein des territoires renforcent le besoin prospectif des analyses.

image012 dans Monde animal image011 dans Monde végétal

Pour tenir compte de ces dépendances et interconnections multiples, des temporalités et distances de contamination variables, l’approche écosystèmique des territoires parait la plus pertinente.

Conclusion et synthèse

    Retenons donc qu’il existe des relations directes et indirectes entre vulnérabilité de l’environnement, au sens de l’ensemble des écosystèmes présent sur un territoire, et vulnérabilité  des collectivités humaines qui y sont inclus et vivent pleinement, sur un territoire, des biens et services procurés par ses écosystèmes.

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Source : Millenium Ecosystem Assessment

    Illustrant cette approche, le Global Environmental Change and Human Security Project a cartographié les régions soumises à un fort stress écologique associé à une vulnérabilité du bien-être des populations. Pour ce faire a été développé un index, ‘‘index of vulnerability’’, résultat de l’agrégation de 12 indicateurs et dont la matrice d’analyse est représentée ci-dessous.

Indicateurs composants l’index de vulnérabilité

  • Food import dependency ratio,

  • Water scarcity,

  • Energy imports as percentage of consumption,

  • Access to safe water,

  • Expenditures on defense versus health and education,

  • Human freedoms,

  • Urban population growth,

  • Child mortality,

  • Maternal mortality,

  • Income per capita,

  • Degree of democratization,

  • Fertility rates.

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Source : International Human Dimensions Programme on Global Environmental Change



[1] L’être humain a donc lui aussi une valence écologique, celle-ci est artificiellement largement étendue par la maîtrise de l’énergie et les outils techniques.

[2] Les interactions existantes entre les différents êtres vivants (facteur biotique) vont de pair avec un mixage permanent avec des substances organiques et minérales (facteur abiotique), absorbés par les organismes vivants pour leur croissance et reproduction, puis rejetés sous forme de déchets. Ce recyclage permanent d’éléments (en particulier carbone, oxygène, azote et l’eau) est appelé cycle biogéochimique.

[3] 90% en Californie, 67% en France…

[4] Infrastructure de transport, urbanisation, consommation de matières premières…

Festival international du film de l’environnement : prix 2003 du documentaire

La Loi de la jungle, film documentaire de Philippe Lafaix, 2003, 53 minutes

http://video.google.com/videoplay?docid=-515846276481136594

Site internet du Festival International du Film d’Environnement

Education et écologie : un concept intégrateur

     Dans son ouvrage, « la pensée chinoise » le sinologue et sociologue Marcel Granet nous enseignait que « [...] les Chinois n’ont aucun goût pour les symboles abstraits. Ils ne voient dans le Temps et l’Espace qu’un ensemble d’occasions et de sites. Ce sont des interdépendances, des solidarités qui constituent l’ordre de l’Univers. On ne pense pas que l’homme puisse former un règne dans la Nature ou que l’esprit se distingue de la matière. Nul n’oppose l’humain et le naturel, ni surtout ne songe à les opposer, comme le libre au déterminé. »

La pensée écologique ne serait-elle pas précisément le fruit d’une synthèse possible entre un occident analytique cartésien et une pensée orientale systémique, fruit d’un Tao pour lequel « rien n’est indifférent » ?

     Joël de Rosnay dans son article Education, Ecologie et Approche Systémique de juin 1994 nous invitait implicitement à cette réflexion. Loin de s’opposer, esprit analytique et systémique sont complémentaires dans un certain rapport ou mode de pensée : « l’écologie est un concept intégrateur, un mode de pensée global qui matérialise aujourd’hui l’irruption de la systémique dans l’éducation, l’industrie et la politique […] l’approche systémique, fille de la cybernétique et de la biologie, est aujourd’hui complémentaire de la vision analytique héritée de Descartes. » 

Education et écologie : un concept intégrateur dans -> CAPTURE de CODES : image00116

La systémique comme intégration des points de vue

     Mode de pensée encore à constituer à partir de fragments dont Rosnay nous propose une sélection scientifique (cybernétique, biologie moléculaire…) : « l’histoire et la référence à d’autres disciplines peuvent éclairer l’écologie. Par exemple le rapprochement avec l’économie, la cybernétique ou la biologie. L’écologie c’est la science de notre maison terrestre comme l’économie est la règle de gestion de cette même maison. »  Mais on ne reste pas seulement dans le domaine scientifique dans la mesure où : « l’écologie est plus qu’une discipline scientifique. Elle représente une nouvelle vision du monde et de l’homme dans la nature […] Le « métabolisme » des sociétés humaines est incomplet. Il comprend bien une phase de catabolisme, de dégradation d’énergie et de matériaux, mais non d’anabolisme, c’est-à-dire de traitement de ceux-ci en vue d’une reconstitution des réserves planétaires. Nous devons donc nous livrer à une sorte de macro-ingénierie à l’échelle écologique afin de « refermer » ces boucles aujourd’hui « ouvertes » sur notre environnement, en particulier pour le traitement des déchets. ». 

image00214 dans -> NOTIONS D'ECOLOGIE

Mais l’auteur va plus loin et s’interroge déjà sur le comment de l’apprendre à apprendre de ce nouveau mode de pensé, comment l’intégrer dans nos programme scolaire ? Sous quelles conditions ? « Il s’agit plus de communiquer une nouvelle culture que d’enseigner des disciplines de base. Il s’agit aujourd’hui de passer de l’émotion à la responsabilité grâce à une culture scientifique et technique permettant de relier les éléments épars reçus par l’éducation ou les médias […] Ainsi se pose la question majeure de la transmission des savoirs qu’elle implique. Comment faire entrer l’écologie dans l’enseignement traditionnel ? Quelle place doit-elle prendre ? […] Le nouvel « écocitoyen » doit mieux comprendre comment situer et insérer son action locale dans un ensemble global : celui des grandes fonctions du métabolisme planétaire […] Il faut donc aujourd’hui de nouvelles méthodes et de nouveaux outils pour former à l’écologie..» 

