Archive mensuelle de avril 2008

Variations agricoles

Variations agricoles dans -> ACTUS jidjugregogm 

Agriculture et écologie

L’écologie – science et(:)ou art des agencements -, celle-ci tente de nous présenter les dynamiques de notre monde du dedans : l’homme partie prenante d’un système complexe incertain fait de séquences entremêlées d’agencement (chemins), de potentiels de combinaisons (émergence). Avec elle nous définissons un écosystème comme une communauté d’êtres vivants composée d’équilibres délicats de dépendances et de compétitions entre les vivants:

- dans un espace donné (milieu) où s’entremêlent des relations réciproques entre les vivants qui le produisent (transformation et rétroaction), comme en sont le produit (production de niches écologiques);

- dans un temps donné, l’écosystème ayant comme une biographie, passant dans le temps d’une stratégie de reproduction quantitative à une stratégie de survie qualitative à mesure que celui-ci mature. Cette stratégie de survie qualitative s’opère par une complexification et hiérarchisation des relations, une multiplication des agencements entre les espèces et le milieu. Cette diversification fonctionne alors comme autant de possibilités ouvertes au développement de formes de vie nouvelles (biodiversité), comme elle garantie la stabilité de l’écosystème dans le temps (résilience et redondance des cheminements des flux de matière, énergie et information).

Or l’activité agricole consiste justement à stopper cette dynamique de maturation des écosystèmes. Le rajeunissement annuel opéré par la récolte ayant pour effet de les conserver dans une stratégie de reproduction quantitative, en ne sélectionnant et n’alimentant que très peu des agencements possibles.

Plus l’activité agricole se développe sur le globe, plus sa surface devient pauvre en agencements, en diversité du vivant, plus les écosystèmes sont jeunes, et donc vulnérables aux changements des milieux.

Concernant les biocarburants, la question n’est donc pas tant de savoir si ceux-ci sont bons ou mauvais « par essence », ou si nous devons attendre du mieux de la seconde génération, etc. Car au-delà de toute les évaluations quantitatives possibles des uns et des autres (SAU disponible, capacité de production, état des stocks et autres chiffres, voir ci-dessous), la question est bien de savoir où placer le curseur d’arrêt au défrichement des forêts – ces écosystèmes matures complexes à grande biographie -, donc à l’appauvrissement généralisé des agencements du vivant. La question agricole est d’abord une question de surface d’occupation, avant d’être une question d’usages.

A la question de savoir si nous avons le potentiel de terres pour assurer tel ou tel niveau de production de biocarburants tout en mangeant à notre faim, on peut sans doute répondre oui en dehors des cas de spéculation massive. Voir notamment  l’exemple mexicain ci-dessous, comme le rapport de la FAO concernant l’agriculture biologique et sécurité alimentaire ou encore l’article sur les 12 mythes sur la faim dans le monde .

Le plus inquiétant, c’est bien de commencer par formuler une telle question, celle-ci faisant implicitement l’économie des conséquences de la mise en culture du monde, sur le monde. Le problème des biocarburants n’est pas celui de la nourriture pour l’homme, mais bien plus celui de la nourriture des agencements potentiels de l’ensemble du système terre.

http://www.dailymotion.com/video/x59ilt

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 image0034 dans Biodiversité

Agriculture : chiffres et facteurs

Facteurs de pression sur l’offre agricole (capacités de production) :

–        conditions climatiques ;
–        subvention, rentabilité de l’activité (niveau de prix et répartition des profits entre producteurs et distributeurs) et incitation à la mise en culture ;
–        surface agricole utile, état productif des sols, potentiel de croissance des terres arables ;
–        stocks tampon disponibles ;
–        progrès technologique et productivité agricole ;
–        coût et disponibilité des moyens de production (intrants, eau et énergie, transport, …) ;
–        concurrence des usages du sol (tourisme, environnementalisme).

Facteurs de pression sur la demande agricole :

–        démographie ;
–        spéculation financière (libération des filières agricoles et abandon des stocks de régulation publics) ;
–        concurrence des destinations (agrocarburants et alimentation) ;
–       développement économique (Chine, Inde, etc.), modification des régimes et montée dans la chaîne alimentaire (consommation de calories animales).

prod dans Monde végétal

* En 2007, la hausse mondiale des prix agricoles a été de 40% en moyenne selon la FAO, tendance qui s’est exacerbée début 2008. Selon la Banque mondiale, le prix des produits de première nécessité a progressé de 80% depuis 2005. Dans les pays riches la part de l’alimentation dans les revenus se situe entre 10 et 20%, et atteint de 60 à 90% dans les pays en développement.

* Les stocks de blé étaient d’environ 200 millions de tonnes à la fin de la campagne 2000-2001, ils ne sont plus aujourd’hui que de 111 millions de tonnes. Si l’on compare le niveau du stock à la production annuelle de 614 millions de tonnes, cela correspond à 66 jours de consommation, si l’on compare avec les volumes du commerce mondial les stocks disponibles ne représentent plus qu’un an de marché.

