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La mortification du présent

paysage

Le discours écologiste nous offre aujourd’hui une foule de concepts  »rateaux » finalement très peu questionnés à mesure qu’ils contaminent nos pensées. Développement durable, sauver la planète, générations futures, etc …
Voilà sans doute l’effet d’un discours qui précède encore à bien des égards ses usages, les mots manquant de cette manipulation épuratoire qui consiste aussi à les déshabiller de leurs masques anciens (moraline, religiosités, transcendance et finalisme de tout poil).

Une note de Thierry Pech parue sur le blog de 24 heures Philo questionne ainsi de manière nécessaire l’argument des générations futures.

 » Un argument a priori imparable revient depuis quelques années dans les débats sur l’environnement, la dette publique ou plus largement l’éthique ou l’avenir de la démocratie : l’argument des générations futures. Il faudrait prendre soin d’elles, anticiper leurs besoins, les inviter dans les débats d’aujourd’hui, les représenter, leur donner la parole… Depuis le Principe Responsabilité de Hans Jonas, leur prise en compte s’impose comme une nouvelle dimension de la vie politique et éthique. Ceux qui l’oublient passent rapidement pour des irresponsables, des fous ou d’incurables égoïstes. Du coup, cet argument en vient à prendre la forme d’un absolu indiscutable et d’ailleurs indiscuté. C’est précisément là que les choses pourraient commencer à déraper (…)  » Lire la suite et les commentaires associés.

Quels arguments pour sensibiliser à l’écologie ?

 Peut-on parler ou soutenir la biodiversité avec des discours qui ne soient pas eux-mêmes diversifiés ?

Quels arguments pour sensibiliser à l’écologie ? dans Education p1080276

Sensibiliser à l’écologie ? A quoi et dans quel monde ? Deux questions comme autant d’hypothèses de travail devraient se poser immédiatement.

Dans quelles représentations dominantes du monde vivons-nous aujourd’hui le plus généralement ?

Pour le dire très/trop simplement. Un désenchantement global qu’accompagne peut-être la perte des illusions collectives au regard du XXème, et une ambiance de fin de l’histoire qui fait que chacun développe vis-à-vis de la nature humaine une image le plus souvent négative. A partir de là, certains vont trouver refuge dans une certaine nature, qui elle est très gentille, tout du moins trop gentille pour être totalement vécue, quand d’autres vont se fixer sur un critère bien particulier, récolter du billet vert, consommer et après moi le déluge. Peu ou prou, ces deux attitudes qu’on pourrait résumer par les slogans suivants « moi je préfère les chiens aux hommes » en mode Alain Delon et « moi je préfère le dollar au futur » à la mode de mon cousin russe, certes moins connu, ces deux slogans semblent devoir être assez proches les uns des autres. Conséquences ou symptômes d’un désenchantement initial et/ou d’un manquement de présence au monde qui serait tout à fait commun.
Dans un tel contexte, hypothèse de travail, il semble donc important de renvoyer l’auditoire à des images positives de lui-même, c’est-à-dire à de nouvelles actions et combinaisons possibles de l’homme dans la nature.

Au fait, sensibiliser à quoi ?

Si l’écologie est bien une révolution de nos modes de pensées, nouvelle réforme de l’entendement, alors celle-ci se décline directement sur la question des modes d’existence de chacun. Soit une éthique individuelle qui se demanderait : quels rapports nouveaux, la douceur étant ici sans doute plus à chercher dans la réflexion que dans les rapports eux-mêmes, quels nouveaux rapports vais-je donc pouvoir établir avec mon environnement, avec les humains et les non-humains qui le composent ? Soit le présupposé d’une définition de l’écologie qui serait la suivante : l’art de multiplier, comme de faire cohabiter, perspectives et usages sur une même « ressource » (récréatifs, productifs, esthétiques, spirituels, environnementaux …), que celle-ci soit d’ailleurs une plante verte, une langue ancienne, un centre urbain etc.
Par exemple, et pour le dire assez schématiquement, quels sont les rapports que j’entretiens aux arbres ? De quoi suis-je capable – faire, penser, imaginer, vouloir, etc. – , quand je rencontre un arbre ?

Dans la pratique …

Poursuivons notre exemple arboricole. A écouter les argumentaires classiques de type ADEME, nous passons donc d’une époque où l’arbre n’était majoritairement visible qu’en tant que moyen de chauffage et/ou matériel de construction, à une époque où il est proclamé que celui-ci doit également devenir visible en tant que puits à carbone. Autrement dit, on ne sort pas aujourd’hui plus qu’hier d’une vision productiviste qui continue d’épuiser toutes autres perspectives possible sur l’arbre.
Voilà donc un argumentaire qui, malgré son utilité immédiate, ne procure au final rien de bien neuf ou de véritablement durable, une fois présupposé que la problématique principale qui nous concerne est bien celle du désenchantement global de ses rapports au monde, conséquence d’un point de vue « monopolistiquement » productiviste sur celui-ci.
Avec ces argumentaires de type « plantons des puits à carbone », ne reste donc plus qu’à produire des puits à la chaîne, pour sans doute les mêmes effets au final : une administration administrante, des fonctionnaires du bien-être social enfermés dans leurs certitudes, une curiosité individuelle au monde réduite à peu de chose.
Cependant, et voilà qui est heureux, il semble que la population et les individus qui la composent  ne soient pas dupes de ce risque là. Lucidité du connu, trop connu. D’où la crispation de certains qui s’exprime aussi, si l’on veut bien écouter, dans une condamnation des attitudes moralistes des verts, la crispation des autres exprimée dans un discours en apparence simpliste sur le retour à l’âge des cavernes.
Et ainsi de suite dans le brouhaha public pour in fine aboutir au paradoxe suivant : l’écologie est une préoccupation grandissante, mais surtout ne pas voter pour plus d’écologie. Or l’écologiste analyse ce paradoxe en se disant, si l’écologie a du mal à passer dans les esprits, c’est avant tout pour des raisons monétaires et budgétaires, ça coûte plus cher and so on. Mais voilà qui est faire beaucoup de place à l’économie dans les discours, et bien peu au désir des gens. Or ce que l’écologiste ne comprend pas, ou plutôt ne sait pas faire, c’est bien de capter le désir. Historiquement, il sait comment capter l’attention dans les médias sur fond de catastrophe annoncée, mais il ne sait pas rendre ses propos suffisamment désirables. Produire du désir, non pas pour le rabattre sur un produit comme le font très bien les publicitaires, qui eux ont bien compris que c’est le désir qui fait le produit et pas son prix, mais bien pour ouvrir les désirs individuels à d’autres mondes possibles.

Des images positives de l’environnement …

Pour le professionnel de l’environnement, participer dans ses argumentaires à construire des images positives des actions de l’homme dans son environnement devrait le conduire prioritairement à fournir à son auditoire les clés nécessaires afin de passer de l’émotion à la responsabilité. Retour au singulier, ouvrir à de l’action possible, individuelle et non administrée, transmissible sans police et sans diner mondain.  Le monde va mal en apéritif, croyez vous à Dieu en digestif, et l’écologie comme nouvelle théologie des discours dinatoires. 
Pour aller dans un autre sens, il semble tout aussi indispensable d’inscrire le discours écologique dans l’ensemble plus vaste des activités humaines, en faisant appel à la poésie, la littérature, le cinéma, la musique, le théâtre, l’histoire, et plus généralement à toute les sciences sociales. Car toutes ces perspectives sont autant de relais potentiels, les digues propres à éviter l’exclusion par des discours normés et bornés qui ne travaillent plus que leurs propres sillons. Si la pensée écologique s’est construite, démarche participative, en partie contre l’expertise d’experts autoproclamés cloisonnés dans leurs segments, alors sans doute faudrait-il éviter à minima de reproduire les mêmes structures, les mêmes barricades des discours auto-bouclés, auto-entretenus, auto-entendus.

Sensibiliser à l’écologie, voilà qui est peut-être aussi le début d’un apprendre à apprendre à devenir le producteur des images de son environnement.

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Inutile de réécrire ce qui a déjà été beaucoup mieux dit, même le recyclage à ses limites. En 1994, Joël de Rosnay dans son article Education, Ecologie et Approche Systémique fixait déjà quelques uns des principes directeurs fondamentaux de la transmission des savoirs dits écologiques. Principes qu’on pourrait résumer comme suit : « aider à s’élever pour mieux voir, à relier pour mieux comprendre et à situer pour mieux agir. » On en est loin, et ce peut-être pas uniquement la faute à l’autre, au CO2, à la maison de mon voisin, etc.