« L’éducation systémique appliquée à l’écologie utilise plusieurs moyens de communication complémentaires pour toucher ses publics et fait appel à différents niveaux de « lecture » de ses messages. Un de ses principaux objectifs est d’aider à s’élever pour mieux voir, à relier pour mieux comprendre et à situer pour mieux agir […] L’effort d’éducation en écologie doit être mobilisateur et interrogateur. Plutôt que de fournir des connaissances prédigérées, cette pédagogie moderne est un tremplin pour l’exercice créateur de la réflexion individuelle et collective. Elle est aussi et surtout un ferment pour une nouvelle culture multidimensionnelle adaptée à la compréhension des grands problèmes écologiques. » 

Lire l’article

L’ouverture du GIEC au temps présent ?

     Les experts du GIEC semblent placer au premier rang des conséquences du changement climatique, les difficultés d’approvisionnement en eau et la problématique de la biodiversité.

Bien qu’il ne soit pas nécessaire d’anticiper les conséquences futures des variations climatiques pour constater dès aujourd’hui les effets de pressions anthropiques excessives sur la ressource en eau et la biodiversité, ce faisant le GIEC ouvre (enfin ?) une voie de dégagement à la mono-communication des calculs climatiques.

Si le changement climatique, entendu au singulier, est un formidable producteur d’incertitude dans l’équation générale drivant les aménagements humains, il n’en demeure pas moins en l’état des connaissances une force globale et abstraite capable d’influer sur les variables réelles que sont l’accès à la ressource en eau, les stocks de la « banque mondiale » génétique, etc. 

Or la vulnérabilité présente de ces variables est encore assez largement indépendante des variations climatiques futures. Et comme ces variables sont porteuses en elles-mêmes d’un potentiel d’atténuation de ces variations, elles en sont donc tout autant des causes que des conséquences.

     La question est donc : quel seront les « états » (qualitatif et quantitatif) futurs des ressources en eau et de la biodiversité ? États à partir desquels les variations climatiques s’exprimeront plus ou moins violement. Il convient ainsi et dès à présent d’apprécier au mieux leurs états actuels, l’ensemble des forces à l’œuvre. Voir à ce titre les remarquables travaux du Millenium Ecosystem Assessment.

D’un point de vue méthodologique, notons que si le GIEC partait de l’hypothèse d’un risque global pour en déduire des conséquences à analyser localement, l’approche du Millenium Ecosystem Assessment, bien que complémentaire, faisait le pari inverse. A savoir qu’à partir de l’observation de la vulnérabilité locale des différents écosystèmes, elle en induit une notion de risque global, sans avoir à raisonner en termes de conséquences, chose bien difficile dans des systèmes ou tout est lié et interagi dans le temps comme l’espace.

Eau et biodiversité ne sont donc pas des conséquences uniquement dérivées de la « question climatique », elles sont des tampons vulnérables, à conjuguer au présent à mesure que leurs états participeront à renforcer ou diminuer les impacts des variations climatiques à venir.

     Le tableau suivant s’appuie sur les données parues dans le monde du 05/04/2007 s’appuyant sur un rapport du WWF « Les 10 plus grands fleuves en danger » (PDF, En). Ici pas besoin de CO2, de courbes et de calculs corrélatifs pour s’expliquer. Pour qu’un hydrosystème fonctionne, il demande une quantité d’eau minimum pour lui-même afin d’éviter les ruptures de cycle entrainant salinisation, eutrophisation, espèces envahissantes, etc. Une quantité d’eau dont il est précisément privé par les dérivations successives (barrages, captages canalisations, endiguements, etc.) Autrement dit, du fait d’un mauvais partage de la ressource en eau entre besoins humain et non-humains.

Quantité et qualité sont bien souvent les deux faces d’un même problème, tout du moins dans le sens suivant : une diminution de la quantité entraine de facto une plus grande concentration des polluants. Ainsi, globalement :

  • dans les régions agricoles les prélèvements excessif afin d’irrigation altèrent le débit des cours d’eau, concentrant et restituant des pollutions organiques (nitrates) et chimiques (pesticides) en retour ;
  • dans les régions urbaine les prélèvements excessif afin domestiques altèrent le débit des cours d’eau, concentrant et restituant des pollutions organiques (bactériales) et chimiques (micropolluants) en retour ;
  • dans les régions industrielles les prélèvements excessifs afin des processus de production altèrent le débit des cours d’eau, concentrant et restituant principalement des pollutions chimiques (métaux lourd) ou thermique (eaux de refroidissement) en retour.

L’ouverture du GIEC au temps présent ? dans -> ACTUS image0011

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Changement climatique : un état de l’opinion ?

     Une récente enquête IFOP / Acteurs Publics (26 octobre 2006) révèlait que plus de neuf personnes interrogées sur dix (91%) se disent préoccupées par la protection de l’environnement. Parmi elles, 46% se déclarent même très préoccupées.

