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Archive mensuelle de juillet 2009

Fragments en vrac : grande santé et approche cinématographique

http://www.dailymotion.com/video/x9xdh9 La grande santé, Nietzsche, la souffrance et la vie.

Il n’y a pas de phénomène xxx, il n’y qu’une interprétation xxx des phénomènes. Faire sa santé, faire son écologie, à côté de l’Idée (images communes tombées administrées du ciel) de l’écologie.

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L’écologie, un métarécit complexe et hétérogène de notre temps ?

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L’incrédulité à l’égard des métarécits caractérise le postmoderne
Jean-François Lyotard – « La condition postmoderne« , Ed : Minuit, 1979, p.7

« Le postmoderne est l’état de la culture après les transformations des sciences et des arts constatées à partir de la fin du 19ème siècle. Il n’y a plus de critères universels de jugement. Les jeux de langage se diversifient. Les grands récits éclatent en éléments langagiers hétérogènes, et ne s’institutionnalisent que par plaques. Les valeurs de légitimité traditionnelles comme la justice ou la vérité scientifique sont remplacées par l’efficacité. Les idées de progrès ou d’émancipation apparaissent comme inconsistantes. L’invention se fait dans le dissentiment, sur un critère technologique, sans souci de vérité. Les croyances sont ébranlées.

Cette crise de crédibilité s’explique moins par le progrès des techniques et l’expansion capitaliste que par des raisons internes. Les différentes sciences se développent sur la base de leurs règles propres, sans règlementer le jeu pratique. Elles ne se réfèrent ni à une idée, ni à un principe universel. Leur engendrement n’est plus soumis à un mode général du savoir. Les investigations empiètent les unes sur les autres, de nouveaux territoires apparaissent, des disciplines disparaissent sans référence à une hiérarchie spéculative des connaissances. Les anciennes « facultés » éclatent en instituts. Ce sont des professeurs qui se reproduisent plutôt que des savants. Le sujet social lui-même (le peuple) semble se dissoudre dans cette dissémination.

La génération début-de-siècle à Vienne a été nourrie par ce pessimisme : artistes, scientifiques, philosophes. Elle a accompli un travail de deuil qui n’est plus à recommencer. Le monde postmoderne peut souscrire à d’autres formes de légitimation, par exemple celles qui lui sont proposées par le cinéma, avec ses récits complexes et hétérogènes. »

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Hors cadre de la perception, l’accès à la connaissance écologique passe par un certain type de montage du réel.

Pour le pire, les images-commandements qu’un bon YAB nous envoie du ciel, images qui se disent à l’avance jusqu’à en devenir totalement intraitables, non indiscutables. L’image de la catastrophe, extraite des esprits pensants pour délocalisation dans l’environnement, possède une qualité très efficace, celle de ne cohabiter avec aucune autre dans le milieu récepteur qu’est l’esprit humain. Elle sature et fixe en un temps record l’espace de perception de son spectateur. Incapable d’en faire son propre remontage, lui qui a bien malgré lui les pieds sur terre, en devient réduit à un comportement mimétique. Mimétisme sentimental d’une nature apparantes pour reprendre l’expression des futuristes italiens.

Pour le meilleur, un cinéma, comme un écologie, qui fait voir le mouvement, les rapports de mouvement, les interactions qui passent, jaillissent entre les choses. Donne à voir, à saisir des rapports, des correspondances inévidentes entre les choses. Des images qui nous donnent de la force de savoir – faire de la connaissance l’affect puissant.

Image de prévisualisation YouTube Dziga Vertov, l’homme à la caméra, introduction.

http://www.dailymotion.com/video/x6t99s Bergson, accès à la connaisssance sur un mode cinématographique, Vertov, le ciné-oeil.

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Poursuite des interférences. L’écologie et le cinéma, des interrogations communes ? Pouvoir penser et nommer ce qui arrive.

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Extrait de l’entretien avec Jacques Audiard, « Le cinéma sert à certifier le réel », Le Monde du 30.07.09.

Il y a actuellement un malaise dans le cinéma d’auteur en France, qu’un récent rapport rédigé par le Club des 13, à l’initiative de la réalisatrice Pascale Ferran, a tenté d’analyser. Qu’en pensez-vous ?

J’ai fait partie des cercles de réflexion qui se sont créés autour de ce rapport. Je m’y sentais à vrai dire comme le cousin de province, parce que je ne dispose pas de la connaissance des mécanismes techniques et administratifs qui permettent de comprendre comment cela fonctionne.
Mais ça a été un moment formidable pour moi parce que, tout à coup, il y avait là des gens qui avaient décidé que ça valait le coup de parler ensemble du cinéma. Tout cela va sans doute permettre d’améliorer les choses. Après, je pense fondamentalement que nous faisons tous semblant de parler d’une chose qui n’existe plus qui s’appelle le cinéma, ou qui existe sous une autre forme qu’il faudrait à la fois penser et nommer.

Que voulez-vous dire par là ?

