Archive mensuelle de mars 2008

D’une écologie de l’esprit à la biodiversité

D'une écologie de l'esprit à la biodiversité dans Bateson batesonletteronly 

Pour Grégory Bateson, le mental n’est qu’une fonction d’une complexité relationnelle. Une propriété qui émerge de tout système complexe d’interactions et qui ne dépend pas de qualités spécifiques qu’auraient les parties prises séparément. « L’esprit, [système mental], est une fonction nécessaire, inévitable, de la complexité approprié, partout où cette complexité apparaît. Une forêt ou un récif de coraux, avec leurs agrégats d’organismes s’entremêlant dans des relations réciproques, possèdent cette structure générale nécessaire. » Vers une écologie de l’esprit, tome2

L’esprit est un « réseau cybernétique intégré » de propositions, d’images, de processus etc. etc…, réseau lui-même connecté à l’ensemble plus vaste qu’est l’environnement, de sorte que: « l’unité autocorrective qui transmet l’information ou qui, comme on dit, pense,  agit et  décide, est un système dont les limites ne coïncident ni avec celles du corps, ni avec celles de ce qu’on appelle communément soi ou conscience » Vers une écologie de l’esprit, tome1

Une telle proposition bouscule le choix de nos unités d’analyse traditionnelles, commande une nouvelle épistémologie appelant à une profonde correction de nos habitudes de pensée. D’une pensée analytique qui nous avait permis la fabrication d’objets de laboratoires performants, vers une pensée systémique nous permettant de les relier entre eux.

« Darwin en parfait accord avec le climat culturel de l’Angleterre du milieu du XIXe siècle, a proposé une théorie de la sélection naturelle et de l’évolution, selon laquelle l’unité de survie est la lignée ou les espèces et les sous-espèces. Mais de nos jours, il est devenu évident que cette conception de l’unité de survie méconnaît le monde biologique réel. L’unité de survie réelle est l’organisme plus l’environnement [...] Autrefois c’est élaboré une hiérarchie de taxa, individu, ligné, sous-espèce, espèce…. en tant qu’unité de survie. A présent nous envisageons une autre hiérarchie d’unité : gènes dans l’organisme, organisme dans l’environnement, écosystème… Ainsi l’écologie au sens le plus large du terme devient l’étude de l’interaction et de la survie des idées et des programmes, (qui sont des différences, des ensembles de différences…) dans des circuits. » Vers une écologie de l’esprit, tome2

Une fois dit que l’unité de survie évolutive s’avère identique à l’unité de l’esprit, l’organisme qui détruit son environnement ne peut donc que se détruire lui-même. La crise écologique actuelle serait donc le symptôme de ce que cette erreur épistémologique – produit d’une séparation erronée  de l’esprit d’avec la structure à laquelle il est immanent – détermine encore en profondeur une grande partie de nos habitudes de pensées : « il ya une écologie des mauvaises idées, tout comme il y a une écologie des mauvaises herbes, le propre du système étant que l’erreur se propage d’elle-même. » Vers une écologie de l’esprit, tome2

http://www.dailymotion.com/video/x3kcoi Emergence et éco-auto-organisation chez Edgar Morin

Bateson retrace brièvement les étapes de la relation de l’homme à la nature jusqu’à l’arrivée du système des Dieux. C’est-à-dire le moment où s’opère la séparation de « l’esprit de la structure à laquelle il est immanent (relations humaines, sociétés humaines, écosystèmes) » Vers une écologie de l’esprit, tome2

« D’un point de vue anthropologique, [...] ils emble que l’homme ait d’abord tiré un certain nombre d’indication du monde du monde naturel qui l’entourait, et qu’il les ait appliqué d’une façon en quelque sorte métaphorique à la société où il vivait. Il s’est donc tout d’abord identifier par empathie avec le monde naturel autour de lui, et a pris cette empathie pour règle de sa propre organisation sociale et de ces théories sur sa propre psychologie. C’est ce processus que l’on a appelé « totémisme ». [...] Il est très vraisemblable que l’étape suivante ait consisté pour l’homme à inverser le processus précédent et à tirer des indications de lui-même pour les appliquer au monde naturel environnant. C’est ce que l’on a appelé l’animisme, qui étendait la notion d’esprit ou de personnalité aux montagnes, aux fleuves, aux forêts [...] la troisième étape a accompli la séparation de la notion d’esprit avec le monde naturel, ce qui conduisit directement à la notion de Dieux. » Vers une écologie de l’esprit, tome2

Nous sommes donc les produits comme les producteurs de cette erreur épistémologique qui « [...] l’erreur épistémologique ne fait pas problème, elle va bien jusqu’au moment où l’on s’aperçoit que l’on crée, autour de soi, un monde où cette erreur est devenue immanente à des changements monstrueux de cet univers que l’on a créé, et dans lequel on essaie maintenant de vivre. » Vers une écologie de l’esprit, tome2

La question est donc de savoir comment des malades dont la pollution mentale s’inscrirait jusque dans les plus petits détails ou racines de leurs comportements, comment ceux-ci peuvent-ils devenir, ou même vouloir devenir leur propre médecin. Sans doute qu’une première étape consisterait à ce reconnaître comme malade. Or aujourd’hui, c’est bien souvent l’autre qui est malade, quand ce n’est pas même la terre entière. Sur ce dernier point la question est bien de savoir si oui, et comment, nous nous situons dans cet ensemble terre.

Le concept de biodiversité, entendu comme le tissu ou maillage vivant de la planète, semble pouvoir décrire ce mouvement vers cette écologie de l’esprit de Bateson. Si ce tissu est malade, je ne peut être que malade. Alors nous reconnaissons que « le système écomental appelé lac Erié est une partie de votre sytème écomental plus vaste, et que, si ce lac devient malade, sa maladie sera inoculée au système plus vaste de votre pensée et de votre expérience » Vers une écologie de l’esprit, tome2 

Ce que dit peut-être autrement Edgar Morin à travers son concept d’auto-éco-organisation, concept selon lequel tout être vivant porte en lui la structure de son milieu. Le monde extérieur est à l’intérieur de nous dans un dialogue permanent, une pensée qui nous revoie également aux travaux d’Uexküll sur les mondes animaux, comme à l’hologrammie. Mais au delà des mots de chacun, le commun de ces approches réside dans la recherche d’une correction épistémologique face à la crise écologique, où comme le dirait Spinoza, une réforme de l’entendement à l’usage d’un savoir vivre.

La biodiversité, une notion certes floue mais dont l’emergence semble significative de la correction épistémologique qui s’affirme face à la crise écologique. Une interview du professeur Robert Barbault, directeur au MHN du département Ecologie et Gestion de la Biodiversité, tente quant à lui de différencier le concept biologique de diversité du vivant afin de mieux éclairer le concept éthique de biodiversité. Extraits :

« Il n’y a pas de crise écologique, ou de catastrophe écologique qui ne soit pas en même temps une catastrophe sociale et économique. Là aussi c’est une question de diversité et ce n’est pas un hasard si le mot biodiversité a un écho dans les populations même sans savoir de quoi il s’agit, et je pense que le mot important c’est diversité. Ce n’est pas quantité des espèces, c’est diversité, c’est singularité. Cela renvoie à l’inquiétude qu’on peut avoir avec la mondialisation, l’uniformisation des cultures. Je pense que c’est cette espèce d’écho dans l’inconscient des citoyens qui fait qu’avec le mot biodiversité, on pense à la diversité des fromages, à l’Europe qui va interdire tel fromage car il n’est pas produit selon les règles conformes, le modèle ou standard. »

« L’aboutissement de tout cela c’est que parler de biodiversité c’est parler de l’Homme, des sociétés humaines et de leur futur. Pas seulement parler de la nature comme si ça ne nous concernait pas. C’est pour cela que je fais la différence entre diversité du vivant et biodiversité, parce que ma pratique de la biodiversité et de ceux qui s’y intéressent m’a amené à voir tous ces aspects la. Cela déborde de la seule connaissance de la diversité de la nature. Cela nous renvoie à des questionnements sur notre propre espèce et son rôle dans le monde, ses origines, ses racines. »

http://www.dailymotion.com/video/x4vkhe Echos de la diversité de Canetti à la Biodiversité de Barbault