* Le prix du riz a presque doublé sur les marchés internationaux au cours des trois derniers mois. La Chine, l’Inde ont augmenté les taxes à l’exportation ; le Vietnam et le Cambodge ont interdit temporairement toutes leurs exportations, le Brésil cherche à faire de même ; les Philippines ont, comme le Bangladesh, supprimé les taxes à l’importation et demandé en urgence la livraison de 1,5 millions de tonnes au Vietnam; la Thaïlande a décidé de vendre son marché intérieur du riz 40% moins cher que le prix mondial.

* L’agriculture manuelle représente encore aujourd’hui 1 200 millions de producteurs, l’agriculture attelée 300 millions, l’agriculture mécanisée, 50 millions.

* La Banque mondiale vient d’avouer n’avoir consacré que 12% de ses prêts à des projets agricoles en 2007, contre 30% dans les années 1980. Elle souligne également que 4% seulement de toute l’aide publique au développement va aujourd’hui à l’agriculture.

chiffres dans Oikos

* D’après l’UNCCD, un tiers de la superficie des terres émergées du globe - 4 milliards d’hectares, soit l’équivalent de la surface forestière – est menacé par la désertification. Plus de 250 millions de personnes sont directement affectées par ce problème. 24 milliards de tonnes de sols fertiles disparaissent chaque année. 

* D’après la FAO, la dégradation des sols s’étend chaque année sur 5 à 7 millions d’hectares de terres agricoles de plus. Près de 2 milliards d’hectares de terres agricoles et de pâturages souffrent d’une dégradation modérée à grave – soit une étendue à peu près égale à la superficie combinée du Canada et des Etats-Unis. Dans certains endroits, la couche superficielle fertile est épuisée 300 fois plus vite que la nature ne peut la reconstituer. Au Khazakstan, par exemple, près de la moitié des terres agricoles seront perdues d’ici à 2025, si on en croit l’Institut national de gestion des sols.

* De nouvelles surfaces ont été dédiées à l’agriculture en Amérique latine et en Russie, expansion compensée par l’urbanisation de l’Europe et de l’Asie. Dans les dix dernières années, 8 millions d’hectares cultivés ont ainsi disparu en Chine, soit les deux tiers de toute la surface arable de l’Allemagne. Nous venons tout récemment de franchir le seuil de 50% de la population mondiale vivant dans des villes. En 1950, le chiffre n’était que de 30%. 

* A l’échelle du globe, les pertes de surfaces arables (terre qui peut être labourée ou cultivée) sont estimées à une fourchette comprise entre 70 000 et 140 000 km2 par an (soit -à titre de comparaison entre 12 et 25% du territoire français). Ce chiffre est estimé à plus de 100 000 km2 par B. Sundquist de l’Université du Minnesota dans son étude synthétique publiée en 2000, Topsoil loss – Causes, effects and implications: a global perspective.

* En Europe, il est prévu que les combustibles issus de la biomasse couvrent 5,75 % des besoins en carburants routiers en 2010 et 20 % en 2020. L’Europe serait ainsi tenue de mobiliser 70 % de ses terres arables pour tenir cet objectif.

* L’irrigation agricole représente 70% des prélèvements mondiaux en eau douce, 90% de la consommation. On estime que la construction des grands barrages a permis d’exploiter de 30 à 40% supplémentaires des terres de la planète. Il n’y a pas de produit de substitution à l’eau dont il faut mobiliser en moyenne 1000T pour produire 1T de céréale.

* Dans le monde, 277 millions d’hectares sont irrigués (année 2002, source FAO) sur 1,4 milliard d’hectares de terres arables au total. Ils fournissent environ 1/3 de la production alimentaire mondiale. Trois pays (Inde, Chine, États-Unis) représentent 50 % des surfaces irriguées totales. 80 % de la nourriture produite au Pakistan provient de terres irriguées, 70 % pour la Chine, mais moins de 2 % pour le Ghana, le Mozambique ou le Malawi.

* Selon des estimations de la FAO, l’accumulation de sel dans le sol a gravement endommagé 30 millions d’hectares de terres irriguées. La salinisation, conjugée à la saturation par l’eau, affecte une autre tranche de 80 millions d’hectares.

* L’objectif des biotechnologies est d’obtenir des plantes capables de produire dans des situations de manque d’eau modéré, la perspective de plantes poussant sans eau restant illusoire.

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 marquagedunchampdemastr dans Ressource en eau

Cas d’école

Traduction anglaise d’un article de La Jornada de Mexico qui analyse les différents facteurs qui ont conduit à la crise mexicaine de la tortilla (http://mexfiles.wordpress.com/category/food-and-drink/tortillas/). Merci à Tilleul du forum effets de terre.

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Mexico is the fourth largest corn producer in the world. Last hear, it harvested 22 million tons, mostly – although not exclusively – white conn. The volume is much lower than the United States: 280 million tons in 2005, though most is yellow corn. That county controls 70% of the world market. One difference between the other major producers and Mexico, which is important in Latin America, is that Mexican corn is grown for human consumption. We are a culture born from corn.

The fall of Mexican corn

For decades Conasupo ( Compa ñía Nacional de Subsistencias Populares ) played a fundamental role in regulating the national market, stockpiling, importing and distributing grain. As a result of signing the North American Free Trade Agreement (NAFTA), the program was terminated.

