Archive mensuelle de avril 2007

Critique du réductionnisme ontologique par Konrad Lorentz

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     Dans un article précédant nous avions repris l’hypothèse que les écosystèmes, en tant que systèmes complexes,  posaient un problème de méthode vis à vis du réductionnisme scientifique standart. En effet, malgré une connaissance parfaite des composants élémentaires d’un système complexe, il est impossible de prévoir son comportement autrement que par l’expérience ou la simulation.

Dans l’introduction de son ouvrage (1978) sur les fondements de l’éthologie (étude du comportement animal), Konrad Lorentz nous renseigne, à partir de sa description comparative des objectifs de la physique et ceux de la biologie, sur quelques caractéristiques du réductionnisme en tant que méthode scientifique. S’il ne renie pas l’intérêt voire l’obligation d’une telle approche, il convient selon lui de ne pas tomber dans le piège d’un réductionnisme « ontologique » qui ignorerait les connaissances nouvelles issues de la systémique. En effet : « on ne connaît pas suffisamment les structures à l’intérieur desquelles les lois générales de la physique se manifestent ». Extraits.

Les objectifs de la physique

     « La physique recherche les lois les plus générales qui régissent la matière et l’énergie. La biologie cherche à comprendre la structure et le fonctionnement des organismes vivants tels qu’elle peut les observer dans le monde […] » 

« […] Depuis Galilée, la physique procède selon la méthode de généralisation réductrice. Le physicien considère toujours le système qu’il étudie — un système planétaire, le pendule ou la pierre qui tombe — comme le cas particulier d’une classe supérieure de systèmes relevant de la même catégorie [...] »

« […] Pour le physicien, la connaissance des structures et des fonctions du système particulier n’est qu’un moyen, qu’une étape sur la voie qui mène à l’abstraction de la loi générale. Une fois qu’il est parvenu à l’établissement de cette loi, les propriétés spécifiques du système ne l’intéressent plus le moins du monde […] »

Les objectifs de la biologie

     « Pour son étude des organismes vivants, le biologiste utilise exactement la même méthode, avec quelques restrictions [...] Mais le but de sa recherche n’est pas du tout le même […] le biologiste cherche à comprendre le système vivant, ne fût-ce qu’un système partiel, en tant que tel et pour lui-même»

« Tous les systèmes vivants l’intéressent indépendamment de leur niveau d’intégration et de leur degré de complexité. Comme la démarche du physicien, celle du biologiste procède du particulier vers le général. Il est lui aussi persuadé que l’univers est régi par un seul et unique ensemble de lois générales et particulières parfaitement cohérentes, les dernières pouvant toujours être ramenées aux précédentes à condition toutefois que l’on connaisse les structures de la matière dans lesquelles elles s’appliquent et le devenir historique de ces structures. Nous reviendrons sur ce dernier point et sur les limites que cette nécessité impose à notre démarche réductrice. »

«  […] notre volonté de comprendre le monde du vivant serait radicalement absurde si nous ne partions pas du principe que, si nous parvenions à l’objectif utopique de notre analyse, nous réussirions à expliquer tous les processus du vivant, pour autant qu’ils puissent être appréhendés dans leur réalité objective, et tous les processus qui se déroulent en nous à partir des lois générales de la physique – et des structures organiques infiniment complexes – qui déterminent leur forme particulière respective. »

« […] En tant qu’éthologistes, nous espérons avant tout ramener les phénomènes que nous étudions à des processus physico-chimiques comme ceux qui se déroulent dans les synapses, au niveau des membranes cellulaires, dans les chaînes sensori-motrices et ainsi de suite. Nous aussi, nous sommes réductionnistes ! »

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Le réductionnisme ontologique

     « Le postulat fondamental de toute science selon lequel tout ce qui existe est le produit de la réunion d’éléments matériels au cours d’un grand devenir cosmique, l’ensemble étant toujours régi par les lois inhérentes à ces éléments, peut aisément conduire à une erreur philosophique d’autant plus dangereuse qu’elle est susceptible de discréditer toutes les sciences de la nature aux yeux de la pensée rationnelle. Cette erreur découle comme beaucoup d’autres de ce que l’on ne connaît pas suffisamment les structures à l’intérieur desquelles les lois générales de la physique se manifestent sous la forme de lois spécifiques extrêmement complexes. Mais ces dernières peuvent prétendre être considérées comme des lois de la nature exactement au même titre que le premier principe de physique ou les lois de conservation de l’énergie […] La conséquence logique de cette erreur est l’affirmation selon laquelle tout ce qui repose sur la matière ne serait rien d’autre que cette matière. » 