Quelques extraits de cet article en passant :

« […] l’écologie est un concept intégrateur, un mode de pensée global qui matérialise aujourd’hui l’irruption de la systémique dans l’éducation, l’industrie et la politique […] l’approche systémique, fille de la cybernétique et de la biologie, est aujourd’hui complémentaire de la vision analytique héritée de Descartes. […] Plus qu’une discipline scientifique l’écologie représente une nouvelle vision du monde et de l’homme dans la nature. Le nouvel écocitoyen doit mieux comprendre comment situer et insérer son action locale dans un ensemble global […] Il s’agit aujourd’hui de l’aider à passer de l’émotion à la responsabilité grâce à une culture scientifique et technique permettant de relier les éléments épars reçus par l’éducation ou les médias. D’où l’importance d’une approche […] multidimensionnelle de l’écologie et de la gestion de l’environnement. »

« Il s’agit plus de communiquer une nouvelle culture que d’enseigner des disciplines de base. Il s’agit aujourd’hui de passer de l’émotion à la responsabilité grâce à une culture scientifique et technique permettant de relier les éléments épars reçus par l’éducation ou les médias […] Ainsi se pose la question majeure de la transmission des savoirs qu’elle implique. Comment faire entrer l’écologie dans l’enseignement traditionnel ? Quelle place doit-elle prendre ? […] Le nouvel écocitoyen doit mieux comprendre comment situer et insérer son action locale dans un ensemble global : celui des grandes fonctions du métabolisme planétaire […] Il faut donc aujourd’hui de nouvelles méthodes et de nouveaux outils pour former à l’écologie..» 

« L’éducation systémique appliquée à l’écologie utilise plusieurs moyens de communication complémentaires pour toucher ses publics et fait appel à différents niveaux de “lecture” de ses messages. Un de ses principaux objectifs est d’aider à s’élever pour mieux voir, à relier pour mieux comprendre et à situer pour mieux agir […] L’effort d’éducation en écologie doit être mobilisateur et interrogateur. Plutôt que de fournir des connaissances prédigérées, cette pédagogie moderne est un tremplin pour l’exercice créateur de la réflexion individuelle et collective. Elle est aussi et surtout un ferment pour une nouvelle culture multidimensionnelle adaptée à la compréhension des grands problèmes écologiques. »

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http://www.dailymotion.com/video/k267qWkmEvREdiKIMZ

Free sex

jachère fleurie
Bordel à ciel ouvert

Beaucoup nous disent que le sexe occupe la place que la curiosité devrait tenir dans le cerveau humain. Ah ? Permettez-moi d’en douter quelque peu.
Car dans le cas où cette hypothèse devait se vérifier, comment expliquer que si peu se retrouvent promeneurs de prairie, spectateur de la gigantesque partouze végétalo-animale qu’offre le moindre carré de verdure ?
Il va de soi que le contenu comme les illustrations de cette note sont à conseiller au moins de dix ans.

colonisation végétale
Camp naturiste en érection

Mais il est vrai que l’agriculture intensive a clos nombre des maisons de passe naturelles ces dernières années, comme éliminée beaucoup de nos butineuses. Mais bref, il est quand même grand temps de parler cul dans la nature pour en faire monter l’audience. Ras le bol des discours monotypiques de curées verts accusateurs, alors place à la poésie !
Qui plus est au moment même où l’humanité se trouve à nouveau confrontée à une évolution de ses pratiques sexuelles, révolution qui cherche encore bon nombre de ses pratiques. Alors promenons nous dans les bois jeter un coup d’œil curieux aux pratiques des non-humains, certainement afin d’enrichir les nôtres de quelques gymnastiques nouvelles.
On notera d’ailleurs au passage l’usage croissant des techniques de rencontre arachnides chez les humains, de fil en fil, de Meetoc en toile d’Internet.

Coït
Coït en drap de soie

Commençons donc par la reproduction sexuée chez les plantes à fleur. Une modalité qui a ceci d’étonnant qu’elle fait non seulement se croiser deux règnes, mais qu’en plus elle utilise le leurre et l’illusion d’une manière qui n’est pas tout à fait sans rappeler les nôtres.
Plus généralement et par ailleurs, notons au passage qu’il existe également une reproduction asexuée chez les plantes, une multiplication végétative qui vient s’ajouter à la possibilité sexuée.

Papillon
Pomper le nectar

Complexe la question du sexe pour les vivants immobiles. Ainsi les plantes sont globalement hermaphrodites, c’est à dire équipées des organes et fonctions rendant possible une autofécondation. Système ancestral, peut-être la trace d’une époque où les insectes n’existaient pas et/ou le vent comme l’eau étaient trop violents.

antennes
Antennes érectiles

Seulement l’autofécondation, à l’image de la consanguinité chez l’animal, n’est pas une option du vivant très satisfaisante en termes de diversité génétique. D’autant plus quand ce dernier, immobile et donc privé de toute pulsion de fuite, doit sans cesse faire face à un environnement changeant. C’est donc en partie grâce à une certaine fluidité génétique, gestion des stocks des mutations génétiques hasardeuses au sein même de la plante, que celle-ci se complexifiant au fil de l’évolution est en mesure de répondre à moyen et long terme aux fluctuations de son environnement.
Notons que cette gestion de la diversité génétique interne est rendue possible par l’absence d’un système immunitaire tel qu’on le rencontre chez l’animal. Conséquence, le génome de la plante peut différer d’une cellule à l’autre, contrairement à l’animal chez qui une telle opération conduirait à l’élimination de la cellule mutante par le système immunitaire, voire en cas d’échec, au développement d’une tumeur cancereuse.
Dans les stratégies évolutives des deux règnes, la force des options des uns fait souvent la faiblesse des options des autres, et inversement.

Le besoin en diversité génétique de la plante, très fourmi en cette occasion, celle-ci l’oblige donc à tenter de se reproduire avec d’autres plantes distantes. C’est là qu’interviennent nos amis les insectes, petits couturiers rapiéçant sans cesse les petits « trous » du tissu de l’évolution.

Fourrure
Sous le manteau de fourrure

Une fleur, sauf individu spécialisé, celle-ci contient donc généralement des organes femelles et males.
Pour ce qui est des organes femelles ceux-ci se composent d’un pistil comprenant un ovaire dans sa partie creuse et contenant lui-même les ovules. Chaque ovule contient un gamète femelle qu’on appelle l’oosphère. Contrairement aux animaux, l’ovule n’est pas directement le gamète femelle mais contient ce dernier.

Pistil
Source graphique: http://sciences.ecoles48.net/fete_science/mise_a_niveau_scientifique_bis.pdf

Pour ce qui est des organes mâles, les étamines possèdent à leur extrémité des sacs polliniques contenant des grains de pollen, chacun de ces grains renfermant un gamète mâle.

étamines
Source graphique: http://sciences.ecoles48.net/fete_science/mise_a_niveau_scientifique_bis.pdf

lit de rose
Chambre rose

Ce qu’on appelle pollinisation n’est autre que le rapprochement des deux gamètes femelle et mâle. La plante étant immobile, et ayant donc une préférence pour le métissage, celle-ci se doit donc d’élaborer une stratégie fine afin de transporter ses grains de pollen dans des pistils distants.

Free sex dans -> PERSPECTIVES TRANSVERSES sex
Free sex

Une stratégie des plus simples, la plus hasardeuse également, celle-ci consiste à laisser transporter le pollen par l’eau, ou plus sûrement par le vent, en mode ave maria. Dans tous les autres cas, les grains de pollen se doivent de trouver un tiers transporteur. Et pour ce faire, il va falloir mettre en place tout un code.

Tout d’abord un code de formes et de couleurs afin de se signaler dans le décor. Pratique simple et tout à fait courante chez les humains. Les fleurs sont ainsi le plus souvent très colorées, aussi bien dans le spectre visible que dans l’ultra violet. Mais contrairement à nos yeux portés sur les robes de ces dames, certains des pétales qui nous apparaissent de couleur uniforme possèdent en réalité de véritables bandes d’atterrissages en lumière ultra violette. Celles-ci ont pour but d’attirer comme de guider l’insecte vers les organes reproducteurs de la plante.

