• Accueil
  • > Archives pour octobre 2007

Archive mensuelle de octobre 2007

Page 2 sur 3

Grenelle à sec

Grenelle à sec dans -> ACTUS image001

Comment accorder du crédit au Grenelle de l’environnement actuel sachant qu’aucun des groupes de travail constitués n’abordent directement la question de l’eau ? 

Transverse, cette question cruciale est, nous dit-on, diluée au cœur de l’ensemble des débats…Là il faut rire, diluer est bien le mot et la méthode. Diluer nos pollutions dans l’eau comme l’eau dans nos (d)ébats. Pourtant l’IFEN, service statistique du MEDD qui ne pourra être suspecté d’une quelconque accointance avec les milieux associatifs, précisait les points suivants dans son rapport sur l’état de l’environnement en France, 2006, chapitre eau. Extraits sans commentaire. Silence, on coule… heureusement que la facture remonte pour faire contrepoids…

image002 dans Ressource en eau

IFEN : Le modèle occidental de gestion de l’eau a été conçu au siècle dernier, sans contraintes de durabilité. Il est à présent contesté : « Il n’est pas adapté au niveau de développement et il n’est pas la panacée ».

Les réflexions et les recherches se basent sur un constat de dilution des pollutions et de gâchis des ressources de très bonne qualité. Ce constat, décliné pour la France, est le suivant : 90 % de la pollution domestique en demande biochimique en oxygène (DBO5), demande chimique en oxygène (DCO) et azote, et 50 % de la pollution en phosphore proviennent uniquement des urines et excréments, eux-mêmes concentrés dans seulement 1 % du volume des effluents.

L’essentiel de la contamination en germes pathogènes provient uniquement des excréments dont le volume ne représente que 0,1 % de celui des effluents. Seuls 3 % des 55 m3 d’eau potable consommés chaque année par un Français sont destinés à un usage alimentaire ou apparenté : boisson, lavage et cuisson des aliments. Les 97 % restant servent à d’autres usages qui n’ont pas la même exigence de qualité de l’eau : lavages corporels, lavages des sols, de la vaisselle, du linge et de la voiture, arrosage du jardin, remplissage de la piscine, etc.

Plusieurs pistes techniques émergent. Pour l’assainissement, il s’agirait de ne plus mélanger les urines et excréments avec les eaux de lavage ou « eaux grises », essentiellement chargées en tensioactifs et phosphates. Les lisiers humains pourraient être récupérés par une filière séparée (toilettes sèches par exemple) et traités par compostage de façon à produire des boues organiques valorisables sans risque a par la filière agricole, car non mélangées avec les autres effluents responsables des apports en contaminants toxiques.

Les eaux grises nécessitent des traitements épuratoires moins coûteux que les effluents domestiques actuels et sont en grande partie recyclables après ces traitements. Pour l’eau potable, il s’agirait de ne prélever que les 3 % nécessaires du volume actuel dans les réserves d’eau souterraine de très bonne qualité.

image003

Les 97 % restants peuvent se contenter de la ressource superficielle de qualité moindre. La réduction de l’exploitation des eaux souterraines pour l’usage eau potable permettrait de préserver ces ressources faiblement renouvelables pour les générations futures. Elle permettrait aussi à ce compartiment de jouer son rôle de maintien des ressources en eaux superficielles, en particulier des débits d’étiages. Par des pratiques agricoles et des cultures adaptées, les sols végétalisés pourraient alors retrouver leur rôle de régulation des régimes hydrologiques et hydrogéologiques, et de prévention des pollutions des eaux superficielles et souterraines.

image004

Les systèmes d’assainissement actuels pourraient être utilisés pour la collecte et le traitement des eaux grises nettement moins impactantes en cas de fuites. Les réseaux d’eau potable actuels pourraient être utilisés pour distribuer une eau répondant aux normes de potabilité pour la microbiologie, mais à des normes beaucoup moins contraignantes pour d’autres polluants comme par exemple les nitrates ou les pesticides. Cette eau proviendrait du recyclage des eaux grises complété par des prélèvements dans des cours d’eau ou des nappes superficielles de moindre qualité. L’eau potable proviendrait des nappes profondes de très bonne qualité et serait distribuée en contenants recyclables. Les hôpitaux, industries agroalimentaires et autres établissements qui ont des besoins en eau potable particuliers peuvent abaisser la teneur de l’eau en certains paramètres en installant des postes de traitement complémentaires.