« Mais c’est dans le domaine du vivant que le réductionnisme ontologique devient véritablement dangereux […] L’erreur fondamentale du réductionnisme ontologique apparaît encore plus nettement si l’on compare deux autres propositions : les hommes sont des êtres vivants de la classe des mammifères et de l’ordre des primates et les hommes ne sont jamais rien d’autre que des mammifères de l’ordre des primates. »

« Le rien d’autre que du réductionnisme ontologique […] implique l’ignorance de deux données essentielles : premièrement la complexité des structures organiques et leurs différents niveaux d’intégration, deuxièmement les jugements de valeur que tout homme normalement constitué porte sur les niveaux inférieurs et les niveaux supérieurs du devenir organique. Dans le cours de l’évolution, l’apparition de nouvelles propriétés de systèmes résulte souvent de la réunion de systèmes fonctionnant jusqu’alors indépendamment les uns des autres. »

Lorentz fait ici référence au concept d’émergence. Sur Wikipédia on peut lire que l’émergence est un phénomène que l’on trouve dans les systèmes dynamiques comportant des rétroactions. On peut définir l’émergence par deux caractéristiques :

  • l’ensemble fait plus que la somme de ses parties. Ceci signifie qu’on ne peut pas prédire le comportement de l’ensemble par la seule analyse de ses parties.

  • l’ensemble adopte un comportement caractérisable sur lequel la connaissance détaillée de ses parties ne renseigne pas.

À partir d’un certain seuil critique de complexité, ces systèmes complexes voient apparaître de nouvelles propriétés, dites propriétés émergentes. Celles-ci deviennent observables lorsqu’elles vont dans le sens d’une organisation nouvelle (cf. auto-organisation).

Et Lorentz de conclure : « […] c’est en cela que réside le contenu de vérité de la formule des représentants de la Gestaltpsychologie (psychologie de la forme) qui pour avoir des consonances mystiques n’en est pas moins exacte :  » le tout est davantage que ses parties réunies. «  La cybernétique et la théorie des systèmes ont expliqué la brusque apparition de propriétés et de fonctions nouvelles à partir de données purement physiques et elles ont mis ainsi ceux qui les étudiaient à couvert de tout soupçon de croyance au miracle vitaliste […] la plupart des penseurs et philosophes qui n’ont pas connaissance de cette propriété de l’évolution ont tendance à croire que l’évolution est un processus très lent qui se fait graduellement. Il en résulte souvent un débat ontologique entre ceux qui ne voient entre deux stades de l’évolution qu’une différence de degré et ceux qui y voient une différence de nature. […] En réalité, chaque étape de l’évolution fait apparaître quelque chose qui n’a jamais été et engendre donc une différence de nature. » 

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Notions de base sur les pollutions aquatiques

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     A partir de quelles variables ou « indicateurs » fixe-t-on les valeurs limites de rejets des eaux usées (eaux domestiques, effluents industriels et agricoles…) dans les milieux aquatiques ? Les rejets ou effluents liquides sont principalement caractérisés à partir des paramètres suivants.

Tout d’abord, leur DCO ou demande chimique en oxygène. C’est la quantité d’oxygène nécessaire aux oxydants chimiques forts afin de dégrader (oxyder) les substances organiques et minérales contenus dans les rejets. Elle permet ainsi d’évaluer globalement la charge polluante totale des eaux usées.

Leur DBO, ou demande biologique en oxygène. Celle-ci correspond à la quantité de d’oxygène nécessaire aux micro-organismes aérobies de l’eau pour oxyder les matières organiques, dissoutes ou en suspension dans l’eau. Ce paramètre constitue un bon indicateur de la teneur en matières organiques biodégradables des rejets.

Au final, il convient d’évaluer l’ensemble de ses demandes « étrangère » en oxygène qui une fois rejetées dans le milieu vont constituer des besoins additionnels venant concurrencer ceux de la faune et de la flore aquatique, à offre constante. Ainsi un rapport DCO / DBO relativement élevé indique la présence d’une importante quantité de matières non biodégradables. Celles-ci seront lentement dégrader par le dioxygène (oxydant faible) dissous dans l’eau, constituant ainsi une demande à long terme sans contrepartie ou presque.

