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Archive mensuelle de septembre 2007

La danse des abeilles est-elle un langage ?

http://www.dailymotion.com/video/k5sBsDE6t7TPGdqsuz

Cette petite note est une combinaison et synthèse des articles suivants :
http://ecrits-vains.com/doxa/doucet1.htm
http://www.philocours.com/cours/cours-langageanimal.htm
http://philonnet.free.fr/reference.htm

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     Les recherches de Karl von Frisch (éthologue autrichien et professeur de zoologie à l’Université de Munich) nous ont fait connaître les processus de communication existant chez les abeilles. Son mode opératoire fut le suivant : observer à travers une ruche transparente le comportement de l’abeille qui rentre après une découverte de nourriture. Ses conclusions : les abeilles possèdent bien un système de communication visuel permettant des actions concertées.

Les abeilles d’une ruche exécutent deux types de danse pour communiquer les informations relatives à la présence, la distance et la direction d’une aire de butinage :

  • La danse circulaire: l’abeille décrit des cercles horizontaux successivement de droite à gauche puis de gauche à droite. Cette danse signale la présence de nourriture à une faible distance, moins de 100 m de la ruche. Cette danse en cercle indique simplement la présence de nourriture à faible distance, elle est fondée sur le principe mécanique du « tout ou rien».

  • La wagging dance: dans un frétillement continu de l’abdomen, l’abeille court droit, puis décrit un tour complet vers la gauche, de nouveau court droit, recommence un tour complet sur la droite, et ainsi de suite de sorte à décrire une sorte de « 8 », comme sur l’image ci-dessous. Cette deuxième danse indique la présence de nourriture, sa direction et sa distance à la ruche. Distance cette fois comprise entre 100 m et 6 km de la ruche. Plus précisément, l’inclinaison de l’axe de la danse par rapport au soleil indique la direction, et la rapidité du nombre de figures de la danse précise la distance. Celle-ci varie toujours en raison inverse de la fréquence du le nombre de figures dessinées par la danse. Ainsi, l’abeille décrira neuf à dix « 8 » complets en quinze secondes quand la distance est de cent mètres, sept pour deux cent mètres, quatre et demi pour un kilomètre, et deux seulement pour six kilomètres. Plus la distance est grande, plus la danse est lente. Cette danse formule vraiment une communication. Contrairement à la première, ici, c’est l’existence de la nourriture qui est implicite dans les deux données (distance, direction) énoncées.

wagging danse

Danse en cercles et danse en « 8 » apparaissent donc comme de véritables messages par lesquels la découverte de nourriture par une abeille est signalée aux autres abeilles. Le message transmis contient trois données extraites de l’environnement : l’existence d’une source de nourriture, sa distance, sa direction.

Les abeilles apparaissent donc capables de produire/formuler et de comprendre/interpréter un véritable message. Elles peuvent donc enregistrer des relations de position et de distance, les conserver en mémoire pour les communiquer/décomposer à travers l’expression de symboles comportementaux. Sur ce dernier point, on peut dire qu’il y a donc un rapport « conventionnel » entre le comportement de l’abeille et la donnée qu’il traduit. Ce rapport est ensuite perçu par les autres abeilles et devient moteur d’action.

guerre abeille

     Question : retrouverait-on chez les abeilles les caractéristiques d’un langage ? Résumons-nous. La communication des abeilles telle que décrite par Karl von Frisch pourrait donner à voir plusieurs points de « ressemblance » : appartenance à une même espèce, usage d’un même code et existence :

  • d’un symbolisme rudimentaire : la forme et la fréquence de la danse formalisent gestuellement une réalité objective constante et d’une autre nature: la nourriture;

  • d’un système : dans le cas de la wagging-danse, 3 données variables de signification constante sont combinées;

  • de l’exercice d’une relation : le message organisé est destiné aux individus de la collectivité qui tous possèdent ce qui est nécessaire pour le comprendre dans les mêmes termes et le transformer en acte.

Nous avons donc un système de communication efficace, toutes les butineuses étant capables, en dansant, à la fois d’émettre un signal et d’en recevoir de semblables compréhensibles par les autres abeilles de la communauté. Ce système établit donc une convention signifiante stable entre un signal et une  réalité.

Mais cette convention liée à une situation donnée est indépendante des abeilles elles-mêmes. C’est-à-dire que celles-ci agissent sur la réalité  selon des schémas dont les buts sont fixés d’avance, et ces dernières ne peuvent dialoguer comme le feraient des êtres humains pour s’accorder sur un mode de désignation de la réalité réalité. Autrement dit, il n’y a pas ici de communication sur la communication, pas de métalangage.

A contrario, les êtres humains peuvent passer entre eux des conventions nouvelles, indépendantes des situations dans lesquelles elles ont été conçues, et les transmettre pour une utilisation dans d’autres situations. C’est-à-dire qu’ils sont capables de concevoir des signaux différents pour transmettre une même information. Ou autrement dit, pour une même action envisagée, ils peuvent passer un grand nombre de conventions pour émettre, recevoir, mémoriser et comprendre des actions à entreprendre. La relation est variable entre la réalité et les organisations signifiantes qui la représentent. A une même réalité correspond autant d’organisations signifiantes qu’il y a de langues naturelles ou artificielles, et réciproquement, une organisation signifiante ne désigne pas une réalité et une seule.

***

Emile Benveniste, linguiste français, va plus loin dans l’expression de ces « différences » lorsqu’il aborde le thème de la communication des abeilles dans son ouvrage « Problèmes de linguistique générale », pp. 57, 59-62, Éd. GALLIMARD.

« [...] les différences sont considérables et aident à prendre conscience de ce qui caractérise en propre le langage humain.

Celle-ci, d’abord, essentielle, que le message des abeilles consiste entièrement dans la danse, sans intervention d’un appareil « vocal », alors qu’il n’y a pas de langage sans voix. D’où une autre différence, qui est d’ordre physique. N’étant pas vocale mais gestuelle, la communication chez les abeilles s’effectue nécessairement dans des conditions qui permettent une perception visuelle, sous l’éclairage du jour; elle ne peut avoir lieu dans l’obscurité.

