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Remettre les non-humains au cœur de la politique

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 « Tout sujet tisse ses relations comme autant de fils d’araignée
avec certaines caractéristiques des choses et les entrelace
pour en faire un réseau qui porte son existence. »
Jakob von Uexküll in Mondes animaux et monde humain

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EcoRev‘ N°34 - Urgence écologique, urgence démocratique

Remettre les non-humains au cœur de la politique
Propos recueillis par Isabelle Lamaud Mardi 23 mars 2010, par Bruno Latour.
La question écologique interroge et transforme l’espace des pratiques démocratiques.
Bruno Latour, sociologue de la science et des techniques, revient ici sur le caractère cosmopolitique de toute politique. Décloisonnant nature et société, science et politique, il montre en quoi l’écologie politique rénove la représentation du monde commun à composer.

EcoRev’ – Dans votre ouvrage Politiques de la nature, vous critiquez une forme d’écologie politique qui consisterait simplement à inclure dans le débat démocratique les questions sur la nature. En quoi vos propositions se démarquent-elles de ce projet ?

Bruno Latour – Je ne crois pas en effet que l’on avance beaucoup en liant l’écologie politique avec la nature. Cela dépend d’abord de ce qu’on entend par « nature » [Ecouter Bruno Latour on Nature @ MIT]. Est-ce la réalité extérieure de toutes les choses qui nous entourent ? Est-ce que vous voulez désigner par nature ce qui est le pendant de culture, de société, etc. ? Est-ce la nature unifiée par ce qu’on appelle « les lois de la nature » ? Est-ce la nature comme campagne et sauvagerie par rapport à la ville ou à la civilisation ? Mon argument est, tout simplement, que nature et politique ne vont pas bien ensemble et que, par conséquent, la dernière des choses à faire, si l’on veut faire de la politique écologique, c’est de vouloir « sauver » ou même « défendre » la nature. La nature est indéfendable !
L’écologie politique s’est pensée à partir de questions nouvelles, dont beaucoup, c’est vrai, provenaient de l’ancien cadre naturel, mais c’est d’abord un renouveau et de la politique et de l’écologie : l’ensemble des êtres auxquels nous tenons, dans lesquels nous sommes mêlés, avec lesquels nous avons une histoire commune.
Quand l’écologie politique arrive, la nature s’en va. D’ailleurs historiquement, c’est quand la nature conçue comme cadre extérieur a commencé à manquer, que l’écologie est devenue de plus en plus visible au sens commun. C’est-à-dire qu’on ne peut plus considérer une vie politique des humains d’un côté et de l’autre, à l’extérieur, une nature qui servirait de cadre – ou de décharge. L’écologie politique c’est la rénovation des ingrédients, des sujets, des passions, des objets, des cadres mêmes de la politique, de la vie commune, de ce que j’appelle pour cette raison la composition du monde commun.
La notion de nature est soit trop occidentale, soit trop confuse, soit une unification trop rapide des êtres pour pouvoir servir en quoi que ce soit de référent à la politique. Vous n’allez jamais pouvoir dire « la nature veut ceci ou cela » et entrainer aussitôt l’adhésion ou la décision des humains. Non, vous entrez dans un espace forcément controversé – on le voit bien avec le climat – et donc en politique. L’idée que l’appel à la nature va simplifier ou réorienter la politique, n’a donc pas grand sens.

Pourquoi l’entrée des non-humains en politique serait-elle nécessaire, et comment peut-elle se faire ? Et d’abord qu’est-ce que vous appelez non-humains ?