Invités à indiquer la mesure perçue comme la plus efficace pour lutter contre la dégradation de l’environnement, les Français expriment des attentes plutôt éclatées. Emerge cependant en seconde position, derrière l’utilisation des énergies renouvelable à 32%, une attente exprimée en termes de demande pédagogique et rassemblant 22% des interviewés. Ceux-ci appellent de leurs vœux l’introduction de cours d’éducation à l’environnement dans les programmes scolaires.

Parmi les mesures suivantes, quelle est celle qui vous semble la plus efficace pour lutter contre la dégradation de l’environnement ?

Changement climatique : un état de l’opinion ? dans -> ACTUS image0019

     91% des français préoccupés par ? A en croire l’étude les français et l’environnement, TNS Sofres du 12 avril 2006 : « l’environnement est un sujet de préoccupation important aux multiples facettes ». Ce qui est plutôt rassurant au regard du temps de parole des différents « thèmes » environnementaux dans les médias. Voir à ce titre l’étude sur la place de l’environnement dans les médias (2005).

Parmi les risques environnementaux suivants, quels sont ceux qui vous semblent les plus inquiétants pour l’avenir de la planète?

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     Mais dans sa note sur « l’état de l’opinion sur l’effet de serre et le changement climatique » du 13  décembre 2005, l’ADEME (l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) remarquait que conformément aux années précédentes, les études sur la perception de l’effet de serre révèlent deux grandes tendances d’apparence paradoxale.

  • Une sensibilisation au sujet effet de serre : la majorité des personnes apportent une réponse à la question « En quoi consiste selon vous l’effet de serre ? »

  • Une méconnaissance de la définition exacte de l’effet de serre : beaucoup ne comprennent pas la nature exacte du phénomène en l’associant par exemple pour 25% à la couche d’ozone contre seulement 14% aux gaz (CO2…)

Et l’étude d’en conclure: « […] Le manque d’exactitude quant à la définition précise du phénomène de l’effet de serre rappelle la nécessité de poursuivre une démarche pédagogique – en particulier sur le lien de cause à effet entre effet de serre et réchauffement climatique. »

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     Certitude et manque d’exactitude (euphémisme) marchent donc bien main dans la main. Espérons juste que les nouveaux comportements qu’il convient de nous ingurgiter, tout aussi mécaniquement que les précédents, ne se voient pas infirmer par les prochaines découvertes des sciences, encore plus rapidement que les derniers. Oui, oui la dernière révolution verte était faite de nitrates et pesticides…mais nous ne tomberons plus dans les pièges de nos pauvres parents, aveuglés par le profit, au mieux, le mythe du progrès, au pire !

Avec 25% des interviewés associant l’effet de serre à la couche d’ozone, les objectifs en termes de communication sont certainement atteints ! Et l’étude de l’ADEME de se satisfaire de cet état de fait : « si la compréhension du phénomène de l’effet de serre reste toute relative, son caractère néfaste est de plus en plus acquis par les citoyens. Cette représentation qui fait la part belle à la responsabilité humaine augmente régulièrement d’année en année : elle représentait un quart des réponses en 2001, elle en représente un tiers en 2005. La sensibilisation à travers la diffusion d’information n’est donc pas vaine […] » Après sciences sans conscience, voici venu l’heure des bons comportements sans conscience. Efficacité de la communication d’urgence on vous dit ! L’important c’est d’agir ! Comment ? On nous donne même le mode d’emploi prêt à l’usage, justement pour ne plus avoir à comprendre un mode d’emploi. Oui, oui on recycle de bonnes vieilles méthodes…

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     Soyons optimistes, avec 22% des français en demande de pédagogie, 38% reconnaissant l’importance de question telle que celle de l’eau, on peut vraissemblablement espérer des « jours de communication » meilleurs ! Approprions-nous, sentons et expérimentons ! Cherchons…grattons…

L’écologie de Gregory Bateson

« Il y a une écologie des mauvaises idées, comme il y a une écologie des mauvaises herbes. » Gregory Bateson 


« Vers une écologie de l’esprit »
Gregory Bateson (1904-1980)

Gregory Bateson

      Scientifique américain ayant consacré sa vie à la recherche dans des domaines très variés des sciences sociales (anthropologie, psychiatrie, cybernétique), Gregory Bateson  s’est principalement attaché à penser une épistémologie[1] nouvelle à partir des matériaux de la cybernétique (rapports du tout à ses éléments et critique de la disjonction substantialiste entre sujet et objet), de la théorie des systèmes (étude des boucles et systèmes d’interaction complexes) et des types logiques (mise en perspective hiérarchique des relations). 

De ce « contexte » épistémologique, les travaux de G. Bateson ne cesseront d’approfondir les questions relatives au « soi » dans la relation complémentaire de celui-ci avec le système plus vaste qui l’inclut. Ainsi : « l’observateur appartient au champ même de l’observation et que, d’autre part, l’objet de l’observation n’est jamais une chose, mais toujours un rapport ou une série indéfinie de rapports. » En conséquence, un système de communication n’est donc plus le fait d’une individualité physique constituée, mais d’un vaste réseau de voies empruntées par des messages.

