La perspective de l’alcyon : le corps conciliateur

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« Tout ce que nous autres, les alcyoniens, cherchons en vain chez Wagner : la gaya scienza ! Les pieds ailés, l’esprit, la flamme, la grâce, la danse des étoiles  » Nietzsche contre Wagner

« Il faut beaucoup de chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse » Ainsi parlait Zarathoustra

«  Qu’il soit perdu pour nous, le jour où nous n’avons pas dansé  » Ainsi parlait Zarathoustra

« On voit à la démarche de quelqu’un s’il a trouvé sa route, car l’homme qui approche du but ne marche pas; il danse » Nietzsche

« Je ne sais rien qu’un philosophe souhaite plus qu’être un bon danseur. Car la danse est son idéal, son art aussi, sa seule piété enfin : son culte » Le Gai savoir

« Des vérités faites pour nos pieds, des vérités qui se puissent danser » Nietzsche

« Il faut apprendre  » à tout considérer comme un geste : la longueur et la césure des phrases, la ponctuation, les respirations » Les dix commandements de l’école du style, aphorismes rédigés par Nietzsche pour Lou Andréas Salomé

     Ce qu’accomplit le danseur, c’est le dépassement des antinomies. Le corps dansant a le pouvoir d’unir les contraires, de laisser advenir , dans les contraires mêmes, une identité par le fond. Aussi, pour Nietzsche, le danseur est-il à la fois de la terre et du ciel, fils de la pesanteur et de la légèreté, médiateur entre le visible et l’invisible, réconciliateur des forces animales et des forces spirituelles, du corps et de l’esprit. La danse est le lieu fécond de la coïncidence des contraires. Pour Nietzsche dont le corps est malade, pour Nietzsche qui souffre de migraines violentes (le corps a mal là où il pense, là où il œuvre), la danse est identifiée à cet oiseau marin, présage de calme et de paix – «  l’alcyon  ». Michèle Finck

Alcyon pie en vol

     Puisque la vérité dernière exile l’esprit hors de la nature où il peut vivre et prospérer, la volonté de puissance irait inéluctablement à sa perte, si elle devait suivre l’injonction inconditionnelle à la probité et à la justice. « La connaissance est pour l’humanité un magnifique moyen de s’anéantir elle-même «  (X, 160). Pour échapper à cette menace, l’homme assigne une limite à sa véracité, il se fait l’avocat de l’apparence vitale ; cette apparence sanctifiée grâce au renoncement lucide de l’esprit le plus véridique, c’est l’art. « Nous avons l’art, dit Nietzsche, afin de ne pas mourir de la vérité » (XVI, 248). En effet,  »si nous n’avions pas approuvé les arts et inventé cette sorte de culte du non-vrai, nous ne saurions du tout supporter la faculté que nous procure maintenant la science, de comprendre l’universel esprit de non-vérité et de mensonge, de comprendre le délire et l’erreur en tant que conditions de l’existence connaissante et sensible » (V, 142). D’après source : Encyclopédia Universalis 2004

« Nietzsche est le philosophe de la vie. Il célèbre le corps en marche, le corps emporté par le mouvement, la danse, la musique [...] Contre le nihilisme qui, rongeant son époque, nie la vie et s’abîme dans le séculaire mépris du corps, Nietzsche propose une nouvelle image de la pensée. Une philosophie à coups de marteau qui fait tinter les entrailles des vieilles (et creuses) idoles et s’éprend de l’apesanteur, du geste, de la musique. Ainsi, se libérant des illusions métaphysiques, Nietzsche veut proposer une esthétique de l’existence [...] » D’après le dossier Nietzsche contre le nihilisme, Magazine littéraire n° 383 -Janvier 2000

Mensch, gib acht !

Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche : Le chant de la danse

     Un soir Zarathoustra traversa la forêt avec ses disciples; et voici qu’en cherchant une fontaine il parvint sur une verte prairie, bordée d’arbres et de buissons silencieux: et dans cette clairière des jeunes filles dansaient entre elles. Dès qu’elles eurent reconnu Zarathoustra, elles cessèrent leurs danses; mais Zarathoustra s’approcha d’elles avec un geste amical et dit ces paroles:

« Ne cessez pas vos danses, charmantes jeunes filles! Ce n’est point un trouble-fête au mauvais œil qui est venu parmi vous, ce n’est point un ennemi des jeunes filles! Je suis l’avocat de Dieu devant le Diable: or le Diable c’est l’esprit de la lourdeur. Comment serais-je l’ennemi de votre grâce légère? L’ennemi de la danse divine, ou encore des pieds mignons aux fines chevilles?

