Des figures, des visages : le vent de la bêtise

     Dans une note précédante, nous nous étions demandés : qui chante quoi appartient à quoi ? Nous avions alors imaginé ce pourrait être les différentes “espèces” qui peupleraient une sphère de la pensée. Ce que je suis capable de dire révèle un mode d’existence. Ce que je suis capable de dire, je le peux en fonction des idées adéquates ou inadéquates que j’ai, et dont découle les affects qui me sont accessibles nous dit Deleuze en commentant Spinoza. Alors à chacun sa chanson, son éthologie propre, sa manière de coloniser, piller ou composer son territoire. 

Suivant cette ligne, nous avions donc tenté quelques portraits sonores comme autant de clichés, à tous les sens du terme, de notre époque. Il est évident qu’il ne s’agit nullement d’une forme de jugement de valeur, sans quoi nous trahirions la ligne qui nous inspire. Car sous quel fondement ? Et puis la vie se juge déjà elle-même. 

Donc pour continuer avec notre analogie, si ridicule soit-elle, nous dirons maintenant que ces territoires  »immatériels » dans lesquels nous vivons sont soumis à des forces. Ce quelque chose dans l’univers qui nous force justement à penser, à bouger ou à nous aplatir. Le phénomène conscient, nous dit Nietzsche, n’apparait d’habitude chez l’homme qu’en tant que symptôme de la rencontre d’une partie avec un ensemble ou puissance supérieure. Elle témoigne ainsi de la formation d’un corps, ou rapport de forces, supérieur :  »La conscience n’apparit d’habitude que lorsqu’un tout veut se subordonner à un tout supérieur [...] La conscience naît par rapport à un être dont nous pourrions être fonction. » La volonté de puissance, II, 227.

Extraits de Pourparlers, Gilles Deleuze : « […] C’est que les forces de l’homme ne suffisent pas à elles seules à constituer une forme dominante où l’homme peut se loger. II faut que les forces de l’homme (avoir un entendement, une volonté, une imagination, etc.) se combinent avec d’autres forces […] La forme qui en découlera ne sera donc pas nécessairement une forme humaine, ce pourra être une forme animale dont l’homme sera seulement un avatar, une forme divine dont il sera le reflet, la forme d’un Dieu unique dont l’homme ne sera que la limitation (ainsi, au XVIIe siècle, l’entendement humain comme limitation d’un entendement infini) […] C’est dire qu’une forme-Homme n’apparaît que dans des conditions très spéciales et précaires : c’est ce que Foucault analyse, dans Les mots et les choses, comme l’aventure du XIXe siècle, en fonction des nouvelles forces avec lesquelles celles de l’homme se combinent alors. Or tout le monde dit qu’aujourd’hui l’homme entre en rapport avec d’autres forces encore (le cosmos dans l’espace, les particules dans la matière, le silicium dans la machine…) : une nouvelle forme en naît, qui n’est déjà plus celle de l’homme […] »

Finallement, on ne sait jamais à l’avance comment on va devenir ceci ou apprendre cela. Construire un territoire ou s’implanter sur un existant dépend donc aussi de ces forces avec lesquelles on se combine.  Parmi ces « forces » ou « puissances » qui nous bousculent, glissons dès à présent une oreille sur le vent de la bêtise. Allons vite construire des moulins ! 

http://www.dailymotion.com/video/2ffSr31evcnUakAeo

Source illustration sonore :  David Rabouin, chercheur en Philosophie au CNRS et Chargé de cours à l’ENS, d’après extraits des nouveaux chemins de la connaissance - Trajectoires de la bêtise (3/5) - France Culture.

1 Réponse à “Des figures, des visages : le vent de la bêtise”


  • Merci pour ces bons moments sur votre blog. Je suis souvent au poste pour regarder (encore et toujours) ces merveilleux articles que vous partagé. Vraiment très intéressant. Bonne continuation à vous !

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