Dès lors, à l’opposition classique entre immanence et transcendance, « l’épistémologie cybernétique » de Bateson propose de substituer une approche nouvelle par où l’esprit individuel est immanent. Mais pas seulement dans le corps ! Il l’est également dans les voies et messages extérieurs au corps. Précisément dans la mesure où l’esprit humain n’est qu’un sous-système d’un esprit plus vaste, ce dernier étant lui-même immanent à l’ensemble interconnecté formé par le système social et l’écologie planétaire.

A la question : « que diable entendez-vous par écologie de l’esprit ? » Bateson répondait :

« ce que je veux dire, plus ou moins, c’est le genre de choses qui se passent dans la tête de quelqu’un, dans son comportement et dans ses interactions avec d’autres personnes lorsqu’il escalade ou descend une montagne, lorsqu’il tombe malade ou qu’il va mieux. Toutes ces choses s’entremêlent et forment un réseau [...] On y trouve à la base le principe d’une interdépendance des idées qui agissent les unes sur les autres, qui vivent et qui meurent. [...] Nous arrivons ainsi à l’image d’une sorte  d’enchevêtrement complexe, vivant, fait de luttes et d’entraides, exactement comme sur n’importe quelle montagne avec les arbres, les différentes plantes et les animaux qui y vivent – et qui forment, en fait, une écologie »[2].

La note qui suit tentera de présenter quelques uns des concepts de bases de la pensée de G. Bateson (cybernétique et type logique), en insistant sur le concept de conscience non assistée et le rôle de l’art en tant qu’outils d’accessibilité au système écologique planétaire.

Système et cybernétique

      Dans sa définition classique[3], la cybernétique est une science destinée à couvrir l’ensemble des phénomènes qui mettent en jeu des mécanismes de traitement de l’information (transport des messages à travers des réseaux de communication, prédiction, organisation et régulation des systèmes biologiques). Celle-ci diffère donc de la théorie de l’information (codage, décodage, stockage, transport, filtrage de l’information, etc.) en ce  « qu’elle ne s’intéresse pas aux systèmes concrets qui opèrent sur de l’information » mais bien à la structure logique de leur fonctionnement.
Autrement dit, si l’étude de la transmission des signaux se fait à la lumière de la théorie de l’information, on pourra néanmoins étudier les transformations systématiques auxquelles sont soumises les informations représentées par ces signaux en faisant complètement abstraction de ceux-ci. Voilà qui est précisément le point de vue de la cybernétique.

Pour Bateson, la description d’une organisation en termes de correspondance, d’adaptation et de convenance aux conditions du contexte et de l’environnement révèle de l’explication cybernétique, type logique différent de celui de l’explication causale. Il ne s’agit plus de savoir « pourquoi quelque chose s’est produit » mais de savoir quelles contraintes ont fait que « n’importe quoi ne se soit pas produit ».

·  Dans l’explication causale, dite « positive », la trajectoire ou le comportement d’un élément est considéré comme entièrement prédictible à partir des conditions initiales (relation linéaire de cause à effet).

· Dans l’explication cybernétique, dite « négative », l’examen des restrictions ou contraintes du système montre que seule une « réponse appropriée » aux différentes contraintes peut survivre, se développer et se reproduire.

« […] En termes cybernétiques, on dit que le cours des événements est soumis à des restrictions, et on suppose que, celles-ci mises à part, les voies du changement n’obéiraient qu’au seul principe de l’égalité des probabilités. En fait, les restrictions sur lesquelles se fonde l’explication cybernétique peuvent être considérées, dans tous les cas, comme autant de facteurs qui déterminent l’inégalité des probabilités [...] Idéalement – et c’est bien ce qui se passe dans la plupart des cas – dans toute séquence ou ensemble de séquences, l’événement qui se produit est uniquement déterminé en termes d’une explication cybernétique. Un grand nombre de restrictions différentes peuvent se combiner pour aboutir à cette détermination unique. Dans le cas du puzzle, par exemple, le choix d’une pièce pour combler un vide est restreint par de nombreux facteurs : sa forme doit être adaptée à celle des pièces voisines et, en certains cas, également à celle des frontières du puzzle ; sa couleur doit correspondre à celles des morceaux environnants [...] Du point de vue de celui qui essaie de résoudre le puzzle, ce sont là des indices, autrement dit des sources d’information qui le guideront dans son choix. Du point de vue de la cybernétique, il s’agit de restrictions. De même pour la cybernétique, un mot dans une phrase, une lettre à l’intérieur d’un mot, l’anatomie d’un quelconque élément d’un organisme, le rôle d’une espèce dans un écosystème, ou encore le comportement d’un individu dans sa famille, tout cela est à expliquer (négativement) par l’analyse des restrictions. [4] »

La description d’une organisation n’est donc adéquate que si l’on inclut une description des contraintes exercées par le contexte et l’environnement sur ses possibilités d’action (comportement, fonction et processus), d’agencement (structure) et de devenir (évolution). Il est de même du comportement conçu comme un « construit organisé d’activités », de la cellule jusqu’à la machine et aux institutions en passant par l’animal et l’homme, la société.
Le comportement d’une fourmi ne devient ainsi intelligible qu’au regard des contraintes topographiques de son parcours, des contraintes du ravitaillement à rapporter dans un processus stochastique du hasard des rencontres et de la nécessité de ramener la nourriture.

Niveaux et types logiques

Le terme Méta signifie « à propos de », il est issu du grec et signifie au départ « après, au-delà de »[5]. Il induit un regard de la chose sur elle-même. Un métalangage est un langage qui a pour sujet le langage, une métacommunication est une communication à propos de la communication.
Mais de la communication à la métacommunication il y a un changement de « niveau logique », dans la mesure où l’on peut distinguer le message proprement dit du message à propos du message.