Là, je vais être un peu chiant. Le cinéma, c’est quelque chose de très précis et de très simple. C’est aussi simple qu’un moteur de Mobylette, que vous pouvez démonter et remonter vous-même. C’est aussi simple que le fonctionnement d’une caméra analogique.
Le cinéma, ça sert d’abord à certifier le réel, à filmer comme on fait de l’ethnographie. C’est un système de validation qui produit des documentaires et des actualités sur le monde. Et le même système, le même outil rigoureusement, sert à filmer Lauren Bacall, pour produire le même effet de réel et le même rapport à l’image. Or à partir du moment où vous introduisez un calculateur dans la caméra, c’est fini, il n’y a plus cette certitude que ça a existé. On passe à l’ère numérique, c’est-à-dire à l’ère du soupçon.
Sans compter qu’il y a eu parallèlement une perte de la valeur de l’écriture critique sur le cinéma, qui pour moi a toujours été indissociable de sa pratique. Tout cela, pour moi, c’est un peu comme une douleur qu’on n’arrive pas encore à identifier.

Qu’est-ce que cela implique concrètement pour le cinéaste que vous êtes ?

Je ne cesse d’y penser. C’est une rupture fondamentale dont on n’a pas encore mesuré complètement les effets. Mais on n’est plus dans le même système. Seuls les insensés, les vierges folles, les ivrognes vous diront que rien n’a changé, qu’on aura toujours besoin d’histoires, d’images. Ils sont fous, il faut les faire piquer. Mais je suis peut-être un peu excessif là …

Double contrainte

Double contrainte dans Bateson doublebindpanneau

Source du texte et mise en page : site OMH

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La double contrainte, 1969[*] 


Dans mon esprit, la théorie de la double contrainte devait fournir une proposition de méthode pour aborder le type de problèmes posé par la schizophrénie, et, pour cette raison au moins, elle mérite, dans son ensemble, un nouvel examen.

Parfois (en science, souvent, et en art, toujours), on ne peut appréhender les problèmes en jeu qu’après les avoir résolus. Aussi, peut-être serait-il utile que j’expose ici les difficultés que la théorie de la double contrainte m’a permis de surmonter.

La principale était le problème de la réification.

Il est clair qu’il n’existe dans l’esprit ni objets ni événements: on n’y trouve ni cochons, ni mères, ni cocotiers. Il n’y a dans l’esprit que des transformations, des perceptions, des images et les règles permettant de construire tout cela. Nous ne savons pas sous quelle forme ces règles existent, mais nous pouvons supposer qu’elles sont incorporées dans le mécanisme même qui produit les transformations. Elles ne sont certainement pas aussi fréquemment explicites que les «pensées» conscientes.

En tout cas, il est absurde de dire qu’un homme est effrayé par un lion, car un lion n’est pas une idée. C’est l’homme qui construit une idée à partir du lion.

L’univers explicatif fondé sur la substance ne permet d’appréhender ni différences ni idées, mais seulement des forces et des impacts. Et, à l’opposé, l’univers de la forme et de la communication n’évoque ni objets, ni forces, ni impacts, mais uniquement des différences et des idées: une différence qui crée une différence est une idée. C’est un élément (bit) une unité d’information. Mais cela, je ne l’ai appris que plus tard et seulement grâce à la théorie de la double contrainte, quoique, naturellement, toutes ces idées fussent déjà implicites dans les démarches qui ont abouti a la création de cette théorie, qui, sans elles, n’aurait pu que difficilement être élaborée.

Notre premier exposé de la double contrainte[**] contenait de nombreuses erreurs, dues tout simplement au fait que nous n’avions pas encore examiné, de façon articulée, le problème de la réification. Nous y traitions de la double contrainte comme s’il s’agissait d’une chose et comme si une telle chose pouvait être comptabilisée. C’était là évidemment, pure absurdité.

On ne peut pas compter les chauves-souris dans une tache d’encre, pour la simple raison qu’il n’y en a pas. Mais quelqu’un qui a l’esprit «porté» sur les chauves-souris pourra en «voir» plusieurs. y a-t-il donc des doubles contraintes dans l’esprit ? C’est là une question qui est loin d’être futile. De même qu’il n’y a pas dans l’esprit des cocotiers, mais seulement des perceptions et des transformations de cocotiers, de même, lorsque je perçois (consciemment ou inconsciemment) une double contrainte dans le comportement de mon patron, ce que j’enregistre dans mon esprit n’est pas une double contrainte, mais seulement la perception ou la transformation d’une double contrainte. Et ce n’est pourtant pas cela l’objet de notre théorie. Ce dont nous nous occupons, c’est de cette espèce d’enchevêtrement de règles qui régit les transformations, en même temps que du mode d’acquisition ou de développement de ces enchevêtrements. La théorie de la double contrainte affirme que l’expérience du sujet joue un rôle important dans la détermination (l’étiologie) des symptômes schizophréniques et des structures de comportement similaires comme l’humour, l’art, la poésie, etc. On notera que notre théorie n’établit pas de distinctions entre ces sous-espèces. Pour elle, rien ne peut permettre de prédire si un individu deviendra clown, poète ou schizophrène, ou bien une combinaison de tout cela. Nous n’avons jamais affaire à un seul et unique syndrome, mais à un «genre» de syndromes, dont la plupart ne sont pas habituellement considérés comme pathologiques. Je forgerai, pour désigner ce «genre» de syndromes, le mot «transcontextuel».

