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Archive mensuelle de février 2007

L’écologie de Gregory Bateson

« Il y a une écologie des mauvaises idées, comme il y a une écologie des mauvaises herbes. » Gregory Bateson 


« Vers une écologie de l’esprit »
Gregory Bateson (1904-1980)

Gregory Bateson

      Scientifique américain ayant consacré sa vie à la recherche dans des domaines très variés des sciences sociales (anthropologie, psychiatrie, cybernétique), Gregory Bateson  s’est principalement attaché à penser une épistémologie[1] nouvelle à partir des matériaux de la cybernétique (rapports du tout à ses éléments et critique de la disjonction substantialiste entre sujet et objet), de la théorie des systèmes (étude des boucles et systèmes d’interaction complexes) et des types logiques (mise en perspective hiérarchique des relations). 

De ce « contexte » épistémologique, les travaux de G. Bateson ne cesseront d’approfondir les questions relatives au « soi » dans la relation complémentaire de celui-ci avec le système plus vaste qui l’inclut. Ainsi : « l’observateur appartient au champ même de l’observation et que, d’autre part, l’objet de l’observation n’est jamais une chose, mais toujours un rapport ou une série indéfinie de rapports. » En conséquence, un système de communication n’est donc plus le fait d’une individualité physique constituée, mais d’un vaste réseau de voies empruntées par des messages.

Dès lors, à l’opposition classique entre immanence et transcendance, « l’épistémologie cybernétique » de Bateson propose de substituer une approche nouvelle par où l’esprit individuel est immanent. Mais pas seulement dans le corps ! Il l’est également dans les voies et messages extérieurs au corps. Précisément dans la mesure où l’esprit humain n’est qu’un sous-système d’un esprit plus vaste, ce dernier étant lui-même immanent à l’ensemble interconnecté formé par le système social et l’écologie planétaire.

A la question : « que diable entendez-vous par écologie de l’esprit ? » Bateson répondait :

« ce que je veux dire, plus ou moins, c’est le genre de choses qui se passent dans la tête de quelqu’un, dans son comportement et dans ses interactions avec d’autres personnes lorsqu’il escalade ou descend une montagne, lorsqu’il tombe malade ou qu’il va mieux. Toutes ces choses s’entremêlent et forment un réseau [...] On y trouve à la base le principe d’une interdépendance des idées qui agissent les unes sur les autres, qui vivent et qui meurent. [...] Nous arrivons ainsi à l’image d’une sorte  d’enchevêtrement complexe, vivant, fait de luttes et d’entraides, exactement comme sur n’importe quelle montagne avec les arbres, les différentes plantes et les animaux qui y vivent – et qui forment, en fait, une écologie »[2].

La note qui suit tentera de présenter quelques uns des concepts de bases de la pensée de G. Bateson (cybernétique et type logique), en insistant sur le concept de conscience non assistée et le rôle de l’art en tant qu’outils d’accessibilité au système écologique planétaire.

Système et cybernétique

      Dans sa définition classique[3], la cybernétique est une science destinée à couvrir l’ensemble des phénomènes qui mettent en jeu des mécanismes de traitement de l’information (transport des messages à travers des réseaux de communication, prédiction, organisation et régulation des systèmes biologiques). Celle-ci diffère donc de la théorie de l’information (codage, décodage, stockage, transport, filtrage de l’information, etc.) en ce  « qu’elle ne s’intéresse pas aux systèmes concrets qui opèrent sur de l’information » mais bien à la structure logique de leur fonctionnement.
Autrement dit, si l’étude de la transmission des signaux se fait à la lumière de la théorie de l’information, on pourra néanmoins étudier les transformations systématiques auxquelles sont soumises les informations représentées par ces signaux en faisant complètement abstraction de ceux-ci. Voilà qui est précisément le point de vue de la cybernétique.

Pour Bateson, la description d’une organisation en termes de correspondance, d’adaptation et de convenance aux conditions du contexte et de l’environnement révèle de l’explication cybernétique, type logique différent de celui de l’explication causale. Il ne s’agit plus de savoir « pourquoi quelque chose s’est produit » mais de savoir quelles contraintes ont fait que « n’importe quoi ne se soit pas produit ».

·  Dans l’explication causale, dite « positive », la trajectoire ou le comportement d’un élément est considéré comme entièrement prédictible à partir des conditions initiales (relation linéaire de cause à effet).

· Dans l’explication cybernétique, dite « négative », l’examen des restrictions ou contraintes du système montre que seule une « réponse appropriée » aux différentes contraintes peut survivre, se développer et se reproduire.

« […] En termes cybernétiques, on dit que le cours des événements est soumis à des restrictions, et on suppose que, celles-ci mises à part, les voies du changement n’obéiraient qu’au seul principe de l’égalité des probabilités. En fait, les restrictions sur lesquelles se fonde l’explication cybernétique peuvent être considérées, dans tous les cas, comme autant de facteurs qui déterminent l’inégalité des probabilités [...] Idéalement – et c’est bien ce qui se passe dans la plupart des cas – dans toute séquence ou ensemble de séquences, l’événement qui se produit est uniquement déterminé en termes d’une explication cybernétique. Un grand nombre de restrictions différentes peuvent se combiner pour aboutir à cette détermination unique. Dans le cas du puzzle, par exemple, le choix d’une pièce pour combler un vide est restreint par de nombreux facteurs : sa forme doit être adaptée à celle des pièces voisines et, en certains cas, également à celle des frontières du puzzle ; sa couleur doit correspondre à celles des morceaux environnants [...] Du point de vue de celui qui essaie de résoudre le puzzle, ce sont là des indices, autrement dit des sources d’information qui le guideront dans son choix. Du point de vue de la cybernétique, il s’agit de restrictions. De même pour la cybernétique, un mot dans une phrase, une lettre à l’intérieur d’un mot, l’anatomie d’un quelconque élément d’un organisme, le rôle d’une espèce dans un écosystème, ou encore le comportement d’un individu dans sa famille, tout cela est à expliquer (négativement) par l’analyse des restrictions. [4] »

La description d’une organisation n’est donc adéquate que si l’on inclut une description des contraintes exercées par le contexte et l’environnement sur ses possibilités d’action (comportement, fonction et processus), d’agencement (structure) et de devenir (évolution). Il est de même du comportement conçu comme un « construit organisé d’activités », de la cellule jusqu’à la machine et aux institutions en passant par l’animal et l’homme, la société.
Le comportement d’une fourmi ne devient ainsi intelligible qu’au regard des contraintes topographiques de son parcours, des contraintes du ravitaillement à rapporter dans un processus stochastique du hasard des rencontres et de la nécessité de ramener la nourriture.

Niveaux et types logiques

Le terme Méta signifie « à propos de », il est issu du grec et signifie au départ « après, au-delà de »[5]. Il induit un regard de la chose sur elle-même. Un métalangage est un langage qui a pour sujet le langage, une métacommunication est une communication à propos de la communication.
Mais de la communication à la métacommunication il y a un changement de « niveau logique », dans la mesure où l’on peut distinguer le message proprement dit du message à propos du message.

Gregory Bateson va donc appliquer le concept de niveau logique, pas seulement à la communication, mais à la vie en général. Pour ce faire il s’appuiera sur le concept de « type logique » tel que développé par le mathématicien Russel[6]. Remarquant qu’un animal qui joue peut simuler le comportement d’agression de sorte que l’animal lui faisant face sera capable de distinguer un cadre ludique, ne se sentira pas menacé, il est amené à dire que la métacommunication trace donc un cadre (contexte) qui influence le sens de la communication de base (i.e. le comportement d’agression).
Cette distinction des couches qui englobent les précédentes constitue la « hiérarchie naturelle» telle que définie par Bateson.

Les types logiques ont été définies au début du vingtième siècle par Russel et Whitehead et sont liées aux concepts de classe et de classification. Des éléments ayant des caractéristiques communes peuvent être rassemblés pour former une classe d’éléments partageant les mêmes caractéristiques. La classe des éléments ainsi formée est d’un type logique différent de celui des éléments proprement dit, dans la mesure où il est exclu qu’une classe soit membre d’elle-même (la classe des oiseaux n’est pas un oiseau) et qu’une classe ne peut être membre de sa non-classe (la classe des oiseaux n’appartient pas à la classe des non oiseaux). La notion de classe définit ainsi un niveau logique supérieur par rapport à ses éléments.