Voir en ligne : Les synthèses IFEN édition 2006 : Etat de L’environnement en France, chapitre eau.
Eau, les 10 indicateurs clés
Les publications de l’IFEN sur le thème de l’eau

Image de prévisualisation YouTube

Fragments : Alfred North Whitehead

AN Whitehead   [...] Sans entrer dans aucun détail à propos du système de Whitehead, précisons simplement qu’il met à jour la solidarité entre une philosophie de la relation – aucun élément de la nature n’est élément permanent de relations changeantes, chacun tire son identité de ses relations avec les autres – et une philosophie du devenir innovant – chaque existant unifie dans le processus de sa genèse la multiplicité qui constitue le monde, et ajoute à cette multiplicité un ensemble supplémentaire de relations. A la naissance de chaque entité nouvelle, « le multiple devient un et s’accroît d’un » [...]
Ilya Prigogine, Isabelle Stengers,
la nouvelle alliance, 2ème Ed Gallimard


Extrait audio d’après : Une vie, une oeuvre - France Culture  : Alfred North Whitehead, intervention de Didier Debaise.

Dans la cosmologie de Whitehead, de la nouveauté pertinente se produit quand des chose qui semblent devoir s’opposer deviennent contrastes, c’est à dire des choses qui peuvent coexister et s’entre-affirmer, sans se confondre. «  Pour qu’une interaction soit réelle, il faut, à la fois que la « nature » des choses en relation soit un produit de ces relations, et que les relations de leur côté soient des produits de la « nature » des choses [...] « . Autrement dit, percevoir à la fois l’arbre et la forêt, sans que l’un ne masque l’autre. L’arbre est une configuration d’interactions, dynamiques et singulières, appropriée aux conditions de vie de la forêt, elle-même association d’arbres dont les interactions produisent leurs propres niches écologiques (la forêt).

http://www.dailymotion.com/video5i6jAFZkepElHhkGK

Extrait audio d’après : Une vie, une oeuvre - France Culture  : Alfred North Whitehead (1861 – 1947), intervention de Didier Debaise, auteur de un Empirisme spéculatif: lecture de Procès et Réalité de Whitehead, éd. Vrin.

Compléments :
voir l’article « Whitehead » par Isabelle Stengers, site de la revue Chimères, les séminaires de Félix Guattari;
voir l’article « Qu’est-ce qu’une pensée relationnelle ? » par  Didier Debaise, site de la revue Multitude;
voir l’article, « L’événement selon Whitehead« , Didier Debaise, blog Jean-Clet Martin;

voir l’article  »De Einstein à Whitehead : une philosophie de l’événement« , par Guillaume Durand;
voir l’article, « Voguer avec Whitehead sous les latitudes de Joseph Conrad« , Jean-Clet Martin;
voir l’article, « Retour sur l’énigme des dernières pages de Process and Reality de Whitehead« , Isabelle Stengers.

Fragments : Alfred North Whitehead  dans Didier Debaise 264483

Le sourire du chat ne peut être localisé en aucun point de l’espace. Nous saisissons par là que, n’étant en aucun point de l’espace, il est en même temps en tous les points et que, par-delà l’espace représenté, il y a l’espace qualitatif, qui est l’espace affectif et n’est nullement réductible aux représentations que nous pouvons en avoir.

http://www.dailymotion.com/video1aO7fyTCzJnpl8CSa

Fragments d’un écosystème monde financier

     Il y a un point commun méthodologique entre la potabilisation de l’eau et la régulation financière internationale : la dilution. Des polluants d’un côté, des risques de l’autre. Pour faire de l’eau potable à partir d’une eau polluée, il suffit d’y injecter de l’eau propre pour diluer les pollutions. Pour maintenir l’équilibre précaire d’un système financier international fondé sur le crédit à tout va, il suffit d’y injecter des liquidités. Occasion pour nous d’écouter quelques bribes et mots-clés du langage de l’économiste.

http://www.dailymotion.com/video7u4LrLo7sbRXYmkYu

http://www.dailymotion.com/video7Mib8em7AGrHF7aIC

Fragments d’un langage de l’eau (partie1)

 « Les verres d’eau ont les mêmes passions que les océans » Victor Hugo

Fragments d'un langage de l’eau (partie1) dans -> NOTIONS D'ECOLOGIE image00113

Illustration © Caderic 2007

     L’eau est une chose banale du fait de l’ignorance que nous acceptons à son égard et qui fait que nous n’avons d’elle qu’une très faible conscience de nos consommations réelles. Notre hypothèse de travail est que l’eau est un « personnage » (« l’eau que vous buvez a été pissée six fois par un diplodocus. » Paul-Emile Victor), un acteur social, avec lequel nous sommes ou entrons en conflit. Or comme tout personnage, celui-ci possède son lange propre : « l’eau parle sans cesse et jamais ne se répète » Octavio Paz. Alors au moment de négocier une possible sortie ou évitement de crise, il conviendrait peut-être d’explorer certaines des bases de celui-ci.