Une différence capitale apparaît aussi dans la situation où la communication a lieu. Le message des abeilles n’appelle aucune réponse de l’entourage, sinon une certaine conduite, qui n’est pas une réponse. Cela signifie que les abeilles ne connaissent pas le dialogue, qui est la condition du langage humain. Nous parlons à d’autres qui parlent, telle est la réalité humaine.

Parce qu’il n’y a pas dialogue pour les abeilles, la communication se réfère seulement à une certaine donnée objective. Il ne peut y avoir de communication relative à une donnée « linguistique ». Déjà parce qu’il n’y a pas de réponse, la réponse étant une réaction linguistique à une manifestation linguistique, mais aussi en ce sens que le message d’une abeille ne peut être reproduit par une autre qui n’aurait pas vu elle-même les choses que la première annonce. On n’a pas constaté qu’une abeille aille par exemple porter dans une autre ruche le message qu’elle a reçu dans la sienne, ce qui serait une manière de transmission ou de relais.

On voit la différence avec le langage humain, où, dans le dialogue, la référence à l’expérience objective et la réaction à la manifestation linguistique s’entremêlent librement et à l’infini. L’abeille ne construit pas de message à partir d’un autre message. Chacune de celles qui, alertées par la danse de la butineuse, sortent et vont se nourrir à l’endroit indiqué, reproduit quand elle rentre la même information, non d’après le message premier, mais d’après la réalité qu’elle vient de constater. Or, le caractère du langage est de procurer un substitut de l’expérience apte à être transmis sans fin dans le temps et l’espace, ce qui est le propre de notre symbolisme et le fondement de la tradition linguistique.

Si nous considérons maintenant le contenu du message, il sera facile d’observer qu’il se rapporte toujours et seulement à une donnée, la nourriture, et que les seules variantes qu’il comporte sont relatives à des données spatiales. Le contraste est évident avec l’illimité des contenus du langage humain.

De plus, la conduite qui signifie le message des abeilles dénote un symbolisme particulier qui consiste en un décalque de la situation objective, de la seule situation qui donne lieu à un message, sans variation ni transposition possible. Or, dans le langage humain, le symbole en général ne configure pas les données de l’expérience, en ce sens qu’il n’y a pas de rapport nécessaire entre la référence objective et la forme linguistique.

Un dernier caractère de la communication chez les abeilles l’oppose fortement aux langues humaines. Le message des abeilles ne se laisse pas analyser. Nous n’y pouvons voir qu’un contenu global, la seule différence étant liée à la position spatiale de l’objet relaté. Mais il est impossible de décomposer ce contenu en ses éléments formateurs, en ses «morphèmes », de manière à faire correspondre chacun de ces morphèmes à un élément de l’énoncé. Le langage humain se caractérise justement par là. Chaque énoncé se ramène à des éléments qui, se laissent combiner librement selon des règles définies, de sorte qu’un nombre assez réduit de morphèmes permet un nombre considérable de combinaisons, d’où naît la variété du langage humain, qui est capacité de tout dire. Une analyse plus approfondie du langage montre que ces morphèmes, éléments de signification se résolvent à leur tour en phonèmes, éléments d’articulation dénués de signification, moins nombreux encore, dont l’assemblage sélectif et distinctif fournit les unités signifiantes. Ces phonèmes « vides », organisés en systèmes, forment la base de toute langue. Il est manifeste que le langage des abeilles ne laisse pas isoler de pareils constituants; il ne se ramène pas à des éléments identifiables et distinctifs. »

Fragment d’André Gorz : la personne devient une entreprise

Le déplacement de la production matérielle vers la production immatérielle ou production de soi, bouleverse les catégories classiques de l’économie politique. La richesse ne se mesure plus alors en valeur monétaire, mais l’intelligence se dégage de l’hégémonie d’une science qui allie technologie et subjectivité. Imaginaire et relations de savoirs deviennent les nouveaux moteurs économiques.

Note sur le travail de production de soi
Article d’André Gorz paru dans la revue Écorev N° 7
Voir l’article introductif aux travaux de Gorz par Jean Zin.

Fragment d'André Gorz : la personne devient une entreprise  dans -> ACTUS kapnasjktanarkikapitalisme2005dodo150sjpg       Le 5 mai 2001, à Berlin, le Directeur des Ressources Humaines de Daimler Chrysler expliquait aux participants d’un congrès international que « les collaborateurs de l’entreprise font partie de son capital ». Il précisait que leur comportement, leurs compétences sociales et émotionnelles jouent un rôle important dans l’évaluation de leur qualification. Par cette remarque, il faisait allusion au fait que le travail de production matérielle incorpore une proportion importante de travail immatériel. Dans le système Toyota, en effet, les ouvriers des ateliers de montage final commandent eux-mêmes les pièces aux sous-traitants – les commandes remontent en une cascade inversée, du montage final aux sous-traitants de premier rang dont les ouvriers se font eux-mêmes livrer par ceux du deuxième rang etc. - et sont eux-mêmes en rapport avec la clientèle. Comme le précisait il y a quelques années le directeur de la formation de Volkswagen : « Si les groupes de travail ont une large autonomie pour planifier, exécuter et contrôler les processus, les flux matériels et les qualifications, on a une grande entreprise faite de petits entrepreneurs autonomes. » Ce « transfert des compétences entrepreneuriales vers la base » permet de « supprimer dans une large mesure les antagonismes entre travail et capital ».

http://www.dailymotion.com/video/x40gjv

L’importance que prend désormais le « travail immatériel » dans toutes les activités n’empêche naturellement pas que les grandes entreprises emploient une proportion décroissante de « collaborateurs » permanents quoique « flexibles » – les horaires, en particulier, varient en fonction du volume des commandes – et une proportion croissante de précaires (CDD, intérimaires et, surtout, « externes »). Ceux-ci comprennent 1°) des travailleurs des fabrications et services externalisés, sous-traités avec des entreprises indépendantes mais en fait très dépendantes des grandes firmes qui font appel à elles ; 2°) des télétravailleurs à domicile et des prestataires de services individuels dont le volume de travail est soumis à de fortes variations et qui sont payés au rendement ou à la vacation. Les 50 plus grandes firmes américaines n’occupent directement que 10% des personnes qui travaillent pour elles.