     La température. Les conditions d’équilibres du milieu aquatique requièrent que la température des rejets aqueux n’excède pas les 30 °C. En effet, l’oxygénation de l’eau (offre en oxygène) se fait, soit à travers la photosynthèse des végétaux aquatiques (abortion de CO2 et rejet d’O2), soit par la dissolution de l’oxygène atmosphérique. Ce dernier processus étant favorisé à température moyenne.

Par ailleurs une hausse de la température est susceptible d’accélérer le processus dit d’eutrophisation. Dans des eaux peu courantes, ce phénomène se caractérise par une prolifération des algues de surface. Par suite, cette accumulation empêche la lumière de parvenir aux couches inférieures, bloquant ainsi leur photosynthèse et précipitant une chute de l’offre en oxygène etc etc…

L’eutrophisation est principalement favorisée par la surabondance de nutriments tels que les nitrates et phosphates (les principaux rejets agricoles). Cependant une hausse des températures favorisant l’efficacité photosynthétique des algues, celle-ci accélère encore le phénomène. Une température trop élevée est donc possiblement une double cause d’accroissement de la demande en oxygène dans les milieux aquatique.

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Cartes des  » zones sensibles à l’eutrophisation  » de 1987 et 1994 d’après source INRA

     Les MES, ou matières en suspension dans l’eau. Leur abondance favorise la réduction de la luminosité (turbidité de l’eau). A une certaine concentration, on assiste alors à une baisse de l’activité photosynthétique précipitant la chute de l’offre en oxygène dissous et entrainant en retour une réduction de la production biologique du milieu. Par ailleurs les effets mécaniques des matières en suspension sont également importants (colmatage des branchies, sédimentation, décantation etc…).

L’un des facteurs limitant de la faune et de la flore des milieux aquatiques est donc bien la disponibilité en oxygène dissous dans l’eau (respiration, dégradation des matières…). Chacun des écosystèmes correspond donc, entre autres facteurs, à un certain type de partage de cette quantité d’oxygène, résultat de la compétition que se livre les espèces pour sa captation.

Dès lors tout apport extérieur visant à accroitre la demande en oxygène (pollution industrielle et domestique), à favoriser un type d’organisme ou une espèce au profit d’une autre (pollution agricoles), est susceptible de bouleverser profondément les équilibres dans les échanges de flux et matière, cela de sorte à très rapidement remettre en cause  la structure biologique du milieu.

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Processus d’eutrophisation des milieux aquatiques

L’écosystème

Notion de base sur les écosystèmes

     Un écosystème est un complexe dynamique composé de communautés de plantes, d’animaux et de microorganismes et de la nature inerte, sujet à des interactions en tant qu’entité fonctionnelle. Les écosystèmes varient énormément en taille, en durée de vie et en fonction. Un bassin temporaire dans le creux d’un arbre et un bassin océanique sont tous deux des exemples d’écosystèmes. Définition d’après groupe de travail sur le cadre conceptuel de l’Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire.

    Les communautés de plantes, d’animaux et de microorganismes sont autrement dénommés biocénose. Celle-ci se caractérise par une chaîne alimentaire (ou trophique), allant du producteur primaire (le végétal fabriquant de la matière organique à partir de l’énergie lumineuse, du CO2 de l’air et des ions minéraux du sol), aux divers consommateurs (de l’herbivore au super prédateur), en passant par les divers décomposeurs en charge d’assurer le retour de la matière organique sous forme minérale dans le sol. La nature inerte est également connue sous l’appellation de biotope. Celle-ci regroupe l’ensemble des caractères géographiques et physico-chimiques de l’écosystème (climat, nature du sol, relief, eau…). Pour analyser et décrire un écosystème donné, on utilise la notion de facteur écologique. Est dit facteur écologique, tout élément du milieu extérieur susceptible d’affecter le développement des êtres vivants.

A ce titre, on distingue plusieurs types de facteurs écologiques:

  • les facteurs biotiques, liés aux composantes biologiques (biocénose), interactions du vivant sur le vivant, intraspécifique (au sein de la même espèce) et interspécifique (entre deux espèces différentes ou plus) ;

  • les facteurs abiotiques, liés aux conditions physico-chimiques du milieu (biotope).