Quoi de plus banal que l’eau !

Ma table de travail, banal agencement d’un bloc de papier et d’une tasse de café, représente à elle seule l’équivalent des 140 litres d’eau qui ont été nécessaires à la production d’une tasse à café de 125 ml, ainsi que les 1000 litres d’eau englobés dans le processus de fabrication de mon bloc papier de 100 feuillets A4 (80 g/m2). On pourrait de demander ce que représente les 150 litres quotidiens que nous puisons au robinet quand on sait que 2400 litres sont nécessaires à la production d’un hamburger de 150 gramme. La masse d’eau « domestique » ne représente ainsi qu’environ 0,05% de nos besoins quotidiens.

image0027 dans Ressource en eau

La grande quantité d’eau sur terre est une anomalie si on la compare aux les autres planètes telluriques du système solaire, notamment au regard de sa proximité d’avec le soleil. En imaginant que la surface du globe soit uniformément recouverte d’un océan unique, celui-ci aurait comme épaisseur moyenne environ 3 km (20cm pour Mars).

La question de l’eau est donc globalement un problème de coût d’accès à une ressource inégalement répartie : sécheresses localisés dans les déserts froids ou chauds, inondations dans les zones de crue.

  • Coût d’accès économique (transport, dessalement, traitement)

  • Coût d’accès politique (gouvernance et partage des usages)

L’hypothèse d’un conflit ?

image0035

     « Imaginons un monde où nous serions en conflit avec l’eau », finallement come avec n’importe quel acteur social dont nous ne comprendrions pas bien le langage et donc les revendications. Autrement dit, évaluer les qualités d’une histoire, d’une relation qui serait celle d’une conquête d’un élément qui dégénérerait en conflit à mesure de l’accroissement d’un certain type de pouvoir sur lui. L’histoire d’un dialogue perturbé, alors même que nous somme composé d’environ 65% de ce liquide[3], que nous explorons l’infiniment grand ou petit.

Prenons le temps d’explorer les divers fragments qui ont constitué au cours de l’histoire ce que l’on pourrait appeler un langage de l’eau tel que traduit par l’homme (de la physico-chimie à écologie) au cours du temps. La partie de sa « musicalité » qui nous est intelligible, sous la forme d’une photographie des connaissances sur l’eau 2006. Car les scientifique vous le diront, à chaque fois qu’ils solutionnent une problématique liée à l’eau, de nouvelles contradictions apparaissent dans les observations. Comme si elle ne se laissait pas faire. Entre anomalies et contradictions, nous n’avons pas de « théorie » de l’eau mais des paramètres à ajuster, à orienter au cas par cas. En d’autres termes, nous n’arrivons pas à reproduire les propriétés découvertes dans les observations. Ce que reprenant Octavio Paz on pourrait traduire sous une forme littéraire par : « l’eau parle sans cesse et jamais ne se répète. »

L’eau un élément baroque !

Des origines au maintien de l’eau sur la terre…

     C’est une banalité de dire qu’il n’existe pas d’unanimité au sein de la communauté scientifique au sujet des origines de l’eau sur la terre. La version suivante semble être la plus communément acceptée. D’origine extra-terrestre l’eau aurait été amenée par les nombreux impacts de météorites et de comètes impactant la terre au cours de sa formation. Comète en Sibérie 1908, Syrie en 4000 av JC et théorie micro-comètes (bombardement quotidien  5-10 par jour, diamètre environ 6m, soit 3000 m3/an).

Par suite cette eau aurait été libérée dans l’atmosphère sous forme de vapeur par les dégazages volcaniques. Avec le refroidissement progressif de la terre, cette eau se serait condensée sous forme liquide de manière à former les océans. Nos corps seraient donc, selon cette théorie, extra-terrestre à 70%. Mais finalement le plus curieux ne serait-il pas de savoir pourquoi et comment l’eau a-t-elle pu demeurer (et de manière accessible !) sur notre planète.