« Un bibliothécaire dresse le catalogue des livres dont il a la charge et, lorsqu’il a terminé, se demande où situer son catalogue. En effet, son catalogue a bien l’apparence d’un livre, mais il n’est pas du même ordre ou niveau que les livres qu’il classifie et répertorie. Le catalogue des livres n’est pas un livre. C’est le livre des livres ou « méta-livre ». Il ne peut pas se répertorier lui-même et être à la fois un des membres et la classe. Il est d’un niveau de type logique supérieur à celui des livres qu’il classifie. C’est la représentation des livres, elle cartographie les livres, comme la carte pour le territoire, le menu pour le repas. C’est une représentation des livres qui y sont représentés. Comme le catalogue n’est pas du même ordre ou niveau que les livres qu’il classifie et répertorie, cette historiette de bibliothécaire n’est pas du même ordre que le texte qu’elle commente. C’est pour souligner cette distinction, en rupture radicale, entre le message (le texte) et le méta-message (le commentaire) ou message sur (ou au sujet de) le message qu’a été introduite une rupture typographique marquée. De la même façon, les règles du jeu ne sont pas du jeu et ne sont pas en jeu, comme le méta-message qui « cadre » le message et le situe en indiquant la manière de comprendre le message. » (source article Wikipédia sur la théorie des contextes)

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Gregory Bateson part donc de ces concepts logiques pour les appliquer au monde du vivant, et plus particulièrement à l’apprentissage (voir table suivante). En incluant le niveau de communication de base, le méta-niveau l’influence et de nouvelles propriétés peuvent émerger, celles-ci pouvant radicalement différer de celles du niveau de départ. Afin de se représenter la chose, l’image des poupées russes qui s’emboitent les unes dans les autres serait sans doute plus adéquate qu’une simple métaphore spatiale représentant des niveaux successif empilés les uns sur les autres.

« Le stimulus est un signal élémentaire interne ou externe. Le contexte du stimulus est un métamessage qui classifie le signal élémentaire. Le contexte du contexte du message est un méta-métamessage etc. etc.…Le contexte est un terme collectif désignant tous les événements qui indique à l’organisme à l’intérieur de quel ensemble de possibilités il doit faire son prochain choix. Il y a donc des indicateurs de contexte. Un organisme répond différemment au même stimulus  dans des contextes différents. Quel est donc la source informative de l’organisme ? Il existe des signaux dont la fonction est de classifier les contextes. Indicateur de contexte de contexte… » (Source Bateson, vers une écologie de l’esprit tome 1 (309-310)

Systèmes et métasystèmes 

Pour Bateson, le concept de type logique à une implication directe sur le rapport du tout à ses éléments : « la contradiction entre le tout et la partie [...] est tout simplement une contradiction dans les types logiques [car] le tout est toujours en métarelation avec ses parties. »

« Le système minéral de la lithosphère oriente et délimite les possibilités de vie du système organique de la biosphère. Ce système organique, lui même, oriente et délimite les possibilités d’association des congénères animaux et végétaux du système social de la sociosphère. Le système organique est alors le contexte du système social ou métasystème social c’est-à-dire le système du système social et le système minéral comme « métasystème organique » ou encore métamétasystème social.
Ainsi, l’écosystémique de la foresterie et de la pêcherie, à la base, s’occupe du système social de l’association des arbres et des poissons avec son environnement ; cet environnement est le système organique, qui est lui-même dans un environnement qui est le système minéral de la lithosphère qui oriente et délimite les possibilités de vie sur la planète. »
 (
D’après source article Wikipédia sur la Théorie des contextes).

L’approche écosystémique est ainsi une façon de percevoir à la fois l’arbre et la forêt, sans que le premier ne masque la seconde. L’arbre est perçu comme une configuration d’interactions appropriée aux conditions de vie dans le contexte forestier, en association avec d’autres arbres qui forment sa « niche écologique ».

Apprendre à apprendre

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Bateson propose de distinguer une suite hiérarchisée de quatre catégories d’apprentissage classées le long d’une échelle de type logique. Attention ! Un niveau d’apprentissage n’est pas un niveau de compréhension. Il existe un certain nombre de niveaux dans lesquels chaque niveau supérieur est la classe des niveaux subordonnés.
D’une manière générale, plus le niveau est élevé et moins nous comprenons le processus, plus il est difficile à l’esprit de « manœuvrer » avec. Le changement implique un processus, mais les processus eux-mêmes sont soumis au changement. Ceci implique la notion de contexte répétable comme une prémisse nécessaire à toute théorie qui définit l’apprentissage en tant que changement : « Aucun homme ne peut coucher deux fois pour la première fois avec la même fille » Héraclite.
D’un point de vue intellectuel, il peut-être utile de se référer à l’analogie du mouvement : le mot « apprentissage » indique indubitablement un changement, d’une sorte ou d’une autre. La forme de changement la plus simple et la plus familière étant le mouvement.

L’apprentissage de niveau 0 est l’expérience directe : « je mets ma main au feu, et je me brûle. » L’apprentissage zéro se caractérise par la spécificité de la réponse, qui juste ou fausse, n’est pas susceptible de correction. L’apprentissage 0 correspond à la position de l’objet.

L’apprentissage de niveau 1 est ce que nous appelons généralement « apprentissage »,  à savoir  la généralisation des expériences directes de bases : « j’ai mis ma main dans le feu, j’ai été brûlé et je ne le referai plus. » Accoutumance, conditionnement pavlovien classique…Il correspond à un changement dans la spécificité de la réponse, à travers une correction des erreurs de choix à l’intérieur d’un ensemble de possibilité. L’apprentissage 1 correspond à sa vitesse quand il bouge. 

L’apprentissage de niveau 2 contextualise les expériences de l’apprentissage de niveau 1. Il s’agit ici de développer des stratégies afin de maximiser l’apprentissage de niveau 1, à travers l’extraction de règles implicites et la mise en contexte des unités d’apprentissage de niveau 1 : « généralement je ne risque pas d’être brûlé, mais cela pourrait m’arriver si je devais sauver autrui d’un incendie. » Il correspond donc à un changement dans le processus de l’apprentissage 1, changement correcteur dans l’ensemble des possibilités où s’effectue le choix et qui se produit dans la façon dont la séquence de l’expérience est ponctuée. L’apprentissage 2 semble également être ainsi une préparation nécessaire aux troubles du comportement. A travers ses recherches sur la schizophrénie, Bateson isolera la source de cette dernière comme l’incompatibilité répétée entre un contexte et un métacontexte au cours d’un apprentissage (notion de la double contrainte). L’apprentissage 2 correspond à l’accélération ou à la décélération, soit au changement dans la vitesse de l’objet mobile.

L’apprentissage de niveau 3 contextualise les expériences de l’apprentissage de niveau 2. Il est difficile et peu fréquent même chez l’être humain. En ce sens il peut être qualifié de niveau spirituel ou existentiel : « que dit de moi le fait d’être prêt à risquer d’être brûler pour… » C’est un changement dans le processus de l’apprentissage 2, changement correcteur dans le système des ensembles de possibilité dans lequel s’effectue le choix. L’apprentissage 3 correspond à un changement dans le rythme de l’accélération ou de la décélération, soit un changement dans le changement du changement de la position…

La conscience non assistée

En signant « cet abandon des frontières de l’individu comme point de repère », et remarquant que si Freud a « étendu le concept d’esprit vers le dedans [...] à l’intérieur du corps », Bateson entend lui-même « étendre l’esprit vers le dehors ». Or ces deux mouvements ont ceci de commun qu’ils s’accompagnent de la réduction du champ du soi conscient

C’est précisément sur cette base de la réduction du champ conscient que nous tenterons d’aborder, succinctement, l’un des nombreux apports de Bateson à la pensée écologique. À travers certaines citations extraites du tome 1 de « Vers une écologie de l’esprit [7]», nous nous intéresserons plus précisément à la nature correctrice de l’art, en tant que voie d’accès aux relations par delà leurs termes (objet/sujet, objet/objet sujet/sujet). Précisément car « le dualisme est appétitif » nous dit Bateson. Ainsi, quand nous percevons notre environnement comme composé de choses et que nous ignorons les liens qui nous relient à ces choses, nous pouvons nous mettre à vouloir les posséder « bêtement ».
Qu’adviendrait-il en terme de mode d’existence si nous envisagions le monde comme un ensemble de relations ?