Gregory Bateson va donc appliquer le concept de niveau logique, pas seulement à la communication, mais à la vie en général. Pour ce faire il s’appuiera sur le concept de « type logique » tel que développé par le mathématicien Russel[6]. Remarquant qu’un animal qui joue peut simuler le comportement d’agression de sorte que l’animal lui faisant face sera capable de distinguer un cadre ludique, ne se sentira pas menacé, il est amené à dire que la métacommunication trace donc un cadre (contexte) qui influence le sens de la communication de base (i.e. le comportement d’agression).
Cette distinction des couches qui englobent les précédentes constitue la « hiérarchie naturelle» telle que définie par Bateson.

Les types logiques ont été définies au début du vingtième siècle par Russel et Whitehead et sont liées aux concepts de classe et de classification. Des éléments ayant des caractéristiques communes peuvent être rassemblés pour former une classe d’éléments partageant les mêmes caractéristiques. La classe des éléments ainsi formée est d’un type logique différent de celui des éléments proprement dit, dans la mesure où il est exclu qu’une classe soit membre d’elle-même (la classe des oiseaux n’est pas un oiseau) et qu’une classe ne peut être membre de sa non-classe (la classe des oiseaux n’appartient pas à la classe des non oiseaux). La notion de classe définit ainsi un niveau logique supérieur par rapport à ses éléments.

« Un bibliothécaire dresse le catalogue des livres dont il a la charge et, lorsqu’il a terminé, se demande où situer son catalogue. En effet, son catalogue a bien l’apparence d’un livre, mais il n’est pas du même ordre ou niveau que les livres qu’il classifie et répertorie. Le catalogue des livres n’est pas un livre. C’est le livre des livres ou « méta-livre ». Il ne peut pas se répertorier lui-même et être à la fois un des membres et la classe. Il est d’un niveau de type logique supérieur à celui des livres qu’il classifie. C’est la représentation des livres, elle cartographie les livres, comme la carte pour le territoire, le menu pour le repas. C’est une représentation des livres qui y sont représentés. Comme le catalogue n’est pas du même ordre ou niveau que les livres qu’il classifie et répertorie, cette historiette de bibliothécaire n’est pas du même ordre que le texte qu’elle commente. C’est pour souligner cette distinction, en rupture radicale, entre le message (le texte) et le méta-message (le commentaire) ou message sur (ou au sujet de) le message qu’a été introduite une rupture typographique marquée. De la même façon, les règles du jeu ne sont pas du jeu et ne sont pas en jeu, comme le méta-message qui « cadre » le message et le situe en indiquant la manière de comprendre le message. » (source article Wikipédia sur la théorie des contextes)

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Gregory Bateson part donc de ces concepts logiques pour les appliquer au monde du vivant, et plus particulièrement à l’apprentissage (voir table suivante). En incluant le niveau de communication de base, le méta-niveau l’influence et de nouvelles propriétés peuvent émerger, celles-ci pouvant radicalement différer de celles du niveau de départ. Afin de se représenter la chose, l’image des poupées russes qui s’emboitent les unes dans les autres serait sans doute plus adéquate qu’une simple métaphore spatiale représentant des niveaux successif empilés les uns sur les autres.

« Le stimulus est un signal élémentaire interne ou externe. Le contexte du stimulus est un métamessage qui classifie le signal élémentaire. Le contexte du contexte du message est un méta-métamessage etc. etc.…Le contexte est un terme collectif désignant tous les événements qui indique à l’organisme à l’intérieur de quel ensemble de possibilités il doit faire son prochain choix. Il y a donc des indicateurs de contexte. Un organisme répond différemment au même stimulus  dans des contextes différents. Quel est donc la source informative de l’organisme ? Il existe des signaux dont la fonction est de classifier les contextes. Indicateur de contexte de contexte… » (Source Bateson, vers une écologie de l’esprit tome 1 (309-310)

Systèmes et métasystèmes 

Pour Bateson, le concept de type logique à une implication directe sur le rapport du tout à ses éléments : « la contradiction entre le tout et la partie [...] est tout simplement une contradiction dans les types logiques [car] le tout est toujours en métarelation avec ses parties. »

« Le système minéral de la lithosphère oriente et délimite les possibilités de vie du système organique de la biosphère. Ce système organique, lui même, oriente et délimite les possibilités d’association des congénères animaux et végétaux du système social de la sociosphère. Le système organique est alors le contexte du système social ou métasystème social c’est-à-dire le système du système social et le système minéral comme « métasystème organique » ou encore métamétasystème social.
Ainsi, l’écosystémique de la foresterie et de la pêcherie, à la base, s’occupe du système social de l’association des arbres et des poissons avec son environnement ; cet environnement est le système organique, qui est lui-même dans un environnement qui est le système minéral de la lithosphère qui oriente et délimite les possibilités de vie sur la planète. »
 (
D’après source article Wikipédia sur la Théorie des contextes).

L’approche écosystémique est ainsi une façon de percevoir à la fois l’arbre et la forêt, sans que le premier ne masque la seconde. L’arbre est perçu comme une configuration d’interactions appropriée aux conditions de vie dans le contexte forestier, en association avec d’autres arbres qui forment sa « niche écologique ».