Il est tout à fait étrange de constater que si tout le monde accepte l’idée que la pomme tombe vers le sol, personne ne se questionne sur le fait que l’eau ne s’enfonce pas pour disparaître sous terre. Si l’eau des océans ne s’infiltre pas dans les profondeurs, c’est parce que la chaleur interne de la Terre la repousse à la surface du sol et si l’eau ne s’échappe pas dans l’espace car retenue par l’atmosphère. On estime néanmoins que depuis la création de la terre la perte d’eau dans l’espace serait d’environ 3m.

La persistance de chaque élément est donc fragile, comme l’illustre le cas de Venus, ce sont les rencontres qui sont déterminantes. L’eau initiale de Vénus est probablement restée sous forme de vapeur (forte température du fait de la proximité du soleil), contrairement à celle de la Terre qui a très rapidement été condensée en eau liquide. L’hypothèse est la suivante la : vapeur d’eau initiale, en grande quantité dans l’atmosphère, a probablement été intégralement photolysée par les U.V. solaires, ce qui n’a pas pu se produire sur Terre à cause de l’état liquide de l’eau. L’eau est donc devenue H2 et O2. Le dihydrogène, molécule légère, a quitté la planète et  O2 a été complètement absorbée en oxydant le fer présent dans le sol de Venus. C’est donc parce qu’elle a pu prendre la forme liquide l’eau a pu rester sur terre!

De la structure baroque de la molécule d’eau à l’apparition de la vie…

     L‘eau, si on la compare à d’autres corps de composition analogue, l’eau possède des caractéristiques anormales, sans lesquels la vie n’aurait pu se développer sur terre.  

image0045

Une molécule d’eau (H2oO) se compose d’un atome d’oxygène (0) relié à deux atomes d’hydrogène (H) par des liaisons de covalence[4]. Bien qu’électriquement neutre, chaque molécule d’eau est polarisée du fait de son asymétrie. La densité d’électrons étant plus grande près du noyau d’oxygène que près des noyaux d’hydrogène.  Le premier est chargé négativement (δ-) tandis que les deux derniers sont chargés positivement (δ+). Les forces électrostatiques qui en résultent sont responsables des propriétés physico-chimiques de l’eau, voir tableau ci-dessous.

image00110

La forme d’une goutte d’eau

     Une goutte d’eau est formée de milliards de molécules d’eau. Elles sont reliées les unes aux autres par leurs pôles : chaque atome d’hydrogène (δ+) de l’une se place près de l’atome d’oxygène (δ-) d’une autre (attraction électrostatique).

Si les atomes d’un milieu se regroupent c’est pour former la configuration d’énergie la plus basse. Un atome à la surface (frontière) est moitié en contact avec l’air ou un solide, moitié dans l’eau, il a donc une « énergie » plus élevée (excitation) que ses pairs situés au cœur d’un même milieu ; c’est l’énergie d’interface.

Si l’on étire l’interface en la déformant, le nombre d’atomes se trouvant à l’interface augmente, donc l’énergie d’interface augmente. Si l’énergie d’interface entre un solide et un liquide est forte, alors le liquide ne s’étale pas et reste sous forme de gouttelette afin de garder une configuration d’énergie la plus basse possible. Ce qui revient à minimiser la surface de contact, la forme correspondant à la plus petite surface possible étant la sphère ceci explique la forme des gouttes d’eau soit diminuer la surface de contact entre les deux milieux et donc l’énergie.

Si maintenant on « casse » la gouttelette en deux, on va créer de la surface, deux sphères de volume V/2 ont une aire plus grande qu’une seule sphère de volume V. Donc si les deux gouttelettes se rencontrent, elles vont avoir tendance à se fusionner pour minimiser la tension superficielle.

Ainsi une goutte, quand elle n’est soumise qu’à la tension superficielle, dans un nuage par exemple, prendra une forme sphérique – et tout écart à cette forme traduira l’existence d’autres forces.

Suite…


[1] Source d’après UNESCO-HE[2] Un individu consomme globalement 1100m3 d’eau par an, soit environ 3000 litres par jour.[3] La quantité moyenne d’eau contenue dans un organisme adulte est de 65 %, ce qui correspond à environ 45 litres d’eau pour une personne de 70 kilogrammes.[4] Une liaison covalente est une liaison chimique dans laquelle chacun des atomes liés met en commun un ou plusieurs électrons, il n’y a pas de « vol » d’électrons d’un atome vers l’autre. La liaison covalente tend généralement à être plus forte que d’autres types de liaison.