Il est vrai que je suis une forêt pleine de ténèbres et de grands arbres sombres; mais qui ne craint pas mes ténèbres trouvera sous mes cyprès des sentiers fleuris de roses. Il trouvera bien aussi le petit dieu que les jeunes filles préfèrent: il repose près de la fontaine, en silence et les yeux clos.

En vérité, il s’est endormi en plein jour, le fainéant! A-t-il voulu prendre trop de papillons? Ne soyez pas fâchées contre moi, belles danseuses, si je corrige un peu le petit dieu! Il se mettra peut-être à crier et à pleurer, mais il prête à rire, même quand il pleure!

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Et c’est les yeux pleins de larmes qu’il doit vous demander une danse; et moi-même j’accompagnerai sa danse d’une chanson. Un air de danse et une satire sur l’esprit de la lourdeur, sur ce démon très haut et tout puissant, dont ils disent qu’il est le « maître du monde ».

Et voici la chanson que chanta Zarathoustra, tandis que Cupidon et les jeunes filles dansaient ensemble:

Un jour j’ai contemplé tes yeux, ô vie! Et il me semblait tomber dans un abîme insondable! Mais tu m’as retiré avec des hameçons dorés; tu avais un rire moqueur quand je te nommais insondable.

« Ainsi parlent tous les poissons, disais-tu; ce qu’ils ne peuvent sonder est insondable. Mais je ne suis que variable et sauvage et femme en toute chose, je ne suis pas une femme vertueuse: Quoique je sois pour vous autres hommes « l’infinie » ou « la fidèle », « l’éternelle », « la mystérieuse ». Mais, vous autres hommes, vous nous prêtez toujours vos propres vertus, hélas! Vertueux que vous êtes! »

C’est ainsi qu’elle riait, la décevante, mais je me défie toujours d’elle et de son rire, quand elle dit du mal d’elle-même. Et comme je parlais un jour en tête-à-tête à ma sagesse sauvage, elle me dit avec colère: « Tu veux, tu désires, tu aimes la vie et voilà pourquoi tu la loues! »

Peu s’en fallut que je ne lui fisse une dure réponse et ne dise la vérité à la querelleuse; et l’on ne répond jamais plus durement que quand on dit « ses vérités » à sa sagesse. Car s’est sur ce pied-là que nous sommes tous les trois. Je n’aime du fond du cœur que la vie – et, en vérité, je ne l’aime jamais tant que quand je la déteste!

Mais si je suis porté vers la sagesse et souvent trop porté vers elle, c’est parce qu’elle me rappelle trop la vie! Elle a ses yeux, son rire et même son hameçon doré; qu’y puis-je si elles se ressemblent tellement toutes deux?

Et comme un jour la vie me demandait: « Qui est-ce donc, la sagesse? » J’ai répondu avec empressement: « Hélas oui! La sagesse! On la convoite avec ardeur et l’on ne peut se rassasier d’elle, on cherche à voir sous son voile, on allonge les doigts vers elle à travers les mailles de son réseau.

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Est-elle belle? Que sais-je! Mais les plus vieilles carpes mordent encore à ses appâts. Elle est variable et entêtée; je l’ai souvent vue se mordre les lèvres et de son peigne emmêler ses cheveux. Peut-être est-elle mauvaise et perfide et femme en toutes choses; mais lorsqu’elle parle mal d’elle-même, c’est alors qu’elle séduit le plus. »

Quand j’eus parlé ainsi à la vie, elle eut un méchant sourire et ferma les yeux. « De qui parles-tu donc? dit-elle, peut-être de moi? Et quand même tu aurais raison – vient-on vous dire en face de pareilles choses! Mais maintenant parle donc de ta propre sagesse! »  Hélas! Tu rouvris alors les yeux, ô vie bien-aimée! Et il me semblait que je retombais dans l’abîme insondable.  

Ainsi chantait Zarathoustra. Mais lorsque la danse fut finie, les jeunes filles s’étant éloignées, il devint triste. « Le soleil est caché depuis longtemps, dit-il enfin; la prairie est humide, un souffle frais vient de la forêt. Il y a quelque chose d’inconnu autour de moi qui me jette un regard pensif. Comment! Tu vis encore, Zarathoustra? Pourquoi? A quoi bon? De quoi? Où vas-tu? Où? Comment? N’est-ce pas folie que de vivre encore? Hélas! Mes amis, c’est le soir qui s’interroge en moi. Pardonnez-moi ma tristesse! Le soir est venu: pardonnez-moi que le soir soit venu! »

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Lire Poésie moderne et danse : le corps en question, un article de Michèle Finck.

Voir le site webnietzsche

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