« [...] la aussi le mot clef c’est la diversité : il faut une diversité d’approches et de stratégies pour conserver la diversité du vivant et son potentiel d’évolution à long terme. Toute une série d’éléments sont possibles dans cette stratégie comme les parcs naturels régionaux, les parcs nationaux, la gestion de la diversité dans les villes, y compris les zoos qui peuvent être des lieux de restauration de certaines espèces avec des plans de réintroduction (qui supposent un investissement dans les pays d’origine avec des relations avec les sociétés). C’est extrêmement riche, et c’est très intéressant car cela renouvelle les relations que l’Homme peut avoir avec la nature, et à la faveur des relations entre l’Homme et la nature c’est la relation des hommes entre eux par rapport à la nature, c’est-à-dire des relations des différentes sociétés humaines par rapports à la nature. Moi c’est l’intérêt que j’ai trouvé aux discussions sur la biodiversité au sens Rio de Janeiro. Donc on sort de la biologie et on s’intéresse aux approches anthropologiques, économiques… »

La relation des hommes entre eux par rapport à la nature, cette phrase semble faire écho à une note précédente qui concernait l’apport de Spinoza pour  les sciences sociales, et plus particulièrement à l’Ethique en tant que méthode pour la réforme de l’entendement ou correction de l’erreur épistémologique.

Ethique IV, proposition XL: Tout ce qui tend à réunir les hommes en société, en d’autres termes, tout ce qui les fait vivre dans la concorde, est utile, et au contraire, tout ce qui introduit la discorde dans la cité est mauvais.Ethique IV, proposition LXXIII: L’homme qui se dirige d’après la raison est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune, que dans la solitude où il n’obéit qu’à lui-même 

L’Ethique de Spinoza en tant que chemin vers l’amour intellectuel de Dieu ou de la Nature (3ème genre de connaissance), c’est à dire l’amour de Dieu pour lui-même, c’est-à-dire de l’humanité pour elle-même.

Ethique V, proposition XXXVI: L’amour intellectuel de l’âme pour Dieu est l’amour même que Dieu éprouve pour soi, non pas en tant qu’infini, mais en tant que sa nature peut s’exprimer par l’essence de l’âme humaine considérée sous le caractère de l’éternité, en d’autres termes, l’amour intellectuel de l’âme pour Dieu est une partie de l’amour infini que Dieu a pour soi-même.

Un chemin individuel que les hommes entretiennent entre eux.

Ethique V, proposition XV: Celui qui comprend ses passions et soi-même clairement et distinctement aime Dieu, et il aime d’autant plus qu’il comprend ses passions et soi même d’une façon plus claire et plus distincte.

Ethique V, proposition XX: Cet amour de Dieu ne peut être souillé par aucun sentiment d’envie ni de jalousie, et il est entretenu en nous avec d’autant plus de force que nous nous représentons un plus grand nombre d’hommes comme unis avec Dieu de ce même lien d’amour.

http://www.dailymotion.com/video/x31hn7 L’Ethique selon Robert Misrahi

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La question de la biodiversité nous renvoie de facto sur la question des rapports entre les hommes et les animaux, notamment sur les travaux d’Élisabeth de Fontenay.

+ La « cause animale »: Élisabeth de Fontenay poursuit sa réflexion sur le statut des bêtes, si proches de nous et pourtant à nous si soumises. En philosophe engagée, elle se penche sur le statut des animaux, déconstruisant (…) Note de lecture par Eric Baratay, site de la vie des idées, l’ouvrage d’Élisabeth de Fontenay, Sans offenser le genre humain. Réflexions sur la cause animale, Paris, Albin Michel, 2008, 215 p.

+ Humanisme et barbarie: Répliques, émission du samedi 29 mars 2008 avec Elisabeth de Fontenay, Philosophe, professeur à l’université de Paris-Sorbonne I.

http://www.dailymotion.com/video/x3k70s Boris Cyrulnik, sur la double naissance de l’homme

Spinoza et les sciences sociales: capture et innovation

Spinoza et les sciences sociales: capture et innovation dans -> CAPTURE de CODES : sl

A l’occasion de ses commentaires - ENS Lettres et sciences humaines - livrés sur les différents textes de Spinoza, Pierre-François Moreau nous informe de la difficulté de convoquer Spinoza pour ce qui serait des questions afférant à l’écologie. Ah ? Pour ce faire PFM s’appuie, non sans raison, sur le scolie I de la proposition XXXVII de l’Ethique IV.

 » [...] La vertu véritable n’est autre chose, en effet, qu’une vie réglée par la raison ; et par conséquent l’impuissance consiste en ce seul point que l’homme se laisse gouverner par les objets du dehors et déterminer par eux à des actions qui sont en harmonie avec la constitution commune des choses extérieures, mais non avec sa propre nature, considérée en elle-même. Tels sont les principes que, dans le Schol. de la Propos 18, part. 4, j’avais promis d’expliquer. Ils font voir clairement que la loi qui défend de tuer les animaux est fondée bien plus sur une vaine superstition et une pitié de femme que sur la saine raison ; la raison nous enseigne, en effet, que la nécessité de chercher ce qui nous est utile nous lie aux autres hommes, mais nudle½·nt aux animaux ou aux choses d’une autre nature que la nôtre. Le droit qu’elles ont contre nous, nous l’avons contre elles. Ajoutez à cela que le droit de chacun se mesurant par sa vertu ou par sa puissance, le droit des hommes sur les animaux est bien supérieur à celui des animaux sur les hommes. Ce n’est pas que je refuse le sentiment aux bêtes. Ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas là de raison pour ne pas chercher ce qui nous est utile, et par conséquent pour ne pas en user avec les animaux comme il convient à nos intérêts, leur nature n’étant pas conforme à la nôtre, et leurs passions étant radicalement différentes de nos passions [...] » Traduction de SAISSET (1842)

La mise en garde de Pierre-François Moreau illustre de la grande difficulté d’extraire un scolie singulier de l’ordre des démonstrations géométriques, de cette modélisation générale de la production des affects que propose l’Ethique. User des animaux comme il convient à nos intérêts? Soit, mais de quels intérêts parle-t-on? La cheminement de l’Ethique consiste justement à prendre connaissance des processus qui forment et déterminent nos intérêts. Soit comment s’impriment les affects qui nous habitent et commandent à nos (ré)actions ? Plus qu’une conclusion locale, c’est bien l’ensemble du système relationnel de l’Ethique qu’il conviendrait d’inviter à la table de réflexions possiblement écologiques. Ces dernières, soit dit en passant, ne se limitent pas heureusement à la question de savoir si oui ou non et comment il faudrait manger les poissons. Une fois dit qu’il ne s’agit pas de sauver une herbe ou un poisson, mais bien d’assurer la possibilité de reproduction des rapports différentiels (composition chimique, gradients physiques) nécessaires à la reproduction de ceux-ci.

Convoquer Spinoza pour ce qui relèverait de l’écologie relève avant tout du désir d’interroger la place de l’homme, plus justement, dans la nature. Autrement dit, de le resituer dans l’ordre infini des causes et des effets qui le détermine en tant que partie de cette même nature. Vous parlez de nature, mais de quelle nature parlez-vous? La recherche spinoziste de la conduite du salut humain prend place dans une nature débarrassée de toute forme d’anthropomorphisme, comme de finalité. Soit une nature totalement indifférente à un homme dont l’existence lui est contingente, c’est à dire non nécessaire. Non empire dans un empire, l’homme est soumis aux règles du dehors. En ce sens, il lui est nécessaire d’agir avec la plus grande prudence dans un art de vivre qui consite pour lui à organiser ses rencontres avec les corps extérieurs, et notamment avec les puissances supérieures à la sienne.