Un facteur écologique joue le rôle de facteur limitant lorsqu’il conditionne les possibilités de succès d’un organisme dans ses tentatives de colonisation d’un milieu. Ce facteur peut être limitant tant par son absence que par son excès. Chaque être vivants présente donc vis-à-vis des facteurs écologiques des limites de tolérances entres lesquelles se situe la zone de tolérance et l’optimum écologique. Ainsi la valence écologique d’une espèce représente sa capacité à supporter les variations plus ou moins grandes d’un facteur écologique.

Les facteurs écologiques peuvent donc agir de différentes façons sur la biocénose. Ils vont notamment intervenir sur :

  • l’aire de répartition biogéographique des espèces ;

  • la densité des populations ;

  • l’apparition de modifications (comportement, métabolisme) adaptatives.

Ainsi lorsque la présence de telle ou telle espèce nous renseigne sur les caractéristiques de son milieu, celle-ci sera appelée bio-indicateur (coquelicot sur sol calcaire ensoleillé, bruyère en sous-bois sur sol acide…). Les caractéristiques propres (un biotope impliquant telle type de biocénose et inversement) à chaque écosystème permettent un zonage tel que celui reproduit sur la page suivante à l’échelle des écorégions. Dès lors pour chaque type écosystème, il est possible d’associer à ce zonage : un mode de fonctionnement, des biens et des services produits, des risques et menaces connus….

L'écosystème dans -> NOTIONS D'ECOLOGIE image0012

Source : Millenium Ecosystem Assessment

    Les êtres humains, en tant que partie intégrante[1] des écosystèmes, tirent bénéfices des « biens et services » produit par le fonctionnement des  écosystèmes. Les services produits par les écosystèmes comprennent les services de prélèvement tels que celui de la nourriture et de l’eau; les services de régulation comme la régulation des inondations, de la sécheresse, de la dégradation des sols, et des maladies ; les services d’auto-entretien tels que la formation des sols, le développement du cycle nutritionnel; enfin les services culturels tels que les bénéfices d’agrément, les bénéfices d’ordre esthétiques et les autres avantages non matériels. Ces différents « services » résultent du fonctionnement des écosystèmes, c’est-à-dire de l’ensemble des réactions biogéochimiques[2] affectant la biosphère et se caractérisant par des échanges permanant de matière et d’énergie le long des différents cycles (eau, carbone, azote…) et chaines alimentaires.

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Du fait des différents cycles (ici celui de l’eau), tous les écosystèmes sont fortement ouverts les uns aux autres. Il existe cependant des frontières plus ou moins poreuses dénommées écotones. La lisière d’un bois le séparant d’une parcelle agricole, une haie coupe vent en sont de bons exemples. Comme toute frontière ces zones sont d’importants lieux de transit et d’échange, connaissant une diversité biologique accrue du fait du mélange des qualités des divers écosystèmes la composant. L’un des écotones les plus connu est la zone humide, zone de transition entre les milieux terrestres et aquatiques. Celles-ci constituent un vaste réseau interconnecté d’échange incluant les lacs, rivières, marais et les régions côtières. Dans le monde, on estime à minima qu’elle couvre une surface sensiblement équivalente à 25 fois le territoire français, cela bien que durant le 20ème siècle, plus de 50% des zones humides[3] d’Amérique du Nord, d’Europe et Australie aient été détruites du fait de l’urbanisation, des infrastructures de transport, du surpompage…

Services fournis par les zones humides

Approvisionnement

Nourriture Poisson, fruits, céréales
Eau douce Réservoir
Fibre et combustible Bois énergie
Biochimie Médicament
Biodiversité Matériel génétique

Régulation

Climat Régulation température et précipitations
Cycle de l’eau Recharge des nappes souterraines
Epuration de l’eau Filtration des polluants
Régulation de l’érosion Rétention des sols
Régulation des risques naturels Contrôle des inondations
Pollinisation Habitat

Support

Formation des sols Rétention des sols
Cycle des nutriments Stockage, recyclage des nutriments

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Les différents services fournis selon le type d’écosystème

Apports méthodologique de l’approche écosystémique

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     Au niveau d’un cadrage initial, il est possible de découper un territoire en sous unités fonctionnelle (écozones) et d’ainsi utiliser le concept d’écosystème comme grille de lecture structurante des évaluations.