Between 1994 and 1998, Conasupo was the seller of last resort. In 1998, Eresto Zedillo said that the major corporate sellers (Maseca, connected with ADM; MINSA, associated with Corn Products International, Arancia and Cargill, and merged with Continental) were in charge of the national market. The former state monopoly,which despite corruption functioned reasonably well, was transferred to private monopolies which had the objective of making rapid returns on their investments.
Dismantling Conasupo was an essential step in privatizing the corn and tortilla market. Other government measures were freeing the price of tortillas in 1999 and closing down Fidelist, a a subsidy program which provided food for 1.2 million families in poor urban areas. 

Another major change in production was to modify the form in which corn was processed. For many years, tortillas were made though a process of nixtamalization [mixing “cal” — limestone, which frees essential amino acids in the corn – in with the grain] which was an key process in milling producing tortillas. This started to change during Carlos Salinas de Gortari’s administration (1988-1994), when tortillas made with processed wheat flour were substituted for nixtamal.

Changing the method of production provoked a strong conflict between the economic actors involved, and was known as “the tortilla war.” Legal battles drastically reduced the importance of the mill and tortilleria owners. In 2003, 49% of tortillas were produced by the major industrial producer. Grupo Maseca had control of 70% of this market. An alliance of the major producers has, in the last five years, grown their market share significantly.

From a national to international price

Commercial producers in Mexico were simultaneously storing local grain and importing it. My controlling inventory, they could demand that prices be lowered or raised according to their needs. They acquired a substantial part of the spring and fall Sinaloa harvest (by far the most important in the Republic, accounting for almost 10 tons in the last spring and fall cycle) at a price of $350 pesos ($30 US Dollars) per ton per ton. They could already count on having nearly a million tons of corn, enough on hand to get into speculation, hold back supplies to articificially raise the prise. Those same ten tons from Sinaloa, sold for 3,500 pesos a ton (US$320) in Mexico City: 2,150 pesos (US$197) over what was paid.

True, the price of corn in the world market had risen in recent months, as a result of the use of corn for distillng ethanol But those increases had no relation to the price of corn in Mexico. On the Chicago Mercantile Exchange, bids reached almost US$ 144 a ton, but this is less than half the price corn was sold for in Mexcico City.

The costs of diesel, gasoline and electricity, the overhead costs for transport and processing, rose during the last months of the Vicente Fox administration. This affected the consumer price of tortillas, but overhead only accounts for 30% of the cost of production.

There was absolutely no justification for the jump in the price of tortillas. Neither rising energy costs, nor the jump in prices on the international market justified the consumer price. The central problem was speculation by the elevator owners.

Speculation is the favored market model of those that believe in fully bringing in the NAFTA regulations, dismantling the state development agencies and businesses though savage privatization. The result is a clearly inefficient market, for all intents and purposes, a speculative monopoly. Thanks to politicians like Luis Téllez y Santiago Levy, the Mexican government has cut off its hands when it comes to intervening to create order in the market.

Cargill can’t lose in México

When the price of tortillas goes sky-high, the multinational Carill wins. IF they import corn from the United States, they benefit. If, on the other hand, they export to other countries, they receive subsidies. When they seek approval for the use and explotation of grain terminals in ports, they maintain their profit margin.

Cargill, a 140 year old company, is the second largest privat ecompany in the world, and has 149,000 employees in 72 countries. Fortune magazine lists it as the 20th most important company on the planet. It buys, processes and distributes grain and other agricultural products, describing itself in its literature as: “the flour in your bread, the wheat in your noodles, the salt in your la harina en su pan, el trigo en sus tallarines, la flavor in your food. We are the corn in your tortillas, the chocolate in your dessert, the additives in your gasoline. We are the oil in your salad dressing, and the meat, pork or chicken you have at dinner. We are the cotton in your clothes, the stuffing in your sofa and the fertilizer in your field.”

The multinational has had a presence in Mexico for more than 80 years, beginning with forestry operations in the Northeast. In 1972 it opened it’s first office in the country with six employees. When NAFTA came in and after Conasupo ceased operations, there was a huge gap in the Mexican market, which the international giant was poised to fill. It’s presence in Mexican agriculture is overwhelming.

Under NAFTA, corn imports from the United States were subject to yearly caps, with imports over the yearly amount subject to tariffs. However, the Mexican government unilaterally eliminated this protection, permitting any amount of grain to come in without penalties. Between 1994 and 2001, the import quota rose to nearly 13 million tons. The two major agricultural corporations, Cargill and ADM sold most of the U.S. corn sold in Mexico, and benefited enormously from the end of tariffs. In addition, they also benefited from the indirect subsidy they received from Washington in the form of export credits.

Recources under the export credit program were for shareholder costs, storage, handling, transport and cabotage * for transporting Sinaloa grain, as permitted under the regulations of the time, were generous to Cargill. When, as it happened in 2006, the multinational exported hundreds of thousands of tons of grain to other countries, it received export subsidies from the government.