« Il est impossible que l’homme ne soit pas une partie de la nature, et qu’il ne puisse souffrir d’autres changements que ceux qui se peuvent concevoir par sa seule nature et dont il est la cause adéquate. » Corollaire : Il suit de là que l’homme est nécessairement toujours soumis aux [affects] passions (sentiment), qu’il suit l’ordre commun de la nature et y obéit et s’y accommode, autant que la nature des choses l’exige. » Proposition IV et corollaire de l’Ethique IV, Spinoza. Traduction de SAISSET (1842)

http://www.dailymotion.com/video/x4mgiz

Spinoza une médication possible aux déficits de la pensée écologique en ce qui concerne sa composante qualitative ? C’est à dire de la production de récits exprimant l’histoire de nos rencontres avec le monde et non les propriétés de celui-ci, ce dernier point appartenant à la mesure quantitative. Donc oui, dans la mesure où la proposition écologique serait tentée par une anthropologie tant simpliste que négative. De l’analyse des lois de la Nature (de la substance, des attributs et des modes) à la production des affects humains, l’Ethique relève d’une anthropologie. Celle-ci se fonde sur le concept central de conatus, le désir en tant qu’essence de l’homme et entendu comme la tendance, l’effort en vue de persévérer dans son être. De quoi chaque corps, composition de parties aux rapports de vitesse et de lenteur singuliers, est capable dans telle ou telle rencontre en fonction de sa puissance, voilà qui déterminera de ses intérêts, de son utile propre.

Par ailleurs, la tentative écologique n’est-elle pas l’une des expressions du second genre de connaissance? C’est à dire de la connaissance des rapports entre les choses tels que formés par l’idée adéquate des lois de la production dans la nature (naturante).

spica dans Bateson

Des enfants dans le dos et des captures hors territoire…

L’appropriation, la traduction et/ou la transmission d’une oeuvre consiste certainement comme le disait Deleuze à lui faire des enfants dans le dos. Sans doute en donne-t-il lui-même le meilleur exemple lorsqu’il tire Spinoza du côté d’une éthologie des modes d’existences fortement inspirée des mondes animaux d’Uexküll. Mais si le dernier nommé partait très explicitement de Kant dans son analyse, et notamment de la Critique du jugement (le premier acte d’un jugement esthétique est la sélection d’un fait parmi une infinité de faits potentiel dans la nature), il n’en reste pas moins que son travail débouche in fine sur une analyses en terme d’affects, auto-organisation d’une mélodie qui se chante elle-même aux forts accents spinozistes.

Dit autrement, en version Bateson, l’Ethique de Spinoza appartient à une écologie des idées qui englobe bien plus que son auteur. La capture (composition/décomposition) est alors toujours partielle. On gravit l’Ethique par un versant, son utile propre seul pour ouvrir la voie. Tantôt proche et tantôt distant de la subjectivité de Spinoza, prudent polisseur de lentilles du XVIIème… Pour reprendre l’expression de Max Dorra, c’est aussi l’Ethique vue comme un manuel de judo, manuel à partir duquel chacun forme ses propres prises. Quelles questions dans votre sac à dos pour que vous veniez frapper à ma porte?

Alors L’Ethique comme manuel au service de la réforme de l’entendement qu’appelle la crise écologique, non une fin en soi à la lettre. Enfin, l’Ethique comme théorie de la connaissance, système d’intégration des information dans un monde des connaissances éclatées plus que de la connaissance. Surinformation, info-pollution… quelles connaissances perdons-nous dans des informations-images dissipatives, brutes ou inadéquatement imprimées sur fond de certitude? L’Ethique ou la transformation des connaissances en affects, s’approprier, incorporer l’information dans ses pratiques de vie.

http://www.dailymotion.com/video/x39g8t Henri Atlan, connaissance et affect chez Spinoza

Un bon exemple de capture, ou de clé de bras, au choix, nous est donné par l’ouvrage collectif Spinoza et les sciences sociales. L’émission la suite dans les idées du mardi 25 mars 2008 avec Frédéric Lordon et Yves Citton retraçait certaines des grandes lignes de ce travail. Spinoza et la crise financière actuelle? Des carrences de la modélisation financière aux passions des acteurs de marché qui oscillent de l’euphorie à la crainte, nous voilà poussé bien loin de l’univocité de l’objet économique homo œconomicus tel que sorti de sa fabrique d’épingle anglaise. Univocité tout à fait partagée par son jumeau homo pollus, objet écologique sorti tout droit d’une usine de pesticide indienne. « Par cela seul que nous nous représentons un objet qui nous est semblable comme affecté d’une certaine passion, bien que cet objet ne nous en ait jamais fait éprouver aucune autre, nous ressentons une passion semblable a la sienne. » Proposition XXVII, Ethique III.Traduction de SAISSET (1842)

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spino dans Deleuze

Sommaire de l’ouvrage:

- Y. Citton,  F. Lordon : Un devenir spinoziste des sciences sociales?
- Y. Citton : Esquisse d’une économie politique des affects
1.Entre l’économie psychique de Spinoza et l’inter-psychologie économique de Tarde
2.Les lois de l’imitation des affects
3.Téléologie régnante et politiques de modes
- F. Lordon, A. Orléan : Genèse de l’État et genèse de la monnaie : le modèle de la potentia multitudinis
- P. Zarifian : Puissance et communauté d’action (à partir de Spinoza)
- A. Pfauwadel, P. Sévérac : Connaissance du politique par les gouffres. Spinoza et Foucault
- C. Lazzeri : Reconnaissance spinoziste et sociologie critique. Spinoza et Bourdieu
- A. Negri : Spinoza : une sociologie des affects

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+ Article de Frédéric Lordon « Genèse de l’État et genèse de la monnaie : le modèle de la potentita multitudinis », en collaboration avec André ORLÉAN, à paraître in Y. Citton et F. Lordon (dir.), Spinoza et les sciences sociales. De l’économie des affects à la puissance de la multitude, Editions Amsterdam, 2008, Texte pdf

+ Paola De Cuzzani, une anthropologie de l’homme décentré [PDF]

+ Laurent Bove, De l’étude de l’État hébreu à la démocratie : La stratégie politique du conatus spinoziste [PDF]

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http://www.dailymotion.com/video/x1n730 Deleuze et la « chimie » de Spinoza

D’un agencement manioc/fourmis aux OGM mécaniques, en passant par l’eau…

D'un agencement manioc/fourmis aux OGM mécaniques, en passant par l'eau... dans -> ACTUS 1179502150

Petite compilation de ressources et rencontres diverses.

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Reproduction clonale (bouture) versus reproduction sexuée? Comment entretenir la diversité génétique chez les plantes afin de préserver leur « potentiel adaptatif » dans un environnement changeant? Entretient avec Doyle McKEY chercheur au centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) et récent lauréat du prix « Terra Ficaria » récompensant un travail de recherche portant sur une plante et sur ses effets positifs pour la société humaine. Autour du manioc s’établit tout un microcosme révélateur des interactions possibles entre plantes et animaux. Où comment des fourmis « semeuses » participent à la diversité génétique du manioc, contrebalançant ainsi les effets de la sélection humaine pour les cultures.

fm dans Biodiversité

Télécharger le podcast audio de l’émission (30.9 Mo) et visiter le site de Canal Académie.

Mes recherches [Doyle McKEY] portent sur les interactions entre plantes et animaux en milieux tropicaux, en particulier sur l’écologie évolutive des mutualismes de protection. J’étudie deux types de systèmes, qui diffèrent dans leur histoire naturelle mais qui se ressemblent à un degré frappant dans leur fonctionnement et dans leur dynamique évolutive : les mutualismes plantes-fourmis, dans lesquels les plantes offrent nourriture et sites de nidification contre la protection par les fourmis, et les mutualismes de domestication, dans lesquels les plantes offrent nourriture contre l’habitat et la protection fournis par les agriculteurs.