Le travail immatériel suppose de la part des personnels un ensemble d’aptitudes, de capacités et de savoirs qu’on a pris l’habitude d’assimiler à des « connaissances ». Le « capital de connaissances » des prestataires de travail est considéré par l’entreprise comme le « capital humain » dont elle dispose. Il constitue une part tendanciellement prépondérante de leur capital. En fait, les « connaissances », quoique indispensables, ne représentent qu’une part relativement faible des « compétences » que l’entreprise considère comme son « capital humain ». Le DRH de Daimler Chrysler le dit clairement : « Les collaborateurs de l’entreprise font partie de son capital… Leur motivation, leur savoir-faire, leur flexibilité, leur capacité d’innovation et leur souci des désirs de la clientèle constituent la matière première des services innovants… Leur travail n’est plus mesuré en heures mais sur la base des résultats réalisés et de leur qualité… Ils sont des entrepreneurs. »

Les « compétences » dont il est question ne s’apprennent pas à l’école, à l’université ou dans les cours de formation. Elles ne sont pas mesurables ou évaluables selon des étalons préétablis. Elles sont des « talents » – d’improvisation, d’innovation, d’invention continuelles – beaucoup plus que des savoirs. Cela tient à la nature de l’économie de réseau. Chaque entreprise est insérée dans un réseau territorial lui-même interconnecté avec d’autres dans des réseaux transterritoriaux. La productivité des entreprises dépend dans une large mesure des capacités de coopération, de communication, d’auto-organisation de leurs membres ; de leur capacité de saisir globalement une situation, de juger et décider sans délai, d’assimiler et de formuler des idées. Ils sont les acteurs d’une organisation qui ne cesse de s’organiser, d’une organisation en voie d’auto-organisation incessante. Leur produit n’est pas quelque chose de tangible mais, avant tout, l’activité interactive qui est la leur. La capacité de se produire comme activité est à la base de tous les services interactifs : la psychothérapie, activités de conseil, l’enseignement, le commerce etc. sont autant d’activités de mise en œuvre, voire de mise en scène de soi-même. Se produire comme activité vivante est aussi l’essence des sports, des activités ludiques, d’activités artistiques comme le chant, le théâtre, la danse, la musique instrumentale.

Telle étant la nature du « capital humain », la question pose aussitôt : Á qui appartient-il ? Qui donc l’accumule, le produit ?

Les entreprises ne sont de toute évidence pas à son origine. Son accumulation primitive est assumée dans son quasi-intégralité par la société dans son ensemble. Les géniteurs et éducateurs, le système d’enseignement et de formation, les centres de recherche publics assurent la part la plus importante de cette accumulation en transmettant et rendant accessible une part décisive des savoirs et connaissances, mais aussi des capacités d’interprétation, de communication qui font partie de la culture commune.

Les personnes, pour leur part, ont à s’approprier cette culture et à se produire elles-mêmes en utilisant, détournant ou pliant à leurs propres fins les moyens culturels dont elles disposent. Cette production de soi a toujours une dimension ludique. Elle consiste essentiellement à acquérir, développer, enrichir des capacités de jouissance, d’action, de communication, de création, de cognition etc. comme des fins en elles- mêmes..

Et ce développement de soi, cette autoproduction d’un sujet aux facultés personnelles vivantes est le but des jeux et des joutes, des sports et des activités artistiques dans lesquelles chacun se mesure aux autres et cherche de ou à dépasser des normes d’excellence qui elles-mêmes sont l’enjeu de ces activités.

Le « capital humain » est donc tout à la fois un capital social produit par toute la société et un capital personnel dans la mesure où il n’est vivant que parce que la personne a réussi à s’approprier ce capital social et à le mettre en œuvre en développant sur sa base un ensemble de facultés, capacités et savoirs personnels. Ce travail d’appropriation, de subjectivation, de personnalisation, accompli sur la base d’un fond culturel commun est le travail originaire de production de soi.

Les entreprises disposent ainsi presque gratuitement d’un capital social humain qu’elles se bornent à compléter et adapter à leurs besoins particuliers. Á mesure que la capacité de produire des connaissances nouvelles, d’échanger et communiquer des savoirs et des informations, de s’auto-organiser et de s’accorder avec les autres prend une importance croissante dans le travail, la production originaire de soi se prolonge tout au long de la vie et tend à s’autonomiser vis-à-vis du travail et de l’entreprise. Les activités ludiques, sportives, artistiques, culturelles, associatives par lesquelles la personne développe ses capacités et savoirs vivants gagnent en importance. La capacité de se produire excède le besoin qu’en ont les entreprises. Tout travail déterminé n’en est qu’une mise en œuvre contingente, un possible parmi d’autres. Tout en s’y impliquant, le sujet ne s’identifie pas profondément à son travail. Son attachement à une firme déterminée est faible quels que soient les efforts de celle-ci pour se l’attacher. Les activités hors travail tendent à revêtir pour lui une importance plus grande que son travail immédiat. Ce dernier tend à n’être que le moyen qui permet des activités hors travail épanouissantes et créatrices de sens.

La gestion du personnel doit répondre dans ces conditions à des exigences contradictoires. Les firmes doivent s’emparer de la créativité des personnels, la canaliser vers des actions et des buts prédéterminés et obtenir leur soumission. Mais elles doivent éviter en même temps d’enfermer la capacité d’autonomie dans des limites trop étroites pour ne pas mutiler la capacité d’adaptation, de perfectionnement, d’invention. La stratégie patronale tend par conséquent à se déplacer de la domination directe de l’activité de travail vers la domination sur la production de soi, c’est-à-dire sur l’étendue et la division des capacités et des savoirs que les individus doivent acquérir, et sur les conditions et modalités de leur acquisition. La domination s’étendra donc vers l’amont et l’aval du travail direct. Elle s’étendra au temps de non-travail, aux possibilités d’aménager et d’organiser le temps hors travail. La vie entière se trouve soumise aux contraintes d’horaires et de rythmes de travail flexibles et imprévisibles qui fragmentent le temps, introduisent des discontinuités et font obstacle aux activités sociales et familiales. Le temps de travail, quoique réduit, pèse plus lourdement sur et dans la vie qu’au temps des horaires réguliers et du travail continu.