Codes conscients et inconscients

      L’être humain, s’il apprend à se comporter dans son environnement grâce à la coévolution,  est également « couplé à son environnement biologique par l’intermédiaire de la conscience ». C’est-à-dire qu’il a la capacité consciente de « savoir qu’il sait ». Or une grande partie de cette pensée consciente est « occupée » par l’algorithme du langage (ou processus secondaire). C’est-à-dire parler de choses et de personnes singulières  caractérisées par un système de marquage, l’emploi de la négation, la temporalité etc. etc.…

Cependant, à la suite de Nietzche, nous pouvons dire que la grande partie de nos activités est inconscience et l’algorithme qui caractérise la pensée de l’inconscient (processus primaire) est lui bien différent. Il est marqué par une double inaccessibilité :
· son accès est intermédié par le rêve, l’art, la religion, les drogues etc. etc.…
· sa traduction est difficile dans la mesure où il communique sur un mode métaphorique des relations dont les termes sont impersonnels ou non identifiés. C’est-à-dire que pour l’inconscient, seule la relation illustrée demeure inchangée. Ici, il n’existe pas de marquage indiquant la métaphore contrairement aux termes  « comme, comme si » du langage conscient.

Pour Bateson, le rôle de l’inconscient est double :
· accueillir les choses difficiles que la consciente souhaite occulter (rôle « sécuritaire ») ;
· accueillir les « habitudes » (rôle économique).

Insistons à présent sur ce second point. Bateson entend par habitudes, les choses tellement familière qu’il est inutile de les examiner autrement qu’au niveau des conclusions de l’action que la pensée implique. En conséquence, il existe donc des types de connaissance qui peuvent être reléguées à des niveaux inconscients (ce qui est commun à une affirmation particulière et à une métaphore lui correspondant), d’autres se devant d’être gardées en surface : « généralement, nous sommes capables de refouler les types de connaissance qui restent valables indépendamment des changements intervenus dans l’environnement, mais nous devons maintenir à une place accessible tous les moyens de contrôle du comportement, qui doivent être changés à chaque moment. »

Ainsi les prémisses peuvent être refoulées par mesure d’économie, mais les conclusions particulières doivent être maintenues à la conscience. D’un point de vue économique, on pourra dire que l’inaccessibilité est le prix du refoulement, ce dernier étant entendu comme une économie de pensée consciente, ressource rare au mécanisme lourd. Par conséquent, il est difficile pour tout organisme d’examiner la matrice globale d’où jaillissent ses conclusions conscientes.

Limites quantitatives et qualitatives  de la conscience

Bateson souligne l’impossibilité, pour un organisme quel qu’il soit, d’atteindre à une conscience totale. En effet, chaque nouveau pas vers celle-ci impliquerait en retour une nouvelle et importante augmentation de circuits conscients, cette nouvelle couche venant s’empiler sur les anciennes et ainsi de suite. Autrement dit, aucun système logique ne saurait décrire intégralement sa propre structure.Ainsi tous les organismes doivent se contenter d’un champ de conscience restreint, aucun ne pouvant se permettre d’être conscient de chose qu’il peut résoudre à des niveaux inconscients (économie et efficacité des circuits).

D’un point de vue qualitatif : « dans le cas d’un poste de télévision, une image satisfaisante à l’écran est certainement une indication que la plupart des éléments du poste fonctionnent correctement. » Pour Bateson, il en est de même pour l’écran de la conscience. Mais ce qui est fourni là n’est qu’une « indication très indirecte du fonctionnement de toutes les parties […]  Le poste de télé qui donne une image déformée ou autrement imparfaite, communique en ce sens quelque chose sur ses pathologies inconscientes, en exhibant leurs symptômes ». Cependant un diagnostic précis ne pourra-être donné que par un regard extérieur expert.

La conscience est donc nécessairement sélective et partielle, petite partie du réel systématiquement sélectionnée et aboutissant à une image déformée d’un ensemble plus vaste. Bateson donne ici l’exemple de l’iceberg. Si à partir de la surface visible de celui-ci nous pouvons deviner, extrapoler, le type de matière qui se trouve immergée, il n’en est pas du tout de même à partir du matériel livré par la conscience : « le système de la pensée consciente véhicule des informations sur la nature de l’homme et de son environnement. Ces informations sont déformées ou sélectionnées et nous ignorons la façon dont se produisent ces transformations. Comme ce système est couplé avec le système mental coévolutif plus vaste, il peut se produire un fâcheux déséquilibre entre les deux[8]». On devine ici exposée, l’une des causes de la crise écologique moderne.

La nature corrective de l’art…

Pour Bateson, l’ensemble de l’esprit est bien un « réseau cybernétique intégré »  de propositions, d’images, de processus etc. etc.…, la conscience, un échantillon des différentes parties et régions de ce réseau. Ainsi, au-delà de l’impossibilité économique d’une vision consciente de la totalité de ce réseau, Bateson remarque qu’une telle vision signerait également l’échec monstrueux du mécanisme d’intégration : « si l’on coupe la conscience, ce qui apparaît ce sont des arcs de circuits, non des pas des circuits complet, ni des circuits de circuits encore plus vaste. »

Une fois admises les limites de la conscience telles que définies précédemment, on pourra donc formuler l’hypothèse suivante : « ce que la conscience non assistée (par l’art, les rêves, la religion…) ne peut jamais apprécier, c’est la nature systémique de l’esprit. » Ainsi une pure rationalité projective non assistée est nécessairement pathogénique et destructrice de la vie, car : « la vie dépend de circuits de contingences entrelacés, alors que la conscience ne peut mettre en évidence que tels petits arcs de tels circuits que l’engrenage des buts humains peut manœuvrer. »

Pour nos actions quotidiennes, les conséquences néfastes sont nombreuses. Elles ont toutes ceci de commun que : « les erreurs se reproduisent à chaque fois que la chaîne causales altérée (par la réalisation d’un but conscient) est une partie de la structure de circuit, vaste ou petit, d’un système. »

Dans ce cas, pour l’homme, la surprise ne peut alors qu’être continue vis-à-vis des effets de  ses « stratégies de tête ». Prenons l’exemple suivant dans lequel nous souhaitons assainir un territoire infesté de moustiques afin d’y développer le tourisme ou l’agriculture. Nous utilisons alors du DDT pour tuer les insectes. Se faisant nous privons l’ensemble des insectivore de leur nourriture, ce qui en retour à pour effet de multiplier certaines des populations d’insectes. Nous sommes donc conduit à utiliser une plus grande quantité de DDT, jusqu’à la possibilité d’empoisonner y compris les insectivores. Ainsi, si l’utilisation de DDT en venait à tuer les chiens par exemple, il y aurait dès lors lieu d’augmenter le nombre de policier pour faire faire face à la recrudescence des cambriolages. En réponse ces même cambrioleurs s’armeraient mieux et deviendraient plus malin…etc. etc.…

« La monstrueuse pathologie atomiste que l’on rencontre aux niveaux individuel, familial, national et international – la pathologie du mode de pensée erroné dans lequel nous vivons tous – ne pourra être corrigée, en fin de compte, que par l’extraordinaire découverte des relations qui font la beauté de la nature. »

Pour Bateson, dans un monde fait de structure et de circuits plus ou moins inaccessibles à l’homme, la sagesse de ce denier consiste précisément dans la reconnaissance ou la perception de ces structures, circuits et des relations qui nous relient. Comment ? L’art est l’une de ces voies d’accès vers les relations dans la mesure où « […] l’art, à une fonction positive, consistant à maintenir ce que j’ai appelé « sagesse », modifier, par exemple, une conception trop projective de la vie, pour la rendre plus systémique. »

Modes et pratiques d’existence implicites…

Une pensée sur la vie si richement articulée ne peut qu’engendrer de nombreux déplacements de points de vue chez son lecture, à commencer par la mise en perspective de son propre champ conscient et de son corollaire presque immédiat : comment apprendre à apprendre ?

Toujours très concrètement, en terme de mode d’existence, quelle est la place de l’œuvre d’art : « la question à poser à propos d’une œuvre d’art devient : quelles sortes de corrections, dans le sens de la sagesse, sont accomplies par celui qui crée ou qui « parcourt» cette œuvre d’art ? »

Enfin plus généralement : « j’affirme que si vous voulez parler de choses vivantes, non seulement en tant que biologiste académique mais à titre personnel, pour vous-même, créature vivante parmi les créatures vivantes, il est indiqué d’utiliser un langage isomorphe au langage grâce auquel les créatures vivantes elles-mêmes sont organisées – un langage qui est en phase avec le langage du monde biologique[9] ».

Conclusion

Pour nous autres contemporains, la voix de Bateson est une voie de l’humilité et de l’observation des relations. La conscience n’est qu’une petite partie déformée d’un ensemble plus vaste; ensemble auquel je peux néanmoins accéder autrement.