Le mot n’est pas formidable. Il est trop négatif. Je cherchais juste une alternative au couple calamiteux : objet/sujet. Humains/ non-humains, cela fait comme une sorte de chaîne qui oblige à redéfinir ce qui forme les humains et ceux dont ils dépendent pour exister. Parler de chaînes d’humains et de non-humains, c’est une manière d’éviter de parler de nature d’un côté et de société de l’autre, parce que ni d’un côté ni de l’autre on ne sait exactement de quoi elles se composent. C’est un concept pour ré-ouvrir la question de nos liens et de nos attachements, alors que dans l’ancienne division sujet/objet on est toujours dans un rapport d’émancipation : plus on est sujet, moins on est objet et vice versa. Avec la chaine humains/non- humains, on ne sait pas. Peut-être que, sans les non-humains, nous ne serions pas du tout des humains.
Ce qu’on appelle les crises écologiques, c’est la soudaine réalisation de ces incertitudes de plus en plus nombreuses. On s’aperçoit brusquement que l’on ne sait plus de quoi l’on dépend. Que la définition même de nos biens et de nos maux est en question. C’est ce que Peter Sloterdijk appelle l’explicitation. Nous explicitons ce dont, avant, nous ne savions pas que nous dépendions.
Pour revenir à la première question, je crois qu’il faut la renverser : par quelle étrangeté de l’histoire a-t-on pu penser que la politique, c’était une affaire d’humains entre eux ? Alors que de tous temps et dans tous les peuples on a toujours eu affaire simultanément aux humains et aux non-humains et que la politique a toujours été aussi une définition du cosmos. Le maire du moindre village, c’est toujours d’eau, de terre, d’air, de bâtiments, d’animaux, de virus, de transports, de « calamités naturelles » qu’il doit s’occuper, en même temps que des misères, des passions et des calamités de ses administrés. Pendant une brève période, celle que j’appelle la « parenthèse moderniste », on a pu croire en effet que la théorie politique, la représentation, l’élection, la prise de parole, etc. tout cela était réservé aux seuls humains entre eux. Mais en même temps, dès qu’on regarde le contenu de ce dont parlent les humains assemblés, cela a toujours été le monde dans toute sa diversité, sa complexité, son hétérogénéité. Autrement dit, la politique a toujours été une cosmopolitique [Regarder May nature be recomposed? A few issues in cosmopolitics], une certaine façon de concevoir les liens entre les humains et les non-humains. Il se trouve seulement que les sciences politiques ont largement ignoré ce point et se sont concentrées sur les « représentations » que les humains se faisaient des questions « de nature ». Du coup elles se sont beaucoup préoccupées de la façon dont on pouvait avoir des gouvernements « représentatifs » mais pas du tout des procédures par lesquelles on allait pouvoir représenter, c’est-à-dire rendre présents, les objets de dispute, le contenu des affaires pour lesquelles les humains se sont assemblés. Or les deux sens du mot « représentation » doivent être liés : est-ce que ceux qui sont assemblés sont représentatifs, oui, d’accord, mais aussi, est-ce que ce qu’ils disent offre une bonne représentation du monde commun à composer ?
C’est ce que j’avais proposé d’appeler, il y a vingt ans, le parlement des choses [Regarder From Object to Things: How to Represent the Parliament of Nature?], et qui est maintenant devenu une évidence, surtout après Kyoto et maintenant Copenhague : tout le monde maintenant comprend que les non-humains sont depuis longtemps entrés en politique par le truchement de leurs innombrables porte-parole qui s’assemblent autour des choses, c’est-à-dire des sujets de dispute, des affaires, de ce que les Anglais appellent des issues. Par conséquent, les non-humains ont toujours été au cœur de la politique ; on avait simplement cru pouvoir diviser les choses en disant : aux politiques les humains et leurs opinions ; aux scientifiques les non-humains et leurs propriétés. Mais aujourd’hui on redevient comme on était avant. On pourrait reprendre ce cliché en le modifiant : « nos ancêtres les Gaulois n’avaient peur de rien sinon que le ciel leur tombe sur la tête ; la multitude qui s’assemble à Copenhague a peur de tout, y compris que le ciel – le climat – lui tombe sur la tête ». On est redevenu normal. Politics as usual.

Vous attribuez un rôle de porte-parole des non-humains aux scientifiques. A quelles conditions cela peut-il s’effectuer sans reproduire la séparation entre savants et profanes ?

D’abord il faut bien comprendre cette idée de porte-parole : cela veut dire qu’il n’y a jamais de rapport simple et direct, mimétique entre celui qui parle et ce dont il parle. Les humains parlent, certes, mais en politique classique, ils parlent par l’intermédiaire de porte-paroles, leurs représentants, directs ou indirects, peu importe. Bon, les scientifiques, eux, parlent aussi pour les choses qu’ils sont chargés de représenter dans ces nombreux quasi-parlements qui se sont créés autour de tous les sujets de controverses – le climat, les antennes relais, les éoliennes, le thon rouge, le H1N1, les exemples ne manquent pas.
Quel est leur rôle ? Autrefois, du temps de la parenthèse moderniste, on aurait dit : qu’ils nous donnent les faits, la nature des faits, et nous, politiques, moralistes, gens du peuple, militants, etc. nous nous occuperons de décider des valeurs [Regarder Fabrication et destruction comparées des images : art, science, religion]. Mais personne n’a jamais cru que quand les chercheurs disent « les faits parlent par eux-mêmes » ce soit littéralement vrai. Les faits parlent par leur intermédiaire. Ce qui explique que les scientifiques soient souvent divisés et, quand ils ne le sont pas, que leur autorité ne soit plus suffisante pour entrainer l’accord sur le monde commun.
D’autre part, comme vous le suggérez, d’innombrables « représentants » se sont fait voir, en s’autoproclamant souvent représentants des mêmes éoliennes, du même thon rouge, du même climat, ou des mêmes antennes relais. Les pêcheurs de thon, eux aussi, vont se mettre à critiquer les quotas définis par les statisticiens chargés de surveiller l’évolution de la ressource. Il est beaucoup plus difficile qu’avant d’avoir d’abord des faits indiscutables, et ensuite une discussion. Donc on ne peut plus distinguer les politiques – autorisés à représenter les humains –, les scientifiques – qui définissent les faits indiscutables –, les militants et les gens du commun qui eux devraient attendre, pour savoir et se décider, ce que disent les deux premiers groupes. On est dans des parlements et c’est un peu la foire puisque tous les porte-parole disent ce que diraient les choses dont ils parlent si elles pouvaient parler !
Il faut donc repenser totalement la fonction politique, le rôle même des parlements, la notion de porte-parole pour retrouver des règles d’autorité, de procédure, de débats par lesquelles nous pouvons décider, en fin de compte, dans quel monde commun nous voulons vivre. Le cas du H1N1 est assez typique du genre d’imbroglios dans lesquels on se trouve. La répartition de l’autorité est complètement différente. Là non plus on ne peut pas s’abriter derrière la nature pour obtenir des décisions indiscutables. Il faut parvenir à clore les controverses tout en acceptant cette multiplication des arènes et des porte-paroles. C’est un peu angoissant pour les chercheurs souvent, mais, en même temps, cela les met dans une situation plus réaliste que celle d’avoir seulement à définir les faits indiscutables.
On est dans des parlements. La décision arrive à la fin, pas au début. Et même après, la discussion continue. Mais on a décidé. On voit bien la difficulté de concilier l’ancien et le nouveau modèle dans la querelle sur l’origine anthropique du climat. C’est normal d’avoir une opposition qui continue à discuter, mais on doit pouvoir se tenir à la décision prise sur le lien de causalité et on doit pouvoir prendre des mesures en fonction de ces prémisses décidés en commun selon une procédure légitime. C’est là où les notions de porte-parole et de parlement sont tellement utiles : pour nous permettre d’entrer à nouveau dans la politique [Regarder Making Things Public: Atmospheres of Democracy].