Apprendre à apprendre

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Bateson propose de distinguer une suite hiérarchisée de quatre catégories d’apprentissage classées le long d’une échelle de type logique. Attention ! Un niveau d’apprentissage n’est pas un niveau de compréhension. Il existe un certain nombre de niveaux dans lesquels chaque niveau supérieur est la classe des niveaux subordonnés.
D’une manière générale, plus le niveau est élevé et moins nous comprenons le processus, plus il est difficile à l’esprit de « manœuvrer » avec. Le changement implique un processus, mais les processus eux-mêmes sont soumis au changement. Ceci implique la notion de contexte répétable comme une prémisse nécessaire à toute théorie qui définit l’apprentissage en tant que changement : « Aucun homme ne peut coucher deux fois pour la première fois avec la même fille » Héraclite.
D’un point de vue intellectuel, il peut-être utile de se référer à l’analogie du mouvement : le mot « apprentissage » indique indubitablement un changement, d’une sorte ou d’une autre. La forme de changement la plus simple et la plus familière étant le mouvement.

L’apprentissage de niveau 0 est l’expérience directe : « je mets ma main au feu, et je me brûle. » L’apprentissage zéro se caractérise par la spécificité de la réponse, qui juste ou fausse, n’est pas susceptible de correction. L’apprentissage 0 correspond à la position de l’objet.

L’apprentissage de niveau 1 est ce que nous appelons généralement « apprentissage »,  à savoir  la généralisation des expériences directes de bases : « j’ai mis ma main dans le feu, j’ai été brûlé et je ne le referai plus. » Accoutumance, conditionnement pavlovien classique…Il correspond à un changement dans la spécificité de la réponse, à travers une correction des erreurs de choix à l’intérieur d’un ensemble de possibilité. L’apprentissage 1 correspond à sa vitesse quand il bouge. 

L’apprentissage de niveau 2 contextualise les expériences de l’apprentissage de niveau 1. Il s’agit ici de développer des stratégies afin de maximiser l’apprentissage de niveau 1, à travers l’extraction de règles implicites et la mise en contexte des unités d’apprentissage de niveau 1 : « généralement je ne risque pas d’être brûlé, mais cela pourrait m’arriver si je devais sauver autrui d’un incendie. » Il correspond donc à un changement dans le processus de l’apprentissage 1, changement correcteur dans l’ensemble des possibilités où s’effectue le choix et qui se produit dans la façon dont la séquence de l’expérience est ponctuée. L’apprentissage 2 semble également être ainsi une préparation nécessaire aux troubles du comportement. A travers ses recherches sur la schizophrénie, Bateson isolera la source de cette dernière comme l’incompatibilité répétée entre un contexte et un métacontexte au cours d’un apprentissage (notion de la double contrainte). L’apprentissage 2 correspond à l’accélération ou à la décélération, soit au changement dans la vitesse de l’objet mobile.

L’apprentissage de niveau 3 contextualise les expériences de l’apprentissage de niveau 2. Il est difficile et peu fréquent même chez l’être humain. En ce sens il peut être qualifié de niveau spirituel ou existentiel : « que dit de moi le fait d’être prêt à risquer d’être brûler pour… » C’est un changement dans le processus de l’apprentissage 2, changement correcteur dans le système des ensembles de possibilité dans lequel s’effectue le choix. L’apprentissage 3 correspond à un changement dans le rythme de l’accélération ou de la décélération, soit un changement dans le changement du changement de la position…

La conscience non assistée

En signant « cet abandon des frontières de l’individu comme point de repère », et remarquant que si Freud a « étendu le concept d’esprit vers le dedans [...] à l’intérieur du corps », Bateson entend lui-même « étendre l’esprit vers le dehors ». Or ces deux mouvements ont ceci de commun qu’ils s’accompagnent de la réduction du champ du soi conscient

C’est précisément sur cette base de la réduction du champ conscient que nous tenterons d’aborder, succinctement, l’un des nombreux apports de Bateson à la pensée écologique. À travers certaines citations extraites du tome 1 de « Vers une écologie de l’esprit [7]», nous nous intéresserons plus précisément à la nature correctrice de l’art, en tant que voie d’accès aux relations par delà leurs termes (objet/sujet, objet/objet sujet/sujet). Précisément car « le dualisme est appétitif » nous dit Bateson. Ainsi, quand nous percevons notre environnement comme composé de choses et que nous ignorons les liens qui nous relient à ces choses, nous pouvons nous mettre à vouloir les posséder « bêtement ».
Qu’adviendrait-il en terme de mode d’existence si nous envisagions le monde comme un ensemble de relations ?

Codes conscients et inconscients

      L’être humain, s’il apprend à se comporter dans son environnement grâce à la coévolution,  est également « couplé à son environnement biologique par l’intermédiaire de la conscience ». C’est-à-dire qu’il a la capacité consciente de « savoir qu’il sait ». Or une grande partie de cette pensée consciente est « occupée » par l’algorithme du langage (ou processus secondaire). C’est-à-dire parler de choses et de personnes singulières  caractérisées par un système de marquage, l’emploi de la négation, la temporalité etc. etc.…

Cependant, à la suite de Nietzche, nous pouvons dire que la grande partie de nos activités est inconscience et l’algorithme qui caractérise la pensée de l’inconscient (processus primaire) est lui bien différent. Il est marqué par une double inaccessibilité :
· son accès est intermédié par le rêve, l’art, la religion, les drogues etc. etc.…
· sa traduction est difficile dans la mesure où il communique sur un mode métaphorique des relations dont les termes sont impersonnels ou non identifiés. C’est-à-dire que pour l’inconscient, seule la relation illustrée demeure inchangée. Ici, il n’existe pas de marquage indiquant la métaphore contrairement aux termes  « comme, comme si » du langage conscient.