Mutualismes de protection plantes / fourmis. Dans le premier type de système, les myrmécophytes (« plantes à fourmis ») abritent des « fourmis à plantes » qui leur sont inféodées [...] Dans ces systèmes, les plantes qui investissent plus dans leur colonie de fourmis reçoivent plus de protection, et les fourmis qui protègent bien leurs hôtes reçoivent plus de nourriture et de sites de nidification. La coévolution a donc produit des symbioses très élaborées. Cependant, plante et fourmis se reproduisent et dispersent indépendamment, et la symbiose entre les deux est reconstruite chaque génération. La transmission de la symbiose est donc horizontale (à l’opposé de la transmission verticale, où les descendants héritent des symbiontes de leurs mères). Comme dans d’autres mutualismes à transmission horizontale, il existe le potentiel pour des conflits évolutifs entre les partenaires. Pour les fourmis, par exemple, l’investissement dans la protection (production d’ouvrières) puise dans le même pool limité de ressources que la reproduction (production de sexuées) [...]

Mutualismes de domestication plantes / hommes. Depuis Darwin, les plantes et les animaux domestiqués n’ont pas cessé de fournir un éclairage pour l’étude de l’évolution. J’analyse l’évolution des mutualismes de domestication dans le même cadre conceptuel coévolutif que j’applique aux systèmes plantes / fourmis : Les plantes qui apportent le plus de bénéfices aux agriculteurs, et les pratiques agricoles qui apportent le plus de bénéfices aux plantes, sont toutes les deux favorisées, conduisant à une coévolution entre gènes (de la plante) et culture (des agriculteurs), avec augmentation réciproque des bénéfices [...] La forte sélection exercée par l’homme conduit à une évolution rapide, ce qui fait que les plantes domestiquées sont des modèles pertinents pour l’étude de nombreuses questions générales en la biologie évolutive. J’utilise les plantes domestiquées comme systèmes modèles pour étudier l’évolution du sexe, en particulier chez les plantes propagées clonalement par les agriculteurs. Chez ces plantes, l’investissement dans la reproduction sexuée peut imposer un fort coût d’allocation, diminuant le rendement des tubercules ou d’autres organes récoltés. De plus, par propagation clonale, certains génotypes sont multipliés à très forte fréquence, conduisant à la limitation pollinique chez ces plantes majoritairement allogames et diminuant ainsi les bénéfices du sexe. La coévolution entre pratiques agricoles et système de reproduction de la plante peut conduire même à la perte de la sexualité, avec des conséquences durables pour la dynamique du système. Les particularités de ces systèmes en ce qui concerne les coûts et bénéfices du sexe en font un modèle précieux pour explorer l’évolution du sexe.

+ Coup d’oeil aux publications du CEFE 

+ A écouter en complément, Axel Kahn : Nature et humanité, qui contrôle qui ?

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jidjugregogm dans Entendu-lu-web

En complément du documentaire « le monde selon Monsanto » de Marie Monique Robin diffusé le 11 mars sur ARTE à 21h, l’émission du grain à moudre  du mardi 11 mars 2008 nous proposait l’interrogation suivante: Biotechnologie: les lobbies pèsent -ils sur les résultats de la recherche ? 

Autour de la table:
- Marie Monique Robin, journaliste réalisatrice du documentaire « Le monde selon Monsanto« .
- Pierre Henri Gouyon, ancien directeur du laboratoire UPS-CNRS-ENGREF d’Écologie, Systématique et Évolution et actuellement professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle.
- Christian Vélot, maître de conférence en génétique moléculaire à l’Université de Paris Sud.
- Michel Fok, agronome économiste Chercheur au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).

Au delà des arguments déjà standardisés et re(dé)battus par chacun, soulignons ici un point plus rarement avancé. Les OGM révèleraient d’une vision tout à fait mécanique du vivant. A rebour des notion de cadre et d’interaction qui président actuellement aux démarches de la gestion environnement à l’écologie, le gène est ici pensé comme comme une pièce isolée de tout contexte, comme autonome. Le petit texte suivant illustre cette option. 

 » Aujourd’hui, plus on en sait sur les gènes, plus la notion de gène devient flou (Le Guyader, 2003). En effet, le génome semble fait de conflits entre gènes, des gènes qui changent de place (les transposons). En clair, les sélectionneurs qui introduisent des gènes étrangers dans une cellule ne savent pas où et comment le gène se place et fonctionne. Depuis la compréhension du fonctionnement de l’opéron lactose (une boucle de régulation constituée de plusieurs gènes), on sait que l’environnement de la cellule est déterminant pour l’expression des gènes. Le gène ne peut donc pas être considéré comme un élément isolé de son contexte. Voilà pourquoi, le transgène pour qu’il s’exprime est isolé du génome par des séquences non codantes (des « isolateurs » selon Frey, 2001) pour le préserver de son environnement chromatinien. La chose est claire : la transgénèse ne fonctionne bien que si le transgène n’est pas intégré fonctionnellement au génome de l’organisme. On voit là le côté artificiel et l’aspect « bricolage » de cette technique. Les OGM semblent plus être un bluff technologique (Larrère, 2001) qu’une technologie précise et maîtrisée. »
D’après source: http://pagesperso-orange.fr/agribio/ogm2.html

+ La dissémination des OGM est -elle un véritable danger ? Du grain à moudre, émission du mercredi 16 avril 2008.

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use dans Monde végétal

La gestion de l’environnement réside pour beaucoup dans la résolution des conflits d’usages pour une même ressources. Conflits d’usages entre les différents groupes humains en concurrence (l’eau pour l’urbain, l’agriculteur, le touriste, l’industriel…), mais aussi entre les humains et l’environnement (l’eau pour la bonne santé des écosystèmes). Bien des interactions sont encore à découvrir en la matière, bien des mécanismes de gouvernance encore à inventer. Deux émissions de Planète Terre abordaient ainsi et plus où moins directement cette question à l’occasion du débat sur les muniscipales et les enjeux locaux.

* L’émission du mercredi 5 mars 2008:
Série Les enjeux géographiques de la politique locale, n°1 : le fer, la terre, l’eau et le proprio. L
a pollution et les stratégies d’appropriation foncières et des sols au cœur des transformations territoriales des petites villes et des cantons ruraux et industriels. Avec: Romain Garcier (géographe à l’Université de Sheffield) et Sylvie Duvillard (Maître de Conférence à l’Université Pierre Mendes France de Grenoble).

* L’émission du mercredi 12 mars 2008:
Série Les enjeux géographiques de la politique locale, n°2 : rivalités pour les ressources : l’eau et l’électricité. Contraintes environnementales et gouvernance des territoires avec Guillaume Bouvier (chercheur à l’Institut français de géopolitique, Université Paris VIII) et Eric Grujard (chercheur à l’Institut français de géopolitique).

+ Signalon en complément le site de la revue de géographie et géopolitique Hérodote, le numéro du troisième trimestre 2003 Pouvoirs locaux, l’eau, les territoires, la Présentation du numéro et notamment l‘article Les pouvoirs locaux, l’eau, les territoires par Béatrice Giblin.

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+ Comment gérer les ressources en eau de la France ? Science publique, émission du vendredi 21 mars 2008.
+ Faut-il abandonner les biocarburants ? Science publique, émission du vendredi 15 février 2008.
+ La géographie des fleuves aujourd’hui. Planète terre, émission du mercredi 9 janvier 2008.
+ Les réfugiés climatiques. Planète terre, émission du mercredi 23 janvier 2008.

Vacarme écologique

Vacarme écologique dans -> CAPTURE de CODES : 1179502150 

Petite compilation de liens pointant vers différents articles de la revue vacarme traitant des questions écologiques.

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* L’art et les fins de l’écologie, de la « Terre en danger » au droit à la survie par Yates McKee, Vacarme 34 hiver 2006

L’intervention artistique dans le champ écologique vise moins désormais à donner figure au globe, qu’à désorienter une référence devenue trop consensuelle à l’environnement. Face à des gouvernants tentés de jouer les droits de la terre contre ceux qui la peuplent, l’enjeu est d’inventer, au ras du sensible, une géo-politique.