Les associations écologistes peuvent-elles représenter des lieux pertinents afin de porter les intérêts d’entités qui ne sont pas représentées dans les systèmes politiques actuels (non-humains, générations futures) ?

Bien sûr, puisque c’est souvent à elles que l’on doit d’entendre les voix de ceux qu’on aurait oubliés, qu’ils soient humains ou non-humains. Par définition, tout système représentatif est mauvais dans la mesure où il représente mal des milliers d’affaires, de soucis. Il faut donc toujours passer par des porte-paroles, souvent autoproclamés, qui vont se mettre à faire parler les oubliés, les rejetés, les exclus, qu’il s’agisse du thon rouge en voie de disparition, ou des prisonniers entassés dans leurs cellules, ou des symptômes étranges de ceux qui croient subir les effets des éoliennes ou des antennes-relais.
Sans militants, pas de démocratie. Mais cela ne veut pas dire que le reste du public doit forcément les croire. Le public – ou plutôt les publics, comme dit Walter Lippmann – est toujours un fantôme, c’est-à-dire qu’il faut le faire exister sur chaque nouveau sujet d’une façon nouvelle. Et son travail, c’est d’apprendre à détecter dans cette foire parlementaire, ceux – militants, scientifiques, officiels, politiques, administrateurs, lobbyistes – qui sont plus ou moins partisans.
C’est la grande affaire de la démocratie : représenter les absents, les morts, les futurs, les exclus, les petits ; et ce travail, il faut toujours le reprendre et recommencer.

S’agit-il de développer le caractère délibératif des démocraties ? Que peut apporter de plus ce type de démocratie par rapport au système représentatif, voire à des systèmes politiques autoritaires ?

Les systèmes autoritaires se préoccupent aussi peu des humains que des non-humains. La crainte d’un autoritarisme fondé sur l’écologie n’est agitée que par ceux qui, justement, font appel à la Science, avec un grand S, pour protéger leurs propres positions politiques de toute critique. C’est l’ancien cauchemar d’une politique fondée sur une science, le matérialisme historique, le néolibéralisme ou aujourd’hui l’écologie. Le danger serait réel si les écologistes étaient liés à la Nature avec un grand N et qu’ils disaient : « la Nature m’a parlé directement, elle veut ceci, donc faites-le ». Là, on aurait un fondamentalisme écologique égal et pire que le fanatisme religieux qui dit parler sans interprétation au nom de Dieu.
Mais la scène des controverses écologiques, c’est ce qui est si réconfortant, montre exactement le contraire : c’est une extension formidable du « système délibératif », ce qui donne souvent le tournis, je le reconnais. C’est cet espace des controverses [Regarder Organizing Uncertainties: the mapping controversies project] qu’il va nous falloir habiter et qui présente pour la démocratie une chance de renouveau extraordinaire. A condition d’apprendre à inventer les procédures, les instruments qui permettent de s’y orienter et de retrouver, en fin de compte, un principe d’autorité qui soit légitime [Regarder Mapping scientific and technical controversies] .

Horizons divers [dits-verts] de l’écologie politique

http://video.google.com/videoplay?docid=8810721411965290622 « Gregory Bateson et l’épistémologie du vivant. Ou comment l’esprit émerge des circuits qui relient les organismes en co-évolution dans leur environnement » par Jacques Miermont.