Dans la nature, le hasard de l’évolution microscopique semble faire nécessité et fonction au niveau macroscopique. Parmi ces nécessités, l’échange. D’où le code gastronomique matérialisé par les glandes à nectar situées à la base des pétales au fond de la fleur. Pour y parvenir, ce qui est le but de l’insecte grand sucrier, celui-ci doit au passage se frotter sur les étamines pour y décrocher le pollen (celui-ci est hérissé de petits crochets qui se fixe aux poils de l’insecte), comme se frotter sur le pistil gluant pour y déposer le pollen précédemment attrapé.

Copulation en fleur
Fellation en plein air

Triolisme en fleur
A trois c’est encore mieux

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La figue est une fleur fermée. Tout comme la femme ses organes sexuels sont situés à l’intérieur d’une enveloppe charnelle. Ce qui au passage n’est pas le cas pour l’homme, la spermatogénèse requérant une température plus basse que celle du corps humain, d’où la nécessité d’extérioriser les testicules. La figue connaît une problématique commune avec la femme, elle se doit d’être pénétrée pour être fécondée. Il existe donc une minuscule ouverture dans la fleur, ouverture seulement réservée à un petit vers bien particulier dont les mouvements à l’intérieur de la figue feront se rencontrer gamètes males et femelles.

figuier
Femme et figue

Les orchidées ont quant à elles acquis un degré d’évolution tel qu’il leur a été possible de capturer des codes extérieurs. En l’occurence celui des formes, odeur et couleurs d’une guêpe spécifique dont le pétale inférieur de la fleur imite parfaitement la femelle, jusque dans l’émission même de phéromone. Le mâle ainsi attiré par le leurre se pose sur ce qui lui semble être une occasion de coït, c’est alors qu’un ingénieux système de balancier fait basculer les étamines de la fleur en le saupoudrant d’un pollen qu’il va transporter sur son dos vers d’autres orchidées.

Extasie
Orchidée coquine

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Qu’un grain de pollen se trouve déposé à l’entrée d’un stigmate, voilà qui n’est pas encore suffisant au bonheur de la plante. Celle-ci est sélective, et on ne rentre pas dans son club comme dans le premier moulin. N’importe quel grain de pollen ne peut s’y déposer. Les plantes ont ainsi des vigiles munis d’outils de reconnaissance moléculaires, et seuls les grains de pollen de la même espèce pourront former un tube pollinique à même de se diriger vers l’ovaire et les ovules.

Extasie
Orgasme aérien

Orgasme aérien
69

Orgasme aérien
Affichage publique

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Suite d’organes sexuels en bouquet

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partouse
Nuages éjaculatoire en graminés
fruit
Descendance possible

De l’écologie sur la Bande FM…

Dénouer une équation existentielle en plantant un clou dans un mur … une séquence des plus classique ! Mais sentir le danger d’une certaine forme d’écologie totalitaro-rampante en écoutant la bande FM … voilà à contrario qui est beaucoup plus rare ! Et pourtant, suintant de l’aveuglante lumière estivale d’une auto-radio décapotable, deux morceaux-tubes se balladent de la bande FM jusqu’aux oreilles pour éclairer notre situation actuelle. Préserver les arbres? Un choix déterminant. Au nom de quoi ? Un choix tout aussi déterminant. En voilà deux modalités comme autant de chanson.

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De l'écologie sur la Bande FM... dans Art et ecologie ressentiment 

«  Toute l’horreur de ma nature « 

Premier morceau, fruit d’une certaine Z pas très zen pour l’occasion, celui-ci nous propose, calculette à la main, de prendre simplement conscience de l’horreur de notre nature (sic!).

 » Je suis un homme au pied du mur
Comme une erreur de la nature
Sur la Terre sans d’autres raisons
Moi je tourne en rond, je tourne en rond.
Je suis un homme et je mesure
Toute l’horreur de ma nature
Pour ma peine, ma punition,
Moi je tourne en rond, je tourne en rond [...]« 

Mort aux passions, mort aux affects, toute l’horreur de ma nature. On croit rêver les oreilles ouvertes. Dans un arsenal législatif si fourmillant à l’encontre de la première insulte, constatons finalement que tout passe. Tout passe au nom de la proposition d’un nouveau paradis blanc, et vite remplacer ce vieux Saint-Pierre par un pinguouin. Mais seulement si vous êtes bien sage dans cette vie là. Etre bien sage ? Ben oui, planter des arbres. Mais quels arbres? Des tubes de stockage à carbonne temporaires. Des arbres d’élevage dont on compte l’existance à la calculette. Des arbres sans histoire, sans aucune autre finalité que de stocker du CO2. Totalitarisme blanc et vert dans la main, vers une uniformisation des multitudes et des singularités qui épuise le réel à l’avance. La fin des rencontres, et vive le monopole des calculettes.

Rien de bien nouveau sur cette ligne de repression des affects, sans cesse de retour sous des masques nouveaux qui ne font que cacher un profond ressentiment contre la vie elle-même. Unité de la forme et du fond, oui nous tournons ici en rond, et signons des deux mains la continuation de cette ligne de mort.

Spinoza, préface à la partie III de l’Ethique, 1677 :  » Quand on lit la plupart des philosophes qui ont traité des passions et de la conduite des hommes, on dirait qu’il n’a pas été question pour eux de choses naturelles, réglées par les lois générales de l’univers, mais de choses placées hors du domaine de la nature. Ils ont l’air de considérer l’homme dans la nature comme un empire dans un autre empire. A les en croire, l’homme trouble l’ordre de l’univers bien plus qu’il n’en fait partie ; il a sur ses actions un pouvoir absolu et ses déterminations ne relèvent que de lui-même. S’il s’agit d’expliquer l’impuissance et l’inconstance de l’homme, ils n’en trouvent point la cause dans la puissance de la nature universelle, mais dans je ne sais quel vice de la nature humaine ; de là ces plaintes sur notre condition, ces moqueries, ces mépris, et plus souvent encore cette haine contre les hommes ; de là vient aussi que le plus habile ou le plus éloquent à confondre l’impuissance de l’âme humaine passe pour un homme divin  [...] Je reviens à ceux qui aiment mieux prendre en haine ou en dérision les passions et les actions des hommes que de les comprendre. Pour ceux-là, sans doute, c’est une chose très-surprenante que j’entreprenne de traiter des vices et des folies des hommes à la manière des géomètres, et que je veuille exposer, suivant une méthode rigoureuse et dans un ordre raisonnable, des choses contraires à la raison, des choses qu’ils déclarent à grands cris vaines, absurdes, dignes d’horreur. Mais qu’y faire ? Cette méthode est la mienne. Rien n’arrive, selon moi, dans l’univers qu’on puisse attribuer à un vice de la nature. Car la nature est toujours la même ; partout elle est une, partout elle a même vertu et même puissance ; en d’autres termes, les lois et les règles de la nature, suivant lesquelles toutes choses naissent et se transforment, sont partout et toujours les mêmes, et en conséquence, on doit expliquer toutes choses, quelles qu’elles soient, par une seule et même méthode, je veux dire par les règles universelles de la nature. Il suit de là que les passions, telles que la haine, la colère, l’envie, et autres de cette espèce, considérées en elles-mêmes, résultent de la nature des choses tout aussi nécessairement que les autres passions ; et par conséquent, elles ont des causes déterminées qui servent à les expliquer ; elles ont des propriétés déterminées tout aussi dignes d’être connues que les propriétés de telle ou telle autre chose dont la connaissance a le privilège exclusif de nous charmer [...] « 

***

 joie dans Des figures, des visages.

  » Ces fruits dans les plis des tissus « 

Le second morceau, fruit d’un certain FC à la proximité jusque là totalement inconnue, celui-ci est heureusement le véritable antidote grand public au précédant. En mode mélancolique, en plus il produit de l’eau ! Des arbres qu’on vient lire et habiter. Des arbres qu’on vient combler de nos récits, de nos agencements. Territoires, nids d’affect et/ou de lecture. La persistence de l’affect, des intensité qui se fixent dans la mémoire et la mélancolie qui si :  » la nostalgie valorise l’objet perdu, la mélancolie sait que cette perte est l’ombre du présent, son arrière-goût immédiat. » Merci à Md pour cette citation de S. Daney et l’éclairage. Si l’écologie est affaire de désir et d’agencement (échelle, arbre, tissu, etc.), elle est aussi affaire de mémoire et de filiation. Ou comment présenter son corps au monde en rapport à l’invention de son histoire, réçit d’existence exprimant ses rencontres et croisements avec, réçit à insérer dans le milieu de l’Histoire. Ou comment composer un monde humain ouvert sur le monde des « choses », créateur de prespectives nouvelles – ces fruits dans les plis des tissus – s’aimant pour lui-même.