Il m’apparaît que les individus dont la vie est enrichie par des dons transcontextuels et ceux qui sont amoindris par des confusions transcontextuelles ont un point commun: ils adoptent toujours (ou du moins souvent) une «double perspective» (a double take). Une feuille qui tombe, le salut d’un ami, «une primevère au bord de l’eau», ce ne sont jamais «seulement ceci et rien d’autre»: l’expérience exogène peut s’inscrire dans le contexte du rêve, et les pensées intérieures peuvent être projetées dans le contexte du monde extérieur. Et ainsi de suite.

Cette «double perspective» est généralement expliquée, ne serait-ce que partiellement, par l’apprentissage et l’expérience vécue par le sujet.

Mais il doit naturellement y avoir des facteurs génétiques dans l’étiologie des syndromes transcontextuels; ils agissent, probablement, à des niveaux de notre personnalité plus abstraits que ceux où notre expérience joue. Ainsi, les facteurs génétiques pourraient déterminer la capacité d’apprendre à devenir transcontextuel ou, à un niveau encore plus abstrait, la capacité d’acquérir cette capacité. Et, inversement, le génome pourrait également déterminer la capacité de résister aux courants transcontextuels ou la potentialité d’acquérir cette même capacité de résistance. (Les généticiens se sont très peu préoccupés de la nécessité de définir les types logiques des messages transmis par l’ADN.)

En tout cas, le point de rencontre des facteurs génétiques et du domaine dépendant de l’expérience est certainement placé à un niveau assez abstrait, y compris dans le cas où le message génétique s’incarnerait dans un simple gène: le moindre élément (bit) d’information – la moindre différence – peut en lui-même constituer une réponse de type oui/non à n’importe quelle question, quel que soit son degré de complexité, quel que soit son niveau d’abstraction. Les théories courantes, qui expliquent la «schizophrénie» par l’existence d’un seul gène dominant, «à faible pénétrance», laissent semble-t-il, le champ libre à toute théorie capable de montrer quelles classes d’expériences seraient susceptibles de provoquer l’apparition dans le phénotype, de potentialités qui étaient latentes. Je dois, cependant, avouer que ces théories ne me paraîtront dignes d’intérêt que lorsque leurs défenseurs essayeront de préciser quels éléments du processus complexe déterminant la schizophrénie sont transmis par ce gène hypothétique. L’identification de ces éléments devrait se faire par un processus de soustraction. Là où l’influence de l’environnement est importante, le terrain génétique ne pourra être exploré que lorsque les effets du milieu seront connus et reconnus.

Mais, puisqu’il faut bien que nous soyons tous logés à la même enseigne, ce que je dis plus haut des généticiens me met dans l’obligation d’éclaircir quels sont les éléments du processus transcontextUel qui peuvent être fournis par une expérience de double contrainte.

Il convient donc de rappeler ici la théorie de l’apprentissage secondaire (deutero-learning)[***], sur laquelle se fonde la théorie de la double contrainte.

Tous les systèmes biologiques (les organismes isolés comme les organisations sociales ou écologiques d’organismes) sont capables de changements adaptatifs. Mais ces changements peuvent prendre, selon la dimension et la complexité du système considéré, de nombreuses formes: réponse, apprentissage, circuit écologique, évolution biologique, évolution culturelle, etc. Quel que soit le système, les changements adaptatifs dépendent de boucles de rétroaction (feed-back loops) qu’elles proviennent de la sélection naturelle ou du renforcement individuel. Dans tous les cas, alors, il devra y avoir un processus d’essai-et-erreur et un mécanisme de comparaison.

Or, un tel processus d’essai-et-erreur implique obligatoirement l’erreur, et l’erreur est toujours biologiquement et/ou psychiquement coûteuse. Il s’ensuit que les changements adaptatifs doivent toujours procéder suivant une hiérarchie.

Ainsi sont nécessaires non seulement des changements du premier degré, répondant à la demande immédiate de l’environnement (ou du milieu physiologique), mais également des changements du second degré, qui réduisent le nombre d’essais-et-erreurs nécessaires pour accomplir les changements du premier degré. Et ainsi de suite. En superposant et en entrecroisant un grand nombre de boucles de rétroaction (comme tous les autres systèmes biologiques), nous ne nous contentons pas de résoudre des problèmes particuliers; nous acquérons, en plus, certaines habitudes formelles qui nous serviront à résoudre des classes de problèmes. Il en va de même pour tout autre système biologique.

Nous faisons comme si toute une classe de problèmes pouvait être résolue à partir d’hypothèses et de prémisses en nombre plus limité que les membres de la classe des problèmes. Autrement dit, nous (les organismes) apprenons à apprendre ou, en termes plus techniques, nous sommes capables d’un apprentissage secondaire.

Mais, c’est bien connu, les habitudes sont rigides, et leur rigidité découle d’une nécessité: de leur statut spécifique dans la hiérarchie de l’adaptation. L’économie même d’essais et d’erreurs obtenue grâce à la formation des habitudes n’est rendue possible que parce que les habitudes correspondent, comparativement, à ce qu’on appelle en cybernétique, une programmation rigide. L’économie consiste précisément à ne pas réexaminer ou redécouvrir les prémisses d’une habitude à chaque fois qu’on fait recours à elle. Nous pouvons dire aussi que ces «prémisses» sont en partie «inconscientes», ou, si l’on préfère, que le sujet a acquis l’habitude de ne pas les examiner.