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Un modèle fécond pour penser une écologie étendue: la danse.
Modèle de (la) danse qui capture d’autres modèles de danse : assurer la cohabitation des rythmes – intégrer différents langages – faire circuler des corps – ramasser des fragments éphémères - souplesse – laisser retomber – coups de dés, etc.

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 Horizons divers [dits-verts] de l'écologie politique dans André Gorz image0011

Fragments de rencontre urbaine
Séminaire du Collège International de Philosophie
les horizons de l’écologie politique, séance n°1, notes sommaires incomplètes.

« Prendre au sérieux l’idée d’« écologie politique », c’est reconnaître que le sens de cette expression ne peut se réduire ni à une collection de problèmes environnementaux, qu’il reviendrait au pouvoir politique de prendre en charge, ni à une doctrine susceptible d’être rangée aux côtés d’autres conceptions du monde et de la société, dans l’espace homogène et neutralisé d’une « histoire des idées politiques » dont les coordonnées, au fond, n’auraient guère changé. Tout au contraire, le propre des questions écologiques contemporaines comme des élaborations théoriques qui entendent les prendre en charge, est de ne laisser intact aucun des grands repères qui organisent l’horizon même de l’action et de la pensée politique : alors même que les problèmes posés par le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources ou la réduction de la biodiversité donnent une urgence neuve au souci de l’intérêt général et du bien commun, ils dessinent un horizon dans lequel la définition de la citoyenneté, les échelles de temps et d’espace, le rapport au possible, la place conférée au savoir, l’articulation entre consensus et conflit prennent des formes largement inédites. Paradoxe de cette métamorphose : si, en un sens, toute la pensée politique moderne s’est située dans l’horizon du changement (de la transformation par l’homme de ses propres conditions d’existence, du progrès sous ses acceptions réformiste ou révolutionnaire, de la croissance comme vecteur de paix et de prospérité), l’écologie politique redouble cet impératif, nous enjoignant collectivement de changer tout en mettant en cause les formes jusqu’ici prises par cette dynamique transformatrice.« 

Introduction générale

-> Mathieu Potte-Bonneville.
Les problèmes et les mots de l’énoncé : l’horizon, l’écologie et politique.
- L’horizon ? Ce vers quoi il s’agit de fuir, de déborder.

- L’écologie ? Un concept intégrateur face  la simultanéité et l’horizontalité des problèmes liés.
Articulation ? Comment produire des horizons alternatifs à partir de l’écologie. dans un contexte d’effritements général des horizons idéologiques? L’urgence, les discours catastrophistes sont-ils compatibles avec les temps de production d’horizons alternatifs ?

- La politique ? L’horizon commun et le conflit.
Avec et pour quelle communauté écologique ? Immédiate mais introuvable (le lieu commun, « une autre planète est possible », les slogans).

Questions : l’écologie, lieu de la formulation d’un nouvel horizon ? Cet horizon vient-il se superposer à des schèmes politiques existants ? Quelles redéfinitions du politique à partir de l’écologie ? Vers une écologie politique productrice de zones d’horizons temporaires et hétérogènes ?

-> Pierre Zaoui.
L’écologie, des mouvements de conversions successifs ?
Quelles sont les forces de déplacement de l’écologie?
Quel(s) principe(s) d’espérance porté(s) hors heuristique de la peur ?
Une écologie-symptôme ? Le premier sentiment d’appartenance à un ensemble monde hétérogène, multiple et incoordonné.

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* Pierre Lauret. L’écologie peut-elle être une politique ? (références chez Gorz et Guattari)

L’objectif historique premier de l’écologie : une gestion rationnelle des écosystèmes (biotope + biocénose).
Un constat qui en découle : d
es états de fragilité dans les écosystèmes impliquant des menaces sur la durabilité de la vie humaine.
Conséquences : la question des interventions étatique et inter-étatique au regard de l’échelle des problèmes. La politique, in fine, l’élaboration de ce qui est commun, par arbitrage.
Une politique des conflits et des consensus. L‘écologie, une perspective englobante (des luttes) avec reconfiguration des forces politiques ?

La modernité : l’impératif du changement (la croissance).
L’écologie porteuse d’une double contrainte : ‘impératif de changer en changeant la manière de changer (la croissance).
La nécessité de repenser la signification du progrès.
Or si la simple technicisation des problèmes environnementaux n’est pas tenable, aujourd’hui on ne peut pas plus répondre avec le stock théorique d’écologie politique disponible (de Morin à Guattari).

* Écologie = politique = non
L’écologie n’est pas une politique.
Écologie = contrainte supplémentaire pour le système = ralentisseur de croissance.
Réponse aux problèmes environnementaux à travers la recherche de solutions technologiques dans une stratégie économique  (internalisation, partage et réduction du coût global).
Question posée au financement (arbitrage) public: quelle(s) technologie(s) financer.