«  T’avais mis ta robe légère,
Moi l’échelle contre un cerisier,
T’a voulu monter la première,
Et après
Y’a tant de façon, de manière,
De dire les choses sans parler,
Et comme tu savais bien le faire,
Tu l’as fait
Un sourire, une main tendue,
Et par le jeu des transparences,
Ces fruits dans les plis du tissu,
Qui balance
Il ne s’agissait pas de monter bien haut,
Mais les pieds sur les premiers barreaux,
J’ai senti glissé le manteau,
De l’enfance
On a rien gravé dans le marbre,
Mais j’avoue souvent y penser,
Chaque fois que j’entends qu’un arbre,
Est tombé
Un arbre c’est vite fendu,
Le bois quelqu’un a du le vendre,
S’il savait le mal que j’ai eu,
A descendre

D’ailleurs en suis-je descendu,
De tout ces jeux de transparence,
Ces fruits dans les plis des tissus,

Qui balancent

J’ai trouvé d’autres choses à faire,
Et d’autres sourires a croisés,
Mais une aussi belle lumière,
Jamais [...]« 

***

«  […] une plante est un chant dont le rythme déploie une forme certaine, et dans l’espace expose un mystère du temps.  » Paul Valéry

«  Ils [les arbres] ne sont qu’une volonté d’expression. Ils n’ont rien de caché pour eux-mêmes, ils ne peuvent garder aucune idée secrète, ils se déploient entièrement, honnêtement, sans restriction [...], ils ne s’occupent qu’à accomplir leur expression : ils se préparent, ils s’ornent, ils attendent qu’on vienne les lire.  » Francis Ponge

***

Deux manière d’arriver à un même résultat, des arbres debouts, mais deux mondes humains ou modes d’existence qu’un abîme sépare, comme deux musiques. L’écologie, une musique sur un mode mélancolique (agencement FC), ou nostalgique (la chute façon Z). De l’importance de ne pas laisser dériver la question écologique, le discours s’enfermer dans des niches seulement habités de professionnels et téléologistes de tout poil.

http://www.dailymotion.com/video/x6c0mp
Michel Onfray: la pensée écologique, vers une nécessaire économie du monotéisme … Encore du travail … Sarkosy à l’occasion de la visite du Pape:  » Il légitime pour la démocratie et respectueux de la laïcité de dialoguer avec les religions. Les religions, et notamment la religion chrétienne avec laquelle nous partageons une longue histoire, sont des patrimoines vivants de réflexion et de pensée, pas seulement sur Dieu, mais aussi sur l’Homme, sur la société, et même sur cette préoccupation aujourd’hui centrale qu’est la nature et la défense de l’environnement. »

De si tristes requins…

Image de prévisualisation YouTube

Du récent, et disons le, très inquiétant film de promotion sur les requins à la construction tout à fait débilo-bancale, on finirait bien cependant par tirer un petit grain de sable du désert. Pourtant rien de bien nouveau lorsque l’un des nombreux intervenants exprime avec conviction: « nous détruisons le monde, et nous en avons conscience ».

Grande naïveté et rien de nouveau, oui, sauf l’idée d’un renvoi vers Spinoza. Un Spinoza pour qui la raison humaine n’a aucune force devant la puissance des affects. Des affects-passions nés des effets des corps extérieurs sur le notre. Autrement dit, je peux juger que ceci est bon (préserver la biodiversité), et pourtant continuer à faire le contraire tant que je n’ai pas le désir vrai de ce bon, comme le dirait Misrahi, ou tant que je n’ai pas suffisamment intériorisé cette connaissance pour en faire un affect (actif) nous dirait Atlan.

-  »Ce que j’appelle esclavage, c’est l’impuissance de l’homme à gouverner et à contenir ses passions. L’homme en effet, quand il est soumis à ses passions, ne se possède plus; livré à la fortune, il en est dominé à ce point que tout en voyant le mieux il est souvent forcé de faire le pire. » – Appendice Ethique IV.

De si tristes requins... dans Ecosysteme TV.fr image001

Dans les parties trois et quatre de l’Ethique, Spinoza nous propose et développe toute une stratégie de vie, ou conquête d’existence, qui vise à transformer la raison, connaissance abstraite et impersonnelle, en affects vécus et activants. Le mode d’emploi d’une intériorisation de la connaissance devenant source de joie dans son passage de la troisième à la première personne, sa transformation en affect. Ce que le poète John Keats traduira autrement : « rien ne devient jamais réel tant qu’on ne l’a pas ressenti ».

Inutile de dire que ce film – dont les producteurs ne doivent pas être les derniers des requins – ne nous fait uniquement ressentir (et avec la plus grossière des redondances) qu’une bien triste vague sentimentaliste.com. Symptôme affiché et assumé d’une analyse écologique tant partielle, qu’isolée, et qui prétend pourtant épuiser toute autre vision du monde (les autres, c’est l’argent). Pour paraphraser Nietzsche, il serait sans doute bon de rappeler qu’il n’y a pas de phénomènes écologiques, mais qu’il n’y a qu’une interprétation écologique des phénomènes. Pas assez vendeur, de toute façon l’auditoir est c**.

Il est vrai que l’anthropologie développée dans ce film est totalement navrante dans sa définition et son propos : non l’homme n’est pas qu’un animal qui marche debout, c’est aussi (et surtout !) un animal qui a peur des requins! A côté de cela, ces derniers nous sont présentés comme très… gentils. Anthropomorphisme qui n’a rien à envier à celui que nous avons pu connaître récemment avec nos amis les pingouins.

On pourrait se dire, au diable le discours, il y a urgence, alors pouvu que celui-ci soit efficace. Malheureusement, au sortir de la salle, on s’aperçoit vite que celui-ci est totalement contreproductif sur son auditoire. Simpliste, circulaire et partiel, celui-ci interdit très vite toute forme d’intériorisation. Et on en revient toujours au même constat, la biodiversité n’est pas seulement un objet qui se mesure à la troisième personne, c’est aussi une expérience personnelle à vivre et intérioriser à la première personne du singulier.

avocado dans Education

Comment s’expliquer que des sujets pourtant si essentiels soient soumis à ce genre de traitement naïvo-débile ? Cela en faisant l’économie de toute paranoïa, chose dont nous sortons totalement saturés à l’issu de cet objet cinématographique.

Il semble que la multiplication de ce type de récit écologique mineur annonce, soit  symptomatique de l’émergence d’un nouveau (et vaste) chapitre dans le récit de l’histoire de nos rapports au monde. Un chapitre peut-être rétrospectif, tout du moins dans ses premières lignes. Fruit d’une évolution aveugle, l’évolution cherche une plume à sa biographie. Du corps le plus simple, jusqu’à l’explosion combinatoire de la diversité du vivant, l’émergence de la conscience nous permet d’effectuer ce retour « amoureux » de l’évolution sur elle-même.

Lorsque nous inventons l’écologie pour désigner certains des nouveaux phénomènes dont nous prenons conscience, nous participons à ce retour retrospectif de l’évolution sur elle-même, nouvelle étape vers un nouveau stade de l’évolution qui, pour ce qui nous concerne, impliquera sans doute de profond changement dans nos rapports au monde, avec et dans le monde. De nouvelles combinaisons avec de nouvelles forces, l’optimisation de la souplesse comme critère de décision, la figure du danseur se substituant à celle du conquérant bête.

- Dans la terminologie de Gregory Bateson, (Vers une écologie de l’esprit, tome 2, p. 256, Seuil, Paris 1980), la « souplesse » est à la « rigidité » ce que la « polyvalence » est à la « spécialisation », la « stratégie » au « programme »". Elle est une « potentialité non engagée de changement ». En tant que telle, la souplesse du comportement du type de la « stratégie » est très proche de la redondance qui est le déploiement d’une multitude de versions différentes d’un même schéma organisateur. – wikipédia.