Un récent rapport, rédigé à la demande d’une fondation de recherche des syndicats allemands, par des membres d’instituts universitaires et patronaux, conclut ceci : « En raison des changements de plus en plus importants des conditions d’emploi, de leur flexibilisation et de la mobilité lieux de travail, des interruptions désormais « normales » de l’activité par des congés de formation, des activités familiales, des vacances mais aussi des périodes récurrentes de chômage, la vie privée devient de plus en plus dépendante de l’emploi qu’on peut trouver… » Le travail empiète et déborde de plus en plus sur la vie privée par les exigences qu’il fait peser sur elle. De plus en plus souvent, l’individu doit assumer la responsabilité de sa qualification, de sa santé, de sa mobilité, bref de son « employabilité« . Chacun est contraint de gérer sa carrière tout au long de sa vie et se voit ainsi transformé en « employeur de son propre travail ». Les auteurs suggèrent que des syndicats modernes devraient se comporter comme des « unions des employeurs de leur propre travail » dont les membres, à l’égal des chefs d’entreprise, investissent leurs revenus dans l’acquisition, tout au long de leur vie de nouvelles connaissances, en vue d’une meilleure valorisation de leur capital humain.

La précarité de l’emploi, les conditions changeantes de « l’employabilité », une temporalité fragmentée, discontinue font finalement de la production de soi un travail nécessaire sans cesse recommencé. Mais la production de soi a perdu son autonomie. Elle n’a plus l’épanouissement et la recréation de la personne pour but, mais la valorisation de son capital humain sur le marché du travail. Elle est commandée par les exigences de « l’employabilité » dont les critères changeants s’imposent à chacun. Voilà donc le travail de production de soi soumis à l’économie, à la logique du capital. Il devient un travail comme un autre, assurant, à l’égal de l’emploi salarié, la reproduction des rapports sociaux capitalistes. Les entreprises ont trouvé là le moyen de faire endosser « l’impératif de compétitivité » par les prestataires de travail, transformés en entreprises individuelles où chacun se gère lui-même comme son capital.

On retrouve là la quintessence du « workfare » dans sa version blairiste (mais le blairisme a maintenant gagné la France et l’Allemagne sous d’autres appellations). Le chômage est aboli, n’est plus que le signe que votre « employabilité » est en défaut et qu’il faut la restaurer. Les intermittences du travail emploi, comme d’ailleurs l’accroissement du temps dit « libre », doivent être comprises comme des temps nécessaires à cette restauration.

Celle-ci devient obligatoire, sous peine de perte des « indemnités de recherche d’emploi » (la « jobseekers’ allowance », nouvelle appellation de l’indemnité de chômage.) La production de soi est asservie.

Mieux encore : Dans la foulée on abolit le salariat. Non pas en abolissant le travail dépendant mais en abolissant, par le discours au moins, la fonction patronale. Il n’y a plus que des entrepreneurs, les « collaborateurs » des grandes entreprises étant eux-mêmes des « chefs d’entreprise » : leur entreprise consiste à gérer, accroître, faire fructifier un capital humain qui est eux-mêmes, en vendant leurs services.

Un néophyte de l’ultra-néolibéralisme a parfaitement exprimé cette idéologie : « La caractéristique du monde contemporain est désormais que tout le monde fait du commerce, c’est-à-dire achète et vend… et veut revendre plus cher qu’il n’a investi… Tout le monde sera constamment occupé à faire du business à propos de tout : sexualité, mariage, procréation, santé, beauté, identité, connaissances, relations, idées… Nous ne savons plus très bien quand nous travaillons et quand nous ne travaillons pas. Nous serons constamment occupés à faire toutes sortes de business… Même les salariés deviendront des entrepreneurs individuels, gérant leur carrière comme celle d’une petite entreprise…, prompts à se former au sujet des nouveautés. La personne devient une entreprise… Il n’y a plus de « famille » ni de « nation » qui tienne. »

Tout devient marchandise, la vente de soi s’étend à tous les aspects de l’existence personnelle, l’argent devient le but de toutes les activités.

Comme le dit Jean-Marie Vincent, « l’emprise de la valeur n’a jamais été aussi forte ». Tout est mesuré en argent, mercantifié par lui. Il s’est soumis tous les espaces et toutes les activités dans lesquels l’autonomie de la production de soi était censée pouvoir s’épanouir : les sports, l’éducation, la recherche scientifique, la maternité, la création artistique, la politique. L’entreprise privée s’empare de l’espace public et des biens collectifs, vend les loisirs et la culture comme des marchandises, transforme en propriété privée les savoirs, les moyens d’accès aux connaissances et à l’information. Une poignée de groupes financiers cherche monopoliser les fréquences radio, la conception et la vente de cours universitaires. La victoire du capitalisme devient totale et précisément pour cela la résistance à l’emprise de la valeur devient de plus en plus éloquente, massive. Dix ans après l’effondrement des États qui s’en étaient réclamés, le communisme retrouve son inspiration anarcho-communiste originaire : abolition du travail abstrait, de la propriété privée des moyens de production, du pouvoir l’argent, du marché.

Tout cela serait dérisoire si l’anarcho-communisme n’avait déjà trouvé une traduction pratique et si cette pratique n’avait pour protagonistes ceux-là mêmes dont le « capital humain » est le plus précieux pour les entreprises : à savoir les informaticiens de haut niveau qui ont entrepris de casser le monopole de l’accès au savoir que Bill Gates était en train d’acquérir. Ils ont inventé et continuent de développer à cette fin les logiciels libres (principalement Linux, au code source ouvert) et commencent à développer le « réseau libre ». Leur philosophie de départ est que les connaissances reproductibles sont toujours le résultat d’une coopération à l’échelle de toute la société et d’échanges à l’échelle du monde entier. Elles doivent être traitées comme un bien commun de l’humanité, être librement accessibles à tous et partout. Chaque participant de la « communauté Linux » met ses talents et connaissances à la disposition des autres et peut disposer gratuitement de la totalité des savoirs et connaissances ainsi mis en commun. La force productive la plus importante pour « l’économie de l’immatériel » se trouve ainsi collectivisée, employée à combattre son appropriation privée et sa valorisation capitaliste.