* Écologie = politique = oui
Des points de conflit.
La question de la gestion des b
iens communs : exemple, la gestion climatique de l’atmosphère, un grand nombre d’acteur-usagers totalement hétérogènes et dont il faut garantir à tous l’accès.
Gérer un bien commun : mettre en place des stratégies coopératives.
Trois conditions pour mettre en place des solutions coopératives : confiance, efficacité socio-économique et équité.
Idem, question du financement étatique des solutions technologique (arbitrage entre les énergies : nucléaire, renouvelable, etc.)
Question de l’équité (pollueur/payeur), de la dette écologique des pays développés versus la dette financière des PVD.

Deux thèses :
Théorie de la justice appliquée à l’environnement.
Faire de la sphère publique (politique, conflit) une instance de la gestion (rationalité) bureaucratique  des affaires publiques.

Des thèses des fondateurs de l’écologie politique en France, de Morin, Gorz à Guattari, un point de convergence : l’écologie est politique, des points communs :
- l’écologie n’est pas réductible à sa composante environnementale (écologie généralisée);
- une critique radicale et originale au système capitaliste;
- un axe de mobilisation politique : une articulation entre la critique du système et la substitution de valeurs alternatives à la méritocratie (éthique).

Ces fondateurs admettent la prémice suivante : la capacité d’auto-régénération des écosystèmes est grandement endommagée par les techniques d’exploitation industrielle des ressources. Ceci implique un impératif écologique.
Un impératif écologique qui diffère de l’interprétation environnementale de l’écologie (= croissance verte, développement durable).
L’interprétation environnementale de l’écologie vise à rendre compatible la croissance et le mode de développement avec la finitude des ressources naturelles, par une détermination scientifique des capacités de résilience des écosystèmes (évaluation), la recherche et financement de solutions technologiques. Soit in fine le pari suivant : le système peut à nouveau intégrer/dépasser la crise en renouvelant les solutions technologiques (accès, production, consommation d’énergie) et la gestion régulée des ressources.
Solution irréaliste.

Andre Gorz : autonomie existentielle et critique des besoins.
La critique de Gorz de l’interprétation environnementale de l’écologie: une menace sur les libertés doublée d’une critique interne des modes de consommation et de production. Menace d’une expertocratie et d’une dépolitisation (hétéro-régulation).
L’écologie politique, la réunification des luttes traditionnelles, celles de 68 (chaque mouvement social est porteur de conflictualité, désir, politique).
L’écologie permet une double opération de réunification :
- une i
nterprétation de l’ensemble de ces luttes : ce qui se joue, le désir d’autonomie;
- le désir d’autonomie, ce qui peut le prendre en charge, c’est l’écologie politique.

* Réaction de Manola Antonioli à l’intervention de Pierre Lauret
Une perspective autre de la politique. La politique n’est pas que ce qui est commun, c.f. les agencements collectifs d’énonciation. Il faut sortir de l’idée de la perspective englobante. Savoir articuler les plans, en finir avec les barrières dans une écologie généralisée . A titre d’exemple, les ressources mentales sont tout autant menacées que les ressources naturelles.

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Face à la crise : développement durable et mondialisation
par
Luc Ferry
Conférence du cycle « La croissance verte, comment ? »

Les Lumières, un projet d’autonomie vis-à-vis de la nature (les sciences des Lumières, le tremblement de terre de Lisbonne, un projet de civilisation, le progrès).
L’autonomie, autrefois un p
rojet d’autonomisation vis à vis de la nature, aujourd’hui vis-à-vis de l’infrastructure capitaliste (couple concurrence-innovation) dans lequel est tombé (la chute) le projet d’autonomie des Lumières.
Infrastructure capitaliste : la fin du projet, le couple concurrence-innovation, l’impératif de la révolution permanente. Sélection naturelle, s’adapter à la concurrence, compétiter ou mourir, multiplier des foyers de compétition multiples et mondialisés.
Objectif actuel : r
écupérer des marges de manœuvre au sein de ce mécanisme anonymiste.

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Écologie et démocratie : Pour une politique de la nature
par Bruno Latour
Les conférences d’AGORA
Extraits d’après notes prises par Huguette Déchamp et Serge Tziboulsky