Des visages, des figures : les « écosystèmes » lynchiens

Passer d’un plan, d’une frontière à une autre, intégrer différents niveaux, faire se renconter des contraires, imposer de nouvelles règles, faire circuler…comment tout ça tient-il ensemble ? 

Image de prévisualisation YouTube

     Des visages, des figures. Jusqu’à présent nos petites espèces immatérielles vivent et cohabitent sur différents territoires de la pensée. Territoires « qui chante quoi appartient à quoi » dans lesquels elles sont soumises à des rapports de forces. Zoom dans l’herbe, et observons maintenant quelques unes des « espèces emblématiques ».

Pour Deleuze, « constituer un territoire, c’est un peu la naissance de l’art… ». Lorsqu’un animal définit son territoire, il réalise une série de marquages qui sont des postures, des lignes, des couleurs, des chants…Commençons donc par nous interresser à la niche écologique d’un sujet comme David Lynch.

De la niche au monde…

Des visages, des figures : les ACTUS image001" />

Représentation, cadre et contexte

Un metteur en scène est capable de créer des mondes et les transmettre. Autrement dit, il donne accès à de nouvelles rencontres sous forme d’idées et d’affects en manipulant différents agencements conducteurs, différent dispositifs faits de sons, mouvements, lumières, couleurs…Mais pour ce faire, encore lui faut-il construire le terrain de jeu qui rendra ses nouvelles «règles» acceptables.

Alors construire un terrain de jeu, ou un monde, c’est d’abord isoler des caractères perceptifs parmi une nature « fourmillante ». Séparer et trier entre ce qui est « important » et ce qui ne l’est pas. Déformer pour reformer. Comme le dit von Uexküll, « chaque espèce vit dans un monde unique, qui est ce qui lui apparaît  déterminé par son organisation propre […] rien que quelques signes comme des étoiles dans une nuit noire immense ».

Sur ce terrain de jeu, vont alors pouvoir prendre place des personnages adaptés. Gilles Deleuze : « Un lointain successeur de Spinoza [Uexküll] dira : voyez la tique, admirez cette bête, elle se définit par trois affects, c’est tout ce dont elle est capable en fonction des rapports dont elle est composée, un monde tripolaire et c’est tout! La lumière l’affecte, et elle se hisse jusqu’à la pointe d’une branche. L’odeur d’un mammifère l’affecte, et elle se laisse tomber sur lui. Les poils la gênent, et elle cherche une place dépourvue de poils pour s’enfoncer sous la peau et boire le sang chaud. Aveugle et sourde, la tique n’a que trois affects dans la forêt immense, et le reste du temps peut dormir des années en attendant la rencontre. […] »

Sécurité de l’action dans un terrain de jeu, il s’agit donc pour tout sujet « réalisateur » de composer un monde optimal - le réseau de relations qui porte une existence - au sein de l’environnement pessimal qu’est l’infinité indiscernable de la nature. Gilles Deleuze: « C’est pourquoi Uexküll s’est principalement intéressé à des animaux simples qui ne sont pas dans notre monde, ni dans un autre, mais avec un monde associé qu’ils ont su tailler, découper, recoudre : l’araignée et sa toile, le pou et le crâne, la tique et un coin de peau de mammifère. »

…du monde à l’écosystème

http://www.dailymotion.com/video3lgPmrH3feaWUm90y

     Un réalisateur produit donc un monde, délimite l’espace de jeu dans lequel il va pouvoir transmettre idées et affects propres. Un monde qui chez Lynch est fait d’extractions lumineuses (telle couleur et pas une autre parmi les milliers de gammes possibles), de déformations des proportions des corps et d’attractions étranges (modification et pivotage des angles, multiplication des points de vue sur le même…)

Mais un monde n’est pas un écosystème. Dans ce dernier, à partir d’un élément du monde, le spectateur est capable de reconstruire une vision de l’ensemble. Or il semble que le monde de Lynch puisse répondre à cette définition de l’écosystème à travers certaines des répétitions qui (co)existent d’une œuvre à l’autre : redondances, modèles et structures caractéristiques de systèmes complexes.