L’humilité qui s’opère au moment de reconnaître cette hiérarchie naturelle (relations, méta-relations) s’oppose donc à l’hubris de notre civilisation actuelle qui place un Dieu face à sa création et un individu, imaginé à l’image de Dieu, dans la situation d’exploiter l’univers « sans considération morale ou éthique ». La crise écologique naît de cette arrogance, conséquence de la persistance d’un dualisme qui sépare l’esprit du corps et « échafaude des mythologies à propos de la survie d’un esprit transcendant ». Si Bateson pensait bien que quelque chose devait survivre de lui, ceci ne le ferait qu’en tant qu’élément de l’écologie contemporaine des idées.

« […] les hommes venant à rencontrer hors d’eux et en eux-mêmes un grand nombre de moyens qui leur sont d’un grand secours pour se procurer les choses utiles, par exemple les yeux pour voir, les dents pour mâcher, les végétaux et les animaux pour se nourrir, le soleil pour s’éclairer, la mer pour nourrir les poissons, etc., ils ne considèrent plus tous les êtres de la nature que comme des moyens à leur usage ; et sachant bien d’ailleurs qu’ils ont rencontré, mais non préparé ces moyens, c’est pour eux une raison de croire qu’il existe un autre être qui les a disposés en leur faveur.[10] » Spinoza



[1] « […] L’épistémologie est une branche de la science combinée à une branche de la philosophie. En tant que science, l’épistémologie étudie comment les organismes isolés et les ensembles d’organismes ‘connaissent’, ‘pensent’ et ‘décident’. En tant que philosophie, elle étudie les limites nécessaires et les autres caractéristiques des processus de connaissance, de pensée et de décision ». (Grégory Bateson, p. 234, « La Nature et la Pensée », Seuil, Paris, 1984).

[2] Gregory Bateson, Une Unité sacrée – Quelques pas de plus vers une écologie de l’esprit, chapitre 26, Seuil, Paris, 1996.

[3] D’après source Encyclopédia Universalis.

[4] Bateson, 1980, pp. 155-156, Vers une écologie de l’esprit. t. 2, citation d’après source Wikipédia.

[5] Cf. le livre d’Aristote sur la métaphysique qui suivait directement celui sur la physique.

[6] Dans son ouvrage de référence « Principia Mathematica »

[7] “Steps to an ecology of mind”, Editions du Seuil, 1977 pour la traduction française.

[8] D’après Jean-Jacques Wittezaele : «l’écologie de l’esprit selon Gregory Bateson», revue Multitude n°24.

[9] Gregory Bateson, op. cit., chapitre 32.

[10] Spinoza, l’Ethique, appendice livre I.

http://www.dailymotion.com/video/5cAPYwdf2em7n5pCG

Les écologies de Felix Guattari

Les écologies de Felix Guattari dans -> CAPTURE de CODES : image001

     Pour Félix Guattari, philosophe et psychanalyste français (1930-1992), l’écologie est la science des écosystèmes de toute nature (sociaux, urbains, familiaux, biosphère…). Mais l’écologie est également devenue un phénomène d’opinion regroupant le plus divers, et dont les deux polarités extrêmes seraient d’un côté, le conservatisme réactionnaire prônant un retour aux valeurs ancestrales, un progressisme doux visant à dépasser les clivages politique traditionnels, de l’autre.

C’est donc afin de rendre compte de ces dimensions hétérogènes au sein d’une même notion que Guattari conçoit l’écosophie comme le concept propre à articuler les trois écologies suivantes :

  • l’écologie environnementale pour les rapports à la nature et à l’environnement,

  • l’écologie sociale pour les rapports au « socius », aux réalités économiques et sociales,

  • l’écologie mentale pour les rapports à la psyché, la question de la production de la subjectivité humaine.

Or comme le souligne Anne Querrien dans son article « Broderies sur Les Trois Écologies de Félix Guattari » publié dans la revue Chimère : « […] les tentatives militantes ou professionnelles que nous avons connues jusqu’à présent choisissent toujours de privilégier un seul de ces trois axes, et rencontrent des blocages incontournables dans leur développement faute de travailler les autres dimensions. »

Morceaux choisis :

D’après les trois écologies, version courte originale par  Félix Guattari http://multitudes.samizdat.net/Les-trois-ecologies.html

« La planète Terre connaît une période d’intenses transformations technico-scientifiques en contrepartie desquelles se trouvent engendrés des phénomènes de déséquilibres écologiques menaçants, à terme, s’il n’y est porté remède, l’implantation de la vie sur sa surface. Parallèlement à ces bouleversements, les modes de vie humains, individuels et collectifs, évoluent dans le sens d’une progressive détérioration. Les réseaux de parenté tendent à être réduits au minimum, la vie domestique est gangrenée par la consommation mass-médiatique, la vie conjugale et familiale se trouve fréquemment « ossifiée » par une sorte de standardisation des comportements, les relations de voisinage sont généralement réduites à leur plus pauvre expression… C’est le rapport de la subjectivité avec son extériorité – qu’elle soit sociale, animale, végétale, cosmique – qui se trouve ainsi compromis dans une sorte de mouvement général d’implosion et d’infantilisation régressive. L’altérité tend à perdre toute aspérité. Le tourisme, par exemple, se résume le plus souvent à un voyage sur place au sein des mêmes redondances d’image et de comportement.

Les formations politiques et les instances exécutives paraissent totalement incapables d’appréhender cette problématique dans l’ensemble de ses implications. Bien qu’ayant récemment amorcé une prise de conscience partielle des dangers les plus voyants qui menacent l’environnement naturel de nos sociétés, elles se contentent généralement d’aborder le domaine des nuisances industrielles et, cela, uniquement dans une perspective technocratique, alors que, seule, une articulation éthico-politique, que je nomme écosophie, entre les trois registres écologiques, celui de l’environnement, celui des rapports sociaux et celui de la subjectivité humaine, serait susceptible d’éclairer convenablement ces questions. »

«  C’est de la façon de vivre désormais sur cette planète, dans le contexte de l’accélération des mutations technico-scientifiques et du considérable accroissement démographique, qu’il est question. Les forces productives, du fait du développement continu du travail machinique, démultiplié par la révolution informatique, vont rendre disponible une quantité toujours plus grande du temps d’activité humaine potentielle. Mais à quelle fin ? Celle du chômage, de la marginalité oppressive, de la solitude, du désœuvrement, de l’angoisse, de la névrose ou celle de la culture, de la création, de la recherche, de la réinvention de l’environnement, de l’enrichissement des modes de vie et de sensibilité ?  Dans le Tiers-monde, comme dans le monde développé, ce sont des pans entiers de la subjectivité collective qui s’effondrent ou qui se recroquevillent sur des archaïsmes, comme c’est le cas, par exemple, avec l’exacerbation redoutable des phénomènes d’intégrisme religieux. »

« […] il n’est plus question, comme aux périodes antérieures de lutte de classe ou de défense de la « patrie du socialisme », de faire fonctionner une idéologie de façon univoque, il est concevable, par contre, que la nouvelle référence écosophique indique des lignes de recomposition des praxis humaines dans les domaines les plus variés. A toutes les échelles individuelles et collectives, pour ce qui concerne la vie quotidienne aussi bien que la réinvention de la démocratie, dans le registre de l’urbanisme, de la création artistique, du sport, etc. il s’agit, à chaque fois, de se pencher sur ce que pourraient être des dispositifs de production de subjectivité allant dans le sens d’une re-singularisation individuelle et/ou collective, plutôt que dans celui d’un usinage mass-médiatique synonyme de détresse et de désespoir. Perspective qui n’exclut pas totalement la définition d’objectifs unificateurs, tels que la lutte contre la faim dans le monde, l’arrêt de la déforestation ou la prolifération aveugle des industries nucléaires. Seulement, il ne saurait plus s’agir là de mots d’ordre stéréotypés, réductionnistes, expropriant d’autres problématiques plus singulières et impliquant la promotion de leaders charismatiques. »

D’après entretien avec Félix Guattari « Qu’est-ce que l’écosophie ? » Revue chimère, terminal n°56 http://www.revue-chimeres.org/pdf/termin56.pdf

« […] Il n’y a pas d’opposition dans mon esprit entre les écologies : politique, environnementale et mentale. Toute appréhension d’un problème environnemental postule le développement d’univers de valeurs et donc d’un engagement éthico-politique. Elle appelle aussi l’incarnation d’un système de modélisation, pour soutenir ces univers de valeurs, c’est-à-dire les pratiques sociales, de terrain, des pratiques analytiques quand il s’agit de production de subjectivité. »

Rythmes, anthropocentrisme et clichés

« Human societies now make the choices concerning the allocation of lands, water and other resources which determine which of the diversity of life forms will continue to exist. » Timothy M. Swanson.

