Des images [remontages] « écologiques » ?

 Des images [remontages]

« [...] nous reconnaissons dans tous les objets dont nous avons appris à nous servir l’action que nous accomplissons à leur aide, avec la même sureté que leur forme et leur couleur [...] toute nouvelle expérience active entraine de nouvelles attitudes vis-à-vis de nouvelles impressions. De nouvelles connotations d’activité servent alors à créer de nouvelles images actives. » Jacob von Uexküll.

« Ils [les arbres] ne sont qu’une volonté d’expression. Ils n’ont rien de caché pour eux-mêmes, ils ne peuvent garder aucune idée secrète, ils se déploient entièrement, honnêtement, sans restriction [...], ils ne s’occupent qu’à accomplir leur expression : ils se préparent, ils s’ornent, ils attendent qu’on vienne les lire. » Francis Ponge.

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Proposition : la question écologique appelle à un certain type de vision, d’images. « Photo-synthèse » d’une co-perception des choses qui figure, entre, des interactions.

Ces paysages inconnus, pour reprendre la formule de Proust, c’est pouvoir percevoir à la fois l’arbre et la forêt sans que l’un ne masque l’autre. L’arbre est donné à voir comme une configuration d’interactions, dynamiques et singulières appropriée aux conditions de vie de la forêt, celle-ci étant elle-même l’association d’arbres produite par leurs interactions.

L’arbre est producteur de la forêt qui le produit en retour. Comme le souligne Whitehead, pour qu’une interaction soit réelle, il faut en effet à la fois que la nature des choses en relation soit un produit de ces relations, et que les relations de leur côté soient des produits de la nature des choses.

La vision et l’image « écologique » , c’est donc à la fois l’arbre et la forêt, l’individu et la collectivité, le je et le nous qui cohabitent dans une même expression. Sa différence qualitative dans la façon dont nous apparaît le monde, c’est ce [à la fois] dedans-dehors, quand le récit de l’environnementalisme ne nous donnait à voir qu’un jeu de lego mais sans histoire.

D’où la nécessité de faire appel à cette compréhension intuitive qui passe par l’image, lieu de la cohabitation des contraires ou des oppositions apparentes, l’outil au service d’une correction systémique nous dirait Bateson.

« [...] L’art, à une fonction positive, consistant à maintenir ce que j’ai appelé « sagesse », modifier, par exemple, une conception trop projective de la vie, pour la rendre plus systémique [...] La question à poser à propos d’une œuvre d’art devient : quelles sortes de corrections, dans le sens de la sagesse, sont accomplies par celui qui crée ou qui « parcourt» cette œuvre d’art ? » Grégory Bateson, Vers une écologie de l’Esprit.

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image004 dans Des figures, des visages.

Produire une image, c’est capturer, condenser de l’air du temps, plier de ses forces dans un cadre, établir des liaisons entre ces configurations singulières que sont les choses. Circulation, de leur manipulation par les autres membres de l’essaim social, déploiement et recombinaison de ces liaisons « photo-chimiques » qui les brisent, se libèrent de nouveaux potentiels d’énergie disponibles à la production de vie sociale, à ces nouvelles surfaces de contact et d’échange.

L’image écologique, libre de droits, donne à voir le monde comme ensemble en coévolution, toile de la cohabitation des différents rythmes dans la maison terre. Au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, la formule de l’expression écologique, l’art ou la science de faire cohabiter les rythmes et de multiplier leur perception, les différents rapports que nous sommes capables d’engager avec, nos ressources.  

Ressort ici que son objet consiste à questionner l’émergence, la bonne manipulation comme les effets de l’abondance. Soit une trajectoire à la fois complémentaire et distincte de celle de l’économie, matière dont le discours travaille quant à lui les effets de la rareté.

Si l’économiste isole des objets et raréfie les variables, l’écologiste pratique quant à lui cet art du percevoir à la fois. On quitte l’homo-naturalus exclusif tel que présenté jusqu’ici. Accommodation de son cousin œconomicus duquel découlait une organisation du manque de nature dans l’abondance, une bascule du désir dans la peur de manquer (de l’ours blanc), la dépendance de l’écologie à une non production extérieure au désir, sa production ne passant plus que dans le fantasme (de la marche de l’empereur).

Alors face au pingouin anthropomorphe, à ce bombardement d’images (intraitables – incohabitables) tombées du ciel et qui viennent encombrer les dedans, mimétisme sentimental d’une nature apparente à reproduire, place à une certaine pratique de l’autoproduction dans le (se) donner à voir.

Désynchroniser et resynchroniser les chaînes par l’exercice de la « photo-synthèse ». Se développer au dehors en développant ces innombrables clichés qui nous encombrent, détricotter et retricotter pour en faire des images non exclusives, flottantes et temporaires, qui ne se disent pas à l’avance, qui disent à la fois, et par lesquelles on se branche, on déplie, on tisse comme on casse les chaînes pour se frayer des voies à l’expérience.

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image006 dans Education

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