Les conditions de vie et de production d’une collectivité dépendent toujours directement ou indirectement des services fournis par les écosystèmes locaux (eau, nourriture, bois, fibre, matériel génétique…). Aujourd’hui, le développement des transports à grande vitesse associés à une énergie peu chère, rendent possible la consommation de certains biens et services produits par des écosystèmes distants, d’où la notion de ville « hors-sol » allant capter son eau parfois à plusieurs milliers de kilomètre. Cependant la question de la durabilité et du coût global de tels systèmes d’approvisionnement lointains demeure en suspend.

En effet, les projections démographiques et la nécessaire poursuite de la croissance économique mondiale[4] vont encore accentuer la consommation de biens et services pour une offre ou capacité environnementale au mieux constante, à priori déjà saturée. A titre d’exemple les études prospectives menées dans le cadre du « Millenium Ecosystem Assessment » nous enseignent que la demande en nourriture (donc en service de prélèvement, d’auto-entretient…) pourrait croître de 70 à 80% sur les 50 prochaines années. Avec quels écosystèmes ?

Cette demande croissante engendrera nécessairement des difficultés plus grandes pour les collectivités au niveau de l’accès aux ressources et augmentera pour tous le coût de la sécurisation des approvisionnements, d’où le concept de vulnérabilité territoriale.

Vulnérabilité territoriale et évaluation

      Du fait de l’interconnexion de tous les écosystèmes, se croise sur un même territoire des échelles de temps hétérogènes. L’environnement global (climat, grands cycles biogéochimiques) qui évolue sur la longue période, l’environnement local (production de biomasse) sur la moyenne, les collectivités humaines sur la courte période. L’exemple suivant nous montre comment une déforestation exercée même à longue distance d’un territoire, peut par effets successifs, avoir un impact non négligeable sur l’environnement local ce dernier.

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Que dire également du changement climatique, véritable producteur d’incertitudes affectant l’environnement global. Ces temporalités et frontières mouvantes au sein des territoires renforcent le besoin prospectif des analyses.

image012 dans Monde animal image011 dans Monde végétal

Pour tenir compte de ces dépendances et interconnections multiples, des temporalités et distances de contamination variables, l’approche écosystèmique des territoires parait la plus pertinente.

Conclusion et synthèse

    Retenons donc qu’il existe des relations directes et indirectes entre vulnérabilité de l’environnement, au sens de l’ensemble des écosystèmes présent sur un territoire, et vulnérabilité  des collectivités humaines qui y sont inclus et vivent pleinement, sur un territoire, des biens et services procurés par ses écosystèmes.

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Source : Millenium Ecosystem Assessment

    Illustrant cette approche, le Global Environmental Change and Human Security Project a cartographié les régions soumises à un fort stress écologique associé à une vulnérabilité du bien-être des populations. Pour ce faire a été développé un index, ‘‘index of vulnerability’’, résultat de l’agrégation de 12 indicateurs et dont la matrice d’analyse est représentée ci-dessous.

Indicateurs composants l’index de vulnérabilité

  • Food import dependency ratio,

  • Water scarcity,

  • Energy imports as percentage of consumption,

  • Access to safe water,

  • Expenditures on defense versus health and education,

  • Human freedoms,

  • Urban population growth,

  • Child mortality,

  • Maternal mortality,

  • Income per capita,

  • Degree of democratization,

  • Fertility rates.

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Source : International Human Dimensions Programme on Global Environmental Change



[1] L’être humain a donc lui aussi une valence écologique, celle-ci est artificiellement largement étendue par la maîtrise de l’énergie et les outils techniques.

[2] Les interactions existantes entre les différents êtres vivants (facteur biotique) vont de pair avec un mixage permanent avec des substances organiques et minérales (facteur abiotique), absorbés par les organismes vivants pour leur croissance et reproduction, puis rejetés sous forme de déchets. Ce recyclage permanent d’éléments (en particulier carbone, oxygène, azote et l’eau) est appelé cycle biogéochimique.

