Archive mensuelle de avril 2011

Naess(:)Spinoza… quelques ressources

 Spinoza

De l’art des usages et des inspirations, des ponts pour des chaussées, tirer les fils au-delà : des climats « communs » … 

> Écologie, Communauté et Style de vie: lecture critique du livre d’Arne Naess (par François Chomarat Publié le 26/06/2009 sur Projet de Paysage)

> Le perfectonnisme d’Arne Naess (par Catherine Larrère, in La perfection, opposée à la performance, Wildproject)

> Living Under the Guidance of Reason: Arne Naess’s Interpretation of Spinoza (Espen Gamlund - University of Bergen, Norway – Online publication date: 20 January 2011)

> Dialogue and Urbanism: on Buber, Naess, Spinoza and the Question of Diversity (Hune E. Margulies The Problem of Diversity)

> Écologie profonde et matérialisme historique : le Spinoza de Naess (Podcast pedagogique de Jean-Luc Gautero – Université Nice Sophia Antipolis)

> Philpapers – online research in philosophy.

> L’écosophie politique et humaine d’Arne Naess – nonfiction.fr 

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+ L’homme est-il propriétaire de la nature? Du grain à moudre (France Culture 21/02/2011) avec Stéphane Ferret, auteur de « Deepwater Horizon. Ethique de la nature et philosophie de la crise écologique » 

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LE MONDE DES LIVRES | 03.02.11 | Entretien avec Stephane Ferret - propos recueillis par Jean Birnbaum (article trouvé sur le blog www.electron-economy.org)

Dans « Deepwater Horizon. Ethique de la nature et philosophie de la crise écologique », vous rappelez qu’Emmanuel Kant définissait l’homme comme le « seigneur de la nature » et que, pour lui, les êtres dénués de raison n’avaient aucune valeur. Selon vous, cette tradition de pensée est responsable de tous nos malheurs écologiques. Pourquoi ?

J’affirme que Kant se trompe. Pour cela, je m’appuie sur un argument classique de la philosophie analytique, qu’on appelle l’argument du dernier homme. Imaginons : l’espèce humaine est décimée, il ne reste plus qu’un homme, et celui-ci se met en tête de détruire tous les êtres de nature qui se trouvent à sa portée. Si on suit Kant à la lettre, on ne peut pas dire que cet homme commet un acte immoral, puisqu’il n’y a plus personne pour le blâmer. Il me semble pourtant qu’un tel comportement est immoral, car les êtres de nature sont porteurs d’une certaine valeur. Cette expérience de pensée permet de distinguer deux visions du monde, que j’appellevision H (humaniste) et vision non-H. La première, dans laquelle Kant s’inscrit, fait sienne la sentence de Protagoras, selon laquelle l’homme est la mesure de toute chose. Dans cette optique, il n’y a que deux types d’êtres : des sujets de droit et des objets de non-droit, les humains d’un côté et la totalité des non-humains de l’autre.

La seconde conception, qui est celle de Spinoza ou de Darwin, considère que l’homme est un fragment du monde, et qu’il est un être foncièrement naturel, y compris quand il accomplit un geste réputé « culturel », comme se laver les dents. De la même manière, l’écologisme, c’est-à-dire la philosophie de l’écologie, peut être déclinée en H et non-H. L’écologisme H est un environnementalisme, qui envisage la nature comme un moyen qu’il s’agit de préserver au nom de la survie de l’humanité. L’écologisme non-H considère pour sa part que les êtres de nature doivent être préservés pour eux-mêmes.

[µCommentaire : la puissance et la singularité de la pensée "oxymorique" de Spinoza nous semble être l'un des meilleur "médicament" de la pensée afin de dépasser et de concilier les "contraires", tel que nous les posons. Si l'homme n'est pas un empire dans un empire, dans le même temps, rien n'est plus utile à un home qu'un autre homme vivant sous la conduite de la raison. En ce sens, il parait bien difficile de classer Spinoza en tant que penseur H ou non H. Bien au contraire, sa philosophie nous permet de penser les deux options "à la fois". Cet "à la fois" que nous avons tenter de définir sur ce petit blog comme un possible fondement d'une pensée écologique, ce en quoi et pourquoi nous nous référons ici bien souvent à Spinoza.]

Vous défendez l’idée que les « existants non-humains » ont une valeur morale, et qu’il faut leur conférer des droits. Mais dans le même temps, vous refusez les thèses de l’écologie dite « profonde », qui va jusqu’à réclamer une -égalité de droits entre tous les vivants et bascule dans ce que vous nommez la « religion du Grand Tout »…

Ma thèse est que certains êtres de nature ont des droits, mais qu’ils n’ont pas tous les mêmes droits. L’écologisme non-H extrême défend le principe d’unégalitarisme biosphérique, où une panthère aurait les mêmes droits qu’un enfant. Je considère que cette thèse est à la fois toxique et contradictoire : un monde où tous les êtres ont la même valeur et un monde sans valeurs sont un seul et même monde. Il existe bien une hiérarchisation des êtres de nature. L’idée est la suivante : un être est susceptible d’avoir des droits s’il a une certaine valeur et il a une certaine valeur s’il a des intérêts. Cet intérêt n’est pas forcément conscient. Quelqu’un qui est dans le coma a des intérêts mais il n’en est pas conscient. Prenons l’exemple d’un arbre. Ce n’est pas un être conscient, mais il a intérêt à être, à déployer son être en fonction de son espèce, de sa nature. Maintenant, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas couper de bois…

Il y a deux raisons qui me font rejeter la métaphysique H. La première est philosophique : je ne crois pas à un « équipement surnaturel » (âme, volonté libre…) qui ferait de l’homme un être hors du commun. La deuxième est empirique et historique : au regard de l’état de la planète, force est de reconnaître que cette métaphysique est à l’origine de notre crise écologique. 

Parmi les êtres non-humains, il n’y a pas que des êtres de « nature ». Que faites-vous du monde des choses et des objets ? Dans votre livre, vous évoquez le destin du grille-pain. Mais quelle place donnez-vous à une oeuvre d’art, à une brebis clonée ?

Ces deux cas sont différents. Une oeuvre d’art, d’abord. La Joconde n’a aucun intérêt à être. C’est bien sûr un objet précieux, d’une valeur incommensurable, mais cette valeur est seulement instrumentale. Autrement dit, c’est nous, êtres humains, qui avons intérêt à sa conservation. Nous avons un devoir par rapport à un objet de ce type, mais eux n’ont aucun droit au sens strict. En revanche, nous pouvons imaginer un être à la fois vivant et synthétique, pas seulement une bactérie artificielle mais, par exemple, un androïde très perfectionné, doté de facultés cognitives, qui aurait un intérêt à être et en aurait conscience. Dans un tel cas de figure, il ne serait certainement pas absurde de dire de cet être qu’il puisse faire l’objet de considération morale et de droits. Une croyance se dégage : les êtres humains ne sont pas les seuls existants à être des fins en soi.

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