Fragments d’un régime alimentaire urbain

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       Qu’est-ce qu’une ville, ou plutôt qu’est-ce que ça devient ? Un réseau de réseaux, un ensemble de noeuds ou de plateaux, une structure végétale hors-sol de type rhizome ? Quels espaces, quels sons, quelles espèces, quels codages/decodages, quels modes d’existence possibles, quels processus d’attraction ?

Autant de questions passionantes pour les spécialistes et qui doivent nous permettre de sortir des simples et très curieux rapport que nous entretenons parfois avec la ville: « ça sent pas bon« , « il y a trop de bruit« , « je me sens seul(e) ici« . 

Car nos villes modernes sont de véritables bouillons de cultures où s’accélère des échanges de toutes natures, ou se codent et se recodent des signes et des arts, des langues et des pratiques, des impulsions nouvelles. Organisme toujours en reconstruction, toujours en chantier, toujours en recombinaison: organisation qui ne cesse de s’organiser. En ce sens, elles sont des biens humains extrêmement précieux, des points de lumière et de créativité intenses qu’il convient de préserver.

Préserver de quoi et comment ? A notre petit niveau, bornons-nous donc pour l’instant à simplement nous demander ce que pourrait-être le régime alimentaire de survie de la ville moderne, ce dont faute de quoi elle pérécliterait.

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En 1950, environ 750 millions de personnes vivaient dans les villes. En 2000, ce chiffre s’était élevé à 2,9 milliards et aujourd’hui les Nations Unies prévoient que plus des deux tiers d’entre nous vivront dans des villes en 2050, soit environ 6 milliards d’individus.

Une telle accélération de l’urbanisation a donc pour conséquence, parmi d’autres, d’entraîner une concentration sans précédant des ressources et des déchets dans l’espace et le temps. Chaque jour ce sont donc d’énormes flux de nourriture, d’eau, de matière et d’énergie qui doivent être amenés vers les villes. Or la situation actuelle, disons plutôt les termes de l’échange ville/campagne pour employer un langage plus économique, ceux-ci sont caractérisés par :

  • un transfert à faible valeur ajoutée de matières premières non transformées des campagnes vers les villes,

  • un transfert à forte valeur ajoutée de produits et services de ville à ville,

  • un transfert négatif de déchet, sècheresses et inondations des villes vers les campagnes.

Conséquence de ce « pillage » à faible contrepartie des villes sur leurs campagnes les plus voisines, si les premières agglomérations étaient fortement dépendantes des ressources naturelles de leurs environs immédiats, les centre urbains actuels dépendent de plus en plus de ressources éloignées pour des services de base comme l’alimentation et l’eau.

  • Los Angeles tire l’essentiel de son approvisionnement en eau d’un fleuve Colorado qui coule à environ 970 kilomètres de la ville.

  • Mexico, situé à 2 300 mètres d’altitude, dépend d’un coûteux pompage situé à 150 kilomètres de la ville. Situé dans la pente 1 kilomètre plus bas que la ville, on estime que le coût énergétique du pompage est supérieur à la consommation énergétique annuelle de la ville voisine de Puebla qui compte tout de même 8.3 millions d’habitants ! Les seuls coûts opérationnels de ce pompage représentant à eux seuls quelques 128.5 millions de dollars par an.

  • Pékin envisage de faire venir une partie de son eau depuis le bassin fluvial du Yangzi Jiang, soit un transport d’une distance de près de 1 500 kilomètres.

Autre illustration, la nourriture vient parfois d’encore bien plus loin que l’eau. Le cas de Tokyo en est une bonne illustration.

  • Son blé vient en grande partie des grandes plaines des Etats-Unis et du Canada, et d’Australie.

  • Son maïs vient essentiellement du Midwest américain.

  • Son soja provient Midwest et du cerrado brésilien.

On le voit, en cas de pénurie d’eau et/ou d’énergie, le coût croissant du transport longue distance des ressources pourrait commencer à contraindre la croissance des villes.

 

gflux dans Urbanisme

 

       Dans un monde qui manquerait de terre et d’eau, ce qui est déjà le cas de Tokyo, la valeur de celles-ci pourrait donc augmenter considérablement. Ce qui in fine pourrait avoir comme conséquence d’inverser les termes de l’échange actuels entre villes et campagnes. Ce que ne manque pas de remarquer Lester Brown : « Depuis le début de la révolution industrielle, le commerce n’a cessé de favoriser les villes parce qu’elles contrôlent les ressources rares [capital, technologie]. Mais si la terre et l’eau deviennent les ressources les plus rares, les habitants des zones rurales qui les contrôlent pourraient [sous condition] infléchir les termes de l’échange, et dans certains cas, inverser la tendance à l’urbanisation. »

De ce constat, une question simple vient alors à l’esprit : une ville peut-elle cesser de croître pour survivre ? L’apport sans cesse renouvellé des populations ne correspondrait-il pas au coeur même de la ville, au besoin permanent de réoxygénation des flux, des idées, des codes qui la traversent ? Une ville qui stagne démographiquement est une ville qui s’éteint. Or comment ne pas devenir vulnérable à partir du moment où de véritables déserts, poubelles, zones grises se forment à votre frontière ? Pour assurer la bonne continuité matérielle de sa croissance, il faut donc se fournir toujours plus loin, dépendre de toujours plus de facteurs extérieurs et complexes…

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La dégradation de la qualité de vie de nos grands centres urbains aurait pour conséquence de lourdes pertes en termes de diversité des comportements humains. A l’image d’un champ de blé mal alimenté, un « terreau » urbain affaibli entrainerait une baisse de la production immatérielle des idées, des affects…

Alors comment inverser cette tendance à une vulnérabilité croissante ? Peut-on continuer à penser centre/périphérie et agir comme si nos villes étaient hors-sol ? Il apparait comme de plus en plus necessaire de réguler les flux sortant de nos agglomérations en directions des espaces limitrophes. Un territoire doit être pensé dans sa globalité, en terme de durabilité et d’équilibre dans les échanges de flux.

Il n’y a pas la ville ici et la campagne là-bas. Bien plus, il y a deux écosystèmes dont le degré d’artificialisation et les espèces différent, mais qui demeurent totalement dépendants l’un de l’autre. Qui sont, qu’on le veuille ou non, pris dans un devenir commun qu’il conviendrait de rétablir au plus vite. Ce qui ne signifie pas faire entrer la nature dans la ville et inversement. Comme le dit Michel Serres, la ville, c’est avant tout l’espace des hommes et de leur politique. Il ne s’agit donc pas de gommer artificiellement les frontières et les différences, il s’agit bien de concevoir des possibilités de coexistence.

Michel Serres sur France Culture :

Voir le site web nomadologie

Nomadologie

 

6 Réponses à “Fragments d’un régime alimentaire urbain”


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