Rythmes, anthropocentrisme et clichés dans -> PERSPECTIVES TRANSVERSES image0011

     Devant les certitudes des uns, les chiffres des autres, difficile de prendre une position claire autre que théologique (c’est bien, c’est mal), bien laborieux d’avoir une vue d’ensemble (croyant régler ceci, je déséquilibre cela). Alors dans ce brouhaha d’opinions multiples, peut-être qu’une question pourrait nous ouvrir une porte : que se passe-t-il lorsqu’une espèce impose son ou ses (bio)rythmes (démographique, consommation, production…) à l’ensemble de la biosphère ?

Accélérer l’évolution à travers les OGM, accélérer la radioactivité naturelle à travers exploitation de l’énergie nucléaire civile, accélérer l’écoulement des eaux à travers l’imperméabilisation des sols (urbanisation, infrastructures de transport) etc. etc.….

Si l’on se positionne en termes de rythme de changement, on retrouve le niveau deux tel que défini par Bateson dans sa théorie de l’apprentissage en tant que changement. De manière analogique, ce niveau correspond à l’accélération ou à la décélération, soit au changement dans la vitesse d’un objet mobile : « apprendre à apprendre à recevoir un signal ».

0 : « je mets ma main au feu, et je me brûle. »
1 : « j’ai mis ma main dans le feu, j’ai été brûlé et je ne le referai plus. »
2 : « généralement je ne risque pas d’être brûlé, mais cela pourrait m’arriver si je devais sauver autrui d’un incendie. »

Changement dans le climat qui lui-même est un équilibre changeant, une étude plus approfondie du niveau deux d’apprentissage pourrait nous apporter un éclairage intéressant en terme de communication et sensibilisation environnementale sur le changement (l’accélération) climatique. Voilà qui pourra faire l’objet d’un prochain article de ce blog.

S’il est bien difficile de se prononcer sur le diagnostic, les chiffres des uns, les évaluations des autres, ce dont nous pouvons discuter dès maintenant, c’est de la méthode, c’est du message implicite caché derrière l’ensemble des discours. Ce que nous pouvons déjà faire sans aucune idéologie ni information sur la question, c’est de dépolluer certains discours de leur bêtise la plus primaire (le CO2 n’est pas la nouvelle pomme d’Adam).

Evaluer

     Pour l’heure constatons que les deux grands succès de salle célébrés par le monde, que furent la « Marche de l’empereur » et le « Cauchemar de Darwin », nous ont proposé un hymne, le triomphe complet et sourd des forces de l’anthropomorphisme et de l’ethnocentrisme associées, et cela sans masque aucun. Ainsi, à côté des pertes constatées quotidiennement en termes de biodiversité (bien que la notion demeure également confuse), on est en droit de craindre que l’activité continuelle de ces forces de la grande communion universelle, n’induisent une perte tout aussi importante au niveau des espèces incorporelle (culture, art, idées neuves tout simplement). Alors oui, les pingouins peluches chantent en cœur le nouveau testament, pendant que  l’agriculteur noir aux regards grave de blanc, une arrête de poisson sur le sable, son droit tendu vers l’homo-universalus débilitant…

Guattari faisait le constat suivant : «la planète terre connaît une période d’intenses transformations technico-scientifiques en contrepartie desquelles se trouvent engendrés des phénomènes de déséquilibres écologiques menaçants, à terme, s’il n’y est porté remède, l’implantation de la vie sur sa surface […]. Les formations politiques et les instances exécutives paraissent totalement incapables d’appréhender cette problématique dans l’ensemble de ses implications. Bien qu’ayant récemment amorcé une prise de conscience partielle des dangers les plus voyants qui menacent l’environnement naturel de nos sociétés, elles se contentent généralement d’aborder le domaine des nuisances industrielles et, cela, uniquement dans une perspective technocratique.  »

Mais si comme le dit Bateson : « j’affirme que si vous voulez parler de choses vivantes, […] il est indiqué d’utiliser un langage […] qui est en phase avec le langage du monde biologique[1] », on ne peut plus se satisfaire de penser isolément la seule écologie environnementale, tout en conservant nos schémas de représentation dialectiques et anthropocentrés. Projeter notre cosmologie, c’est le degré zéro de la pensée des rapports au non humain et c’est précisément ces rapports de l’humain au non humain, de l’humain à l’humain sur lesquels il conviendrait de changer de perspective. Autrement dit il est nécessaire d’articuler les différents « contextes » de l’existence (naturel, social, mental), dans la mesure où  il existe une écologie, comme une biodiversité, tant des espèces immatérielles (idée, œuvre d’art, mode d’existence, …) que matérielles (végétaux, animaux…), plutôt que de rabattre l’ensemble des points de vue ou perspectives sur une idée abstraite et contingente d’une forme homme.

Pour répondre à ce défi, Guattari conçoit ce qu’il appelle l’écosophie comme articulant :

  • l’écologie environnementale pour les rapports à la nature et à l’environnement,

  • l’écologie sociale pour les rapports au « socius », aux réalités économiques et sociales,

  • l’écologie mentale pour les rapports à la psyché, la question de la production de la subjectivité humaine.

A partir de là, la question de la production de la subjectivité humaine (de quels types de rapports au monde je suis capable ?) n’est donc plus déconnectée de la question écologique : « parallèlement à ces bouleversements [dans l’écologie environnementale], les modes de vie humains, individuels et collectifs, évoluent dans le sens d’une progressive détérioration. Les réseaux de parenté tendent à être réduits au minimum, la vie domestique est gangrenée par la consommation mass-médiatique, la vie conjugale et familiale se trouve fréquemment « ossifiée » par une sorte de standardisation des comportements, les relations de voisinage sont généralement réduites à leur plus pauvre expression… C’est le rapport de la subjectivité avec son extériorité – qu’elle soit sociale, animale, végétale, cosmique – qui se trouve ainsi compromis dans une sorte de mouvement général d’implosion et d’infantilisation régressive. L’altérité tend à perdre toute aspérité. Le tourisme, par exemple, se résume le plus souvent à un voyage sur place au sein des mêmes redondances d’image et de comportement. »

Pertes en diversité

     D’après le Millenium Ecosystem Assessment, environ 60 % des écosystèmes de la planète sont aujourd’hui détruits ou utilisés de manière non durable. L’hypothèse que nous pouvons faire est alors que s’il existe moins d’éléments biophysiques, alors il existe moins de possibilités d’agencements (symbiose, alliance, compétition), donc de possibilités de vie et de développement. D’où un appauvrissement de la production dans l’immatériel (affect, concept, percept). L’écologie nous renvoie donc presque immédiatement aux conditions matérielles de la production de l’immatériel. Une époque peut-être vue comme une combinaison de forces particulière (révélée, rencontrées, associées) constituant des corps comme autant de formes singulière. Les agencements possibles (mise en rapport, composition) d’avec ces formes déterminent des modes de pensés et représentation, parmi lesquels va émerger un mode de « domestification » dominant de la nature, soit des conditions particulières de production matériel. En conséquences cela va conditionner des modes d’existence possibles, des degrés de coexistence et à partir de là, des conditions particulière de production de l’immatériel (organisation de la production artistique, artisanale…).

Parallèlement aux pertes en biodiversité et d’après les chiffres de l’Unesco :

  • plus de 50% des 6000 langages présents dans le monde sont en danger d’extinction.
  • 96% des 6000 langages ne sont parlés que par 4% de la population mondiale.
  • 90% des langages ne sont pas représentés sur Internet.
  • En moyenne, un langage disparait toutes les deux semaines.

Ce qu’il est important de noter dans un cas comme dans l’autre, c’est qu’on ne remarque jamais l’absence ou la disparition d’un inconnu. 

Cette perte globale en diversité est également à constater au regard de la croissance exponentielle de nos capacités technologiques d’un côté et de nos usages toujours plus standardisés de l’autre. Nous suivons ici Lawrence Lessig lorsqu’il s’interroge sur l’avenir de l’Internet dans son ouvrage The Future of Ideas: « how an environment designed to enable the new is being transformed to protect the old- transformed by courts, by legislators, and by the very coders who built the original »

Ainsi nous pouvons concevoir une double réduction des « diversités » :

  • Une réduction « objective » des choses ou la biodiversité des formes de vie. En effet, une possibilité de vie disparaissant de la chaine crée des effets en cascades par le jeu des alliances, synergies et symbioses possibles. Ce faisant sa disparition ou sa non-existence entraine des pertes globales exponentielles, un peu à l’image de la faillite d’un gros client pour ses multiples fournisseurs.