* Petites natures – enquête, enquête réalisée par Rachel Easterman-Ulmann, avec Catherine Bonifassi, Frédérique Ildefonse et Jean-Philippe Renouard, Vacarme 14 hiver 2001

« Un scorpion veut traverser le fleuve. Mais il ne sait pas nager. Il avise un hippopotame et lui demande : – Puis-je monter sur ton dos pour traverser le fleuve ? L’hippopotame lui répond : – Tu me prends pour un imbécile ? Si je te prends sur mon dos pour traverser le fleuve, tu vas me piquer, et je mourrai. – Mais non, dit le scorpion, car si je te pique, je vais me noyer. – D’accord, dit l’hippopotame. Le scorpion grimpe sur son dos, et ils entament la traversée. Au milieu du fleuve, le scorpion pique l’hippopotame. – Qu’est-ce qui t’a pris ? dit l’hippopotame, en sombrant. Tu vas mourir aussi. – Je n’y peux rien, dit le scorpion. C’est ma nature. » Nous avons adressé quatre questions à différentes personnes qui, par leurs activités, sont confrontées d’une manière ou d’une autre à la nature. 1. À quelle nature avez-vous à faire ? 2. Vous apparaît-il qu’existe quelque chose comme un ordre naturel ? 3. Pouvez-vous donner des exemples, où l’utilisation de la nature comme argument vous a énervé(e) ? 4. Y a-t-il des choses (inventions, pratiques sociales, technologies, discours) qui, parce qu’elles bousculeraient la nature, vous effraient ? Voir aussi l’avant-propos de Frédérique Ildefonse du Vacarme 14 hiver 2001Contre l’argument de nature.

* Du sérail au parc zoologique, par Christine Desrousseaux, Vacarme 11 printemps 2000

Les premiers enclos où des bêtes vivaient en semi-liberté sous surveillance humaine furent construits en Perse antique et s’appelaient des paradeisos. Entre ces lieux édéniques et les zoos d’aujourd’hui, véritables arches de Noé, engagées dans la protection des espèces menacées d’extinction, l’histoire de l’enfermement des bêtes a suivi le cours d’orientations multiples, des ménageries royales aux jardins zoologiques modernes.

* Un sillage sans bateau, rencontre avec Elisabeth de Fontenay par Frédérique Ildefonse, Vacarme 11 printemps 2000

Dans son livre Le silence des bêtes, Élisabeth de Fontenay a parcouru toute l’histoire de la philosophie à partir de la question de l’animal. Elle dénonce la manière dont certaines organisations conceptuelles oppriment les animaux et occultent la question de l’animalité. Elle dénonce l’utilisation seulement stratégique qui a pu être faite de l’animal et fait la tentative d’un discours philosophique qui, sur ce sujet, évite d’être un « système métaphorique latent ».

http://www.dailymotion.com/video/x39569

* Une politique de l’hérésie, entretien avec Isabelle Stengers, entretien réalisé par Stany Grelet, Philippe Mangeot & Mathieu Potte-Bonneville, Vacarme 19 printemps 2002

Depuis la publication, en 1979, de La Nouvelle alliance, co-écrit avec le prix Nobel de chimie Ilya Prigogine, Isabelle Stengers n’a cessé de combattre toutes les formes de disqualification péremptoire – des sciences entre elles, de savoirs canoniques vis-à-vis des savoirs dominés, des experts vis-à-vis des citoyens, etc. Aussi a-t-elle lutté sur deux fronts : en rappelant aux savoirs dominants les conditions matérielles et historiques de production des vérités qui sont les leurs ; en donnant de l’écho aux savoirs dominés, qu’ils soient issus de cultures traditionnelles – les sorciers -, qu’ils aient été écartés au profit d’autres pratiques – l’hypnose -, ou qu’ils fassent l’objet d’une élaboration collective – les usages de drogues. L’effet de liste donne une idée à la fois de l’intérêt et de la perplexité que suscitent chez nous les textes d’Isabelle Stengers. Intérêt pour une éthique politique qui refuse toute espèce d’arrogance ; pour une attention aux savoirs minorisés et aux mécanismes d’empowerment par lesquels ils s’insurgent ; pour un engagement politique à la fois constant et mobile, auprès des junkiebonden néerlandais, du Collectif sans ticket de Bruxelles ou des militants anti-OGM. Mais perplexité face au sentiment que tous les objets en viennent à s’équivaloir, pourvu qu’ils sentent le soufre : le pragmatisme à la hollandaise et le culturalisme de Tobie Nathan, le néo-paganisme américain et l’écologie politique, la contestation de l’expertise médicale par des groupes de malades du sida en Europe et la contestation des thérapies occidentales par des religieux en Afrique.

* Ground zero, par Philippe Mangeot, Vacarme 34 hiver 2006

Dotée d’un budget modeste et œuvrant dans l’un des pays les plus pauvres du monde, le Timor-Leste, l’association Haburas peut néanmoins se targuer de deux formes de luxe : considérer que le dénuement de ses administrés ne dispense pas un État de se soucier d’écologie ; ne pas se priver, quand bien même elle critique les errements des autorités timoraises, de soutenir celles-ci contre les menées prédatrices des gouvernements voisins.

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* Voir également sur le site de la Revue le portiQue - numéro 20 2007, Gilles Deleuze et Félix Guattari : Territoires et devenirs - l’article de Benoît Goetz L’araignée, le lézard et la tique : Deleuze et Heidegger lecteurs de Uexküll

* Sur le site de la vie des idées, note de lecture - Bienvenue dans l’anthropocène – de l’ouvrage Comprendre le changement climatique, sous la direction de Jean-Louis Fellous et Catherine Gautier.

[...] les incertitudes sur l’ampleur et la dynamique du phénomène ne sauraient disqualifier les conclusions générales : la terre se réchauffe et l’activité de l’homme en est largement la cause. Ce constat conduit les auteurs à employer couramment le terme d’anthropocène, signifiant par là que nous serions entrés dans une nouvelle ère géologique, marquée par l’émergence de l’activité humaine comme élément déterminant de l’évolution du système terrestre.

* Sur le site de la vie des idées, note de lecture – Pour une histoire naturelle de l’homme – de l’ouvrage de Jean-Marie Schaeffer, La fin de l’exception humaine.

Selon J.-M. Schaeffer, l’affirmation selon laquelle l’homme est une exception parmi les vivants parce qu’il pense a conduit à une survalorisation des savoirs spéculatifs au détriment des savoirs empiriques. C’est à critiquer cette vision du monde, véritable obstacle au progrès scientifique, et à redonner toute sa légitimité au naturalisme que son ouvrage est consacré.

Viser une science encore manquante, urgent de prendre le temps ?

 Viser une science encore manquante, urgent de prendre le temps ? dans Charles Fourrier sanstitre380

« On se cogne à notre rationalité limitée face à la complexité du monde mais surtout au toujours difficile changement de paradigme et d’idéologie. Le risque est que cela nourrisse tous les obscurantismes, les convictions intimes, la simple intuition même ou le sentimentalisme alors que nous avons besoin d’une rationalité supérieure (plus prudente), de la construction d’une intelligence collective et d’une véritable démocratie cognitive, que nous devrions commencer à construire entre nous au moins… »  

Citation introductive de Jean Zin, très spinoziste en l’occasion. De manière complémentaire, peut-être pouvons nous illustrer ces « convictions intimes, la simple intuition même ou le sentimentalisme » à partir d’un commentaire de  Chantal Jaquet[1]à propos de l’Ethique de Spinoza. En substance, nous croyons que les choses sont bonnes ou mauvaises en elles-mêmes, or les concepts de bon et de mauvais que nous formons ne font que décrire les rapports entre les choses et nous. C’est-à-dire la manière dont elles nous affectent. Bon ou mauvais décrivent l’histoire de notre rencontre avec le monde, mais ne sont en aucun cas l’expression des propriétés de ce monde.

http://www.dailymotion.com/video/x4mgiz

Le monde n’est pas transparent, le savoir n’est pas donné. Ceci étant dit et répété tant il est curieux de constater notre manque du premier des principes de précaution : le savoir comme produit de son temps.