« (…) nous appliquons à ces objets [i.e. non-humains] une version pédagogique de la certitude savante.
Par exemple Nicolas Hulot, pour mobiliser les énergies politiques sur les questions écologiques, utilise le répertoire rationaliste le plus rassis : « regardons les faits tels qu’ils sont », « nous savons », « la raison exige », « ceux qui discutent sont des obscurantistes ».
Ce faisant il dépolitise les questions écologiques. En effet dire « sur les faits nous sommes d’accord ; nous ne sommes divisés que par nos préjugés ; soyons donc rationnels et nous serons tous d’accord », c’est défendre une position proprement réactionnaire8, puisque l’accord est déjà fait ! Il n’est pas vrai (d’ailleurs, l’a-t-il jamais été ?) que « la raison nous unit et [que ce sont seulement] les passions [qui] nous désunissent ». On utilise la référence à la nature pour dépolitiser une question. Ted Nordhaus et Michaël Schellenberger nous proposent l’expérience de pensée suivante : mettons en regard un discours de Churchill sur la reconstruction de l’Europe prononcé pendant la guerre froide et un discours de Blair sur le changement climatique, suite au rapport Stern. Le discours de Churchill est « churchillien », mobilisateur d’énergies ; celui de Blair est purement informatif et ne nous « écologise » pas. Inversons les deux types de discours : si Churchill avait parlé comme Blair, nous n’aurions rien fait et nous serions toujours dans une Europe en ruine ; si Blair avait parlé comme Churchill, nous aurions l’énergie nécessaire pour agir. »

 « (…) L’urgence peut être mauvaise conseillère. Les campagnes des écologistes peuvent avoir des effets contraires, décourageants. A l’époque de Churchill la menace était grave, mais classique et Churchill a trouvé la formule pour transformer une urgence démobilisatrice en volonté d’y faire face. Jared Diamond pense même qu’on pourrait avoir des guerres écologiques. La situation climatique est sans doute au même niveau d’intensité dramatique que la Guerre froide. Churchill refusa de parler en termes de décroître ou d’être effrayés, mais produisit par le discours politique une volonté politique. Le 18 juin 1940 de Gaulle dit : « Nous avons perdu une bataille, mais nous n’avons pas perdu la guerre. ». S’il avait dit : « Nous avons perdu la bataille et nous allons sûrement perdre la guerre [au nom de la vérité historique c’était, en effet, probable], alors nous l’aurions sûrement perdue…Donc l’énergie ajustée à la question écologique, c’est cela l’intéressant. Le discours de Churchill n’était pas un discours pédagogique à la Hulot (« les faits sont établis ; il n’y a plus qu’à agir. ») : celui-ci ne produit pas de la volonté, ni du monde commun, mais de l’acceptation et de l’inaction. La notion d’évidence naturelle a quelque chose de délétère, de contreproductif : ce n’est pas parce que c’est naturel, vrai, exact que cela produit de la politique. Être terrorisé, ce n’est pas non plus une position politique. L’intensité de la menace peut être complètement démobilisatrice ; d’où le danger des discours apocalyptiques concernant l’écologie. D’où l’exhortation de Nordhaus : gardons les énergies grâce auxquelles nous avons créé ce monde artificiel ; c’est très bien de vivre dans un monde artificiel. Mais il faut maintenant pouvoir prolonger cet artifice plus loin. L’écologie politique s’est construite, un peu comme le marxisme, sur l’idée que nous avons la science (la science de l’histoire et la science économique, pour le marxisme ; la science écologique pour l’écologie politique). Mais cela dépolitise la question. »

« (…)  La politique a toujours été la politique des choses.
Saint-Simon parlait déjà au 19ème siècle du « gouvernement (ou de l’administration) des choses ». La politique grecque a toujours été cosmopolitique (pour reprendre l’expression d’Isabelle Stengers). Ce n’est donc pas cela qui est nouveau. A Sienne on peut admirer les magnifiques fresques d’Ambrogio Lorenzetti sur Le Bon et le Mauvais gouvernement … elles datent du début de la Renaissance, époque où les hommes avaient leur prolongement dans un cosmos et où la pensée était englobante, où les choses et les hommes étaient en résonance, en correspondance. Pour faire une nouvelle politique et repenser les choses, ne faut-il pas aussi repenser les mots et notre perception ? Par conséquent quelque chose de l’ordre d’un jugement désintéressé ne pourrait-il pas entrer en politique ? »

« Plutôt que de prôner la décroissance, il faut, au contraire, se développer et inventer en « modernisant la modernisation », selon la formule d’Ulrich Beck (auteur de La Société du risque). Beck, dans Reflexive Modernization, montre que la modernité ne devient réflexive que maintenant. La grande question de l’écologie politique est : pouvons-nous faire entrer les sujets de débat – qui ne seront jamais stabilisés – dans des institutions politiques faites pour les accueillir ? Peut-on construire les institutions qui prennent les anciens objets « naturels » et faire de la politique avec ces êtres bizarres : les objets naturels avec leurs humains associés ?
Peter Sloterdijk remarque qu’avant les crises écologiques, on ne savait pas vraiment que la Terre était ronde, alors qu’aujourd’hui, on le sent, parce que les conséquences de nos actions nous retombent dessus. Par exemple les oiseaux sauvages de l’Arctique et de l’Antarctique assimilent les résistances aux antibiotiques des animaux domestiques : ils sont entièrement mondialisés ! »