Le Nietzsche de Deleuze nous éclaire sur le devenir des forces naissantes, la philosophie en l’occurrence, et dont nous pouvons émettre l’hypothèse qu’il en irait ainsi pour l’écologie :

« Nous devons penser la philosophie comme une force. Or la loi des forces est qu’elles ne peuvent apparaître, sans se couvrir du masque des forces préexistantes. La vie doit d’abord mimer la matière. Il a bien fallu que la force philosophique, au moment où elle naissait en Grèce, se déguisât pour survivre. Il a fallu que le philosophe empruntât l’allure des forces précédentes, qu’il prit le masque du prêtre (…) le secret de la philosophie, parce qu’il est perdu dès l’origine, reste à découvrir dans l’avenir. Il était donc fatal que la philosophie ne se développât qu’en dégénérant, et en se retournant contre soi, se laissant prendre à son masque (…) au lieu du créateur de nouvelles valeurs et de nouvelles évaluations, surgit le conservateur des valeurs admises. Le philosophe cesse d’être physiologiste ou médecin, pour devenir métaphysicien ; il cesse d’être poète, pour devenir professeur public. »

Les textes de Nietzsche font cohabiter nuance et coup de marteau, et sans doute que Deleuze insiste ici sur le coup de marteau. Mais pour nous la question de l’écologie n’est pas qu’elle devienne professeur public, mais bien plus que dans le même moment, celle-ci oublie dans ses récits le passage d’un versant à l’autre de la colline, du professorat à la poésie et inversement.

http://www.dailymotion.com/video/x1eef3

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+ Les vendredis de la philosophie, émission du vendredi 18 avril 2008, les politiques de Spinoza.

Spinoza et les sciences sociales: capture et innovation

Spinoza et les sciences sociales: capture et innovation dans -> CAPTURE de CODES : sl

A l’occasion de ses commentaires - ENS Lettres et sciences humaines - livrés sur les différents textes de Spinoza, Pierre-François Moreau nous informe de la difficulté de convoquer Spinoza pour ce qui serait des questions afférant à l’écologie. Ah ? Pour ce faire PFM s’appuie, non sans raison, sur le scolie I de la proposition XXXVII de l’Ethique IV.

 » [...] La vertu véritable n’est autre chose, en effet, qu’une vie réglée par la raison ; et par conséquent l’impuissance consiste en ce seul point que l’homme se laisse gouverner par les objets du dehors et déterminer par eux à des actions qui sont en harmonie avec la constitution commune des choses extérieures, mais non avec sa propre nature, considérée en elle-même. Tels sont les principes que, dans le Schol. de la Propos 18, part. 4, j’avais promis d’expliquer. Ils font voir clairement que la loi qui défend de tuer les animaux est fondée bien plus sur une vaine superstition et une pitié de femme que sur la saine raison ; la raison nous enseigne, en effet, que la nécessité de chercher ce qui nous est utile nous lie aux autres hommes, mais nudle½·nt aux animaux ou aux choses d’une autre nature que la nôtre. Le droit qu’elles ont contre nous, nous l’avons contre elles. Ajoutez à cela que le droit de chacun se mesurant par sa vertu ou par sa puissance, le droit des hommes sur les animaux est bien supérieur à celui des animaux sur les hommes. Ce n’est pas que je refuse le sentiment aux bêtes. Ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas là de raison pour ne pas chercher ce qui nous est utile, et par conséquent pour ne pas en user avec les animaux comme il convient à nos intérêts, leur nature n’étant pas conforme à la nôtre, et leurs passions étant radicalement différentes de nos passions [...] » Traduction de SAISSET (1842)

La mise en garde de Pierre-François Moreau illustre de la grande difficulté d’extraire un scolie singulier de l’ordre des démonstrations géométriques, de cette modélisation générale de la production des affects que propose l’Ethique. User des animaux comme il convient à nos intérêts? Soit, mais de quels intérêts parle-t-on? La cheminement de l’Ethique consiste justement à prendre connaissance des processus qui forment et déterminent nos intérêts. Soit comment s’impriment les affects qui nous habitent et commandent à nos (ré)actions ? Plus qu’une conclusion locale, c’est bien l’ensemble du système relationnel de l’Ethique qu’il conviendrait d’inviter à la table de réflexions possiblement écologiques. Ces dernières, soit dit en passant, ne se limitent pas heureusement à la question de savoir si oui ou non et comment il faudrait manger les poissons. Une fois dit qu’il ne s’agit pas de sauver une herbe ou un poisson, mais bien d’assurer la possibilité de reproduction des rapports différentiels (composition chimique, gradients physiques) nécessaires à la reproduction de ceux-ci.

Convoquer Spinoza pour ce qui relèverait de l’écologie relève avant tout du désir d’interroger la place de l’homme, plus justement, dans la nature. Autrement dit, de le resituer dans l’ordre infini des causes et des effets qui le détermine en tant que partie de cette même nature. Vous parlez de nature, mais de quelle nature parlez-vous? La recherche spinoziste de la conduite du salut humain prend place dans une nature débarrassée de toute forme d’anthropomorphisme, comme de finalité. Soit une nature totalement indifférente à un homme dont l’existence lui est contingente, c’est à dire non nécessaire. Non empire dans un empire, l’homme est soumis aux règles du dehors. En ce sens, il lui est nécessaire d’agir avec la plus grande prudence dans un art de vivre qui consite pour lui à organiser ses rencontres avec les corps extérieurs, et notamment avec les puissances supérieures à la sienne.

« Il est impossible que l’homme ne soit pas une partie de la nature, et qu’il ne puisse souffrir d’autres changements que ceux qui se peuvent concevoir par sa seule nature et dont il est la cause adéquate. » Corollaire : Il suit de là que l’homme est nécessairement toujours soumis aux [affects] passions (sentiment), qu’il suit l’ordre commun de la nature et y obéit et s’y accommode, autant que la nature des choses l’exige. » Proposition IV et corollaire de l’Ethique IV, Spinoza. Traduction de SAISSET (1842)

http://www.dailymotion.com/video/x4mgiz

Spinoza une médication possible aux déficits de la pensée écologique en ce qui concerne sa composante qualitative ? C’est à dire de la production de récits exprimant l’histoire de nos rencontres avec le monde et non les propriétés de celui-ci, ce dernier point appartenant à la mesure quantitative. Donc oui, dans la mesure où la proposition écologique serait tentée par une anthropologie tant simpliste que négative. De l’analyse des lois de la Nature (de la substance, des attributs et des modes) à la production des affects humains, l’Ethique relève d’une anthropologie. Celle-ci se fonde sur le concept central de conatus, le désir en tant qu’essence de l’homme et entendu comme la tendance, l’effort en vue de persévérer dans son être. De quoi chaque corps, composition de parties aux rapports de vitesse et de lenteur singuliers, est capable dans telle ou telle rencontre en fonction de sa puissance, voilà qui déterminera de ses intérêts, de son utile propre.

Par ailleurs, la tentative écologique n’est-elle pas l’une des expressions du second genre de connaissance? C’est à dire de la connaissance des rapports entre les choses tels que formés par l’idée adéquate des lois de la production dans la nature (naturante).

spica dans Bateson

Des enfants dans le dos et des captures hors territoire…

L’appropriation, la traduction et/ou la transmission d’une oeuvre consiste certainement comme le disait Deleuze à lui faire des enfants dans le dos. Sans doute en donne-t-il lui-même le meilleur exemple lorsqu’il tire Spinoza du côté d’une éthologie des modes d’existences fortement inspirée des mondes animaux d’Uexküll. Mais si le dernier nommé partait très explicitement de Kant dans son analyse, et notamment de la Critique du jugement (le premier acte d’un jugement esthétique est la sélection d’un fait parmi une infinité de faits potentiel dans la nature), il n’en reste pas moins que son travail débouche in fine sur une analyses en terme d’affects, auto-organisation d’une mélodie qui se chante elle-même aux forts accents spinozistes.

Dit autrement, en version Bateson, l’Ethique de Spinoza appartient à une écologie des idées qui englobe bien plus que son auteur. La capture (composition/décomposition) est alors toujours partielle. On gravit l’Ethique par un versant, son utile propre seul pour ouvrir la voie. Tantôt proche et tantôt distant de la subjectivité de Spinoza, prudent polisseur de lentilles du XVIIème… Pour reprendre l’expression de Max Dorra, c’est aussi l’Ethique vue comme un manuel de judo, manuel à partir duquel chacun forme ses propres prises. Quelles questions dans votre sac à dos pour que vous veniez frapper à ma porte?