En outre, il est important de noter que les prémisses d’une habitude sont, de manière presque obligatoire, abstraites. Chaque problème est, dans une certaine mesure, différent de tous les autres, et sa description ou représentation dans l’esprit se fera donc par des propositions uniques. Ce serait évidemment une erreur que de ravaler ces propositions uniques au niveau des prémisses de l’habitude. L’habitude n’est efficace que dans la mesure où elle se rapporte à des propositions qui ont une vérité générale ou qui se répète, c’est-à-dire des propositions qui, le plus souvent, ont un assez haut niveau d’abstraction[1].

Pour revenir au sujet qui nous intéresse, les propositions particulières que je crois importantes, dans la détermination des syndromes transcontextuels, sont ces abstractions formelles qui décrivent et déterminent des relations interpersonnelles. Je dis «décrire et déterminer», et même ces mots sont inadéquats, il vaudrait mieux dire que la relation est l’échange de ces messages; ou que la relation est immanente à ces messages.

A entendre parler les psychologues, on dirait que les catégories abstraites qui leur servent à qualifier les relations («dépendance», «hostilité», «amour», etc.) sont des choses bien réelles, devant être décrites ou «exprimées» par des messages. A mes yeux, c’est faire là de l’épistémologie à rebours; en réalité, ce sont bien les messages qui constituent la relation. Des mots comme «dépendance» ne sont que des descriptions verbalement codées de modèles immanents à la combinaison des messages échangés.

Comme nous l’avons déjà dit, il n’y a pas de «choses» dans l’esprit – même pas la «dépendance».

Nous sommes tellement abusés par le langage, que nous ne pouvons plus penser correctement. Il ne serait donc pas inutile que, de temps à autre, nous nous souvenions que nous sommes réellement des mammifères; et que c’est l’épistémologie du «cœur» qui caractérise tous les mammifères non humains. Le chat, par exemple, ne dit pas «lait»; il ne fait que jouer un rôle (ou être) à l’un des pôles d’un échange dont le modèle, s’il fallait l’exprimer par le langage, s’appellerait «dépendance».

Mais jouer un rôle ou être le pôle d’une structure d’interaction revient à évoquer l’autre pôle: c’est par rapport à un contexte que s’inscrit une certaine classe de réponses.

Cette imbrication de contextes et de messages suggérant un contexte – mais qui, à l’instar de tous les messages, n’ont de «sens» que grâce à ce contexte – constitue l’objet de la théorie de la double contrainte.

Une certaine analogie botanique, formellement correcte[2], peut nous être utile pour illustrer ce rôle du contexte. Il y a plus de cent cinquante ans, Goethe disait qu’il existe une sorte de syntaxe, ou grammaire, dans l’anatomie des plantes à fleurs: une «tige», c’est ce qui porte des «feuilles»; une «feuille», c’est ce qui porte un bourgeon à son aisselle; un «bourgeon» est une tige qui prend naissance à l’aisselle d’une feuille, etc. La nature formelle (autrement dit, communicationnelle) de chaque organe est déterminée par son statut contextuel – c’est-à-dire par le contexte dans lequel il est impliqué et par celui qu’il détermine à son tour pour les autres organes.

J’ai affirmé, plus haut, que la théorie de la double contrainte traite du rôle de l’expérience du sujet dans la genèse de l’enchevêtrement des règles ou des prémisses d’une habitude; j’ajoute à cela, maintenant, que les ruptures de la trame d’une structure contextuelle dont nous pouvons faire l’expérience sont, en fait, des «doubles contraintes», et qu’elles doivent nécessairement (pour contribuer au processus hiérarchisé de l’apprentissage et de l’adaptation) favoriser l’apparition de ce que j’appelle des syndromes transcontextuels. Prenons un exemple très simple: le dressage d’un marsouin (steno bredanensis) femelle, par l’utilisation d’un coup de sifflet comme «renforcement secondaire». Après le coup de sifflet, l’animal s’attend à recevoir de la nourriture, et si, par la suite, il répète ce qu’il avait fait au moment du premier coup de sifflet, il s’attendra à entendre de nouveau le coup de sifflet et à recevoir de la nourriture.

Les dresseurs se servent ensuite de cet animal pour montrer au public ce qu’est le «conditionnement opérant». Lorsqu’il pénètre dans le bassin de démonstration, l’animal lève la tête au-dessus de l’eau, entend un coup de sifflet et reçoit de la nourriture. Il relève alors encore une fois la tête, et recoit à nouveau un renforcement. Trois séquences successives suffisent à la démonstration, après quoi l’animal est sorti du bassin jusqu’à la séance suivante, qui aura lieu deux heures après. L’animal a appris un certain nombre de règles simples ayant trait à ses propres actions, le coup de sifflet, le bassin et le dresseur, dans le cadre d’une structure contextuelle, d’un ensemble de règles lui permettant de coordonner les informations reçues.

Cette structure n’est cependant adoptée qu’à un seul épisode de la démonstration; l’animal devra la briser pour affronter la classe de tous les épisodes. Il existe donc un contexte des contextes, plus large, où il fera l’expérience de l’erreur.

Au cours de la démonstration suivante, le dresseur veut encore faire la démonstration d’un «conditionnement opérant», mais, cette fois-ci, l’animal devra repérer, comme signal, une autre séquence de comportement manifeste.