Pour Bateson, le rôle de l’inconscient est double :
· accueillir les choses difficiles que la consciente souhaite occulter (rôle « sécuritaire ») ;
· accueillir les « habitudes » (rôle économique).

Insistons à présent sur ce second point. Bateson entend par habitudes, les choses tellement familière qu’il est inutile de les examiner autrement qu’au niveau des conclusions de l’action que la pensée implique. En conséquence, il existe donc des types de connaissance qui peuvent être reléguées à des niveaux inconscients (ce qui est commun à une affirmation particulière et à une métaphore lui correspondant), d’autres se devant d’être gardées en surface : « généralement, nous sommes capables de refouler les types de connaissance qui restent valables indépendamment des changements intervenus dans l’environnement, mais nous devons maintenir à une place accessible tous les moyens de contrôle du comportement, qui doivent être changés à chaque moment. »

Ainsi les prémisses peuvent être refoulées par mesure d’économie, mais les conclusions particulières doivent être maintenues à la conscience. D’un point de vue économique, on pourra dire que l’inaccessibilité est le prix du refoulement, ce dernier étant entendu comme une économie de pensée consciente, ressource rare au mécanisme lourd. Par conséquent, il est difficile pour tout organisme d’examiner la matrice globale d’où jaillissent ses conclusions conscientes.

Limites quantitatives et qualitatives  de la conscience

Bateson souligne l’impossibilité, pour un organisme quel qu’il soit, d’atteindre à une conscience totale. En effet, chaque nouveau pas vers celle-ci impliquerait en retour une nouvelle et importante augmentation de circuits conscients, cette nouvelle couche venant s’empiler sur les anciennes et ainsi de suite. Autrement dit, aucun système logique ne saurait décrire intégralement sa propre structure.Ainsi tous les organismes doivent se contenter d’un champ de conscience restreint, aucun ne pouvant se permettre d’être conscient de chose qu’il peut résoudre à des niveaux inconscients (économie et efficacité des circuits).

D’un point de vue qualitatif : « dans le cas d’un poste de télévision, une image satisfaisante à l’écran est certainement une indication que la plupart des éléments du poste fonctionnent correctement. » Pour Bateson, il en est de même pour l’écran de la conscience. Mais ce qui est fourni là n’est qu’une « indication très indirecte du fonctionnement de toutes les parties […]  Le poste de télé qui donne une image déformée ou autrement imparfaite, communique en ce sens quelque chose sur ses pathologies inconscientes, en exhibant leurs symptômes ». Cependant un diagnostic précis ne pourra-être donné que par un regard extérieur expert.

La conscience est donc nécessairement sélective et partielle, petite partie du réel systématiquement sélectionnée et aboutissant à une image déformée d’un ensemble plus vaste. Bateson donne ici l’exemple de l’iceberg. Si à partir de la surface visible de celui-ci nous pouvons deviner, extrapoler, le type de matière qui se trouve immergée, il n’en est pas du tout de même à partir du matériel livré par la conscience : « le système de la pensée consciente véhicule des informations sur la nature de l’homme et de son environnement. Ces informations sont déformées ou sélectionnées et nous ignorons la façon dont se produisent ces transformations. Comme ce système est couplé avec le système mental coévolutif plus vaste, il peut se produire un fâcheux déséquilibre entre les deux[8]». On devine ici exposée, l’une des causes de la crise écologique moderne.

La nature corrective de l’art…

Pour Bateson, l’ensemble de l’esprit est bien un « réseau cybernétique intégré »  de propositions, d’images, de processus etc. etc.…, la conscience, un échantillon des différentes parties et régions de ce réseau. Ainsi, au-delà de l’impossibilité économique d’une vision consciente de la totalité de ce réseau, Bateson remarque qu’une telle vision signerait également l’échec monstrueux du mécanisme d’intégration : « si l’on coupe la conscience, ce qui apparaît ce sont des arcs de circuits, non des pas des circuits complet, ni des circuits de circuits encore plus vaste. »

Une fois admises les limites de la conscience telles que définies précédemment, on pourra donc formuler l’hypothèse suivante : « ce que la conscience non assistée (par l’art, les rêves, la religion…) ne peut jamais apprécier, c’est la nature systémique de l’esprit. » Ainsi une pure rationalité projective non assistée est nécessairement pathogénique et destructrice de la vie, car : « la vie dépend de circuits de contingences entrelacés, alors que la conscience ne peut mettre en évidence que tels petits arcs de tels circuits que l’engrenage des buts humains peut manœuvrer. »

Pour nos actions quotidiennes, les conséquences néfastes sont nombreuses. Elles ont toutes ceci de commun que : « les erreurs se reproduisent à chaque fois que la chaîne causales altérée (par la réalisation d’un but conscient) est une partie de la structure de circuit, vaste ou petit, d’un système. »