Richard Barbrook voit là l’ébauche d’une économie anarcho-communiste du don, seule alternative à la domination du capitalisme monopoliste. D’autres voient surgir la possibilité d’une auto-organisation par les usagers/producteurs de la production et de l’échange de connaissances, de services, de biens culturels et, potentiellement, matériels, sans qu’il y ait besoin de passer par le marché et la forme valeur (le prix).

La production de soi tend ainsi à s’émanciper à son plus haut niveau technique et à se poser dans son autonomie comme sa propre fin combattant non plus seulement le monopole de Microsoft mais toute appropriation privée de connaissances, tout pouvoir sur des biens collectifs.

La chose était prévisible : quand le savoir (knowledge) devient la principale force productive et la production de soi la condition de sa mise en œuvre, tout ce qui touche à la production, à l’orientation, à la division du savoir devient un enjeu de pouvoir. La question de la propriété privée ou publique, de l’usage payant ou gratuit des moyens d’accès au savoir devient un enjeu du conflit central. Celui-ci, tout transcendant d’anciennes barrières de classe, définit de nouvelles formes, de nouveaux protagonistes et de nouveaux terrains de luttes sociales.

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Voir aussi : « L’immatériel » d’André Gorz : notes de lecture pour Ecorev par  Yann Moulier Boutang – Site web de la revue Multitudes

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Fragments de rencontre : Borges, voix et secret

Fragments de rencontre : Borges, voix et secret dans -> ACTUS borges 

http://www.dailymotion.com/video/sdx16V48FDzqHlsg9

Baruch Spinoza ( poème de Borges )

Le couchant, brume d’or, teint les vitres, mais l’ombre
Va gagnant le bureau. L’assidu manuscrit
Attend, avec déjà sa charge d’infini;
Quelqu’un est là, construisant Dieu dans la pénombre.
Un homme engendre Dieu. C’est un juif à la peau
Citrine, avec des yeux tristes. Le temps l’enlève
Comme une feuille que la rivière sans trêve
Charrie et qui se perd aux déclinantes eaux.
Qu’importe. Le sorcier persévère; il s’isole
En sa géométrie délicate, créant
Dieu; du fond de sa maladie, de son néant,
Il continue à bâtir Dieu par la parole.
Pour le plus vaste des amours il fut nommé,
Pour cet amour qui n’espère pas être aimé.

Jorges Luis Borges, La monnaie de fer, Gallimard 1976

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Lecture de…Spinoza

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       Parmi les nombreux lecteurs de Spinoza, Robert Misrahi tient une place à part. Vulgarisateur doux, il passe pour certains comme trop « réducteur ». Mais il semble bien que ce type de remarque ne puisse venir que d’une comparaison ou rabattement inadéquat de sa pensée sur celle des autres commentateurs, Deleuze en premier lieu.

« Le but de la démocratie, c’est la jouissance de vivre »

Complémentaire, le point de vue spinoziste de Misrahi s’inscrit dans le cadre de ses recherches sur le comment d’un bonheur collectif fondé sur la conquête de la liberté individuelle par la recherche de la plus grande joie

Au sens commun, que de gros mots et de clichés… mais dans un monde où la délimitation par les codes et techniques tend à se substituer à l’exéprience vécue, le message de Misrahi apparaît finalement comme le rappel d’un accessible que nous nous refusons à penser. 

La petite leçon suivante pourrait s’intituler : « comment dépasser l’opposition entre douceur du discours et radicalité de la pensée ». Pratique qui dans la forme serait peut-être bien utile à ceux qui souhaitent nous sensibiliser à la cause écologique… autrement qu’en nous vendant de la tristesse, que celle-ci soit sous forme de punitions ou de machines.

http://www.dailymotion.com/video/3JQoQ3ZPIrR3elqV5

Notions sur la production électrique nucléaire française

     Au moment où se prépare le Grenelle de l’environnement, il est peut-être utile de rappeler quelques points concernant le nucléaire civil: quelle part de l’énergie électrique d’origine nucléaire, quel fonctionnement des centrales et pour quelles vulnérabilités environnementales ?

La production d’énergie électrique en France

Notions sur la production électrique nucléaire française dans -> ACTUS image00113

En 2005 d’après DGEMP / Observatoire de l’énergie, avril 2006 : Électricité en France : les principaux résultats en 2005 et en production brute :

  • la contribution du parc nucléaire atteint 451,5 TWh, en progression de 0,7% ;

  • la production hydraulique chute à nouveau fortement (-12,4%) et atteint à peine les 57,9 TWh ;

  • la production thermique classique rebondit (+11,0%) avec 65,9 TWh, le niveau de production thermique répond à l’important déficit hydraulique ;

  • la production éolienne passe de 0,6 TWh en 2004 à 1,0 TWh en 2005.

La production totale nette[1] d’électricité s’élève donc à 549,4 TWh (+0,1%) et se répartit en 430,0 TWh nucléaires (78%), 57,2 TWh hydrauliques et éoliens (11%) et 62,2 TWh thermiques classiques (11%).

Fonctionnement

     Une centrale nucléaire est une centrale utilisant la fission nucléaire pour produire une chaleur dont une partie sera récupérée pour être transformée en électricité « transportable ».