Alors L’Ethique comme manuel au service de la réforme de l’entendement qu’appelle la crise écologique, non une fin en soi à la lettre. Enfin, l’Ethique comme théorie de la connaissance, système d’intégration des information dans un monde des connaissances éclatées plus que de la connaissance. Surinformation, info-pollution… quelles connaissances perdons-nous dans des informations-images dissipatives, brutes ou inadéquatement imprimées sur fond de certitude? L’Ethique ou la transformation des connaissances en affects, s’approprier, incorporer l’information dans ses pratiques de vie.

http://www.dailymotion.com/video/x39g8t Henri Atlan, connaissance et affect chez Spinoza

Un bon exemple de capture, ou de clé de bras, au choix, nous est donné par l’ouvrage collectif Spinoza et les sciences sociales. L’émission la suite dans les idées du mardi 25 mars 2008 avec Frédéric Lordon et Yves Citton retraçait certaines des grandes lignes de ce travail. Spinoza et la crise financière actuelle? Des carrences de la modélisation financière aux passions des acteurs de marché qui oscillent de l’euphorie à la crainte, nous voilà poussé bien loin de l’univocité de l’objet économique homo œconomicus tel que sorti de sa fabrique d’épingle anglaise. Univocité tout à fait partagée par son jumeau homo pollus, objet écologique sorti tout droit d’une usine de pesticide indienne. « Par cela seul que nous nous représentons un objet qui nous est semblable comme affecté d’une certaine passion, bien que cet objet ne nous en ait jamais fait éprouver aucune autre, nous ressentons une passion semblable a la sienne. » Proposition XXVII, Ethique III.Traduction de SAISSET (1842)

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spino dans Deleuze

Sommaire de l’ouvrage:

- Y. Citton,  F. Lordon : Un devenir spinoziste des sciences sociales?
- Y. Citton : Esquisse d’une économie politique des affects
1.Entre l’économie psychique de Spinoza et l’inter-psychologie économique de Tarde
2.Les lois de l’imitation des affects
3.Téléologie régnante et politiques de modes
- F. Lordon, A. Orléan : Genèse de l’État et genèse de la monnaie : le modèle de la potentia multitudinis
- P. Zarifian : Puissance et communauté d’action (à partir de Spinoza)
- A. Pfauwadel, P. Sévérac : Connaissance du politique par les gouffres. Spinoza et Foucault
- C. Lazzeri : Reconnaissance spinoziste et sociologie critique. Spinoza et Bourdieu
- A. Negri : Spinoza : une sociologie des affects

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+ Article de Frédéric Lordon « Genèse de l’État et genèse de la monnaie : le modèle de la potentita multitudinis », en collaboration avec André ORLÉAN, à paraître in Y. Citton et F. Lordon (dir.), Spinoza et les sciences sociales. De l’économie des affects à la puissance de la multitude, Editions Amsterdam, 2008, Texte pdf

+ Paola De Cuzzani, une anthropologie de l’homme décentré [PDF]

+ Laurent Bove, De l’étude de l’État hébreu à la démocratie : La stratégie politique du conatus spinoziste [PDF]

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http://www.dailymotion.com/video/x1n730 Deleuze et la « chimie » de Spinoza

Ecosophie ici et là ?

Ecosophie ici et là ? dans -> ACTUS ecoso

     On tourne souvent autour des mêmes interrogations bancales sur ce blog. La faute à une conceptualisation difficile, contrecoup de ce qui reste avant tout une observation de terrain produisant ses affects de manière désordonnée. Sujet étudiant, lui-même véritable symptôme de ses objets d’étude. Un temps de recul, formaliser quelque peu. Etre capable de formuler les questions, le premier pas sérieux pour en sortir ? Des réponses ? Elles sont du côté des pratiques, non préconstituées, non connues à l’avance. Alors s’il y a bien un concept qui répondrait à cet objectif de formalisation de questions plutôt que de réponses, filet de capture souple de nos affects débridés, c’est peut-être bien l’écosophie de Guattari.

En sympathie avec l’article introductif qui suit, la question que nous cherchons à poser, celle autour de laquelle nous tournons sans cesse, c’est bien de « construire des conditions concrètes permettant à l’individu de sortir de ses intérêts de court terme [...] pour penser et construire ses rapports au monde« . Une fois dit que les valeurs ne s’imposent que grâce au crédit que chacun leur accorde, de la passivité à la simple croyance, de l’absence de filet éducatif ou de soutien à l’action, comment composer les nouveaux écosystèmes institutionnels, ces incitations collectives à même de libérer et produire de nouveaux comportements doux ?

Ouvrons donc un nouveau chantier dédié à l’écosophie, et plus précisément à la manière dont certains des éclats de celle-ci ont pu venir contaminer quelque peu les pratiques institutionnelles, comme nourrir des expériences collectives et/ou individuelles beaucoup plus informelles.

Commençons par un commencement pour une fois, sous la forme d’un article de synthèse de Valerie Marange. Il n’est pas dans la nature de ce blog fragmentaire de capturer les articles extérieurs dans leur intégralité, mais il semble bien difficile de couper celui-ci sans en amputer sérieusement la portée. L’article dans sa version originale et totalement intégrale est disponible à cette adresse: http://ecorev.org/spip.php?article501

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D’une économie élargie à une écologie mentale

L’écologie politique est aujourd’hui arrivée à un point de développement important, qui ne lui confère pourtant qu’une efficacité très réduite. On l’observe par exemple dans le domaine des émissions de CO2, qui n’ont reculé depuis Kyoto que dans les pays de l’ex-URSS, pour cause de désastre économique. Cette impuissance de l’action politique conduit certains observateurs à la conclusion que le levier réside aujourd’hui, non pas dans une fallacieuse « démocratie économique », mais dans les modes de vie et les aspirations culturelles [1].

Le niveau d’émission de CO2, de production de déchets en général dépendent bien sûr des stratégies du marché (flux tendus par exemple) et des politiques de transports mais aussi des habitudes de consommation, des comportements face au travail, des modes d’habitats, des satisfactions trouvées dans la vitesse… Si la pensée écologiste nous a appris l’importance des « externalités », négatives ou positives, ressources minières ou ressources humaines pour l’économie « restreinte » [2], il n’est pas impossible que la détermination la plus forte, aujourd’hui, soit du côté des externalités subjectives, c’est-à-dire des mentalités.

Les valeurs économiques sont comme toutes les valeurs, elles dépendent du crédit qu’on leur accorde, comme on le voit avec les phénomènes d’ »euphorie » ou de « panique » boursière. D’autre part, le mouvement capitalistique lui-même dépend de plus en plus des productions immatérielles, autrement dit des savoirs, désirs et croyances qu’il s’efforce de capter à son profit. La « nouvelle économie » est en partie une récupération des énergies bénévoles investies dans le développement de l’Internet, transformant des « valeurs » en prix, en plus-value [3].

Il y a donc des enchaînements permanents entre environnements physique, économique mais aussi affectif et mental, et qui font que nous ne pouvons plus séparer, comme le faisaient les marxistes, les infrastructures matérielles des superstructures idéologiques. Et la question pratique la plus urgente pour la politique écologiste pourrait donc être de travailler, plus que les leviers du pouvoir au sens restreint, ceux de la micro-politique des valeurs, des affects et des façons de vivre. À une économie élargie, il faudrait donc faire correspondre une politique et une écologie élargies.

L’écosophie : un plan de consistance à multiples entrées

L’utopie ou la mort… Ce cri de Dumont sonne un peu étrangement, dans nos temps apathiques. C’est cette apathie, cette impuissance subjective qui inquiète le plus Félix Guattari au moment où, il y a une quinzaine d’années, il propose d’élargir le paradigme écologique aux champs des sociétés et des mentalités [4]. Cette proposition découle de son travail avec Gilles Deleuze sur les processus subjectifs à l’œuvre dans le capitalisme, qui libère l’inventivité mais la retourne aussi en « anti-production » [5].

http://www.dailymotion.com/video/x4flvl

Capitalisme et schizophrénie

Elle provient aussi de son travail clinique, mené à La Borde dans la foulée de la psychiatrie « institutionnelle », pour laquelle c’est l’environnement dans ses différentes composantes qui est déterminant dans les formations subjectives et leurs pathologies [6].