Notre urgence écologique de la mesure universelle fait l’économie de l’histoire… Pour nous, la terre va mal, les écosystèmes naturels vont mal. Pour être capable de dire ça, nous évaluons des signes, qualifions et interprétons un ensemble de perceptions et de mesures issues de  notre appareillage scientifique, lui-même producteur et produit de nos systèmes de valeurs. Si les signes de tension se multiplient, que dire de l’observateur objet d’étude délaissé en la matière ? Que dire de nous, hommes, de notre écologie mentale et de ses productions actuelles (concept, affect, percept and so on) ? Le savoir comme produit de son temps.

 « Voilà la loi que je propose: quiconque aura corrompu l’eau d’autrui, eau de source ou eau de pluie ramassée, en y jetant certaines drogues, ou l’aura détournée en creusant, ou enfin dérobée, le propriétaire portera sa plainte devant les astronomes et fera lui-même l’estimation du dommage. Et celui qui sera convaincu d’avoir corrompu l’eau, outre la réparation du dommage, sera tenu de nettoyer la source ou le réservoir conformément aux règles prescrites par les interprètes, suivant l’exigence des cas ou des personnes. » Platon, Les lois, livre VII 400 a. JC

400 a. JC, au moins dira-t-on du principe pollueur/payeur. Aujourd’hui nous réinventons bien des roues sans racine ni aile, nous produisons beaucoup de neuf prêt-à-penser en déshabillant nos anciens. Un nouveau plan Marshall est à l’étude, son projet, circonscrire les fils de l’ordre du nouveau propre sur projet unique: réparer les erreurs de leurs sales et vieux de pères. Heureusement pour les familles, c’est l’image désarticulée d’un Descartes de supermarché (le concepteur de tous les murs de l’histoire) qui récoltera colères et crachats de tous. 

De la pomme au CO2, il n’y a pas à dire, Adam a fait un sacré chemin ! De prescriptions en presciptions les idées tournent et reviennent sur elles-mêmes. Le retour du même oublié, mais interrogé autrement. Ce qui dit en passant ne préfigure en rien de la qualité, comme de la nouveauté des interrogations en question. Sauf bien entendu à croire en une certaine linéarité du progrès, tout en la dénonçant par ailleurs.

Deux articles rencontrés sur le web viennent faire quelques échos. Chacun à leur manière illustrent de la nécessité fondamentale qu’aurait tout savoir dans l’enfance à se penser contre lui-même, contre ses tentations isolationnistes. Ne pas se figer dans des objets d’étude préconstitués en prétextant de l’urgence, préserver la complexité en pariant sur la lucidité de son auditoire. Pour l’écologie, cela passe notamment par un dialogue constant avec l’ensemble des sciences sociales en tant qu’ouverture préservée sur le dehors, en tant que non exclusion de la question de l’homme. Appel que nous avions tenté de formuler dans une note précédente.

Le premier article de Martine Tabeaud concerne la construction de l’objet d’étude qu’est le climat. Comment et pourquoi la question climatique revient-elle ? Faute d’histoire ou d’archéologie, nous nous accordons pour disserter des conséquences du dérèglement d’un objet sans même interroger ce dont quoi nous parlons. Ainsi, tout ne peut-être que nouveau!

« La decouverte (recente) du fait que la Terre est finie montre que la croissance illimitee de la consommation de ressources non renouvelables est strictement impossible. » Une autre croissance, Les Echos, 04/01/07, par Alain Grandjean, Patrick Criqui et Jean-Marc Jancovici.

Ne reprenant ici que l’introduction et la conclusion de l’article d’utilité publique de Martine Tabeaud, son intégralité est disponible à cette adresse.

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« Concordance des temps », de Le Verrier à Al Gore par Martine Tabeaud, EspacesTemps.net, Actuel, 18.02.2008

Introduction

 » Le climat redevient un objet géopolitique avec le « réchauffement planétaire » : de nombreux articles ou ouvrages postérieurs aux années 1980 l’attestent. L’étonnant, dans cette manière de voir est cependant qu’elle n’est guère nouvelle. D’un siècle à l’autre, tout a été expliqué par le climat : la diversité des hommes, celle des paysages, des civilisations, la marche de l’histoire depuis les migrations jusqu’aux révoltes, etc. Un lien fort existe, dans de nombreuses sociétés, entre ceux qui « comprenaient le climat » et ceux qui possédaient le pouvoir. En témoignent les religions où les dieux, situés dans le ciel, parlent aux hommes par les désordres du climat (mythe du déluge, foudre) et où des sorciers, prêtres, sauveurs intercèdent pour les humains auprès des divinités célestes. Toutes les civilisations ont eu leur grande inondation et attendent leurs cavaliers de l’Apocalypse. Ces croyances sont plus proches de nous qu’on ne l’imagine puisque par exemple une loi anglaise de 1677 condamnait encore au bûcher les météorologues, taxés de sorcellerie. Le passage à l’an 2000 a même réveillé des peurs, des menaces terrestres et célestes que l’on pensait oubliées.

Ce recours aux dieux du ciel, aux astres lointains s’enracine dans l’imaginaire. Or, à la différence du temps qui est perçu, le climat est une abstraction. En conséquence, le regard porté par une société sur son (le) climat s’inscrit dans une vision d’ensemble de valeurs collectives. Il est envisagé comme stable ou comme changeant selon que prévaut l’idée que l’on se fait du mouvement, de la dynamique. Quant à la place de l’homme face au climat, elle se veut soit celle du spectateur, et donc de la victime, soit celle de l’acteur pour le meilleur (réduire les émissions de gaz à effet de serre) et pour le pire (perturber gravement le système planétaire).

Afin de mieux comprendre l’approche actuelle du climat « planétaire », en « changement », il convient de faire un peu d’histoire, de revenir sur la période de la Révolution industrielle. Pourquoi ? Parce que, selon une certaine vision du réchauffement climatique, l’usine, la locomotive et le bateau à vapeur seraient la cause du réchauffement contemporain, puisque la hausse thermique mondiale débute vers 1850 et qu’elle est attribuée à la combustion des énergies fossiles qui dégagent un résidu : le CO2. Or, c’est à la même époque, au milieu du 19e siècle qu’est mis en place le réseau météorologique. Il fournit les seules données mesurées utilisées pour l’étude du climat, puisque antérieurement elles sont reconstituées.

Cette période de Révolution, en Europe, dans un contexte d’industrialisation et donc d’urbanisation des territoires, s’accompagne, chez les élites, d’une idée de la science positive, du progrès continu, de la croissance recherchée, de l’entreprise conquérante. Ce modèle a fortement influencé la conception du temps météorologique et du climat, d’autant qu’à partir des Lumières, la sensibilité à la Nature change, cette dernière devenant largement idéalisée [...]  »

Conclusion

Les racines de la conception actuelle du climat « global » et de son changement sont en germe dans la météorologie naissante lors de la Révolution industrielle en Europe. Les méthodes choisies alors ont imposé une hiérarchie des disciplines scientifiques, une spécialisation croissante du savoir. Elles ont opéré le glissement du réel vers le virtuel, des échelles fines vers la planète, de la science en train de se faire vers une communication reposant sur une modélisation simpliste.

Après les Trente glorieuses, et surtout depuis les années 1980, l’écho du discours sur le changement climatique tend à une remise en cause des idéaux du 19e siècle en ne considérant plus que leurs revers : le « tout croissance », la démocratie sans participation, les progrès seulement technologiques. Le climat, tout comme l’environnement en général, est devenu un point d’ancrage de nouvelles valeurs supposées universelles, le catalyseur d’un espoir de nouvelle civilisation plus juste et plus responsable, une nouvelle utopie en quelque sorte, où le discours scientifique prend parfois des accents évangéliques.