[3] 90% en Californie, 67% en France…

[4] Infrastructure de transport, urbanisation, consommation de matières premières…

Festival international du film de l’environnement : prix 2003 du documentaire

La Loi de la jungle, film documentaire de Philippe Lafaix, 2003, 53 minutes

http://video.google.com/videoplay?docid=-515846276481136594

Site internet du Festival International du Film d’Environnement

Suivez les abeilles…

     En 2005, les ruches des campagnes ont subi 33 % de perte de population contre 6 % seulement en ville. Victime des pesticides, de l’assèchement des zones humides et de la modification des écosystèmes, l’abeille disparaît des campagnes. Depuis 1993-1994, les pertes sont estimées de 20% à 45% selon les régions. Or l’abeille constitue dans les écosystèmes une relation quasi unique entre l’animal et le végétal. Pas d’abeilles = pas de pollinisation = disparition de certaines espèces végétales = disparition de certaines espèces animales … Ce qu’Einstein traduisait de manière polémique par : « si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre ». Plus de 80% des espèces végétales sont pollinisées par les abeilles. 

Suivez les abeilles... dans -> ACTUS abeille2

     Les abeilles et autres oiseaux sembleraient donc avoir déjà compris une chose importante. Tout du moins une chose que nous autres humains ne devinons pas clairement comme nous en restons le plus souvent à une vision symbolique et confuse de la « nature »: plus ce que nous voyons est vert et plus c’est propre. Or entre des campagnes de plus en plus polluées et des villes dont les ressources financières permettent de réduire les pollutions, tout en favorisant leurs transferts vers les campagnes, une telle vision devient de plus en plus erronée.

Aujourd’hui, pesticides, métaux, hormones diverses et antibiotiques présents dans nos eaux usées viennent s’accumuler dans les nappes phréatiques de sorte que nous créons le parfait bouillons de culture de nos maladies de demain. Or si les divers groupements en charge de la potabilisation des eaux des principales agglomérations ont sans doute les capacités (techniques, humaines et financières) de réduire les risques sanitaires associés, il n’en n’est pas du tout de même au niveau des petits groupements ruraux. A terme, c’est donc à une véritable fracture territoriale qu’il faut s’attendre : une eau de plus en plus « sécurisée » en ville, une eau de plus en plus « fragilisée » dans les campagnes. Pour les villes, après avoir exploité les ressources naturelles de campagnes de plus en plus distantes (tant du point de vue qualitatif que quantitatif), celles-ci pourraient se voir  »noyées » en retour par un exode rural (pollution humaine de type surpopulation) du fait de l’apparition de zones grises un peu partout sur les territoires.

abeille dans -> NOTIONS D'ECOLOGIE

     Les voitures circulent certainement dans les villes, mais les NOx émis par les échappements sont transférés dans les campagnes voisines sous l’effet des vents. Aujourd’hui les pollutions à l’ozone, les dépassement de seuils concernent l’ensemble des territoires indépendamment de leurs usages. Par ailleurs, les industries les plus polluantes ont été petit à petit transférées des centres vers les périphéries éloignées des villes. Des agglomérations où les progrès réalisés dans les modes de chauffage urbain ont réduit bon nombre des pollutions (SO2, CO). Au final la tendance actuelle est assez claire, des villes de plus en plus consommatrices (énergie, matière) mais de moins en moins polluées, des campagnes de plus en plus exploitées et de plus en plus polluées.

En 1950, environ 750 millions de personnes vivaient dans les villes. En 2000, ce chiffre s’était élevé à 2,9 milliards. Les Nations unies prévoient qu’en 2050 plus des deux tiers d’entre nous vivront dans des villes, soit environ 6 milliards d’individus. Une telle concentration n’est pas tenable au regard des transferts à mettre en oeuvre pour l’alimenter… sauf à penser que ces villes hors sol constitueront les inévitables super arches de Noé de demain.

Education et écologie : un concept intégrateur

     Dans son ouvrage, « la pensée chinoise » le sinologue et sociologue Marcel Granet nous enseignait que « [...] les Chinois n’ont aucun goût pour les symboles abstraits. Ils ne voient dans le Temps et l’Espace qu’un ensemble d’occasions et de sites. Ce sont des interdépendances, des solidarités qui constituent l’ordre de l’Univers. On ne pense pas que l’homme puisse former un règne dans la Nature ou que l’esprit se distingue de la matière. Nul n’oppose l’humain et le naturel, ni surtout ne songe à les opposer, comme le libre au déterminé. »

La pensée écologique ne serait-elle pas précisément le fruit d’une synthèse possible entre un occident analytique cartésien et une pensée orientale systémique, fruit d’un Tao pour lequel « rien n’est indifférent » ?