Dans ce cas, pour l’homme, la surprise ne peut alors qu’être continue vis-à-vis des effets de  ses « stratégies de tête ». Prenons l’exemple suivant dans lequel nous souhaitons assainir un territoire infesté de moustiques afin d’y développer le tourisme ou l’agriculture. Nous utilisons alors du DDT pour tuer les insectes. Se faisant nous privons l’ensemble des insectivore de leur nourriture, ce qui en retour à pour effet de multiplier certaines des populations d’insectes. Nous sommes donc conduit à utiliser une plus grande quantité de DDT, jusqu’à la possibilité d’empoisonner y compris les insectivores. Ainsi, si l’utilisation de DDT en venait à tuer les chiens par exemple, il y aurait dès lors lieu d’augmenter le nombre de policier pour faire faire face à la recrudescence des cambriolages. En réponse ces même cambrioleurs s’armeraient mieux et deviendraient plus malin…etc. etc.…

« La monstrueuse pathologie atomiste que l’on rencontre aux niveaux individuel, familial, national et international – la pathologie du mode de pensée erroné dans lequel nous vivons tous – ne pourra être corrigée, en fin de compte, que par l’extraordinaire découverte des relations qui font la beauté de la nature. »

Pour Bateson, dans un monde fait de structure et de circuits plus ou moins inaccessibles à l’homme, la sagesse de ce denier consiste précisément dans la reconnaissance ou la perception de ces structures, circuits et des relations qui nous relient. Comment ? L’art est l’une de ces voies d’accès vers les relations dans la mesure où « […] l’art, à une fonction positive, consistant à maintenir ce que j’ai appelé « sagesse », modifier, par exemple, une conception trop projective de la vie, pour la rendre plus systémique. »

Modes et pratiques d’existence implicites…

Une pensée sur la vie si richement articulée ne peut qu’engendrer de nombreux déplacements de points de vue chez son lecture, à commencer par la mise en perspective de son propre champ conscient et de son corollaire presque immédiat : comment apprendre à apprendre ?

Toujours très concrètement, en terme de mode d’existence, quelle est la place de l’œuvre d’art : « la question à poser à propos d’une œuvre d’art devient : quelles sortes de corrections, dans le sens de la sagesse, sont accomplies par celui qui crée ou qui « parcourt» cette œuvre d’art ? »

Enfin plus généralement : « j’affirme que si vous voulez parler de choses vivantes, non seulement en tant que biologiste académique mais à titre personnel, pour vous-même, créature vivante parmi les créatures vivantes, il est indiqué d’utiliser un langage isomorphe au langage grâce auquel les créatures vivantes elles-mêmes sont organisées – un langage qui est en phase avec le langage du monde biologique[9] ».

Conclusion

Pour nous autres contemporains, la voix de Bateson est une voie de l’humilité et de l’observation des relations. La conscience n’est qu’une petite partie déformée d’un ensemble plus vaste; ensemble auquel je peux néanmoins accéder autrement.

L’humilité qui s’opère au moment de reconnaître cette hiérarchie naturelle (relations, méta-relations) s’oppose donc à l’hubris de notre civilisation actuelle qui place un Dieu face à sa création et un individu, imaginé à l’image de Dieu, dans la situation d’exploiter l’univers « sans considération morale ou éthique ». La crise écologique naît de cette arrogance, conséquence de la persistance d’un dualisme qui sépare l’esprit du corps et « échafaude des mythologies à propos de la survie d’un esprit transcendant ». Si Bateson pensait bien que quelque chose devait survivre de lui, ceci ne le ferait qu’en tant qu’élément de l’écologie contemporaine des idées.

« […] les hommes venant à rencontrer hors d’eux et en eux-mêmes un grand nombre de moyens qui leur sont d’un grand secours pour se procurer les choses utiles, par exemple les yeux pour voir, les dents pour mâcher, les végétaux et les animaux pour se nourrir, le soleil pour s’éclairer, la mer pour nourrir les poissons, etc., ils ne considèrent plus tous les êtres de la nature que comme des moyens à leur usage ; et sachant bien d’ailleurs qu’ils ont rencontré, mais non préparé ces moyens, c’est pour eux une raison de croire qu’il existe un autre être qui les a disposés en leur faveur.[10] » Spinoza



[1] « […] L’épistémologie est une branche de la science combinée à une branche de la philosophie. En tant que science, l’épistémologie étudie comment les organismes isolés et les ensembles d’organismes ‘connaissent’, ‘pensent’ et ‘décident’. En tant que philosophie, elle étudie les limites nécessaires et les autres caractéristiques des processus de connaissance, de pensée et de décision ». (Grégory Bateson, p. 234, « La Nature et la Pensée », Seuil, Paris, 1984).

[2] Gregory Bateson, Une Unité sacrée – Quelques pas de plus vers une écologie de l’esprit, chapitre 26, Seuil, Paris, 1996.

[3] D’après source Encyclopédia Universalis.

[4] Bateson, 1980, pp. 155-156, Vers une écologie de l’esprit. t. 2, citation d’après source Wikipédia.

[5] Cf. le livre d’Aristote sur la métaphysique qui suivait directement celui sur la physique.

[6] Dans son ouvrage de référence « Principia Mathematica »

[7] “Steps to an ecology of mind”, Editions du Seuil, 1977 pour la traduction française.

[8] D’après Jean-Jacques Wittezaele : «l’écologie de l’esprit selon Gregory Bateson», revue Multitude n°24.

[9] Gregory Bateson, op. cit., chapitre 32.

[10] Spinoza, l’Ethique, appendice livre I.

http://www.dailymotion.com/video/5cAPYwdf2em7n5pCG

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