Commercial white corn producers in this country receive what is called an “objective price”. For most of the internatinonal market, the “indifferent price” is used, calculated on the international market by reference to the costs of storage and transport from grain elevators in New Orleans to the ultimate Mexican consumer. The difference between the “objective” and “indifferent” p[rice can fluctuate between 450 and 500 pesos (US$ 40-45) per ton, which is paid by the government, and not by the commercial enterprise, which only receives the “indifferent” price. Cargill, as one of the most important grain elevator operators, receives an important indirect subsidy this way.

En 2002 the Comisión Federal de Competencia [Mexican equivalent of the Federal Trade Commission] authorized Cargill to develop, use and exploit a private port in Guaymas, Sonora, together with Grupo Contri, whose main activity is buying, storing and selling other grains – mostly wheat, corn and sorghum. The giant company also controls the principal grain port in Veracruz.

Cargill was little known of in Mexico until in 2001 Congress approved a special tax on the production and importation of fructose, a corn-based sweetener. The multinational imports around 385,000 tons annually. The affair was a disaster in international commercial courts.

Mexico lost their case for the tax

Cargill is considered responsible for the rise in tortilla prices, having bought and stored 600,000 tones of Sinoloa corn for 650 pesos a ton (US$60) which it turned around months later at 3,500 pesos per ton (US$320). The response was to lift import caps on cereal grains, which is supposed to lower prices and bring benefits. Lorenzo Mejía, president of the Unión Nacional de Industriales de Molinos y Tortillerías (Milling and Tortilla Industrial Union) says: “the millers cannot import grain and use Cargill’s services“.The company has rejected the indignant wave of accusations it has faced. It denies being “the corn in your tortillas” – as it says in its consumer brochures – and, in a press release, claimed, like consumers, masa-produers and tortilla vendors, to be worried by the high price of corn. Cargill blames the price rise on the free market and tells the Mexican public that the rise is due to purchasing by pork producers.

The bankruptcy of a model

The rise in the price of tortillas has demonstrated the weakness of the Mexican state against the monopolies. They control the marketing and production of corn, and can set off a round of inflation without impunity. The Executive has no arms to fight this war.

The federal government’s response to the rise has been pathetic. It closed a few tortillerías, and made a media show of the offensive against abuse and blamed the vendors. It announced no measures to control the price of production, or to alter the basic rules. While the producers approve of the government’s response, claiming they are not responsible for the price jump.
The President has announced that it will allow white corn to be imported without tariffs. But those acquiring the cereal are the same ones responsible for the price increases, and who already control the inventory. And these imports are a blow to Mexican farmers, worried about the country being flooded with bad quality grain, likely to contaminate their seed with transgenetic varieties or seed infected with aflatoxina.

Of course, the Calderón administration has buried the information on the speculators. ASERCA 1 has a detailed report detailed. The present system, in which the federal government subsidizes commercial storage and sale of corn, requires accurate reporting and the ability to control reserves. In spite of this, we only hear of the governments inability to inject itself into the market. The President is not interested in the crisis, except that it gives his government a opening to project legitimacy to the poor. Or, to appear decisive if he steps in to control inflation.
Since the start of NAFTA in January 1994, tortilla prices have risen by 738%. The result has been less consumption, of worse quality.

Mexican food supply now depends much more on the United States. Native seeds have been infected with imported transgenetic varieties. Rural migration has left many rural communites deserted except for the old, woman and children. A substantial part of the cereal production region is at risk, or could be turned to other crops. These other crops will also face a price drop as corn fields are converted to more profitable harvests.

Today we are living through a new tortilla war, different than that in the 90s when different businesses faced off. Now, it is the big argo-businesses against the poor. In this war, the government of Felipe Calderón has clearly sided with the monopolies who helped him gain the Presidency.

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De si tristes requins…

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Du récent, et disons le, très inquiétant film de promotion sur les requins à la construction tout à fait débilo-bancale, on finirait bien cependant par tirer un petit grain de sable du désert. Pourtant rien de bien nouveau lorsque l’un des nombreux intervenants exprime avec conviction: « nous détruisons le monde, et nous en avons conscience ».

Grande naïveté et rien de nouveau, oui, sauf l’idée d’un renvoi vers Spinoza. Un Spinoza pour qui la raison humaine n’a aucune force devant la puissance des affects. Des affects-passions nés des effets des corps extérieurs sur le notre. Autrement dit, je peux juger que ceci est bon (préserver la biodiversité), et pourtant continuer à faire le contraire tant que je n’ai pas le désir vrai de ce bon, comme le dirait Misrahi, ou tant que je n’ai pas suffisamment intériorisé cette connaissance pour en faire un affect (actif) nous dirait Atlan.

-  »Ce que j’appelle esclavage, c’est l’impuissance de l’homme à gouverner et à contenir ses passions. L’homme en effet, quand il est soumis à ses passions, ne se possède plus; livré à la fortune, il en est dominé à ce point que tout en voyant le mieux il est souvent forcé de faire le pire. » – Appendice Ethique IV.