Revenu dans le bassin de démonstration, le marsouin soulève à nouveau la tête; mais, cette fois-ci, il n’y a pas de coup de sifflet. Le dresseur attend l’apparition d’un autre comportement manifeste – par exemple, un coup de queue, expression habituelle du désagrément. Lorsque ce comportement se produit, il est renforcé et répété. A la troisième démonstration, cependant, le coup de queue n’est plus récompensé.

Finalement, le marsouin apprend à traiter le contexte des contextes en offrant une séquence de comportements différente ou nouvelle chaque fois qu’il entre en scène.

On pourrait appeler tout cela 1′histoire naturelle de la relation entre un marsouin, un dresseur et un public. La même expérience[3] fut, par la suite, reprise avec un autre marsouin et soigneusement enregistrée, ce qui donna lieu à deux observations supplémentaires: tout d’abord, le dresseur jugea bon de rompre plusieurs fois les règles de l’expérience. Le fait de se sentir dans l’erreur troubla tellement le marsouin que, pour préserver la relation entre l’animal et le dresseur (c’est-à-dire le contexte du contexte des contextes), il fallut effectuer plusieurs renforcements auxquels l’animal n’avait pas droit habituellement, ensuite, chacune des quatorze premières séances s’est caractérisée par plusieurs répétitions infructueuses de tous les comportements qui avaient été renforcés durant la séance immédiatement précédente. Apparemment, c’est seulement «par accident» que l’animal changeait de comportement. Mais, entre la quatorzième et la quinzième séance, le marsouin parut très excité, et, lorsqu’il arriva pour la quinzième séance, il fit une exhibition compliquée, comprenant huit comportements, dont quatre totalement nouveaux, qu’on n’avait jamais encore observés dans cette espèce.

A mes yeux, cette histoire illustre deux aspects de la genèse d’un syndrome transcontextuel: d’une part, chaque fois que, par rapport à un mammifère, on introduit une confusion dans les règles qui donnent un sens aux relations importantes qu’il entretient avec d’autres animaux de son espèce, on provoque une douleur et une inadaptation qui peuvent être graves; d’autre part, si on peut éviter ces aspects pathologiques, alors l’expérience a des chances de déboucher sur la créativité.

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[*] Conférence donnée en août 1969, au cours d’un symposium sur la double contrainte, présidé par le Dr Robert Ryder, sous les auspices de l’American Psychological Association.
[**] Voir «Vers une théorie de la schizophrénie».
[***] Cf. vol. 1 de cette édition: «Planning social et concept d’apprentissage secondaire», p. 193-208 ; «Les catégories de l’apprentissage et de la communication», p. 253-282.



[1] Ce qui est important, cependant, n’est pas tant le degré d’abstraction de la proposition que le fait qu’elle soit constamment vraie. C’est seulement par incidence que des abstractions convenablement choisies présentent une constance dans la vérité: pour les êtres humains, il est presque constamment vrai qu’ils ont de l’air à portée de leur nez; aussi les réflexes qui contrôlent la respiration peuvent-ils être introduits dans la programmation rigide de la moelle épinière. Pour le marsouin, en revanche, la proposition: «il y a de l’air à portée des narines», n’est vraie que par intermittence, et, par conséquent, la respiration doit être contrôlée de manière plus souple, à partir d’un centre supérieur.
[2] Formellement correcte, parce que la morphogenèse comme le comportement sont certainement une affaire de messages dans des contextes. Cf. ci-dessus, «Réexamen de la loi de Bateson», p. 133.
[3] K. Pryor, R. Haag et J. O’Rielly, «Deutero-leaming in a roughtooth porpoise (Steno bredanensis)», US Naval Ordinance Test Station, China Lake, NOTE TP 4270.



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Vers une écologie de l’esprit, traduit de l’Anglais par Perial Drisso, Laurencine Lot et Eugène Simion
© Éditions du Seuil, Paris, 1977 pour la traduction française,
ISBN 2-02-025767-X (1° publ. ISBN 2-02-004700-4, 2° publ. ISBN 2-02-012301-0)
Titre original: Steps to an Ecology of Mind, Chandler Publishing Company, New York
édition originale: ISBN 345-23423-5-195, © Chandler Publishing Company, New York

Imaginaire social

http://www.dailymotion.com/video/x9vpjt Cornelius Castoriadis, l’imagination créatrice.

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L’imaginaire selon Cornélius Castoriadis par Sébastien Chapel, www.laviedesidees.fr 

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Fabrication et auto-organisation. Une pratique ne peut jamais être l’application stricte d’une théorie … ou alors, ou alors, ou alors … 

Nos amis, nos amours, nos héros 

Fantasme de scientificité du déduire le cours de l’histoire. Les formes, les rapports de forces, un nous transparent réduit à quelques déterminations. 
Que l’état t+1 ne s’explique pas par le seul t … 

… souligner cela ???

Certains semblant se faire un devoir de piloter les sciences du vivant d’en haut, sciences dures exclusives.
D’autres, prédication d’un dix ans pour ce faire avant effondrement total d’un dehors bombardé d’une même hauteur … 

…. alors actualité, sûrement.

Il faut imaginer Sisyphe heureux …

…. il doit bien y avoir des manières de rouler …

... [à la fois]

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http://www.dailymotion.com/video/x9vtv6 Cornelius Castoriadis, l’imagination créatrice, suite.

La figure de Gaïa, Isabelle Stengers.