1.       La fission des atomes engendre de la chaleur, énergie nucléaire.

2.     A partir de cette chaleur, on fait chauffer de l’eau.

3.       L’eau ainsi chauffée permet d’obtenir de la vapeur.

4.       La pression de cette vapeur fait tourner une turbine, énergie mécanique.

5.       La turbine entraîne alors un alternateur qui produit de l’électricité

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La différence essentielle entre une centrale nucléaire et une centrale thermique « classique » réside donc dans le remplacement de chaudières à combustibles fossiles (fuel, charbon…) par un réacteur nucléaire. Il existe différentes filières de centrales, chacune se caractérisant par l’association de trois éléments principaux :

  • le combustible : uranium naturel, uranium enrichi ou plutonium ;

  • le modérateur : soit le type de substance utilisée pour favoriser le développement de la réaction en chaîne : eau ordinaire, eau lourde ou graphite ;

  • la caloporteur : soit le fluide en charge de « transporter » la chaleur produite par la fission  du combustible nucléaire : eau ordinaire sous pression ou en ébullition, eau lourde, gaz carbonique, sodium ou hélium… 

Réacteur nucléaire

     Les centrales nucléaires françaises appartiennent à la filière dite REP, eau sous pression. Le combustible nucléaire est générallement de l’uranium enrichi, alors que le modérateur et le caloporteur sont de l’eau ordinaire sous pression. Cette filière REP est également la plus répandue dans le monde. Le schéma et l’explicatif suivant sont extraits d’après le site internet de la  Société française d’énergie nucléaire

REP

Schéma de fonctionnement d’un Réacteur à Eau sous Pression (REP)

Le circuit primaire est donc en charge d’extraire de la chaleur à partir d’un uranium légèrement enrichi (isotope 235). Celui-ci est conditionné sous forme de petites pastilles empilées dans des gaines métalliques étanches placées dans une cuve en acier remplie d’eau. Cet ensemble forme le cœur du réacteur, c’est à dire le siège de la réaction en chaîne qui porte l’eau de la cuve à plus de 300°C. Celle-ci est alors maintenue sous pression pour éviter toute ébullition et circule dans un circuit fermé appelé circuit primaire.

Le circuit secondaire est en charge de produire la vapeur d’eau. Circulant au contact des tubes du circuit primaire, il y a transmission de chaleur à l’eau du circuit secondaire. Celle-ci s’échauffe et se transforme en une vapeur qui va faire tourner la turbine entraînant l’alternateur qui produit l’électricité. Après son passage dans la turbine, la vapeur est condensée et renvoyée vers le générateur de vapeur pour un nouveau cycle.

Le circuit de refroidissement est précisement en charge de condenser cette vapeur et d’évacuer les surplus de chaleur. Pour que tout système fonctionne en continu, il faut en assurer le refroidissement. Voilà qui est précisément le but de ce troisième circuit indépendant des autres : condenser la vapeur en sortie de turbine. Pour cela est aménagé un condenseur, appareil formé de milliers de tubes afin de maximiser la surface de contact avec l’eau à refroidir. Ces tubes sont alimentés en eau froide par une source extérieure, le plus souvent un cours d’eau. Au contact des tubes, la vapeur d’eau se condense pour redevenir une eau liquide. L’eau du condenseur est par suite rejetée au milieu, légèrement échauffée.

Si le débit de la rivière est trop faible, ou si l’on veut limiter son échauffement, on utilise également des tours de refroidissement aéroréfrigérantes. L’eau échauffée provenant du condenseur est donc répartie à la base de la tour pour être est refroidie au contact du courant d’air ascendant qui parcours la tour. L’essentiel de cette eau retourne ensuite vers le circuit de refroidissement tandis qu’une partie s’évapore dans l’atmosphère, d’où ces panaches de fumée blanche caractéristiques.

Panache d'eau

Vulnérabilités environnementales

     Sans parler du problème de  l’élimination  des déchets et du risque d’accident grave de fonctionnement, nous savons maintenant que pour exploiter l’énergie nucléaire en France, il est nécessaire de disposer d’une source d’eau chaude et d’une source d’eau froide.

Pour un réacteur de type REP, la source chaude est donc fournie par l’eau du circuit primaire, à une température moyenne - 300°C - variable selon la puissance des centrales. La source d’eau froide est quant elle fournie par l’eau d’un fleuve ou de la mer, ou encore par l’air ambiant circulant dans des tours aéroréfrigérantes.

Sur ce dernier point certaines vulnérabilités environnementales sont donc à prendre en considération dans un contexte de variations climatiques accentuées, tant en termes de canicule et sécheresse prolongée, que d’inondation:

  • des réacteurs nucléaires arrêtés car impossibles à refroidir (eau des rivières trop chaude) ;

  • des réacteurs nucléaires arrêtés pour débit de rivière insuffisant (limites légales atteintes) ;

  • des réacteurs nucléaires arrêtés par inondation des centrales situées notamment en bord de mer.

Voir à ce sujet le bilan de la canicule 2003 pour le nucléaire français du RSN.

eau et centrale nucléaire



[1] La production nette est la production brute diminuée de l’autoconsommation nécessaire pour la production.

Avant moi le néant, après moi le déluge…

ecolobar

       Avant moi le néant, après moi le déluge…voilà la petite formule qui pourrait résumer le climat général qui règne chez nos différents piliers de l’écolobar « on refait la terre ». Premier nano-dialogue autour d’une tourtelle bio en centre ville.

[Bobo] La campagne c’est plus propre que la ville !

[Misantro] C’est surtout jolie la nature, quand tu vois les horreurs que construisent les hommes…moi je préfère les chiens !

[Inluenço] Le problème, c’est que le climat devient fou ! Nos anciens savaient bien faire pousser la tomate !

[Dialecto] Si un homme part dans la direction A et un autre dans la direction B, alors il devront forcement opposer A à B pour avancer.

[Antropo] Oui, d’ailleurs c’est fou ce que les pingouins ont une vie difficile !

[TeChno] Des poissons normés sans arrêtes sauveront les africains…

[Théologo] Le prix de nos erreurs à un coût ! Le CO2, c’est la pomme d’Adam.