     Joël de Rosnay dans son article Education, Ecologie et Approche Systémique de juin 1994 nous invitait implicitement à cette réflexion. Loin de s’opposer, esprit analytique et systémique sont complémentaires dans un certain rapport ou mode de pensée : « l’écologie est un concept intégrateur, un mode de pensée global qui matérialise aujourd’hui l’irruption de la systémique dans l’éducation, l’industrie et la politique […] l’approche systémique, fille de la cybernétique et de la biologie, est aujourd’hui complémentaire de la vision analytique héritée de Descartes. » 

Education et écologie : un concept intégrateur dans -> CAPTURE de CODES : image00116

La systémique comme intégration des points de vue

     Mode de pensée encore à constituer à partir de fragments dont Rosnay nous propose une sélection scientifique (cybernétique, biologie moléculaire…) : « l’histoire et la référence à d’autres disciplines peuvent éclairer l’écologie. Par exemple le rapprochement avec l’économie, la cybernétique ou la biologie. L’écologie c’est la science de notre maison terrestre comme l’économie est la règle de gestion de cette même maison. »  Mais on ne reste pas seulement dans le domaine scientifique dans la mesure où : « l’écologie est plus qu’une discipline scientifique. Elle représente une nouvelle vision du monde et de l’homme dans la nature […] Le « métabolisme » des sociétés humaines est incomplet. Il comprend bien une phase de catabolisme, de dégradation d’énergie et de matériaux, mais non d’anabolisme, c’est-à-dire de traitement de ceux-ci en vue d’une reconstitution des réserves planétaires. Nous devons donc nous livrer à une sorte de macro-ingénierie à l’échelle écologique afin de « refermer » ces boucles aujourd’hui « ouvertes » sur notre environnement, en particulier pour le traitement des déchets. ». 

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Mais l’auteur va plus loin et s’interroge déjà sur le comment de l’apprendre à apprendre de ce nouveau mode de pensé, comment l’intégrer dans nos programme scolaire ? Sous quelles conditions ? « Il s’agit plus de communiquer une nouvelle culture que d’enseigner des disciplines de base. Il s’agit aujourd’hui de passer de l’émotion à la responsabilité grâce à une culture scientifique et technique permettant de relier les éléments épars reçus par l’éducation ou les médias […] Ainsi se pose la question majeure de la transmission des savoirs qu’elle implique. Comment faire entrer l’écologie dans l’enseignement traditionnel ? Quelle place doit-elle prendre ? […] Le nouvel « écocitoyen » doit mieux comprendre comment situer et insérer son action locale dans un ensemble global : celui des grandes fonctions du métabolisme planétaire […] Il faut donc aujourd’hui de nouvelles méthodes et de nouveaux outils pour former à l’écologie..» 

« L’éducation systémique appliquée à l’écologie utilise plusieurs moyens de communication complémentaires pour toucher ses publics et fait appel à différents niveaux de « lecture » de ses messages. Un de ses principaux objectifs est d’aider à s’élever pour mieux voir, à relier pour mieux comprendre et à situer pour mieux agir […] L’effort d’éducation en écologie doit être mobilisateur et interrogateur. Plutôt que de fournir des connaissances prédigérées, cette pédagogie moderne est un tremplin pour l’exercice créateur de la réflexion individuelle et collective. Elle est aussi et surtout un ferment pour une nouvelle culture multidimensionnelle adaptée à la compréhension des grands problèmes écologiques. » 

Lire l’article

Un atlas du changement environnemental (UNEP-Google Maps)

China

Urbanisation de la région de Shenzhen : http://na.unep.net/digital_atlas2/webatlas.php?id=41

Le Programme des nations unis pour l’environnement, en association avec les éditeurs du logiciel Google Earth, propose une cartographie comparée et commentée des différentes zones du monde ayant connu, sur les 20 ou 30 dernières années, les plus grands changements dans l’occupation des sols (urbanisation, déforestation, désertification…).
Voir en ligne : http://na.unep.net/digital_atlas2/google.php

US

Urbanisation de la région aride de Las Vegas : http://na.unep.net/digital_atlas2/webatlas.php?id=83

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