Gaïa et les satyres 

L’art de faire attention ? Voila qui demande de la pensée, de l’imagination … un art avec lequel il s’agit de renouer. Praxis pour une réflexion propre.
La figure de Gaïa ? Une fiction instauratrice pour nous donner matière à penser.

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(…) Ce que je nomme Gaïa fut baptisé ainsi par James Lovelock et Lynn Margulis au début des années 70. Ils tiraient les leçons de recherches qui concourent à mettre à jour l’ensemble dense de relations couplant ce que les disciplines scientifiques avaient l’habitude de traiter séparément – les vivants, les océans, l’atmosphère, le climat, les sols plus ou moins fertiles. Donner un nom, Gaïa, à cet agencement de relations, c’était insister sur deux conséquences de ces recherches. Ce dont nous dépendons, et qui a si souvent été défini comme le « donné », le cadre globalement stable de nos histoires et de nos calculs, est le produit d’une histoire de co-évolution, dont les premiers artisans, et les véritables auteurs en continu, furent les peuples innombrables des microorganismes. Et Gaïa, « planète vivante », doit être reconnue comme un « être » et non pas assimilée à une somme de processus, au même sens où nous reconnaissons qu’un rat, par exemple, est un être : elle est dotée non seulement d’une histoire mais aussi d’un régime d’activité propre issu de la manière dont les processus qui la constituent sont couplés les uns aux autres de façons multiples et enchevêtrées, la variation de l’un ayant des répercussions multiples qui affectent les autres. Interroger Gaïa, alors, c’est interroger quelque chose qui tient ensemble, et les questions adressées à un processus particulier peuvent mettre en jeu une réponse, parfois inattendue, de l’ensemble (…)

Que Gaïa ne nous demande rien traduit la spécificité de ce qui est en train d’arriver, de ce qu’il s’agit de réussir à penser, l’événement d’une intrusion unilatérale, qui impose une question sans être intéressée à la réponse. Car Gaïa elle-même n’est pas menacée, à la différence des très nombreuses espèces vivantes qui seront balayées par le changement de leur milieu, d’une rapidité sans précédent, qui s’annonce. Les vivants innombrables que sont les micro-organismes continueront en effet à participer à son régime d’existence, celui d’une « planète vivante ». Et c’est précisément parce qu’elle n’est pas menacée qu’elle donne un coup de vieux aux versions épiques de l’histoire humaine, lorsque l’Homme, dressé sur ses deux pattes et apprenant à déchiffrer les « lois de la nature », a compris qu’il était maître de son destin, libre de toute transcendance. Gaïa est le nom d’une forme inédite, ou alors oubliée, de transcendance : une transcendance dépourvue des hautes qualités qui permettraient de l’invoquer comme arbitre ou comme garant ou comme ressource ; un agencement chatouilleux de forces indifférentes à nos raisons et à nos projets.

L’intrusion du type de transcendance que je nomme Gaïa fait exister au sein de nos vies une inconnue majeure, et qui est là pour rester. C’est ce qui est d’ailleurs peut-être le plus difficile à concevoir : il n’existe pas d’avenir prévisible où elle nous restituera la liberté de l’ignorer ; il ne s’agit pas d’un « mauvais moment à passer », suivi d’une forme quelconque de happy end au sens pauvrelet de « problème réglé ». Nous ne serons plus autorisés à l’oublier (…)

Extrait de Au temps des catastrophes, Ed. Empêcheurs de penser en rond/La découverte. Plus sur le blog de Jean Clet Martin.

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Réinventer la ville ? Le choix de la complexité. Isabelle Stengers. Préface d’Alain Berestetsky et Thierry Kübler. Edité à l’occasion d’ »Urbanités » rencontres pour réinventer la ville, une initiative du Département de la Seine Saint-Denis organisée par la Fondation 93 dans le cadre de citésplanète, réalisée en collaboration avec l’ASTS.

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Extraits audios d’après : Terre à terre, France Culture, émission du samedi 2 mai 2009: Crise écologique avec Isablle Stengers.

http://www.dailymotion.com/video/x9lddo Des figures instauratrices …

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http://www.dailymotion.com/video/x9ldtu Suite … des montages …

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http://www.dailymotion.com/video/x9lexb Fin.

Carbone, des stocks en mouvement

http://www.dailymotion.com/video/x9uz17 CO2, perspective economique, quota et taxe, avec Christian de Pertuis.

Qu’est-ce que l’économie du carbone ?

(Re)montage(s)

http://www.dailymotion.com/video/x9uikt Le monde est démonté, comment remonter le monde ? Georges Didi-Huberman, entre autres …

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L’imagerie écologique, celle-ci a pour ambition de relier entre eux tous les points de l’univers. Dévoiler sans masquer, elle déborde des cadres. Hors-champ, elle appelle nécessairement à un certain type de (dé)montage « cinématographique ».

Remontage des coupes que nous faisons dans l’étoffe des choses, précisément afin de se dévoiler le tissu des relations qui porte tout existant, ces vastes parties du réseau de la pensée qui se trouvent situées à l’extérieur du corps. Se faire voir, jeu de miroirs, des différences et des connaissances, comment le dedans sélectionne et se tisse du dehors. Ce qu’il prend, ce qu’il laisse, comment il combine, digère, et à quels rythmes.