  • Une réduction « subjectives » autrement dit des modes de pensée qui définissent ce qui est acceptable ou pas, permettent l’accès au sentiment de la différence, ne réduisent pas l’autre à moi, rencontrent plutôt que reconnaissent un prêt à penser. Or la confusion et l’indifférenciée sont aujourd’hui des pollutions irréversibles pour des esprits toujours plus réduits à n’être que de simples passeurs de clichés. Clichés fabriqués de points de vue toujours plus identiques et identitaires et confiés à une pensée qui ne fait plus que dupliquer une représentation préconstituée du « réel », de laquelle elle ne reconnait plus que les effets de ce que elle y a mis elle-même. De combien de termes disposons nous actuellement pour exprimer un problème ? Le prêt à penser actuel implique un appauvrissement des termes disponibles et accessibles, et les mots se meurent comme les abeilles.

« Plus le sentiment de l’unité avec nos contemporains augmente, plus les hommes s’uniformisent, plus aussi ils ressentent sévèrement la moindre différence comme immorale. C’est ainsi que se forme nécessairement le sable humain : tous très semblables, très petits, très arrondis, très accommodants, très ennuyeux […] Un petit sentiment faible et obscur de bien-être médiocre uniformément répandu, une chinoiserie générale améliorée et poussée au bout – serait-ce là l’ultime image de l’humanité ? Inévitablement, si elle persévère dans les voies de la moralité antérieure. Il faut y réfléchir à fond : peut-être faudra-t-il que l’humanité tire un trait sous son passé, peut-être faudra-t-il appliquer à tout homme ce canon nouveau : soit différent de tous les autres et sois heureux que chacun diffère de son voisin. » Nietzsche 187 La volonté de puissance II

La confusion et l’indifférenciée sont une pollution irréversible pour des esprits toujours plus réduits à n’être que de simples passeurs de clichés. Clichés fabriqués de points de vue toujours plus identiques et identitaires et confiés à une pensée qui ne fait plus que dupliquer une représentation préconstituée du « réel », de laquelle elle ne reconnait plus que les effets de ce que elle y a mis elle-même. De combien de termes disposons nous pour exprimer un problème aujourd’hui. Le prêt à penser actuel implique l’appauvrissement des termes disponibles.

Dans « différence et répétition », Deleuze nous avertit : « il y a quelque chose dans le monde qui force (par effraction, interruption, violence) à penser », ce quelque chose est l’occasion d’une rencontre singulière avec [...] Ce quelque chose est une affaire de sensation, [...] et peut-être vécu sous une multitude de tonalités affectives différentes. »

Concluons sur cette phrase inspirante de Jean Genet : « mon courage consista à détruire toutes les habituelles raisons de vivre et à m’en découvrir d’autres »

Les extraits suivants constituent deux armes d’autodéfense extrêmes utile afin de lutter contre toute forme d’anthropocentrisme par trop standardisée.

Extrait de « Les mots et les choses » – Michel Foucault :

« Une chose en tout cas est certaine : c’est que l’homme n’est pas le plus vieux problème ni le plus constant qui se soit posé au savoir humain. En prenant une chronologie relativement courte et un découpage géographique restreint, la culture européenne depuis le XVIe siècle, on peut être sûr que l’homme y est une invention récente.

Ce n’est pas autour de lui et de ses secrets que, longtemps, obscurément, le savoir a rôdé. En fait, parmi toutes les mutations qui ont affecté le savoir des choses et de leur ordre, le savoir des identités, des différences, des caractères, des équivalences, des mots, – bref au milieu de tous les épisodes de cette profonde histoire du Même – un seul, celui qui a commencé il y a un siècle et demi et qui peut-être est en train de se clore, a laissé apparaître la figure de l’homme. Et ce n’était point là libération d’une vieille inquiétude, passage à la conscience lumineuse d’un souci millénaire, accès à l’objectivité de ce qui longtemps était resté pris dans des croyances ou dans des philosophies : c’était l’effet d’un changement dans les dispositions fondamentales du savoir. L’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine.

Si ces dispositions venaient à disparaître comme elles sont apparues, si par quelque événement dont nous pouvons tout au plus pressentir la possibilité, mais dont nous ne connaissons pour l’instant encore ni la forme ni la promesse, elles basculaient, comme le fit au tournant du XVIIIe siècle le sol de la pensée classique, alors on peut bien parier que l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable. »

Extrait de « Pourparlers » – Gilles Deleuze :

« C’est que les forces de l’homme ne suffisent pas à elles seules à constituer une forme dominante où l’homme peut se loger. II faut que les forces de l’homme (avoir un entendement, une volonté, une imagination, etc.) se combinent avec d’autres forces : alors une grande forme naîtra de cette combinaison, mais tout dépend de la nature de ces autres forces avec lesquelles celles de l’homme s’associent.

La forme qui en découlera ne sera donc pas nécessairement une forme humaine, ce pourra être une forme animale dont l’homme sera seulement un avatar, une forme divine dont il sera le reflet, la forme d’un Dieu unique dont l’homme ne sera que la limitation (ainsi, au XVIIe siècle, l’entendement humain comme limitation d’un entendement infini).

C’est dire qu’une forme-Homme n’apparaît que dans des conditions très spéciales et précaires : c’est ce que Foucault analyse, dans Les mots et les choses, comme l’aventure du XIXe siècle, en fonction des nouvelles forces avec lesquelles celles de l’homme se combinent alors. Or tout le monde dit qu’aujourd’hui l’homme entre en rapport avec d’autres forces encore (le cosmos dans l’espace, les particules dans la matière, le silicium dans la machine…) : une nouvelle forme en naît, qui n’est déjà plus celle de l’homme [...] »



[1] Gregory Bateson, op. cit., chapitre 32.

Notions de base sur la ressource en eau

Notions de base sur le cycle de l’eau  

« L’eau que vous buvez a été pissée six fois par un diplodocus. » Paul-Emile Victor.

Notions de base sur la ressource en eau dans -> NOTIONS D'ECOLOGIE image001

     Alimenté par la machine thermique solaire, le cycle de l’eau se compose d’un ensemble de flux entrants et sortants des différents réservoirs existants. Nous avons d’un côté les réservoirs qui font office de conducteurs à circulation rapide – les cours d’eau et l’atmosphère, et de l’autre ceux qui jouent le rôle d’accumulateurs à circulation lente – les glaciers, nappes et océans.

Trois grands processus ou transformations animent le cycle de l’eau : l’évaporation, la transpiration végétale et les précipitations. Initialement, la vapeur d’eau provenant de l’évaporation[1] des océans sous l’effet de la chaleur solaire est transportée par les vents dans l’atmosphère. La température diminuant avec l’altitude, la vapeur se condense alors sous l’aspect de nuages puis retombe sur terre sous la forme des précipitations. Par suite, le ruissellement des eaux de pluies alimente les cours d’eau, les nappes souterraines et les végétaux dont la transpiration retourne à l’atmosphère une partie de l’eau. Notons ici que si l’eau est capable d’accomplir les différente étapes de ce cycle, elle le doit essentiellement au fait que la terre se trouve dans une région unique du ciel, d’où la température du Soleil n’est ni trop élevée ni trop basse.

image0021 dans Ressource en eau

L’eau « bleue [2]» est celle qui s’écoule des rivières jusqu’à la mer, les lacs, nappes souterraines…elle représente 40% des précipitations continentales. Les 60% restant constitue l’eau verte, c’est-à-dire l’eau dans le sol disponible aux plantes. L’eau bleue est transformée en eau verte par l’irrigation ; l’eau verte est transformée en eau bleue par le drainage des sols. L’eau bleue peut être transportée, l’eau verte doit être consommée sur place par les plantes.   

      Les plantes jouent un rôle primordial dans la circulation de l’eau, l’arbre étant une véritable “ machine à évaporer “ dans la mesure où seulement 1% de l’eau captée sert à l’élaboration de la matière végétale. Ainsi si la formation de 100 grammes de cellulose ne requière directement que 55 grammes d’eau, l’arbre perd dans le même temps 100 000 grammes d’eau par transpiration. Nous savons que les plantes puisent l’eau et les minéraux nécessaires à leur croissance dans les sols par l’intermédiaire de leurs organes racinaires. Pour ce faire, les végétaux ne possédant pas de pompe interne pour faire circuler la sève (à la différence du cœur pour les animaux), c’est sous l’action de la chaleur fournie par le soleil que la transpiration des feuilles joue ce rôle de moteur et fait monter (pression osmotique) l’eau des racines jusqu’aux feuilles.