De si tristes requins... dans Ecosysteme TV.fr image001

Dans les parties trois et quatre de l’Ethique, Spinoza nous propose et développe toute une stratégie de vie, ou conquête d’existence, qui vise à transformer la raison, connaissance abstraite et impersonnelle, en affects vécus et activants. Le mode d’emploi d’une intériorisation de la connaissance devenant source de joie dans son passage de la troisième à la première personne, sa transformation en affect. Ce que le poète John Keats traduira autrement : « rien ne devient jamais réel tant qu’on ne l’a pas ressenti ».

Inutile de dire que ce film – dont les producteurs ne doivent pas être les derniers des requins – ne nous fait uniquement ressentir (et avec la plus grossière des redondances) qu’une bien triste vague sentimentaliste.com. Symptôme affiché et assumé d’une analyse écologique tant partielle, qu’isolée, et qui prétend pourtant épuiser toute autre vision du monde (les autres, c’est l’argent). Pour paraphraser Nietzsche, il serait sans doute bon de rappeler qu’il n’y a pas de phénomènes écologiques, mais qu’il n’y a qu’une interprétation écologique des phénomènes. Pas assez vendeur, de toute façon l’auditoir est c**.

Il est vrai que l’anthropologie développée dans ce film est totalement navrante dans sa définition et son propos : non l’homme n’est pas qu’un animal qui marche debout, c’est aussi (et surtout !) un animal qui a peur des requins! A côté de cela, ces derniers nous sont présentés comme très… gentils. Anthropomorphisme qui n’a rien à envier à celui que nous avons pu connaître récemment avec nos amis les pingouins.

On pourrait se dire, au diable le discours, il y a urgence, alors pouvu que celui-ci soit efficace. Malheureusement, au sortir de la salle, on s’aperçoit vite que celui-ci est totalement contreproductif sur son auditoire. Simpliste, circulaire et partiel, celui-ci interdit très vite toute forme d’intériorisation. Et on en revient toujours au même constat, la biodiversité n’est pas seulement un objet qui se mesure à la troisième personne, c’est aussi une expérience personnelle à vivre et intérioriser à la première personne du singulier.

avocado dans Education

Comment s’expliquer que des sujets pourtant si essentiels soient soumis à ce genre de traitement naïvo-débile ? Cela en faisant l’économie de toute paranoïa, chose dont nous sortons totalement saturés à l’issu de cet objet cinématographique.

Il semble que la multiplication de ce type de récit écologique mineur annonce, soit  symptomatique de l’émergence d’un nouveau (et vaste) chapitre dans le récit de l’histoire de nos rapports au monde. Un chapitre peut-être rétrospectif, tout du moins dans ses premières lignes. Fruit d’une évolution aveugle, l’évolution cherche une plume à sa biographie. Du corps le plus simple, jusqu’à l’explosion combinatoire de la diversité du vivant, l’émergence de la conscience nous permet d’effectuer ce retour « amoureux » de l’évolution sur elle-même.

Lorsque nous inventons l’écologie pour désigner certains des nouveaux phénomènes dont nous prenons conscience, nous participons à ce retour retrospectif de l’évolution sur elle-même, nouvelle étape vers un nouveau stade de l’évolution qui, pour ce qui nous concerne, impliquera sans doute de profond changement dans nos rapports au monde, avec et dans le monde. De nouvelles combinaisons avec de nouvelles forces, l’optimisation de la souplesse comme critère de décision, la figure du danseur se substituant à celle du conquérant bête.

- Dans la terminologie de Gregory Bateson, (Vers une écologie de l’esprit, tome 2, p. 256, Seuil, Paris 1980), la « souplesse » est à la « rigidité » ce que la « polyvalence » est à la « spécialisation », la « stratégie » au « programme »". Elle est une « potentialité non engagée de changement ». En tant que telle, la souplesse du comportement du type de la « stratégie » est très proche de la redondance qui est le déploiement d’une multitude de versions différentes d’un même schéma organisateur. – wikipédia.

Le Nietzsche de Deleuze nous éclaire sur le devenir des forces naissantes, la philosophie en l’occurrence, et dont nous pouvons émettre l’hypothèse qu’il en irait ainsi pour l’écologie :

« Nous devons penser la philosophie comme une force. Or la loi des forces est qu’elles ne peuvent apparaître, sans se couvrir du masque des forces préexistantes. La vie doit d’abord mimer la matière. Il a bien fallu que la force philosophique, au moment où elle naissait en Grèce, se déguisât pour survivre. Il a fallu que le philosophe empruntât l’allure des forces précédentes, qu’il prit le masque du prêtre (…) le secret de la philosophie, parce qu’il est perdu dès l’origine, reste à découvrir dans l’avenir. Il était donc fatal que la philosophie ne se développât qu’en dégénérant, et en se retournant contre soi, se laissant prendre à son masque (…) au lieu du créateur de nouvelles valeurs et de nouvelles évaluations, surgit le conservateur des valeurs admises. Le philosophe cesse d’être physiologiste ou médecin, pour devenir métaphysicien ; il cesse d’être poète, pour devenir professeur public. »

Les textes de Nietzsche font cohabiter nuance et coup de marteau, et sans doute que Deleuze insiste ici sur le coup de marteau. Mais pour nous la question de l’écologie n’est pas qu’elle devienne professeur public, mais bien plus que dans le même moment, celle-ci oublie dans ses récits le passage d’un versant à l’autre de la colline, du professorat à la poésie et inversement.

http://www.dailymotion.com/video/x1eef3

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+ Les vendredis de la philosophie, émission du vendredi 18 avril 2008, les politiques de Spinoza.