Alors ici on ne va pas se demander comment tout ça se produit dans la tête du réalisateur (point de vue psychanalytique[1]), mais on va plutôt tenter d’évoquer rapidement quelques pistes ou sensations très fragmentaires autour d’un comment tout ça fonctionne ensemble (point de vue écologique).

image002 dans Art et ecologie

Diffusion, contamination et dissipation

     Premièrement, l’écosystème lynchien est marqué par l’instabilité. Le réseau des relations est non linéaire (espaces, temps). Chaotique dans la mesure où ce qui se passe en un point du système a toujours des répercutions imprévisibles sur l’ensemble.

Il a toujours contamination (la tristesse dans la scène du bar de Twin Peaks faisant suite au meurtre de Maddy), il y a toujours cohabitation (le « je suis chez vous en ce moment même » de Lost Highway), et donc coévolution entre les différents niveaux ou profondeurs d’un réel multiple fait de couches rêves/réalités sans véritables contours. Ni dedans, ni dehors dans le temps ou l’espace. Des mondes oui, mais associés et imbriqués.

Ce qui se répète d’un plan à l’autre, ce sont des formes non identitaires, des objets/personnages. Ce qui diffère, ce sont des flux et des décalages. Des décalages de vitesse et de lenteur, des décalages par rapport à un manque (bras, œil, sourcil, taille) autour d’un axe (attraction étrange) normalité/banalité.

http://www.dailymotion.com/video4zhaAA3JXYUhLm68Q

Tout cela est possible du fait que nous sommes dans un univers de flux où toute image/forme n’est donc qu’un instantané, un enregistrement (« all is recorded ») à déplier/répliquer.

image003 dans David Lynch

« All is recorded »

Qu’ils soient sonores (irriguant des routes, des couloirs ou des câbles électriques) ou lumineux (éclair, stroboscope, sol en Z reflètant), ces flux traversent, bombardent, chargent et déchargent les diverses formes réceptacles que sont les objets/personnages récurrents.

image004 dans Des figures, des visages.

Flux et support conducteur

Ces objets/personnages fonctionnent donc à l’image de conduites de stockages temporaires, récurrentes, et non caractérisées par une frontière humain/non humains.  C’est la traversée d’un ou plusieurs flux qui en définit la forme, donc le sens, en modifiant les couleurs, la texture (déclinaison des rideaux rouges), en génèrant des échos (écrans, réfractions) sonores…

image005 dans Ecosystemique

L’objet/personnage du rideau rouge se reterritorialise ici en peinture rouge. Changement de texture mais signifié (contexte) stable

Absence d’intériorité et discrimination par des flux extérieurs entrant et sortant, ces éléments sont donc interchangeables dans différentes chaînes de signification ou séquences redondantes.

image006

Absence d’intériorité du personnage et identité donnée par le contexte (le rapport des flux extérieurs qui l’irriguent)

Leur sens varie en fonction des bombardements du dehors, du contexte et des contours musicaux qui permettent de multiplier les points de vue sur le même. En conséquence, les objets/personnages sont indépendants les uns des autres que ce soit dans la succession des plans ou dans leurs associations, déconstructions et reconstructions (de la cabane en flammes aux personnages qui parlent…à l’envers puis à l’endroit).

image007

Systèmes d’alerte, instabilité, connexion et diffusion.

L’écosystème lynchien est également hiérarchisé. Une hiérarchie qui n’est pas de type humain/non humain. Les objets/personnages sont différemment capables de circuler entre les divers mondes apparents ou contextes. Les devenir dans le passage des différentes « espèces » ne sont pas les mêmes. Celui du personnage à la tête encastrée dans la table en verre dans Lost Highway, ceux des corps réceptacles poreux (Leland Palmer, Fred Madison) à remplir. Si les objets sont interchangeables et superposables, la composante personnage est néanmoins marquée par le passage : la couleur des cheveux, le visage ou le physique entier est modifié.

http://www.dailymotion.com/video5WAK6JWxXSXFXm6SL

Dans le cadre lynchien, toute superposition (image/son) est possible du fait des différences de profondeur et de fréquence qui coexistent dans un même champ (hologrammes visuels, échos sonores). Le mouvement est donc un mouvement de diffusion, d’aborption, de dissipation, de capillarité des fluides : lumière, échos sonores, fumée.