Son « écosophie » fait aussi écho à une tendance dans l’écologie scientifique, à tranversaliser de plus en plus l’analyse des « milieux » associant des éléments naturels et artificiels, des espèces animales ou végétales et des modes de vie humains.

L’ethnobiologie, la discipline dite de la biodiversité, la sociologie de l’environnement mais aussi des sciences et des techniques, n’ont cessé depuis de confirmer de telles hypothèses, de faire de l’environnement l’opérateur d’une interdisciplinarité entre sciences dites dures et sciences humaines [7]. Bien loin des modèles organicistes ou déterministes, elles ont contribué à affirmer des visions « compréhensives » des relations sociales en même temps que de l’environnement, faisant fonctionner non pas seulement des « systèmes » mais des relations entre différents points de vue actifs, des pôles de valeur.

Si « biologisation » du social il y a ici, c’est au sens où la vie elle-même est relation, c’est sur la base d’une philosophie du vivant qui lui confère une capacité politique immanente. Même pour une amibe, vivre est d’abord « préférer et exclure« , composer ses rencontres et son milieu, affirmait Georges Canguilhem, philosophe-médecin qui forma Deleuze comme Foucault. Chez Deleuze-Guattari, d’une autre façon chez Latour et Stengers, cette leçon d’écologie devient une véritable ontologie des relations : ce qui est important, ce n’est pas tant ce qui se passe dans tel ou tel pôle de transcendance (l’État, le Sujet ou l’Individu, la Nature…), c’est ce qui se passe « entre » ces pôles ou plutôt entre des éléments plus fragmentaires (affects, signes, blocs d’intensité, techniques…) ce qui rend l’agencement plus ou moins productif, ouvert, vivant. Ici la division entre nature et culture ou artifice n’a plus lieu, l’essentiel étant que les « machines » socio-techniques soient désirantes. La création est le sens du vivant, et l’écosophie plus constructiviste que conservatrice. Il ne s’agit pas de garder l’être, mais de produire des milieux vivables et vivants.

Il ne s’agit pas de s’en prendre au productivisme, mais de sortir de l’anti-production capitaliste, qui ne libère les flux vivants que pour les rabattre sur la valeur marchande, et de tous les dispositifs de contrôles nécessaires pour la protéger… jusqu’au fascisme. La productivité est ici arrachée au seul rapport capital-travail, rendue aux forces de l’invention et de la coopération, de l’auto-valorisation et de l’éco-valorisation [8].

L’écosophie, on le voit, est à l’instar des dispositifs qu’elle décrit et promeut un « rhizome », un ensemble de « plateaux » plus qu’une arborescence ordonnée, une synthèse de nombreuses rencontres entre des foyers de subjectivation disparates, hétérogènes. S’il s’agit de faire passer quelque chose entre les disciplines diverses, l’écosophie s’efforce aussi de répondre à un problème concret auquel est confrontée une écologie politique émergente, celui d’opérer des alliances entre des pôles de singularisation éclatés, mutants, en prise sur des questions de modes de vie : cultures minoritaires, féministes, usagers de la santé, homosexuels, chômeurs… À tous, ainsi qu’à certains pans de la subjectivité ouvrière classique (du syndicalisme par exemple) Guattari propose de travailler ensemble les conditions concrètes de l’habiter, tout en construisant une transterritorialité entre leurs différentes langues vernaculaires. La parution des Trois écologies suit de peu l’ »Appel pour un arc en ciel » et sa tentative de trouver entre différentes tribus minoritaires des modes de coexistence propres à renouveler les coordonnées classiques du politique. Quel que soit le bilan de cette tentative, elle s’inscrit pour le moins dans une tension toujours vivante, même si elle a pris quelques coups, de « faire de la politique autrement ».

La vie anormale des gens normaux

Le projet écosophique s’affirme donc simultanément sur un plan scientifique et philosophique, clinique et politique, éthico-esthétique. Ce qui inquiète ici Guattari, c’est la vie anormale des gens normaux, c’est-à-dire la passivité devant le désastre matériel et moral, l’infantilisation par les médias, l’arrêt de la production subjective de virtualités collectives, voire la régression vers les micro-fascismes des « sociétés de contrôle » [9].

C’est bien là-dessus qu’il faudrait agir, mais « il est difficile d’amener les individus à sortir d’eux-mêmes, à se dégager de leurs préoccupations immédiates et à réfléchir sur le présent et le futur du monde. Ils manquent, pour y parvenir, d’incitations collectives«  [10].

Comment sortir l’individu contemporain de sa narcose fataliste, de son intégration hyper-adaptative ? Praticien en même temps que théoricien, Félix propose de nouveaux « agencements collectifs d’énonciation », de « nouveaux enlacements polyphoniques entre l’individu et le social ». Une nouvelle productivité des subjectivités doit être soutenue par des dispositifs concrets, nouveaux territoires d’existence producteurs d’univers de valeurs, dont des esquisses sont repérables dans nos sociétés dans des « groupes-sujets ».

La pratique se déroule toujours au sein de groupes, et dans ce sens est toujours partielle. Loin de résulter d’un abstrait quelconque même « écologiste », elle exprime ce qui se passe concrètement dans le dispositif qui la produit. Ainsi, l’isolement du téléspectateur, même « bien informé » de la dégradation du monde, ne produit par lui-même aucune pratique positive. Les agencements post-médiatiques, ceux des réseaux d’échanges sur l’Internet ont commencé d’ouvrir une brèche concrète dans la normalisation massive des subjectivités. De la même façon, des avancées importantes ont été possibles, dans des localités instaurant des formes de démocratie participative où tous les aspects de la vie quotidienne (urbanisme, santé, chômage, problèmes d’ambiance) sont travaillés collectivement. Ici ou là, de petites machines écosophiques efficaces indiquent une certaine vitalité des territoires et de la socialité, tout en s’employant à la restaurer.

Il existe une écologie sociale et mentale spontanée, bien repérée dans les pays du Sud, où le soutien mutuel est vital. Ce n’est pas par hasard que de nombreuses ONG, ces dernières années, ont mis l’accent sur le soutien à de telles trames de socialisation, souvent portées par des femmes. Des groupes comme Aides et Act up prouvent aujourd’hui que la bataille contre le Sida sera gagnée ou perdue non seulement au niveau des institutions, mais dans la connexion de celles-ci avec les collectifs de malades, souvent en Afrique des femmes pauvres et veuves, chez nous des homosexuels, des prostitué(e)s ou héroïnomanes. Là encore, c’est aux externalités de la « politique restreinte » que nous sommes confrontés, à leur efficacité propre.

C’est cette efficacité qu’une politique écosophique s’efforcera de démultiplier, en extension et en intensité.

D’un matérialisme utopique…

Ainsi la consistance éthique du projet n’est elle jamais séparée de la question, non pas du pouvoir, mais de la puissance.

La question, si l’on se rappelle bien, est de construire des conditions concrètes permettant à l’individu de sortir de ses intérêts de court terme, de sa course au pouvoir et au profit, pour penser et construire ses rapports au monde, à l’altérité, au temps. À sortir de son indifférence au désastre écologique et social, le sujet « normopathe » a en effet quelque chose à perdre, puisqu’il y prend conscience de sa finitude, de son altération, de son « impouvoir » (Blanchot). La fiction du sujet politico-moral transcendant ou du nice guy « communicant » n’empêche pas que chacun soit soumis à des interdépendances, des politiques de santé ou d’urbanisme, à ses propres fragilités comme vivant. L’écosophie recourt au « principe de cruauté«  [11], elle est d’une certaine façon un matérialisme absolu, l’humour du corps s’adressant à un esprit dominateur, maître et possesseur de la nature.

« Vivants dans la politique desquels leur condition d’être vivant est en question » selon les mots de Foucault, nous aurions tort de laisser à des pouvoirs pastoraux ou à des sociétés anonymes le soin de gérer nos corps et notre environnement, de déterminer nos façons de vivre. L’écologie sociale est d’abord une politique des gens concernés sur les questions qui les concernent, des vivants sur la vie qu’ils vivent, des habitants sur le territoire qu’ils habitent, des vieux ou des jeunes sur la façon de vivre leur âge.

C’est une biopolitique en rupture avec le schéma technocratique ou assistanciel. En même temps, elle ouvre tout un champ de possibles à des initiatives nouvelles, pour décloisonner les questions de la maladie, de la vieillesse, des relations amoureuses et familiales, de la solitude ou de la difficulté existentielle. Pas plus que les questions globales du climat ou des échanges internationaux, les questions micro-politiques ne doivent être laissées à des experts de l’intime.