***

Accélération de l’accélération

       Devant les certitudes des uns et les chiffres en camisole des autres, il est définitivement bien difficile de prendre une posture autre que théologique [c’est bien, c’est mal], très laborieux d’avoir une vue d’ensemble [croyant régler ceci, je déséquilibre cela]. Alors dans ce brouhaha d’opinions multiples, peut-être qu’une question pourrait nous ouvrir une première porte de sortie de notre écolobar « on refait la terre » : que se passe-t-il lorsqu’une espèce impose son ou ses (bio)rythmes (démographie, consommation, production…) à l’ensemble de la biosphère ?

birdline

Derrière la multiplicité des symptômes dans lequels nous nous noyons tristement en débats et discours stérilisateurs où tout se mélange de la cause à l’effet, de l’effet à la cause, il semble poutant qu’il existe une constante : l’accélération. Accélérer l’évolution végétale à travers les OGM, accélérer la radioactivité naturelle à travers exploitation de l’énergie nucléaire, accélérer l’écoulement des eaux à travers l’imperméabilisation des sols, accélérer les variations climatiques, accélérer la circulation de la monnaie, accélerer la rotation des stocks de marchandise etc…etc…jusqu’à accélerer notre propre évolution. 

birdcircle

Notre modernité ne serait-elle pas même une accélération de l’accélération ? A la suite de Michel Serres, nous en resteront au fait que le lièvre de la technique met à la rue la sélection tortue. C’est à dire qu’à une sélection naturelle extrêmement lente -  »because » fondée sur des mutations génétiques hasardeuses et nécessairement sélectionnées par un environnement - nous avons substitué une sélection artificielle externe fondée sur la technique, la multiplication des objets et la sélection « rationnelle et impulsive » d’un client. 

spotlight 

Aujourd’hui, avec le déploiement quasi auto-entretenu de nos technologies, l’espérance de vie d’un individu moderne doit être en réalité mille fois supérieure à celle d’un homme du XVème siècle en terme de temps disponible. Bien sûr une fois dit que celui-ci devait passer une heure à chercher de l’eau, une heure à couper du bois, une heure à élever ou cultiver sa nourriture, une heure de cheval pour communiquer…bref des heures qui finissent par être des années pour accomplir ces opérations de la vie quotidienne que nous pratiquons désormais en quelques fractions de seconde. 

Cette accélération générale de l’ensemble des activités de nos sociétés pourrait avoir une cause très simple : la lutte contre le temps qui passe. Là il faut rire ! Car au delà de la mort individuelle de tout un chacun, il faudra bien que l’espèce humaine colonise un nouveau système solaire d’ici quelques 5 milliards d’années, le soleil ayant lui-aussi des réserves en combustible limitées. Du simple fait que nous ne l’ignorons pas, nous sommes pris ensemble dans une longue course contre la montre.

Trap

L’ennui

       Cause X ou cause Y, cette accélération générale de l’ensemble des activités de nos sociétés a une conséquence très directe : la lutte quotidienne pour remplir un surplus de temps disponible. Une curieuse lutte contre la surabondance. Alors certes celle-ci demeure inégale selon les individus, mais au global, nos sociétés modernes sont très largement débarrassées des nombreuses tâches qui préoccupaient autrefois 95% de nos cerveaux reptiliens. Oui, ceux qui ont la queue qui repousse et qu’aujourd’hui on nourrit de télévision faute de mieux. 

Si autrefois on pouvait entendre : « le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont le pistolet chargé, et ceux qui creusent, toi tu creuses… », aujourd’hui on pourrait presque dire « le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un BlackBerry chargé, et ceux qui s’ennuient, toi tu t’ennuies… ».

Voilà bien une terrible question, que faire du temps qu’on a ? Produire du « contenu » façon prozac « multimaudiovisuel » et ainsi offrir du travail aux multiples artismes dans mon genre ? Voilà qui est sans doute satisfaisant en termes de biodiversité sociale, à condition que ces derniers ne commencent pas à se prendre trop au sérieux ! Sauver la planète ? Voilà d’ailleurs un bon exemple de ce que pourrait être ce genre de concept  »sérieux ». Sans doute devrions-nous commencer par nous sauver nous-mêmes avant de penser à la planète, surtout quand celle-ci est vue comme un « autrui », sorte de victime nécessaire à un délire culpabilisateur collectif conjugué au présent, passé et futur. Or comme dirait Spinoza, la tristesse sous toutes ses formes – culpabilité et anthropomorphisme en l’occurence – ne mène certainement pas à l’action.

Boring trap

Finallement toutes ces interrogations semblent nous ramèner le plus souvent à l’ennui qui caractérise nos sociétés modernes, et sans doute à son lot de bêtises qui l’accompagne. Ne serait-ce pas là d’ailleur la pire des pollutions mentales de l’époque ? L’ennui, cette espèce d’absence d’attention au monde. Cette indifférence apparente qui s’exprimerait dans un découplage permanent de tout avec tout et qui aurait pour principale conséquence de nous faire rabattre toute différence ou altérité sur du connu. Connu trop connu qui en retour nous ennuie à nouveau. Bref, nous avons du temps comme jamais, mais nous ne savons pas quoi en faire. Nihilisme, fin de l’histoire des habitants de la face cachée de la lune nous dit le médecin. L’ennui, voilà peut-être aussi un vrai problème écologique…

Transition…

       Rien de très neuf n’ayant été formulé dans cette article, profitons en pour souligner que la manière avec laquelle nous abordons aujourd’hui l’écologie n’a curieusement rien de bien nouveau. Le plus souvent, il ne s’agit même que d’une simple réactualisation ou reformulation de questions très anciennes : gérer des pénuries, optimiser des coûts et répartir des revenus…Sans doute que nos anciens devaient être de fieffés idiots pour ne pas avoir règlé ces questions de manière correcte…c’est à dire comme nous le ferions aujourd’hui à l’aide de connaissances malheureusement actuelles (sic!).

Mais comme nous n’avons que peu de mémoire – ou alors éprouvons un besoin vital de réinventer la roue – et que nous ne comprenons visiblement pas que les questions et les réponses ne se posent et se proposent à une société que dans certaines conditions historiques et géographiques paticulières, et bien nous continuons de chanter tous en coeur à l’écolobar: « avant moi le néant, après moi le déluge ». 