Le passage entre les différents niveaux de profondeur est toujours marqué par un son, un flux de lumière, une ampoule qui cherche à s’éteindre ou à s’allumer, un chant ou une danse. A l’image des bioindicateurs, il existe une grille de lecture, des systèmes d’alerte qui marquent le temps des processus de connexion et de passage.

« Il flotte toujours une musique dans l’air » Red dwarf, Twin Peaks

image008

La grille de lecture classique du monde associé de Twin Peaks. L’effet stroboscopique de la lumière est également inscrit sur la surface du sol (éclairs)

 « Tout organisme est une mélodie qui se chante elle-même » von Uexküll

Territoire sonores et lumineux aux portes d’entrée multiples, comment tout cela tient ensemble ? L’écosystème lynchien est capable de résilience, c’est-à-dire d’absorber beaucoup de variations, de bruits, d’éléments contraires. Les limites des espaces ne sont pas spatiales mais musicales. Le liant sonore admet la cohabitation des contraires, rend flou toute frontière du dedans et du dehors. En jouant sur les fréquences (profondeurs superposables), il permet également de déformer l’espace (gros plan, contre plongée) pour l’occuper différemment.

image009

Différence dans la répétition : ici peu de code « rouge », seulement localisé au niveau des lèvres et souligné par l’absence des sourcils, mais inversion du marqueur musical. Cette fois l’arrivée de l’objet/personnage (le passage) est marquée par la coupure (l’absorption) du son.

Le cadre spatial est quant à lui fragmenté, le plan des décors coupé. Si les mouvements de caméras définissant des coutours sont souvent flous et partiels, c’est une cohérence d’ensemble qui permet au spectateur/visiteur de reconstruire les manques à partir de la reconnaissance sensible d’un marqueur temporel. Temps non linéaire, mais temps d’un processus. Ici n’est donc plus ici, et bien que les formes soient les mêmes, jai été affecté par le dispositif marquant le processus du changement. Je comprends que le contexte du jeu n’est plus le même, et j’admet que les règles changent.

http://www.dailymotion.com/video65xaXMFdynph4m7M3


[1] Lynch et Lacan :

Image de prévisualisation YouTube

Max Dorra : « Quelle petite phrase bouleversante au coeur d’un être ? : Proust, Freud, Spinoza »

Max Dorra : ACTUS 3163dnqxf0laa240" />Présentation de l’éditeur

 » Rien n’est plus étonnant qu’un changement d’humeur. Rien de plus important. !Même si cela peu sembler excessif, je le maintiens. Je roulais un jour de tristes pensées, avant perdu toute confiance en moi, en mes capacités intellectuelles, éperdument vit quête d’un remède à mon anxiété. J’avais frappé à toutes les portes et la seule par où je pouvais entrer, que j’aurais cherchée en vain pendant cent ans, je m’y heurtais sans le savoir et comme par miracle elle s’ouvrit. Hors. d’un coup, revint mon appétit de vivre, s’évanouirent mes doutes sur moi-même, mon inquiétude quant à l’avenir. Tout était de nouveau possible. Ces mots ont été utilisés par Proust, Freud. Spinoza pour décrire ce qui avait été la plus grande surprise de leur vie, la plus exaltante. Sans doute l’événement fondateur de leur œuvre. La sortie d’un montage qui les incarcérait. Dans A la recherche du temps perdu, L’Interprétation des rêves, l’Ethique, ils ont inscrit la trace de cet instant décisif. Cet instant de joie, de liberté qu’ils ont tenté d’analyser pour être capables de le revivre. D’en retrouver la musique. Une fugue. Des résistants évadés, c’est ce qu’il leur avait fallu être. Pour retrouver leur parole, pouvoir inventer leur vie. Marcel, Sigmund, Baruch ont dû détonner, refuser de chanter dans le chœurs des mondains du Faubourg Saint-Germain, des médecins de Vienne, des rabbins d’Amsterdam. Comme certains aphasiques qui ne reconquièrent la capacité de manier les mots qu’en les liant à une mélodie nouvelle. Et la musique, ici, n’est pas qu’une métaphore. Proust, Freud, Spinoza, la musique, le cerveau. Cette énumération apparemment hétéroclite a pourtant un sens. C’est le sens du livre. »

http://www.dailymotion.com/video7cUgkU9jBnXwimiHh

Des figures, des visages : l’air de l’étonnement

       Où en sommes-nous dans nos mises en scène ? Nos petites espèces immatérielles vivent et cohabitent sur différents “territoires” de la pensée, territoires « qui chante quoi appartient à quoi » dans lesquels elles sont soumises à des rapports de forces. Après le vent de la bêtise, le feu de la technique, voici l’air frais de l’étonnement. Cette force qui nous pousse à l’attention, le rappel qu’on ne sait jamais à l’avance ce que peut… Petite visite guidée par le trio Gorz/Deleuze/Spinoza

http://www.dailymotion.com/video67qIRJhTfrLZGlXks

***

 « Nul ne sait ce que peut un environnement »