Grosso modo un arbre évapore donc mille fois ce qu’il gagne en poids. D’où le rôle de régulateur climatique des plantes et les effets dévastateurs de la déforestation. Variable selon les essences et le climat, un érable isolé peut émettre plus de 200 litres d’eau par heure, par jour une forêt de chênes d’un hectare, 30 tonnes. Ces valeurs, si élevées soient-elles, sont généralement couvertes par les seules précipitations. Néanmoins en milieu urbain, la quantité d’eau rejetée par les arbres est souvent supérieure à celles-ci ce qui demande une importante croissance des racines. Dans un pays éloigné de la mer, comme l’Allemagne, la moitié seulement des précipitations atmosphériques proviennent directement de la mer, le reste est recyclé par la végétation.

La production végétale est assurée par le mécanisme de la photosynthèse, illustré ci-contre. Pour fonctionner ce cycle nécessite de la lumière et de l’eau (photolyse de la molécule d’eau), de sels minéraux (les fameux NKP des engrais) et enfin du CO2 nécessaire à la fabrication des molécules organiques. Par ailleurs, selon les plantes, l’optimum de température de leur activité photosynthétique est très variable. De à 15°C et 25°C pour les plantes des régions tempérées, de 30 et 45°C pour certaines des variétés tropicales.[3]

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     Chaque année il s’évapore plus d’eau qu’il n’en précipite au-dessus des océans (20%). Cette vapeur d’eau océanique vient donc précipiter sur les continents où, à l’inverse, il précipite plus d’eau qu’il ne s’en évapore (40% d’eau bleue). Ce « surplus » en eau retourne aux océans via la collecte des différents cours d’eau. C’est ce flux d’eau renouvelé qui constitue la « réserve annuelle » dans laquelle il est possible de puiser sans risque. (De l’ordre de) 40 000 kilomètres cubes.

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Il ne se crée, il ne se perd que très d’eau en consommation, l’eau disponible dépend des différences de vitesse de circulation entre les différents réservoirs, expliquant ainsi sa localisation et déterminant la « réserve annuelle ». Une molécule d’eau peut rester durant un certain temps dans chaque réservoir, cette  durée moyenne est appelée temps de résidence. Ainsi plus le temps de résidence dans un réservoir est court, plus l’eau de ce réservoir est rapidement renouvelée.

On peut estimer les différents temps de résidence dans les différents réservoirs[4] :

  • de 1 600 à 9 700 ans pour les glaciers et les calottes glacières ;
  • 1 400 ans pour l’ensemble des eaux souterraines ; variables selon les conditions géologiques de recharge ;
  • 2 500 ans pour les océans ;
  • 17 ans pour les lacs d’eau douce ;
  • 1 an pour l’humidité des sols ;
  • 16 jours pour les cours d’eau ;
  • 8 jours pour l’atmosphère ;

Ce sont ces durées de transit que l’homme perturbe par ses aménagements à grande échelle. Ce sont ces même durées transit qui risquent d’être bouleversées par le changement climatique et par voie de conséquence, la localisation des ressources en eau accessible à homme déjà sédentarisé.

A retenir également :

  • Parce qu’elle a pu prendre la forme liquide l’eau a pu rester sur terre.
  • Parce que l’eau a pu prendre la forme liquide la vie a pu se développer sur terre.


Etat initial de la ressource en eau au niveau mondial

    Nous ne sommes pas et ne serons pas dans un monde sans eau. Cependant si la pénurie d’eau n’est pas du tout généralisable dans la mesure où la terre ne perd pas d’eau, il en est autrement si l’on raisonne en termes d’accès immédiat à la ressource. En ce sens on observe une situation géographique très hétérogène et l’existence de véritables points noirs dont l’existence est susceptible de remettre en balance la stabilité de notre monde.  On pensera ici principalement à des régions ou pays tels que le Maghreb, le Moyen-Orient, la Chine et les USA, l’Indes, le Pakistan, le Brésil…Notons au passage qu’aucune des puissances économiques émergentes n’est épargnée par le problème.

Si les pénuries d’eau mondiales passées ont pu être comblées par l’amélioration de l’accès à la ressource (construction d’infrastructure de transport, amélioration des capacités de pompage et de stockage), nous sommes à présent confrontés à de nouvelles problématiques d’ordres qualitatifs (micropollutions diffuses), alors même que la problématique de l’accès soit toujours extrêmement prégnante en certains points du globe.

A ce contexte déjà incertain, il convient de surajouter le rôle du changement climatique en tant que facteur aggravant : des saisons sèches encore plus sèches, des saisons humides encore plus humides.

Pour évaluer l’offre et la demande mondiale en eau à horizon de trente ans, on s’appuiera sur les projections réalisées par l’International Water Management Institute à l’aide de son modèle prévisionnel PODIUM.

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World Water Supply and Demand: 1995 to 2025

En rouge sur la carte les pays qui souffrent d’une pénurie physique de la ressource en 2025. Soit des pays qui même en augmentant au maximum la productivité de leur eaux, n’ont pas assez de ressource pour couvrir leurs besoins agricoles, domestiques, industriels et environnementaux. Sont concernés, 45 pays pour 1/3 de la population mondiale. Les seules options pour ces pays sont d’investir dans le coûteux processus de désalinisation de l’eau de mer, de réduire l’irrigation pour transférer la ressource vers les autres secteurs en important plus de nourriture.

En orange sur la carte, les pays qui souffrent  d’une pénurie économique de la ressource en 2025. Ces pays ont potentiellement assez de ressource pour couvrir leurs besoins mais leurs infrastructures (transport, stockage, pompage) devront être améliorées de manière à augmenter de 25% l’eau disponible. Le coût des investissements, les capacités internes à soutenir de tels projets sont ici de réels facteurs limitant. Est concernée 45% de la population mondiale.

En bleu sur la carte, les pays ayant peu ou pas de problème sur la ressource.

Rouge + orange = 78% de la population mondiale en 2025.


Etat initial de la ressource en eau au niveau européen

    Si sur ces trente dernières années l’état tant qualitatif que quantitatif de la ressource c’est globalement améliorée, ici aussi les situations demeurent hétérogènes, ici aussi l’apparition de nouveaux types de pollution inquiète. D’après les l’agence européenne de l’environnement, les problèmes affectant le bon état de la ressource sont et seront :

Au niveau quantitatif :

  • la surexploitation des nappes souterraines afin d’irrigation agricole et de développement touristique dans le sud de l’Europe ;
  • l’intrusion d’eau salée dans les zones côtière ;
  • les conflits d’usage sur la ressource entre ville, campagne et producteur d’énergie ;
  • le développement économique des anciens pays de l’est.

Au niveau qualitatif :

  • les pollutions et micropollutions diffuses (nitrates, métaux, produits pharmaceutiques et phytosanitaires) ;
  • le développement des anciens pays de l’est.


Etat initial de la ressource en eau au niveau français

Trois rapports que l’on peut qualifier de « pessimistes » vont ici étayer notre analyse :

Le rapport sur la qualité de l’eau du Muséum national d’histoire naturelle (2005) qui note que, dans l’hypothèse la plus optimiste, moins de 50 % des masses d’eau (surfaces et souterraines) pourront atteindre un bon état écologique en 2015, sachant qu’aujourd’hui on ne peut que constater l’échec des actions publiques menées depuis 40 ans à la lecture des chiffres suivant :

  • 25 % des masses d’eau sont dans un bon état probable,
  • 25 % sont classées à risque,
  • 23 % relèvent de la catégorie « doute »,
  • 27 % sont des eaux artificielles ou fortement modifiées (comme les lacs de retenue des barrages). Ces dernières ne pourront jamais atteindre l’objectif de bon état écologique. »

Géographiquement le rapport nous enseigne également que:

  • les eaux du bassin Artois-Picardie sont polluées à 38 % et où 100 % des eaux souterraines sont classées « à risque ».
  • celles de Loire-Bretagne sont atteintes à 35 %
  • celles de Rhin-Meuse à 45 % (69% pour les eaux souterraines)
  • les eaux souterraines du bassin de Seine-Normandie sont polluées à 83 %

Le 6ème rapport annuel sur les pesticides dans les eaux de l’IFEN en date de juillet 2004, met en évidence la présence de pesticides dans 75% des points de mesure de la qualité des milieux aquatiques en 2002.