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Fidèle à notre ligne de vide qui consiste à faciliter toujours un peu plus de perte de  mémoire afin de mieux réinventer des roues prêt-à-penser-sympa-people sur le dos des anciens, un regard sur le travaux de Charles Fourrier (1772-1837).

Outre la formidable clairvoyance du personnage, ce dernier illustre également bien des méfaits possibles nés de la professionnalisation : l’isolation de son objet d’étude accompagnée d’un retrait sur son sillon de professionnel qui ne mène plus qu’à guérir que ce que l’on produit, à ne rechercher dans le réel que ce qu’on y a déjà mis. Un processus qui aboutit au final, comme le disait Guattari, à une: « standardisation de la communication et de la subjectivité »

Une standardisation sans doute indispensable si l’on s’en tient à l’idée d’un village planétaire dans le modèle. Quand bien même il resterait envisageable que tout cela ne durcisse pas trop vite. Rien de bien neuf ici et là, si ce n’est l’accélération de la colle.

« Un plan Marshall ecologique peut etre un projet mobilisateur pour tous les jeunes, y compris ceux que nous ne savons pas aujourd’hui accueillir correctement dans la société. » Une autre croissance, Les Echos, 04/01/07, par Alain Grandjean, Patrick Criqui et Jean-Marc Jancovici.

Au moment ou nous souhaitons produire en masse ces nouveaux ouvriers de l’environnement, une relecture de Fourier semble profondément d’actualité. « Une nouvelle utopie en quelque sorte » nous disait Martine Tabeaud en conclusion de son article sur le climat, précision de Sherer à propos de Fourier: « il ne s’agit pas d’opposer ici l’utopie à la science. Fourier vise une science encore manquante ».

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Article de Louis Ucciani sur l’ouvrage de René SCHERER consacré à Charles Fourier

Référence : “SCHERER René : L’Ecosophie de Charles Fourier (2001) ”, Cahiers Charles Fourier, n° 12, décembre 2001, pp. 114-117, disponible en ligne : http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=205.

 » […] le texte de Fourier ici présenté autour de ce qu’on nommerait aujourd’hui l’écologie, et que Schérer nomme Écosophie […] retrouve ce que Guattari a pu exprimer dans Les trois écologies (1989).

« Fourier a pensé, a écrit dans le champ, sur le plan d’immanence d’une écosophie avant la lettre. Écosophie parce qu’aucun autre mot ne peut lui convenir, et surtout pas celui qui le réduirait à n’être que le préfigurateur d’un socialisme dit scientifique. Non, il ne s’agit pas d’opposer ici l’utopie à la science. Fourier vise une science encore manquante. », p. 19.

D’autre part le mouvement arômal adjoint par Fourier aux Quatre mouvements (physique, instinctif, organique et social), aurait de fortes similitudes avec l’entreprise deleuzo-guattarienne.

« Il est aisé alors de reconnaître, avec l’arômal, la présence des flux, des machines, des devenirs moléculaires de Deleuze et Guattari, au plan desquels tout se passe réellement. L’univers réel de Fourier, la matérialité des mouvements qui sont aussi mouvements spirituels réside dans ce fluide invisible des arômes. C’est donc dans le cadre du moléculaire que l’unité des trois écologies – dans lesquelles il sera possible de replacer les mouvements de Fourier – trouve sa force et sa légitimation. Et l’écosophie se justifie philosophiquement dans son concept, de ce qu’elle ne laisse pas subsister à part un dehors qui se réduirait à l’extériorité du monde physique et un dedans identifié à l’intériorité d’un moi pensant. Entre les deux il y a communication et passage. » p. 20.

Schérer prolonge sa lecture comparative et voit par exemple, la Cosmogonie de Fourier à l’œuvre implicitement dans les textes de Deleuze et Guattari : « Il n’est besoin que de mettre en regard avec Fourier certaines pages de Chaosmose, ou celles, écrites dans un horizon écosophique de Qu’est-ce que la philosophie ?, animées d’une même intention cosmique, du débordement de la simple philosophie de l’objet et du sujet dans une vision qui embrasse le flux universel de la vie, la multiplication des flux d’une vie organique et inorganique à la fois. » p. 21.

Sans doute faut-il voir dans ces rapprochements plus la force visionnaire de Fourier qui anticipe les avancées philosophiques qu’une influence proprement dite. Subsiste que la notion d’écosophie introduite ici par Schérer, affirme sa double filiation, Fourier et Guattari […]

[…] On pourra dire que c’est un grand mérite et d’un grand intérêt que d’avoir exhumé ces deux textes. Ils mettent le doigt sur l’étonnante modernité de Fourier et le replacent au cœur des problèmes contemporains. Certes le constat opéré par Fourier peut dater et semble en totale opposition avec celui que nous ferions aujourd’hui. Alors que l’effet de serre induit un réchauffement de notre planète, Fourier articule tout son développement sur une voie autre, il constate un refroidissement de la planète. Cependant, loin d’invalider son propos, cela lui fait retrouver les bases de l’écologie contemporaine dont il est sans doute le précurseur. Si l’on évacuera ici les données relatives à la sexualité des planètes et à la névrose qui affecterait la nôtre (« Il est évident que la planète est tourmentée du besoin de copuler et de procréer, on s’en aperçoit à la fréquence des aurores boréales qui sont une pollution de l’Astre, un indice irrécusable du besoin qu’il éprouve. Ces privations forcées ne peuvent manquer d’affecter gravement sa santé qui périclité d’une manière alarmante surtout depuis un siècle. », p. 34), et tout ce qui a trait à un anthropomorphisme du monde planétaire (« la planète se trouve en analogie parfaite avec le corps humain, excepté que son sang, nommé fluide magnétique, ne circule pas en canaux fermés comme les veines et les artères… », p. 41), notons cependant que, comme c’est toujours le cas chez Fourier, à travers la fantaisie pointe quelque chose d’autre. Schérer remarque qu’« en leur temps, les théories cosmologiques de Fourier étaient moins faites pour étonner qu’au nôtre. » (p. 6) Il développe les liens possibles : « S’il ne connaissait sans doute pas Franz von Baader et son système mystique inspiré de Jakob Boehme, il lui arrive de mentionner Schelling. Par lui, il se rattache à la tradition d’un animisme universel, tel qu’on pouvait l’interpréter déjà à travers la Monadologie de Leibniz et, en deçà, Plotin, voire les pré-socratiques. » (p. 6)

La thèse principale énonce que les « désordres climatériques sont un vice inhérent à la culture civilisée ; elle bouleverse tout par le défaut de proportions et de méthodes générales, par la lutte de l’intérêt individuel avec l’intérêt collectif » (p. 67). C’est entre plusieurs exemples de dérèglements et il faut bien l’admettre, entre plusieurs dérives cosmologiques, que l’on voit pointer une critique du travail humain responsable des ruptures aromatiques : « Ne voyons-nous pas le travail de l’homme opérer des modifications climatériques vraiment énormes ? » (p. 33), ou encore, plus loin, ceci : « L’agriculture civilisée et barbare, dont on nous vante les prodiges individuels, a la ridicule propriété de dégradation collective ; elle détruit son propre sol au lieu de l’améliorer» (p. 67). D’où pour Fourier « l’urgence de sortir promptement de l’état civilisé, barbare, sauvage, et de remédier aux souffrances matérielles de la planète par là même qui mettra un terme aux misères humaines. » (p. 32).

