Le quotidien l‘express proposait un Blog dédié à l’urgence écologique, dans le but de recueillir l’avis des internautes sur la composition des 25 mesures constituant son « manisfeste pour sauver la planète« . Rien que ça ! Le résultat final présente ainsi un catalogue de mesures, agrémenté de la signature caution des quelques people autorisés au débat. Disons le tout de suite, et pour reprendre l’expression à la mode actuellement, nous sommes assez loin de faire de l’écologie (politique) autrement.
En avant propos, il est précisé la ligne suivante : « en insistant sur la modification non pas de nos comportements individuels, ce qui demeure nécessaire, mais des politiques publiques. » Les différentes mesures sont alors classées par grands thèmes chapeaux, selon l’ordre suivant :
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faire émerger un droit d’ingérence environnemental reposant sur un droit mondial de l’environnement;
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proposer des normes strictes et une consommation responsable dans les équipement-consommation-échanges;
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développer une fiscalité écologique;
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favoriser une meilleure information sur notre environnement;
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favoriser une plus grande inventivité en matière de recherche environnementale;
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développer des transports plus écologiques et pour le développement des énergies alternatives;
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favoriser une agriculture «raisonnée et raisonnable»;
Au final, rien de véritablement nouveau sous le soleil, tout en soulignant qu’il est bien difficile de ne pas être en accord vec les objectifs proposées. Le reproche principal de l’ensemble concernerait donc, comme souvent, l’absence de perspective d’ensemble permettant d’accompagner ce qui pour l’heure ne reste qu’un catalogue de souhaits débouchant sur des mesures contraignantes.

Car à l’heure où notre société s’interroge sur la perte de ses tissus sociaux, industriels… autrement dit sur la perte de lien, il semblerait intéressant de penser dans un même mouvement d’ensemble la question écologique. Celle-ci ne se résume pas à la protection de la nature, mais bien aux conditions même de reproduction de nos modes de vie. En ce sens, il conviendrait d’articuler écologie environnementale et sociale sous peine de passer à côté de la véritable question, de ne faire que du vieux avec de l’ancien, pour au final les même conséquences. Si en 2005 l’ADEME notait qu’environ 25% des français liaient encore effet de serre et trou dans la couche d’ozone, en 2007 on ne pouvait que remarquer les difficultés de cette communication d’urgence écologique à assurer une présence pérenne dans les débats publics. Malheureusement on préferera retenir que les « gens » ne sont pas prêts à entendre, plutôt que de penser que c’est le type même de communication qui est inefficace. Car si l’écologie « naturelle » aime le concept de recyclage, il n’en n’est peut-être pas de même pour celle des idées.
Remarquant la diminution des liens, il conviendrait sans doute de s’exprimer plus précisément et de préférer parler d’une réorganisation générale des liens. Autrefois centrées dans l’espace public de la rue, les capacités de connections sont maintenant multipliées et intériorisées dans les appartements individuels. Dès lors, dans ce qui apparaît comme un mouvement de lente substitution du monde réel-collectif par le virtuel-privé, comment penser que le rapport au monde des individus n’en soit pas profondément bouleversé ? Comment penser que de seules solutions contraignantes de niveau collectif puissent venir s’opposer à des changements encore mal identifiés ?
Nous ne feront pas l’économie de repenser notre rapport au monde tout en interrogeant réellement le chemin parcouru jusqu’ici. Or de cette interrogation intérieure, nous n’en sommes pas capables à l’heure actuelle. Seul le développement de la Chine et de l’Inde nous amène aujourd’hui à quelque peu repenser le nôtre. La crise « écologique » n’est pas une crise de la nature, c’est avant tout la crise organisationnelle et sociale d’une espèce parmi d’autres. Comme le soulignait Spinoza, l’homme n’est pas un empire dans un empire. Alors s’il est souhaitable de proposer quelques sparadraps intérimaires, les véritables questions ne s’en trouvent pas moins repoussées à demain. Mais la question écologique, telle qu’elle se pose à nous, est bien plus la réactualisation de la question de l’homme. Un nouvel avatar de celle-ci, son éternel retour…
A partir de ce constat, il semble important de favoriser la prise de conscience individuelle des termes même de la question, à travers l’éducation et l’invitation à l’interrogation personnelle. Soutenir que la planète va exploser demain, affirmer des chiffres et moraliser sur des pourcentages, tout cela n’a jamais empêché la poursuite des conflits et se révèle au final le plus souvent contre productif. Quelques pistes en vrac :
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introduire à l’école une pédagogie visant à développer chez l’enfant un questionnement sur son rapport à la nature, en tant que complément du développement de ses relations à autrui. Cela à travers les exercices classiques que son la lecture, les explications de texte, les sorties et visites en extérieur, les travaux artistique, pour orienter l’attention vers …
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proposer la création d’une journée civique ou les individus participeraient à des travaux d’intérêt généraux sur des biens collectifs tels que l’eau, les forêts…, pour une pratique concrète des écosystèmes.
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favoriser le développement d’une programmation audiovisuelles et éditoriales afin de favoriser la diffusion d’une pédagogie écologique globale, au-delà de celle des groupes particuliers (chasseur, militant vert…) pour décloisonner ces questions des positions des groupes qui se l’approprient le plus souvent ;
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favoriser le développement de la recherche en sciences humaines, dans le but d’accélérer l’intégration dans le champ et les pratiques sociales des découvertes de sciences telles que l’écologie, l’éthologie, la cybernétique …
On pourrait imaginer bien d’autres pistes de réflexion reposant sur le fait que l’intelligence collective à laquelle nous aspirons ne pourra se construire que sur la biodiversité des intelligences individuelles, dans la capacité des hommes et des femmes à créer des agencements créatifs, artificiels comme naturels avec leur environnement. Apprendre à apprendre, orienter l’attention vers, plutôt que bombarder avec des chiffres standardisés. Eduction et recherche, attention particulière à la question de l’eau semblent être des axes prioritaires et prometteurs en ce sens. Mais l’urgence, toujours l’urgence …
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