« Conclusion : repolitiser l’écologie.
Résumons :
- nous nous habituons aux objets controversés et détaillés ;
- nous avons l’inventivité nécessaire pour créer les assemblées représentatives
correspondant à ces objets ;
- mais faire de la politique avec ça, c’est plus délicat.
Notre habitude de faire de la politique en France consiste à dire : « soyons rationnels et
nous allons nous entendre. » Or nous ne nous entendons pas, au sens où l’entente, c’est la construction d’un monde commun. L’écologie politique officielle dépolitise la question de l’écologie : il faut la repolitiser, c’est-à-dire produire les énergies capables de construire le monde commun. La politique est donc redevenue intéressante. Nous sommes aujourd’hui dans la seule époque d’invention politique depuis le 18ème siècle, où la grande question était celle de la représentation des humains. Après le 18ème siècle les controverses en philosophie politique n’ont porté que sur des questions mineures, du genre : sur quelle science fonder la philosophie politique (l’histoire ? l’économie ?…). Aujourd’hui il s’agit d’inventer la représentation politique des humains avec leurs non humains associés. »

image0022 dans Bateson

Des figures, des visages : l’air de l’étonnement

       Où en sommes-nous dans nos mises en scène ? Nos petites espèces immatérielles vivent et cohabitent sur différents “territoires” de la pensée, territoires « qui chante quoi appartient à quoi » dans lesquels elles sont soumises à des rapports de forces. Après le vent de la bêtise, le feu de la technique, voici l’air frais de l’étonnement. Cette force qui nous pousse à l’attention, le rappel qu’on ne sait jamais à l’avance ce que peut… Petite visite guidée par le trio Gorz/Deleuze/Spinoza

http://www.dailymotion.com/video/67qIRJhTfrLZGlXks

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 « Nul ne sait ce que peut un environnement »

Extrait de l’article d’EMMANUEL VIDECOQ – D’une pensée des limites à une pensée de la relation - Revue Multitudes n°24

     Contrairement à ce que laisse penser le « principe responsabilité » d’Hans Jonas, les humains n’ont pas l’exclusivité de l’action ; physiquement, biologiquement, socialement et politiquement, les non-humains sont également actifs, « actants » dit Bruno Latour ; l’environnement est un réceptacle, il a sa virulence propre qui n’est pas que déterministe. Ce qui compte ce sont les agencements, l’intrication des processus. Il faut tout considérer sur le même plan. « Comment tous ces morceaux jouent et vivent ensemble »19 ; la nature a une réalité processuelle, celle d’un multiple enchevêtré qui produit des possibles mais aussi des inquiétudes renchérit Isabelle Stengers.

Il y a deux dimensions principales dans les relations écologiques celles prises en compte par les écologistes qui vont des humains aux non-humains et qui ont pour médiation productive la science, celles qui vont du non-humain à l’humain et qui expliquent comme le dit Isabelle Stengers que nous sommes le produit de notre environnement qu’il soit naturel ou artificiel, (mais là n’est pas l’important), des bactéries qui nous ont précédées, mais qui dans d’autres circonstances auraient pu produire tout autre chose. « Nul ne sait quelles associations définissent l’humanité » déclare Bruno Latour de son coté [...]

De cette hypothèse matérialiste sur l’humain, on peut rapprocher celle qu’entend explorer Félix Guattari pour lequel « un renouveau de l’âme, des valeurs humaines [pourrait] être attendu d’une nouvelle alliance avec les machines. »20 « Le mouvement du processus, précise t-il dans Chaosmose, s’efforcera de réconcilier les valeurs et les machines. Les valeurs sont immanentes aux machines. »21

Inspiré par Gregory Bateson pour lequel « Le monde des idées ne se limite pas à l’homme, mais bien à tous ces vivants, à toutes ces machines, composées d’éléments pouvant traiter de l’information, que ce soit une forêt, un être humain ou une pieuvre », Félix Guattari ne pose pas de frontières stables entre les sujets et les objets, entre l’humain et le non-humain. Au contraire il se propose « d’opérer un décentrement de la question du sujet sur celle de la subjectivité. Le sujet traditionnellement a été conçu comme essence ultime de l’individuation (…), comme foyer de la sensibilité (…) unificateur des états de conscience ; Avec la subjectivité on mettra plutôt l’accent sur l’instance fondatrice de l’intentionnalité. Il s’agit de prendre le rapport entre le sujet et l’objet par le milieu. »22 Il qualifie donc de machiniques les processus de subjectivation non-humains.

Une machine fonctionne tout simplement, elle est une processualité, pas des moyens pour une fin, « Elle est travaillée en permanence par toutes les forces créatrices des sciences, des arts, des innovations sociales qui s’enchevêtrent et constituent une mécanosphère enveloppant notre biosphère. »23

« L’individu, le social, le machinique, écrit-il dans son dernier article, se chevauchent ; le juridique, l’éthique, l’esthétique et le politique également. Une grande dérive des finalités est en train de s’opérer : les valeurs de resingularisation de l’existence, de responsabilité écologique, de créativité machinique, sont appelées à s’instaurer comme foyer d’une nouvelle polarité progressiste au lieu et place de l’ancienne dichotomie droite/gauche.»24

19 Isabelle Stengers, « Entretien avec Bernard Mantelli », in Chimères n°41.
20 Félix Guattari, « Pour une refondation des pratiques sociales », in Le Monde Diplomatique, octobre 1992.
21 Félix Guattari, Chaosmose, p. 82.
22 Félix Guattari, ibid., p. 40.
23 Félix Guattari, « Pour une refondation des pratiques sociales », op. cit.
24 Ibid.