Tout est bien de nature médicale ou, en tout cas, tout peut se ramener à cela. Fourier engagé à guérir le monde exerce sa critique à l’art de guérir. Ici encore, dans De la médecine naturelle ou attrayante composée, ses qualités de compréhension visionnaires sont à l’œuvre. Il repère le paradoxe de la médecine qui ne soignerait que ce qu’elle produit et engage une critique tout à fait actuelle […]

Nous retiendrons ici deux moments de la critique. Tout d’abord, la remise en question de la structure hôpital. Ce que Foucault saura montrer, Fourier l’énonce : « Les établissement médicaux dont s’honore la Civilisation sont la première chose qu’il faut supprimer en médecine passionnelle. Il n’y aura pas d’hôpitaux en Harmonie. » (p. 135) La remise en question de l’hôpital, ouvre à une autre compréhension, celle de la maladie mentale. Alors qu’on enferme encore qui souffre « psychiquement », Fourier note combien « La médecine civilisée ne fait rien et ne peut rien pour l’âme, loin de là elle ajoute souvent le mal moral au mal physique. » (p. 135) Il dégage, anticipant Foucault, une double critique, celle du traitement de la maladie mentale et celle de l’hospitalisme. La maladie mentale est le produit d’un dérèglement des passions, situation des plus banales en Civilisation. Fourier anticipant sur les statistiques contemporaines, note que : « la démence est une maladie fort étendue. Le nombre des fous, bien plus grand qu’on ne pense, comprend à peu près 2/3 des civilisés. » (p. 134) Le traitement ne peut venir que d’une sortie hors la civilisation. Tout au mieux en celle-ci, un peu de bon sens suffirait : « Souvent l’emploi des fruits, des confitures, du vin, du café et autres substances agréables, serait plus efficace, que les drogues répugnantes dont on assassine le malade. » (Ibid.) ; notons que ce que dit ici Fourier est d’une étrange actualité. Et finalement c’est bien hors la médecine qu’il faut envisager le problème : « Au fait, si les maladies mentales proviennent de dérangements dans l’équilibre des passions, c’est par les contrepoids de passions qu’il faut les traiter, et ce n’est point l’affaire de la médecine, ou bien ce sera l’ouvrage d’une espèce de médecine qui n’est pas encore née et dont quelques hommes de l’art ont pressenti le besoin. » (Ibid.) On peut voir ici l’anticipation de ce que Freud introduira, mais aussi malheureusement le constat de ce qui a toujours cours. L’autre médecine, celle qu’on goûterait en Harmonie est bien d’un autre registre et se combine à l’usage gastrosophique : « Il existe donc une médecine attrayante ou naturelle, qui se compose d’aliments agréables, et dont les médecins civilisés n’ont pas la moindre notion. » (p. 153) [...] « 

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+ Un ensemble de textes de Fourrier disponibles en ligne 

+ Un ensemble de textes de Guattari disponibles en ligne 

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[1] Spinoza, par-delà bien et mal, communication radiophonique à France Culture en collaboration avec Pierre-François Moreau à France dans l’émission « Commentaire » de Raphaël Enthoven, le 9 janvier 2004.

La forêt française se métamorphose sous l’effet du changement climatique

La forêt française se métamorphose sous l'effet du changement climatique dans Entendu-lu-web image0043 

Article [anoté et illustré] d’après le Monde du 13/02/08, Laurence Caramel, forêt de Caillebert (Sarthe, 72) 

Gilles Cardot ne regardera plus jamais pousser ses arbres comme avant. Avant, c’était quand ce forestier, responsable de 25 000 hectares dans l’ouest de la France, croyait avoir l’éternite devant lui. Tout a changé en 2003. « Au lendemain de la canicule, nous avons décidé que, malgré toutes les incertitudes, il etait plus raisonnable de croire au changement climatique et de commencer à agir« , explique son directeur, Laurent Piermont. Les deux hommes travaillent pour la Societe forestière, qui gère en France 250 000 hectares de forêts privées pour le compte de grandes institutions bancaires ou de sociétés d’assurances.

[ Ajoutons également le rôle des tempêtes de l’hiver 1999 dans cette prise de conscience par étape : « [...] De mémoire d’homme, les deux tempêtes qui ont traversé la France au cours de l’hiver 1999 constituent la plus forte perturbation naturelle ayant jamais frappé les forêts françaises. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 500 000 hectares touchés, 350 millions d’arbres abattus, 140 millions de m3 de bois à terre, plus de 4 milliards d’euros de perte… Mais, plus encore que leur ampleur, les tempêtes ont surtout servi de catalyseur à un vaste débat sur les différents rôles écologique, économique, mais aussi social qu’il faut désormais assigner à la forêt. Jean-Marc Brézard, chargé de mission pour l’environnement à l’Office national des forêts (ONF), le reconnaît : « Les tempêtes ont rendu la société plus attentive à la pression qui s’exerce sur les milieux naturels. » ]

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Par ce matin gelé de janvier, ils ont chaussé leurs bottes pour passer en revue la forêt de Caillebert, dans la Sarthe. Cette forêt de 250 hectares est devenue un laboratoire de l’adaptation aux effets du réchauffement. A cause de la pauvreté de ses sols sableux, des essences réputées résistantes y ont été introduites depuis longtemps. Le plan de gestion, qui constitue la mémoire du travail accompli, en témoigne. Celui de Caillebert offre une rare diversité entre les futaies de chênes, de chataigniers, de pins, de peupliers… « Ici, nous ne replanterons pas de pins maritimes, nous allons faire un essai avec un robinier sélectionné en Hongrie pour sa resistance a la secheresse« , explique M. Cardot devant une friche fraichement coupée de 7 hectares. Le choix de ce cultivar hongrois ne tient pas au hasard : la plaine du Danube connait aujourd’hui les étés caniculaires que la France pourrait subir dans quelques décennies. L’évolution des forêts australiennes, soumises depuis plusieurs années à des épisodes de sécheresse exceptionnelle, est également observée avec attention.

Le changement climatique agit de facon paradoxale sur les arbres. D’un côté, la teneur plus élevée de CO2 dans l’atmosphere stimule leur croissance, de l’autre, le manque d’eau lié aux fortes chaleurs estivales met en péril leur survie. Pour anticiper les effets du rechauffement, les forestiers s’appuient sur les scenarios du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), complètes par les travaux menés plus localement par Meteo France ou l’Institut national de recherche agronomique (Inra).

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Selon leurs prévisions, l’avenir des arbres francais se jouera apres 2050, quand la fréquence des canicules augmentera. « Plus que la multiplication des tempetes ou l’apparition de gelees precoces, la repetition des canicules represente la vraie menace pour la foret« , souligne M. Piermont. Pour anticiper ce bouleversement, la Societe forestiere a divisé ses arbres en deux categories. D’un cote, ceux dont l’esperance de vie ne va pas plus loin que le milieu du siècle. Pour eux, l’intervention se limite a alleger la densité des plantations, pour s’adapter aux moindres réserves des sols en eau, et a programmer des coupes plus précoces. Les pins laricio, par exemple, ne seront plus recoltés a soixante-dix ans mais à cinquante. De l’autre, tous les arbres qui devront encaisser de plein fouet les coups de chaud estivaux annonces apres 2050. « La, nous entrons dans une zone d’incertitudes« , reconnait le directeur de la Societe forestiere.

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Certaines essences sont d’ores et deja placées sur la liste des espèces menacées, comme l’epicea commun, le sapin de Vancouver, le hêtre ou le chêne pédonculé. « Nos chenes végètent« , confirme Gilles Cardot en montrant des spécimens aux troncs anormalement étroits pour leur âge. Certains n’ont pas resisté aux secheresses de la fin des annees 1980 puis de 2003 et offrent le spectacle de longs futs décharnés. Ils seront peu a peu remplacés par des chataigniers ou des robiniers, deux essences que la Societe forestière a retenues dans sa liste des variétés de transition, capables de survivre dans les conditions climatiques prévues apres 2050. Ces espèces, parmi lesquelles se trouvent aussi le tilleul, le cèdre, le pin laricio ou le chêne sessile, seront progressivement confortées ou introduites à Caillebert et ailleurs en France.

La diversification des essences offre pour l’instant la seule parade au changement climatique. Mais les forestiers avancent sur ce terrain avec modestie, car ils ne sont certains que d’une chose : « La nature ne repond jamais comme les hommes pourraient s’y attendre. »

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