…à une écologie du virtuel…

En effet, il ne s’agit pas ici de chanter la finitude sur l’air du renoncement, mais d’ouvrir de nouvelles virtualités. Il y a bien, dans la crise actuelle de l’écologie sociale, un problème de perte de réalité. Celui-ci ne concerne pas seulement les « sauvageons du virtuel », mais aussi bien ceux qui, dans le salon télé de leur résidence sécurisée, croient le monde pacifié et leur subjectivité close, vouée à la seule altérité intérieure et à la « communication » normée. D’autre part, la puissance de virtualisation ne pose pas en elle-même problème, mais seulement dans la mesure où elle s’inféode à la logique du probable ou tourne à vide sur le seul mode du fantasme, se déconnectant de toute production de réalité. Les nouvelles techniques ne sont pas univoques, elles offrent des possibles et pas seulement de l’inéluctable. Et le chaos lui-même n’est pas doté de valeurs seulement négatives, en nous déterritorialisant des soumissions traditionnelles, en nous indiquant aussi les limites de la rationalisation.

C’est pourquoi l’écosophie ne saurait être appel au renoncement, au raisonnable, ni, comme l’a cru Hans Jonas, à la peur. L’opposition entre matérialisme et utopie, qui remonte à une certaine normalisation du mouvement ouvrier, doit au contraire être battue en brèche. C’est une question de santé mentale de base, comme l’a admirablement montré Ernst Bloch, que de pouvoir espérer activement, développer des utopies concrètes [12].

C’est faute de pouvoir accomplir une telle pragmatique désirante, que le sujet contemporain devient normopathe, absorbé par la « fatigue d’être soi » voire renvoyé à la seule expression violente. Nulle responsabilité authentique ne peut être exercée si elle considère l’avenir comme écrit, proposant la résignation et le cocooning comme sagesse de vie.

…et des pratiques

Il ne s’agit donc pas de proscrire, d’écraser dans des affects tristes les virtualités singulières, mais d’en promouvoir une écologie, une coexistence, au travers de ce que Stengers nommera plus tard dans le domaine des sciences une « écologie des pratiques », qui cesseraient de se disqualifier mutuellement, d’opposer la liberté de l’un à celle de l’autre, la pensée normale à la déraison.

Il ne s’agit pas ici de se soumettre à un impératif de tolérance, à un catéchisme sur le « goût des autres ». Il s’agit de comprendre -comme on le voit très bien dans les coopérations interdisciplinaires- que ma singularité, comme ma puissance d’agir commence là où, non pas s’arrête mais commence celle de l’autre. La pluralité ou même l’adversité du dissensus, qui me sort du narcissisme consensuel, m’ouvre aussi l’espace des points de vue, de la coopération dans la compréhension et la production d’un monde fait de multiplicité. Pour ces deux raisons, « j’ai non seulement à l’accepter, mais à l’aimer pour elle-même ; j’ai à la rechercher, à dialoguer avec elle, à la creuser, à l’approfondir… » [13].

Les groupes-sujets et leurs agencements peuvent ainsi s’étendre aussi largement que possible, à condition de ne pas céder aux jeux de l’hégémonie et de la normalisation. Il peuvent aussi s’approfondir en intensité, en radicalité pourrait-on traduire, à condition de rester ouverts [14]. On retrouve ici le schème deleuzien de la différence et de la répétition, ou celui de Tarde sur l’invention et la coopération.

L’écosophie est une philosophe de l’entre, mais aussi du « et« , de la disjonction non exclusive. C’est cette idée qui motiva, dans l’expérience de l’ »Arc en ciel », la règle dite du « consensus-dissensus », permettant à chaque composante de travailler librement avec les autres sans jeux de majorité ou d’hégémonie, en continuant d’approfondir sa propre singularité. L’application en est évidemment complexe dans le jeu « politique » au sens restreint, celui de la représentation élective.

Reste qu’une telle virtualité est opérante dans les mouvements sociaux actuels, qui reposent presque toujours sur des fronts de minorités.

Reste aussi que comme aspiration, elle ouvre des perspectives pour sortir d’un jeu politique démocratique aujourd’hui dominé par la corruption, et d’une certaine atmosphère de guerre sociale, de disqualification des uns et de cynisme des autres. Cette nécessaire écologie de la politique elle-même, des relations politiques entre les humains, dont les interactions meurtrières de la circulation routière sont un contre-modèle, rejoint ici les évocations philosophiques qui font de la terre le tiers espace, le grand dehors ramenant les humains à une éthique de coexistence et d’hospitalité [15].

En même temps, le plus large point de vue est celui des multiplicités, qui ne signifie ni débat pluraliste au sens politico-médiatique, ni globalisation du regard à la manière holiste.

Cela signifie qu’il n’est plus possible de se désintéresser des conditions pratiques de l’énonciation collective d’un point de vue, de la qualité de l’être-ensemble dans les groupes politiques comme dans les relations de voisinage, d’institutions, d’entreprises.

Il n’est plus possible de continuer à cliver l’idéologie et la matérialité, ni le paradigme écologique de la politique écologiste. Ce qui doit nous intéresser, plus encore que les stratégies ourdies à l’OMC ou dans les multinationales, ce sont les relais subjectifs concrets qui font gagner ces stratégies, construisent des consensus.

Ce qui doit retenir notre attention, autant que les effets massifs de la globalisation, ce sont les raisons intimes que nous avons d’agir, du désir que nous avons de nous rencontrer, de notre capacité à esquisser d’autres possibles.

Partir de nos besoins et de nos désirs, de nos terrains et virtualités spécifiques, plutôt que nous projeter dans l’espace d’une représentation universalisante, mais pour aller à la rencontre d’autres besoins et d’autres désirs, les composer ensemble, en construire une écologie.

Voilà qui implique beaucoup d’art, beaucoup de souci de soi et du dehors, que ne sauraient susciter ni la doxa démocratique actuelle, ni l’idéologie de la communication, mais seulement des pratiques actives de restauration de la cité subjective.

Il s’agit de favoriser partout l’émergence de nouveaux territoires d’existence, d’ »espaces de douceur » ouverts, de nouvelles trames de socialité qui seules peuvent produire des univers de valeurs alternatifs au nihilisme de masse, à ses horizons barbares.

Valérie Marange, Philosophe, co-rédactrice en chef de la revue Chimères

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[1] Cf Bernard Kalaora, « Pensée écologique et enjeux de société », Etudes sociales, 1997, n°125. et « Quand l’environnement devient affaire d’État », Anthropologie du politique, Ed. Abélès M. et Jeudy H.P., Paris, Armand Collin, 1997.

[2] René Passet, L’économique et le vivant, Payot, 1982.

[3] Yann Moulier Boutang, « La revanche des externalités », Futur antérieur.

[4] Félix Guattari, Les trois écologies, Galilée, Paris, 1988.

[5] G. Deleuze et F. Guattari, Capitalisme et Schizophrénie, L’Anti-Oedipe, Minuit 1972 ; Mille Plateaux, Minuit, 1980.

[6] Félix Guattari « La grille », Chimères n°34.

[7] Marcel Jollivet, Sciences de la nature, sciences de la société : les passeurs de frontières. CNRS Editions.

[8] Maurizzio Lazzarato « Gabriel Tarde ou l’économie politique des affects », Chimères n°39.

[9] Félix Guattari, Les années d’hiver, Barrault, 1986 et Gilles Deleuze, « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », Pourparlers, Minuit, 1990.

[10] Félix Guattari, « Pour une refondation des pratiques sociales », Le Monde Diplomatique, septembre 1992.

[11] Selon les termes de Clément Rosset.

[12] Ernst Bloch, Le principe espérance, Francfort 1959, Gallimard 1976.

[13] « Refonder des pratiques sociales », art. cité.

[14] Anne Querrien, « Broderies sur les Trois écologies », Chimères n°26.

[15] Au début du Contrat naturel, Michel Serres évoque un tableau de Goya dans lequel deux hommes engagés dans une lutte à mort sont débordés par la catastrophe « naturelle » que leur conflit provoque. L’image évoque celle de la « paix des cimetières » que Kant place au départ de son projet de paix perpétuelle. Parce que la terre est ronde, dit-il, il faudra fonder la cosmopolitique sur la valeur d’hospitalité.

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