Extrait de l’article d’EMMANUEL VIDECOQ – D’une pensée des limites à une pensée de la relation - Revue Multitudes n°24

     Contrairement à ce que laisse penser le « principe responsabilité » d’Hans Jonas, les humains n’ont pas l’exclusivité de l’action ; physiquement, biologiquement, socialement et politiquement, les non-humains sont également actifs, « actants » dit Bruno Latour ; l’environnement est un réceptacle, il a sa virulence propre qui n’est pas que déterministe. Ce qui compte ce sont les agencements, l’intrication des processus. Il faut tout considérer sur le même plan. « Comment tous ces morceaux jouent et vivent ensemble »19 ; la nature a une réalité processuelle, celle d’un multiple enchevêtré qui produit des possibles mais aussi des inquiétudes renchérit Isabelle Stengers.

Il y a deux dimensions principales dans les relations écologiques celles prises en compte par les écologistes qui vont des humains aux non-humains et qui ont pour médiation productive la science, celles qui vont du non-humain à l’humain et qui expliquent comme le dit Isabelle Stengers que nous sommes le produit de notre environnement qu’il soit naturel ou artificiel, (mais là n’est pas l’important), des bactéries qui nous ont précédées, mais qui dans d’autres circonstances auraient pu produire tout autre chose. « Nul ne sait quelles associations définissent l’humanité » déclare Bruno Latour de son coté [...]

De cette hypothèse matérialiste sur l’humain, on peut rapprocher celle qu’entend explorer Félix Guattari pour lequel « un renouveau de l’âme, des valeurs humaines [pourrait] être attendu d’une nouvelle alliance avec les machines. »20 « Le mouvement du processus, précise t-il dans Chaosmose, s’efforcera de réconcilier les valeurs et les machines. Les valeurs sont immanentes aux machines. »21

Inspiré par Gregory Bateson pour lequel « Le monde des idées ne se limite pas à l’homme, mais bien à tous ces vivants, à toutes ces machines, composées d’éléments pouvant traiter de l’information, que ce soit une forêt, un être humain ou une pieuvre », Félix Guattari ne pose pas de frontières stables entre les sujets et les objets, entre l’humain et le non-humain. Au contraire il se propose « d’opérer un décentrement de la question du sujet sur celle de la subjectivité. Le sujet traditionnellement a été conçu comme essence ultime de l’individuation (…), comme foyer de la sensibilité (…) unificateur des états de conscience ; Avec la subjectivité on mettra plutôt l’accent sur l’instance fondatrice de l’intentionnalité. Il s’agit de prendre le rapport entre le sujet et l’objet par le milieu. »22 Il qualifie donc de machiniques les processus de subjectivation non-humains.

Une machine fonctionne tout simplement, elle est une processualité, pas des moyens pour une fin, « Elle est travaillée en permanence par toutes les forces créatrices des sciences, des arts, des innovations sociales qui s’enchevêtrent et constituent une mécanosphère enveloppant notre biosphère. »23

« L’individu, le social, le machinique, écrit-il dans son dernier article, se chevauchent ; le juridique, l’éthique, l’esthétique et le politique également. Une grande dérive des finalités est en train de s’opérer : les valeurs de resingularisation de l’existence, de responsabilité écologique, de créativité machinique, sont appelées à s’instaurer comme foyer d’une nouvelle polarité progressiste au lieu et place de l’ancienne dichotomie droite/gauche.»24

19 Isabelle Stengers, « Entretien avec Bernard Mantelli », in Chimères n°41.
20 Félix Guattari, « Pour une refondation des pratiques sociales », in Le Monde Diplomatique, octobre 1992.
21 Félix Guattari, Chaosmose, p. 82.
22 Félix Guattari, ibid., p. 40.
23 Félix Guattari, « Pour une refondation des pratiques sociales », op. cit.
24 Ibid.

***

Image de prévisualisation YouTube