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Fragments sur la notion de contrat naturel

Fragments sur la notion de contrat naturel dans -> CAPTURE de CODES : contratnaturel

Quatrième de couverture : Jusqu’à ce matin même nous échappait la nature : petit carré de luzerne, concept abstrait, objet découpé par les sciences. Notre savoir ne saurait fonctionner sans ces découpages, il doit maintenant résoudre les problèmes posés par leur intégration. La voici, aujourd’hui, nouvelle et fraîche, à l’état naissant : globale, entière et historiée sous les yeux de l’humanité entière et globale ; théorique, bientôt, quand les disciplines séparées voudront bien se fédérer ; tout de suite concrète et technique, puisque nos moyens d’intervention agissent sur elle qui, en retour, agit sur nous. Combat, dialogue ou accord ? Dans le risque d’une lutte à mort, il faut prévoir un contrat. Espoir d’une vie commune, on voit naître une Nature.

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Michel Serres sur France Culture :

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Extrait de l’article de la revue Multitudes : « Retour sur le Contrat Naturel » de Michel Serres

Qui signe le Contrat ?

L’argument principal partout opposé à ce livre consiste à demander à l’auteur : qui signera ce Contrat ? Entendu que la Nature ne dispose d’aucune main pour écrire ni d’aucun entendement pour avoir quelque intention de ce genre.

Je ne suis ni si sot ni si animiste pour penser que la nature est une personne. Et je réponds que l’on objecta au Contrat social de Rousseau le même argument : nul, en effet, ne signa jamais ce Contrat, en une cérémonie dont l’on pourrait documenter la date et les circonstances. La Volonté Générale a aussi peu de mains que la nature.

Ces Contrats se présentent donc comme des conditions. Si nous vivons ensemble de telle et telle manière, tout se passe comme si nous avions signé ce Contrat social. Si nous protégeons en ce moment telles espèces en voie de disparition, c’est que, virtuellement au moins, nous leur reconnaissons le droit à l’existence. Les chasseurs de tigres, au Bengale, de temps de la colonisation anglaise, ne leur reconnaissaient pas ce droit, jusqu’à l’éradication comprise. Nous commençons à penser possibles des procès opposant tels pollueurs et, par exemple, tel parc, telle forêt ou telle mangrove. Ces procès ne sont possibles que par une acceptation tacite des ces « choses » comme sujets de droit.

Nos conduites actuelles, même notre sensibilité, si nouvelle par rapport à la fragilité des choses, supposent que la Nature devient, peu à peu, sujet de droit.

La philosophie traditionnelle, en Occident, se donne pour but la découverte d’un lieu, changeant, sans doute, à chaque époque, d’où l’on peut voir, en même temps et à la fois, la raison scientifique et la raison juridique, les lois du monde physique et les lois politiques des collectifs humains, les règles de la Nature et les règles des Contrats ; ce pourquoi, dans les langues de référence, les termes qui désignent ces principes sont les mêmes dans les deux cas.

Vrai de Platon, d’Aristote, de Lucrèce et des Stoiciens, cela se vérifie pour saint Thomas d’Aquin, au Moyen Age, pour Spinoza et Hobbes, à l’âge classique, pour Kant ou Hegel, plus près de nous. A la recherche donc de ce lieu, le Contrat Naturel traite de philosophie de la connaissance et de l’action, à propos d’un problème posé par les sciences et les techniques d’aujourd’hui [...]

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Lire l’intégralité de l’article, voir un complément d’information.

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http://www.dailymotion.com/video/2ck54on4eMdyOd6k4

Selon Michel Serres, il nous appartient donc maintenant d’inventer Le contrat naturel par lequel nous fixerons les limites de l’action de l’homme sur la Nature, le sens des droits et des devoirs. En 1994, ce dernier publiait l’ouvrage « éclaircissements« , une suite de dialogues avec le  sociologue, ethnologue et philosophe des sciences Bruno Latour. Profitons donc de cette collaboration passée pour évoquer rapidement le concept, peut-être complémentaire, de parlement des choses.

Parlement des choses

Pour le résumer très globalement: à partir d’une conceptualisation du « non-humain », Latour nous propose la création d’un « parlement des choses » où les non humains seraient représentés et défendus par des « députés » d’un nouveau genre. Lire à ce sujet l’article de Latour intitulé « A nouveaux territoires, nouveau Sénat »

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Bruno Latour sur France Culture :

Lorenzetti 

Consulter le site internet de Bruno Latour.

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