Arts et sciences: une correspondance ininterrompue

Pour aborder la difficile question des rapports entre les arts et les sciences, les nouveaux chemins de la connaissance (France Culture émission du 1er avril 2008) recevaient Jean Claude Ameisen, médecin et chercheur, professeur d’immunologie à l’Université PARIS VII et président du Comité d’Ethique de l’INSERM.

Etonnement, réseau de correspondances, rencontre, passage, double versant, complémentarité, réalité multiple, écho, distance, transition, danse, peinture, arbre, mort créative, cellule, évolution, hasard, sculpture du vivant, concilier, recombinaison, agencement, émergence … tout un ensemble de mots clés qui résonnent amicalement avec les thématiques esquissées sur ce petit blog.

http://www.dailymotion.com/video/x53c9a

La description la plus minutieuse de la réalité n’épuise pas ce que nous pouvons en ressentir. Le mystère. La force du récit scientifique, de la mesure, c’est qu’il efface la singularité, qu’il se formule à la troisième personne. Pour un être singulier, comment s’approprier, conjuguer ce récit à la première personne ? L’art au sens ou celui-ci anime, laisse (co)habiter, et rencontrer le monde. La nature et l’art sont le versant d’un même fait, sans transposition directe, notre regard est alors le point commun d’un passage incessant, d’un versant à l’autre de la colline, d’une personne à l’autre du conjugué.

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Jean Claude Ameisen, « Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses », Conférences Marc Bloch, 2007, mis en ligne le 4 décembre 2007.

L’une des plus grandes révolutions scientifiques des cent cinquante dernières années a probablement été l’idée que l’ensemble de l’univers, y compris l’univers vivant qui nous entoure et nous inclut, est émergence, devenir, transformation - métamorphoses. Qu’il s’est construit et a évolué à partir d’interactions entre les composants élémentaires de la matière, d’un mélange de contingences et de contraintes, de relations de causalité auxquelles nous donnons le nom de lois de la nature.

La science moderne a (re)découvert à partir du milieu du xixe siècle, près de deux millénaires après le De Natura Rerum de Lucrèce, l’idée que l’univers vivant a émergé et évolué en dehors de tout projet, de toute intentionnalité et de toute finalité.

« Car ce n’est pas par réflexion, ni sous l’empire d’une pensée intelligente », écrivait Lucrèce, « que les atomes ont su occuper leur place ; ils n’ont pas concerté entre eux leurs mouvements. Mais comme ils sont innombrables et mus de mille manières [...] et qu’ils s’abordent et s’unissent de toutes façons pour faire incessamment l’essai de tout ce que peuvent engendrer leurs combinaisons, il est arrivé qu’après avoir [...] tenté unions et mouvements à l’infini, ils ont abouti enfin aux soudaines formations massives d’où tirèrent leur origine ces grands aspects de la vie : la terre, la mer, le ciel, les espèces vivantes. »

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Jean-Claude Ameisen & Yvan Brohard – Arts et sciences: une correspondance ininterrompue dans -> PERSPECTIVES TRANSVERSES videQuand l’art rencontre la science - Editions de La Martinière, Paris, octobre 2007.

artscience dans Art et ecologie

4ème de couverture: « Quand l’art parle à la raison et la science à l’émotion. Quand l’art révèle une vérité et la science la beauté… À travers des correspondances où les merveilles des images scientifiques répondent à la splendeur des oeuvres d’art, ce livre nous propose un voyage à la découverte de la manière sans cesse renouvelée dont nous déchiffrons et rêvons le monde pour nous y réinscrire. Aux images scientifiques des chercheurs de l’Inserm, institut de recherche consacré à la recherche biomédicale et à la santé, répondent les oeuvres de Vinci, de Bruegel, de Van Gogh, de Klimt, de Matisse, de Kandinsky, de Rothko… «La plus belle chose dont nous puissions faire l’expérience est le mystère – la source de tout vrai art et de toute vraie science», disait Albert Einstein. Ces regards permettent d’approcher l’expérience de ce mystère, de découvrir ces reflets que nous renvoient l’art et la science : beautés visibles et invisibles de la nature, vestiges et récits de nos origines, territoires mystérieux de nos corps. »

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http://www.dailymotion.com/video/x345rs

L’étonnement d’André Gortz

+ Tout arrive, France Culture, émission du vendredi 11 avril 2008, spéciale Jan Fabre au Louvre avec Jean Claude Ameisen.