Enfin l’étude sur « la qualité de l’eau et de l’assainissement en France » de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (mars 2003) note que « la dégradation de la qualité de l’eau est quasi générale en France » du fait des nitrates et pesticides.

Bien que la France soit le premier utilisateur de pesticide au monde, il existe également des études plus « optimistes » qui mettent l’accent sur la réduction réelle des pollutions d’origines industrielles, l’amélioration des eaux urbaines et soutiennent sur cette base que nos capacités d’adaptation peuvent encore endiguer le déclin de la ressource. Cependant on trouve aussi dans ces études, les prémisses d’une inquiétude grandissante sur les thèmes de l’eau et de la nourriture, des effets sur la santé encore inconnus des micropolluants.



[1] Pour information, on estime à environ 1 000 km3 d’eau par jour l’évaporation des océans.[2] La distinction eau bleue / eau verte a été proposée par Falkenberg en 1995

[3] Pour en savoir plus, voir le site de l’université de Jussieu.

[4] D’après L’eau, Ghislain de Marsily, Dominos Flammarion, 1995

Tendances, anticipations et scénarii

Tendances, anticipations et scénarii dans -> ACTUS co2

Compte tenu des données aujourd’hui en notre possession, nous pouvons imaginer les scénarii suivants :

  • Changement climatique : augmentation de l’intensité des événements extrêmes, diminution des précipitations et hausse des températures en saison sèche. Poursuite de la fonte des glaciers et de la calotte polaire. Pour certaines des zones géographiques d’importances (grandes zones de production céréalière, zone d’approvisionnement en eau des mégalopoles), les effets potentiels restent imprévisibles à ce jour. 

  • Pression démographique : projection selon la moyenne de l’hypothèse basse et medium de l’ONU, soit autour des 9 milliards d’individu en 2050.  

  • Urbanisation et aménagement spatial: poursuite de l’urbanisation mondiale dans les pays en développement confirmant les projections attendues par l’ONU (2/3 de la population mondiale en 2050 vit dans les villes). Néanmoins des pressions à la baisse apparaissent dans les mégalopoles des pays industrialisés.  

  • Industrialisation : fluctuation cyclique de mouvements de délocalisation/relocalisation en fonction des ressources rares. 

  • Gouvernance mondiale : échec récurrent des négociations multilatérales (OMC, ONU), bilatéralisation des échanges commerciaux et concentration des accords sur des axes prioritaire (Chine/USA). Stagnation économique mondiale du fait du renchérissement des coûts environnementaux, de l’énergie et des matières premières induisant inflation et anticipations négatives. La réduction de l’horizon de confiance, une préférence accrue pour le présent freinent les investisseurs.  

  • Energie : Peak Oil, fin de la rente pétrolière dans certain pays producteurs et large déploiement du nucléaire civil.  

  • Santé : large déficit des systèmes de santé publics et continuation de la privatisation du secteur, apparition d’une médecine à deux vitesses du fait de la hausse des prix et de l’apparition de nouvelles pathologies complexes.  

  • Agriculture : poursuite des pressions (grande distribution, Brésil) à la baisse sur les prix à la consommation, i.e. à la baisse des revenus des producteurs dans un contexte de raréfaction de l’offre. Faible extension des terres arables pour limiter la déforestation et ses conséquences sur les climats locaux, la désertification et la sédimentation des cours d’eau. Le stock de nouvelles technologies agricoles  non encore usitées diminue, alors même que les rendements sont réduits du fait de la hausse des températures estivales et de la baisse du niveau des nappes dans certaines des régions productrice clés (Corn Belt). Au niveau du commerce agricole, on passe d’une logique d’accès des exportateurs aux marchés à une logique d’accès des importateurs au surplus disponibles, dans la mesure où la production mondiale de céréale est maintenant durablement inférieure à la consommation mondiale. les Seuls les changements de régime alimentaire viennent ralentir l’épuisement des stocks.

  • Conflits : terrorisme actif, menaces d’attaques sur les infrastructures de la ressource en eau (Turquie) et tensions frontalières sur les ressources partagées (Inde/Pakistan).

Ressource en eau et urbanisation

Des villes « hors-sol »

      En 1950, environ 750 millions de personnes vivaient dans les villes. En 2000, ce chiffre s’était élevé à 2,9 milliards. Les Nations unies prévoient qu’en 2050, plus des deux tiers d’entre nous vivront dans des villes, soit environ 6 milliards d’urbain. Une telle urbanisation à pour conséquence d’entraîner une concentration sans précédant des ressources et des déchets sur de très petits territoires. Ainsi chaque jour un flux énorme de nourriture, d’eau, de matière et d’énergie doit être amené vers les villes. Dans la situation actuelle, les termes des échanges ville/campagne sont donc caractérisés par un transfert à faible valeur ajoutée (matière première) des campagnes vers la ville, un transfert à forte valeur ajoutée (produits et services) de ville à ville, un transfert de déchet, de sècheresse et d’inondations de la ville vers les campagnes. 

Si les premières villes étaient fortement dépendantes des ressources en alimentation et en eau de leurs écosystèmes immédiat, les centre urbains actuels dépendent de plus en plus de sources éloignées, même pour des services de base comme l’alimentation et l’eau. 

  • Los Angeles tire l’essentiel de son approvisionnement en eau du Colorado, qui coule à environ 970 kilomètres de la ville.  Mexico, situé  à 2 300 mètres d’altitude, dépend d’un coûteux pompage situé à 150 kilomètres de la ville, 1 kilomètre plus bas. pour accroître un approvisionnement insuffisant.
  • Pékin envisage de faire venir de l’eau du bassin fluvial du Yangzi Jiang, à près de 1 500 kilomètres.  

En cas de pénurie d’eau, la disponibilité de l’eau et ses coûts de transport sur longues distances peuvent commencer à restreindre la croissance des villes. La nourriture vient d’encore plus loin, le cas de Tokyo en est une bonne illustration :  son blé vient en grande partie des grandes plaines des Etats-Unis et du Canada, et d’Australie; son maïs vient essentiellement du Midwest américain; son soja provient Midwest et du Cerrado brésilien. 

Dans un monde qui manquerait de terre et d’eau, la valeur de l’une et de l’autre pourrait augmenter considérablement, ce qui pourrait inverser les termes de l’échange ville/campagne.  Depuis le début de la révolution industrielle, le commerce n’a cessé de favoriser les villes parce qu’elles contrôlent les ressources rares (capital, technologie). Mais si la terre et l’eau deviennent les ressources les plus rares, les habitants des zones rurales qui les contrôlent pourraient (sous condition) infléchir les rapports de force, et dans certains cas, inverser la tendance à l’urbanisation. 

Prospective 

        Toute chose égale par ailleurs, quelle pourrait-être les projections en extrapolant les tendances actuelles ? Il s’agit ici de mettre en perspective les inévitables fractures territoriales induites par une rareté de la ressource en eau. Le poids économique des villes a rendu le rapport de force totalement inégal dans la « guerre » pour l’accès à une eau « propre », le partage de la ressource se faisant clairement au profit des villes, ce qui a pour conséquence d’entrainer dans certaines régions un nouvel exode rural venant grossir des banlieues en situation de précarité déjà avancée. 

A titre d’exemple la baie de Sommes est sacrifiée, devenant une zone d’expansion les crue afin de protéger Paris. L’eau pour l’irrigation est redirigée en priorité vers la Beauce, les régions voisines sont rayées de la carte agricole. Au sud de Lyon, le réchauffement climatique a déjà éradiqué bon nombre de culture, réduit le tourisme alors que l’eau est majoritairement destinée au refroidissement des centrales nucléaires en été.  Pour compenser les disparités de la ressource, se met en place au niveau européen de grandes infrastructures de transport de la ressource de métropole à métropole, excluant un peu plus les territoires ruraux. 

Dans les campagnes les plus touchées on s’organise : 

  • Développement de nouveaux modes de vie adaptés au rationnement de l’eau. 

  • Emergence de leaders paysans prônant des raids sur les approvisionnements des villes (eau et nourriture) et s’attaquant aux infrastructures touristiques. 

Dans les villes ont recherche une plus grande autarcie : 

  • L’augmentation des coûts de traitement, la nécessité de valoriser les ressources proches implique la fin du tout à l’égout, une collecte maximale des eaux de pluie, de nouveaux systèmes intérieurs, mobilier urbain… 

  • L’afflux de populations nouvelles en périphérie aggrave l’insécurité urbaine.

  • Protection et sécurisation des approvisionnements – captage, stockage et infrastructures de transport sous la menace sont sécurisés par l’armée. 

Lifeforms…suite

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