Dans quel écosystème de pensées sommes-nous aujourd’hui enfermés pour produire si peu et être payés de tant d’ennui en retour…? Voilà ce que me disait l’autre jour un surprenant taxi, sans doute un membre de la famille spirituelle des Finkielkraut, en tout cas de celle qui arrive à parler décadence à partir d’une discussion vélib :

[xxx...des jeunes dynamiques avides de prendre leur part du gateau et qui ne contestent plus que pour accéder au modèle, des jeunes-vieux anciennement dynamiques ayant à présent une indigestion durable et qui sombrent dans un ennui maquillé en doute, une créativité maintenant déplacée du côté de ceux qui font la norme (SD21000, ISO14000, RF, NAFNAF and co...), des collectifs anti qui ne pensent pas à penser contre eux-même, des politiques en mode boîte aux lettre pour cathodo-catholos depressifs, partout des égos polis comme les grains de sables d'une plage du Touquet...et moi qui n'ait rien de plus à proposer que des catégories dépassées...lire...lire...lire...écouter...bip, fin de transmission...xxx]

Traduction positive : nous sommes tous pris de vitesse ! Ce n’est que le début de quelque chose….se réinventer
Ajout négatif : ça doit sûrement être la faute de quelqu’un ! On n’est pas sorti du bar…se saoûler

Actualités de la ressource en eau

Boire c’est filtrer…

     Va-ton enfin voir l’eau couler à flot dans les pubs d’Ipswich ? Présentée récemment par une entreprise locale spécialisée dans le traitement des eaux, la « Life Saver Bottle » est une véritable usine de potabilisation miniature capable de traiter, sans produit chimique ni énergie, de 4000 à 6000 litres d’eau salement contaminés (cacahouètes, matière fécale, virus et bactérie > 15 nanomètres)…avant de changer de filtre.

Maintenant je peux enfin boire n'importe quoi !

270 euros l’unité

Voilà qui devrait donc permettre aux victimes des catastrophes naturelles équipées de la bouteille de ne pas avoir à attendre le rétablissement des réseaux d’eau publics ou l’arrivée de l’assistance humanitaire. Cependant, sachez qu’il vous sera maintenant bien plus difficile d’empoisonner l’eau de votre puits afin de vous débarrasser du sympathique soldat venu envahir votre jardin ! Car voilà bien ce qui semble être le principal message disposé en une du site de présentation de ce produit : http://www.lifesaversystems.com

Voir un article de la presse anglaise au sujet de ce nouveau biberon de survie pour adulte.

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Rouler à l’eau de mer…

     Au cours de ses recherches menées sur le cancer, et alors qu’il tentait une opération de désalinisation, le dénommé John Kanzius aurait accidentellement découvert un moyen de brûler de l’eau salée à l’aide de certaines fréquences radios !

Mirage

Ainsi, l’eau de mer exposée à ces fréquences verrait certaines liaisons moléculaires fragilisées et libèrerait ainsi un hydrogène hautement inflammable. Utiliser de l’eau salée comme carburant devient alors une possibilité fascinante au vu des réserves de nos océans ! Finalement, les marées noires n’étaient peut-être qu’une tentative inconsciente d’information : c’est là que ça se trouve, suivez la piste ! Tant est si bien qu’aujourd’hui des scientifiques travaillent ardemment pour évaluer si la quantité d’énergie dégagée par ce type de combustion serait suffisante pour alimenter une voiture ou d’autres machineries lourdes.

Voir l’article Yahoo

***

Couteuses interrogations…

     Le ministère de l’environnement australien s’apprête à investir près de deux millions d’euros dans l’étude des pertes en eau dues à l’évapotranspiration des végétaux.

Rappelons que l’évapotranspiration inclut la transpiration et la consommation d’eau par la plante, et que globalement, c’est une infime partie de l’eau captée par la plante qui est utilisée pour l’élaboration de la matière végétale. La formation de 100 grammes de cellulose ne requière en effet directement que 55 grammes d’eau mais le végétal doit perdre dans le même temps 100 000 grammes d’eau par transpiration pour ce faire. L’évapotranspiration représente ainsi le deuxième composant le plus important du cycle de l’eau, souvent capable d’absorber à lui tout seul jusqu’à 90% des précipitations d’une zone données. 

A partir des résultats de ces études, il sera donc possible aux gestionnaires australiens de proposer des couvertures végétales et cultures mieux adaptées aux conditions hydriques locales. Sans doute aussi d’améliorer la base de connaissance relative aux effets de la déforestation sur le schéma des précipitations intérieures, et par voie de conséquence d’informer les autorités publiques sur l’origine des sécheresses récurrentes qui frappent ce pays.

Une occasion également à  saisir pour les exportateurs australiens de denrées agricoles, cela afin d’évaluer les quantités d’eau très importantes qui quittent le pays via ce commerce. Certains des éléments du rapport « hidden water , fev2007» de l’ONG Britannique Waterwise illustrent d’ailleurs assez précisément ce point.

Par exemple, produire un kilogramme d’orange requière 175 litres aux USA, 530 en Australie. Autrement dit, une seule orange australienne contient donc virtuellement 530 litres d’eau. Première conclusion, regrettable pour un pays sec, la productivité de l’eau australienne est faible sur l’orange. Deuxième conclusion, si une partie de cette eau est rendue aux écosystèmes australiens par évapotranspiration, une autre est vendue à l’étranger.

Or aujourd’hui, beaucoup de cess gros exportateurs d’eau virtuelle sont touchés par des sécheresses qui viennent ralentir leur économie, alors même que leurs balances extérieures hydriques sont largement déficitaires. L’Australie représente ainsi à elle seule 7% des 1 000 milliards de mètres cubes d’eau virtuelle circulant chaque année entre les différents pays du globe.

Nations' embedded water exports and imports

Actualités de la ressource en eau dans -> ACTUS image004

PS : Sur les cinq dernières années, le prix de l’eau domestique a augmenté en moyenne de 27% aux Etats-Unis, 32% en Angleterre, 45% en Australie, 50% en Afrique du Sud, 58% au Canada. Le gouvernement australien investit à l’heure actuel plus 1.6 milliards de dollars sur quelques 3400 projets lié à la préservation de la ressource en eau, pour une valeur globale estimée autour des 4.6 milliards $.

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L’eau c’est aussi l’énergie, et ses déchets…

     Au Nevada, une récente décision de justice vient de s’opposer à la mise en place d’un centre d’enfouissement des déchets nucléaires. La raison ? La réalisation de ce dernier aurait nécessité 30 millions de m3 d’eau à puiser dans les réserves souterraines locales rien que pour le forage des sites de test. Le département américain de l’énergie devra donc aller chercher son eau par-delà les frontières du Nevada s’il souhaite poursuivre ce projet.

Article du Los Angeles Times

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