Dialogue Guattari/Robin sur une écologie étendue

     S’il existe une écologie des (mauvaises) idées comme une écologie de (mauvaise) l’herbe, celle-ci ne serait-elle pas à trouver dans les conditions de production du terreau nécessaires à faire grandir nos actions pour et avec l’environnement. Car pourquoi ici telle ou telle solution n’est pas implémentée alors que nous en avons les moyens techniques ? Quel mode de pensée et quel type d’organisation sociale associée font que précisément telle mesure ne voit pas le jour ? Pourquoi favorisons-nous les mesures fondées sur « toujours plus de…moins de nous-mêmes dans le monde » ? Autrement dit pourquoi n’avons nous pas le désir de, la patience de, et préférons raisonner en terme de pénurie et d’urgence ? Tout ne serait-il pas le symptôme d’une d’une écologie des idées défaillante, d’un mauvais terreau de pensée ? L’extrait suivant de l’article de la revue Multitudes : « Révolution informationnelle, écologie et recomposition subjective » nous éclaire sur cette voie.

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© Raphael Richard – http://www.24pm.fr

Jacques Robin : « Je voudrais montrer comment une prise de conscience écologique va avoir une action très forte, dans les 10 ou 20 années, une action socio-économique et, bien entendu avant tout, dans l’idée des nouveaux rapports, d’une nouvelle alliance avec la Nature. Il est très difficile de faire passer le message que la Biosphère est un système hyper complexe autorégulé, ce qui veut dire non seulement que nous subissons l’influence de l’écosystème dans lequel nous sommes, mais que notre mode de vie va agir sur cet écosystème.

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Nous nous trouvons devant un choix écologique : nous ne pouvons plus nous livrer à des activités industrieuses sans qu’il y ait des conséquences gravissimes pour la survie de notre espèce. Or, que voyons-nous dans la société, dans le système industriel marchand tel que nous le connaissons ? Une politique de l’environnement. C’est à dire : tant pis ! il y a un effet de serre, il y a un trou d’ozone, bon, on va vendre un petit peu plus de pots catalytiques, on va trouver des substituts aux aérosols, mais on ne va pas changer notre modèle de consommation, notre gaspillage, notre modèle de production, notre démographie, et puis on va créer des éco-industries. Tant mieux ! En créant des éco-industries, on va faire du PNB, on va peut-être créer des emplois. On ne veut pas avoir cette idée fondamentale que nous sommes en copilotage avec la Nature. Nous sommes avec la Nature en situation. . L’élément le plus complexe qu’elle a créé, c’est-à-dire l’homo-démens, va continuer son évolution, sauf s’il se fait exploser lui-même, mais il a une chance d’être celui qui peut « copiloter » un peu dans cette symbiose avec la nature, et c’est une transformation radicale des rapports, des uns et avec les autres. Cette écologisation des idées, veut dire que nous avons un autre rapport avec la Nature – on n’est pas en admiration devant la Nature, on l’a toujours transformée.

Je pense que l’écologie est un grand tournant, à condition que cette écologie soit prise dans ce sens et non pas dans celui d’une ingénierie écologique qui nous amènerait probablement à une sorte de terreur écologique aussi grande que la terreur raciste. Quand j’entends dire que l’écologie n’est pas à marier : si, l’écologie est à marier avec la dimension sociale. Sinon, elle devient un danger. Et il y a plus que la dimension sociale et économique, elle doit se marier avec une sorte d’altérité, avec les autres. Il me semble que ce sont trois choses :

  • Il est important que nous substituions à ce qui se passe actuellement, non pas une idéologie nouvelle dans le sens d’une idéologie dure (nous avons soupé des idéologies dures, du marxisme, du fascisme, du libéralisme), non pas une idéologie molle, mais une idéologie douce, qui fasse la part de nouvelles connaissances et qui marie l’écologie, la dimension socio-économique. 

  • L’homme n’est pas fait pour travailler, il est fait pour agir, pour être curieux, reconnaître sa niche écologique, avoir des rapports avec les autres. 

  • Il est nécessaire que nous trouvions alors, dans les rapports des uns envers les autres, mais aussi des rapports avec des groupes, ce qu’on pourrait appeler le fédéralisme, ou ce qu’on pourrait appeler la fin du centralisme démocratique. 

Je crois que c’est le mariage de ces trois éléments nous apporterait l’espoir, non linéaire, d’aller vers un avenir… »

Félix Guattari : « Je voudrais juste un peu forcer la note sur le caractère irréductiblement non dialectique des problématiques devant lesquelles nous sommes, c’est-à-dire quand on met l’accent sur la nécessité de repenser les rapports interhumains, les rapports familiaux, les rapports d’éducation, les rapports de voisinage, de l’habitat, de l’urbanisme, de la santé, etc., on est dans un registre de l’économie, d’écologie sociale qui pourrait aussi être prise sous les paradigmes scientistes véhiculés par l’économie productiviste.

Alors que mon idée d’associer à l’écologie environnementale l’écologie sociale, l’écologie mentale, ajoute cette préoccupation profondément antidialectique, à savoir : s’il y a un avenir (et il y a un avenir possible même s’il y a des risques de catastrophes et de barbarie absolue à l’horizon historique), même s’il y a des sursauts collectifs pour recomposer le social, recomposer des relations internationales, etc., il y a quelque chose qui ne sera jamais résolu (par le niveau technico-scientifique, par les révolutions sociales, par les révolutions moléculaires de toute nature), qui est l’existence humaine comme telle. Dans sa finitude, dans sa solitude, son désarroi total. S’il n’y a pas de remise permanente du curseur sur cette finitude, alors toujours il y a le risque de basculer dans cette sorte de progressisme générateur de catastrophes.