A côté de cette vision d’une certaine image écologique, [voir à la fois], advient également une affaire de technique. Technique de remontage et de position. Mettre en mouvement ses images, celles qu’on a imprimées du dehors, c’est vouloir (libère) se ressaisir des traces de quelque chose de soi et du monde.

Souligner ses vitesses et ses lenteurs, ses capacités d’affecter et d’être affecté. Mes prélèvements, mes transformations, mes pliages, mes collages du dehors. Je(u) de l’enfant qui se donne à voir comment et avec quoi il devient, il organise son monde. Je(u) de l’enfant qui regarde sa maison en simulant la sélection, la découpe permanente qu’il fait dans l’étoffe des choses. Je(u) de l’enfant qui se dédouble sous la forme d’un récit-remontage de ses propres archives pour rendre perceptibles à l’écran ces innombrables clichés qui restent inutiles parce que l’intelligence ne les a pas développés.

Plier des « forces-photons » dans des images, écologiques car inclusives, remonter un tissage, voilà des artifices, qui sans prétendre dire le vrai, nous permettent de saisir que nous n’avons pas du tout à choisir entre la technique et la nature. Nous habitons techniquement la nature, nous sélectionnons, et naturellement la technique, nous agençons. 

L’écologie : un certain type de remontage du monde. Accès à la connaissance par ce montage qui fait voir le mouvements qui passent entre les choses. L’image, ou comment saisir les rapports inévidents entre les chose. Mettre en relation, dresser des ponts baroques.

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« Car c’est là [i.e. la durée] ce que notre représentation habituelle du mouvement et du changement nous empêche de voir. Si le mouvement est une série de positions et le changement d’une série d’états, le temps est fait de parties distinctes et juxtaposées. Sans doute nous disons encore qu’elles se succèdent, mais cette succession est alors semblable à celle des images d’un film cinématographique : le film pourrait se dérouler dix fois, cent fois, mille fois plus vite sans que rien fût modifié à ce qu’il déroule ; s’il allait infiniment vite, si le déroulement (cette fois hors de l’appareil) devenait instantané, ce seraient encore les mêmes images. La succession ainsi entendue n’ajoute donc rien ; elle en retranche plutôt quelque chose ; elle marque un déficit ; elle traduit une infirmité de notre perception, condamnée à détailler le film image par image au lieu de le saisir globalement. Bref, le temps ainsi envisagé n’est qu’un espace idéal où l’on suppose alignés tous les événements passés, présents et futurs, avec, en outre, un empêchement pour eux de nous apparaître en bloc (…) »
Henri Bergson, La pensée et le mouvant, Introduction, Ière partie (Paris, P.U.F. Quadrige, 1990, p. 9-10)
 
«  (…) Il est vrai que, si nous avions affaire aux photographies toutes seules, nous aurions beau les regarder, nous ne les verrions pas s’animer : avec de l’immobilité, même indéfiniment juxtaposée à elle-même, nous ne ferons jamais du mouvement. Pour que les images s’animent, il faut qu’il y ait du mouvement quelque part. Le mouvement existe bien ici, en effet, il est dans l’appareil. C’est parce que la bande cinématographique se déroule, amenant, tour à tour, les diverses photographies de la scène à se continuer les unes les autres, que chaque acteur de cette scène reconquiert sa mobilité : il enfile toutes ses attitudes successives sur l’invisible mouvement de la bande cinématographique. Le procédé a donc consisté, en somme, à extraire de tous les mouvements propres à toutes les figures un mouvement impersonnel, abstrait et simple, le mouvement en général pour ainsi dire, à le mettre dans l’appareil, et à reconstituer l’individualité de chaque mouvement particulier par la composition de ce mouvement anonyme avec les attitudes personnelles. Tel est l’artifice du cinématographe. Tel est aussi celui de notre connaissance. Au lieu de nous attacher au devenir intérieur des choses, nous nous plaçons en dehors d’elles pour recomposer leur devenir artificiellement. Nous prenons des vues quasi instantanées sur la réalité qui passe, et, comme elles sont caractéristiques de cette réalité, il nous suffit de les enfiler le long d’un devenir abstrait, uniforme, invisible, situé au fond de l’appareil de la connaissance, pour imiter ce qu’il y a de caractéristique dans ce devenir lui-même. Perception, intellection, langage procèdent en général ainsi. Qu’il s’agisse de penser le devenir, ou de l’exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu’actionner une espèce de cinématographe intérieur. On résumerait donc tout ce qui précède en disant que le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique. »
Henri Bergson, L’évolution créatrice, chap. IV (Paris, P.U.F. Quadrige, 2001, p. 305)

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Extrait du manifeste de Dziga Vertov, ciné-oeil (1923)
 
Je suis un œil.
Un œil mécanique.
Moi, c’est-à-dire la machine, je suis la machine qui vous montre le monde comme elle seule peut le voir.
Désormais je serai libéré de l’immobilité humaine. Je suis en perpétuel en mouvement.
Je m’approche des choses, je m’en éloigne. Je me glisse sous elles, j’entre en elles.
Je me déplace vers le mufle du cheval de course.
Je traverse les foules à toute vitesse, je précède les soldats à l’assaut, je décolle avec les aéroplanes, je me renverse sur le dos, je tombe et me relève en même temps que les corps tombent et se relèvent…
Voilà ce que je suis, une machine tournant avec des manœuvres chaotiques, enregistrant les mouvements les uns derrière les autres les assemblant en fatras.
Libérée des frontières du temps et de l’espace, j’organise comme je le souhaite chaque point de l’univers.
Ma voie, est celle d’une nouvelle conception du monde. Je vous fais découvrir le monde que vous ne connaissez pas (…)

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http://www.dailymotion.com/video/x6t99s Commentaires de Pierre Montebello : Deleuze, Bergson et le cinéma.