Ce n’est qu’à condition qu’il y ait cette assumation – comme on peut penser qu’elle était faite dans les sociétés archaïques, je pense à de très beaux articles de Pierre Clastres sur la solitude des Indiens qui chantent dans la nuit directement, en-dehors de tout rapport social -, si on ne ramène pas le curseur là, alors on n’aura jamais la capacité, le courage, la responsabilité éthique d’en finir avec ces pratiques destructrices. La société productiviste telle qu’on la vit est comme une drogue. D’ailleurs, elle produit des drogués de toute nature. Et il faut arriver à cette sorte de désintoxication du progressisme qui consisterait à se retirer sur soi et à se déconnecter de toute pratique sociale, de tout engagement dans la vie politique.

En tout cas de les voir sous cet angle, donc de fonder l’angle de prise de vue humain sur les différents processus socio-économiques, technico-scientifiques, toujours avec ce recul de la subjectivité, cette distance qui est sans arrêt à reconquérir et qui est quelque chose que je mettrais dans l’ordre, disons, d’une activité analytique, pas exactement dans le sens psychanalytique freudien (qui, à mon avis, n’a fait qu’apercevoir cette dimension, notamment avec son concept de pulsion de mort qui, d’une certaine façon, règle la question).
Mais il n’y aura de reprise écosophique, c’est-à-dire la reprise d’une fonction éthico-politique de refondation du rapport de l’individu à son corps, du rapport de l’individu au temps, du rapport de l’individu à l’autre, à l’altérité, à la différence, aux formes esthétiques, etc., qu’à la condition qu’il y ait cette finalisation sur le projet de vie. »

Jacques Robin : « Devant l’inconsistance des « propositions » politiques sociales et syndicales actuelles, j’essayais de formuler ce que pourrait être un courant qui essaierait de penser l’homme comme pouvant s’épanouir davantage.

Je propose de marier l’écologie et le socialisme, en tant que poseur de questions sociales, ce qu’il a fait depuis le XIXème siècle, mais en le reposant autrement, à cause de la nature même des technologies. Et il faut que le fédéralisme, les rapports d’altérité et de reconnaissance de l’altérité, soient mis au premier plan.

Il y a un autre grand problème qui se pose à nous, c’est d’avoir le courage de ne pas confondre la morale et l’éthique. On voit bien comment toutes les sociétés, mises en présence de forces intérieures et extérieures immenses, essaient de donner un sacré, ce sacré donnant à la fois la religion et la morale, et comment petit à petit le décalage entre cette morale et la pratique des mœurs a été tel qu’il a bien fallu essayer de s’organiser. Je crois que rien n’est plus urgent que de créer une éthique critique autonome. De même qu’on peut avoir la spiritualité sans foi, il faut que l’on puisse créer une éthique critique autonome sans morale. J’en vois des pistes chez Foucault, Habermas et Morin… »

Félix Guattari : « Mon interrogation, elle, est de savoir s’il y a une pratique de ce type d’éthique. Est-ce qu’il s’agit d’un impératif transcendant, ou est-ce que, au contraire, il n’y a pas, au niveau des théories individuelles, au niveau de la vie de couple, la famille, au niveau du travail, dans l’école, le voisinage, etc., une reproblématisation permanente de cette dimension éthique ?

C’est, encore une fois, ce que le freudisme a fait en essayant de redonner du sens, une lecture possible à des « faire » qui relevaient en apparence du non-sens, du moins à une époque donnée, qu’il s’agisse d’hystérie, de sexualité infantile, etc., l’idée que c’est quelque chose qui peut se travailler.

Et c’est là qu’on se sépare de Kierkegaard. Il ne s’agit pas de quelque chose qui tombe de la transcendance, il s’agit de dire : bon, vous travaillez dans telle situation, dans telle université, dans tel hôpital psychiatrique ou dans tel syndicat… Est-ce qu’il y a un « faire », est-ce qu’il y a une pratique qui permet précisément de ramener ce curseur éthique qui fera, non pas interrogation sur l’autre en disant : « mais pour qui est-ce que tu te prends, tu te prends pour un chef ? etc. », mais la question toute naturelle : « ah ! tu es là, toi, à cet endroit, et moi je suis à cet endroit… » et d’une certaine façon, nous sommes dans un rapport de déréliction absolue et nous le surmontons malgré que nous ayons accès à ce degré zéro de l’existence. Nous construirons d’autant plus une projectalité qui aura sa logique, qui aura sa raison, qui aura sa prolongation dans le domaine du socius. C’est donc cette idée de refondation des praxis, à tous les niveaux, qui me semble être corrélative à la positionnalité de son éthique. »

Dialogue Guattari/Robin sur une écologie étendue dans -> CAPTURE de CODES : rubon701

+ Un changement d’ère ? Entretien avec Jacques Robin, psychomotivation.free.fr

+ L’irruption de l’écologie ou le grand chiasme de l’économie politique, Yann Moulier Boutang

+ De l’économie à l’écologie Marché, capitalisme, salariat, écologie, Jean Zin




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