Des images [remontages] « écologiques » ?

 Des images [remontages]

« [...] nous reconnaissons dans tous les objets dont nous avons appris à nous servir l’action que nous accomplissons à leur aide, avec la même sureté que leur forme et leur couleur [...] toute nouvelle expérience active entraine de nouvelles attitudes vis-à-vis de nouvelles impressions. De nouvelles connotations d’activité servent alors à créer de nouvelles images actives. » Jacob von Uexküll.

« Ils [les arbres] ne sont qu’une volonté d’expression. Ils n’ont rien de caché pour eux-mêmes, ils ne peuvent garder aucune idée secrète, ils se déploient entièrement, honnêtement, sans restriction [...], ils ne s’occupent qu’à accomplir leur expression : ils se préparent, ils s’ornent, ils attendent qu’on vienne les lire. » Francis Ponge.

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Proposition : la question écologique appelle à un certain type de vision, d’images. « Photo-synthèse » d’une co-perception des choses qui figure, entre, des interactions.

Ces paysages inconnus, pour reprendre la formule de Proust, c’est pouvoir percevoir à la fois l’arbre et la forêt sans que l’un ne masque l’autre. L’arbre est donné à voir comme une configuration d’interactions, dynamiques et singulières appropriée aux conditions de vie de la forêt, celle-ci étant elle-même l’association d’arbres produite par leurs interactions.

L’arbre est producteur de la forêt qui le produit en retour. Comme le souligne Whitehead, pour qu’une interaction soit réelle, il faut en effet à la fois que la nature des choses en relation soit un produit de ces relations, et que les relations de leur côté soient des produits de la nature des choses.

La vision et l’image « écologique » , c’est donc à la fois l’arbre et la forêt, l’individu et la collectivité, le je et le nous qui cohabitent dans une même expression. Sa différence qualitative dans la façon dont nous apparaît le monde, c’est ce [à la fois] dedans-dehors, quand le récit de l’environnementalisme ne nous donnait à voir qu’un jeu de lego mais sans histoire.

D’où la nécessité de faire appel à cette compréhension intuitive qui passe par l’image, lieu de la cohabitation des contraires ou des oppositions apparentes, l’outil au service d’une correction systémique nous dirait Bateson.

« [...] L’art, à une fonction positive, consistant à maintenir ce que j’ai appelé « sagesse », modifier, par exemple, une conception trop projective de la vie, pour la rendre plus systémique [...] La question à poser à propos d’une œuvre d’art devient : quelles sortes de corrections, dans le sens de la sagesse, sont accomplies par celui qui crée ou qui « parcourt» cette œuvre d’art ? » Grégory Bateson, Vers une écologie de l’Esprit.

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image004 dans Des figures, des visages.

Produire une image, c’est capturer, condenser de l’air du temps, plier de ses forces dans un cadre, établir des liaisons entre ces configurations singulières que sont les choses. Circulation, de leur manipulation par les autres membres de l’essaim social, déploiement et recombinaison de ces liaisons « photo-chimiques » qui les brisent, se libèrent de nouveaux potentiels d’énergie disponibles à la production de vie sociale, à ces nouvelles surfaces de contact et d’échange.

L’image écologique, libre de droits, donne à voir le monde comme ensemble en coévolution, toile de la cohabitation des différents rythmes dans la maison terre. Au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, la formule de l’expression écologique, l’art ou la science de faire cohabiter les rythmes et de multiplier leur perception, les différents rapports que nous sommes capables d’engager avec, nos ressources.  

Ressort ici que son objet consiste à questionner l’émergence, la bonne manipulation comme les effets de l’abondance. Soit une trajectoire à la fois complémentaire et distincte de celle de l’économie, matière dont le discours travaille quant à lui les effets de la rareté.

Si l’économiste isole des objets et raréfie les variables, l’écologiste pratique quant à lui cet art du percevoir à la fois. On quitte l’homo-naturalus exclusif tel que présenté jusqu’ici. Accommodation de son cousin œconomicus duquel découlait une organisation du manque de nature dans l’abondance, une bascule du désir dans la peur de manquer (de l’ours blanc), la dépendance de l’écologie à une non production extérieure au désir, sa production ne passant plus que dans le fantasme (de la marche de l’empereur).

Alors face au pingouin anthropomorphe, à ce bombardement d’images (intraitables – incohabitables) tombées du ciel et qui viennent encombrer les dedans, mimétisme sentimental d’une nature apparente à reproduire, place à une certaine pratique de l’autoproduction dans le (se) donner à voir.

Désynchroniser et resynchroniser les chaînes par l’exercice de la « photo-synthèse ». Se développer au dehors en développant ces innombrables clichés qui nous encombrent, détricotter et retricotter pour en faire des images non exclusives, flottantes et temporaires, qui ne se disent pas à l’avance, qui disent à la fois, et par lesquelles on se branche, on déplie, on tisse comme on casse les chaînes pour se frayer des voies à l’expérience.

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image006 dans Education

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